ÉLECTIONS DU CLERGE
sidée par celui auquel Tordre de la hiérarchie défère la présidence
Article xlii. — S'il s'élève quelques difficultés, elles seront décidées provisoirement par le bailli ou sénéchal.
En vertu de ce règlement, les membres du clergé, pour nommer leurs deux députés, votaient, les uns comme électeurs de premier degré, les autres comme électeurs de second degré, tandis que la Noblesse procédait exclusivement au premier degré et le Tiers Etat au second.
Le clergé du Périgord, séculiers et réguliers assemblés, constituait un corps de i.3oo membres environ, qui devait réunir a Périgueux C20 électeurs présents ou représentés.
Les trois ordres avaient été convoqués pour le 16 mars, huit heures du matin, dans l'insigne basilique de Saint-Front, spécialement réservée aux votants. Ils furent introduits, sans distinction d'ordre, dans Tune des nefs secondaires. Ils assistèrent, ainsi confondus, k la messe du Saint-Esprit, qui fut suivie d'un chant solennel du Veni Creator.
Aussitôt après cette cérémonie religieuse, l'assemblée passa dans la nef principale, pour la séance d'ouverture. Afin d'éviter tout conflit, le règlement royal avait prescrit, par son article xxxix, que le grand sénéchal du Périgord, marquis de Verteilhac,
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queinent le programme élaboré par le Conseil central des francs-maçons, TAssemblée nationale, pour étouffer au cœur des Français le souvenir des traditions séculaires du Royaume, supprima d'un trait de plume la division de la France en provinces et lui substitua la division en quatre-vingt-trois départements.
Par cette loi du i5 janvier 1790, le Périgord, peu inodiiié, devint la Dordogne, et les sénéchaussées de Pérjgueux, Bergerac et Sarlat, furent réparties en neuf districts : Périgueux, Nontron, Ribérac, Mussidan, Monpon, Bergerac, Montignac, Sarlat et Belvès.
Chaque district était administré par un conseil ou directoire, composé de membres élus par les citoyens actifs (1), avec un procureur syndic, chargé d'exécuter les décisions prises par le conseil. Les procureurs syndics étaient aussi désignés par le suffrage des citoyens actifs.
Le département avait un directoire spécial, présidé par un procureur général syndic. Les électeurs de la Dordogne attribuèrent cette présidence a l'ancien premier président de la Cour souveraine
des aides de Cu venue. Moreau de Saint-Martial, et
Jacques de \ialeville fut élu vice-président. x
(i) On appelait citoyens actifs ceux qui, âgés do vingt-ciuq ans, payaient une contribution directe égale à trois journées de travail au moins; eux seuls étaient électeurs.
iio l'assemblée nationale.
s II. — Le Serment.
La séance du /| janvier 1791 avait été réservée par les députés a la prestation du serment : ce fut une belle et mémorable journée.
L'évêque d'Agen, monseigneur d'Usson de Bonnac, appelé le premier, déclara que la perte des biens de ce monde ne le touchait pas, que le sacrifice de sa vie ne lui coûtait rien, ({u'il était prêt a tout perdre pour rendre hommage a sa foi et aux liens qui le tiennent attaché au chef visible de l'Eglise.
Après le vénérable prélat d'Agen, on vit paraître a la tribune un modeste curé de campagne du département de Lot-et-Garonne, Tabbé Fournet. D'une voix tremblante, mais énergique, il dil :
c( J'éprouve les mêmes sentiments que mon )) Evêque. S'il faut, pour en témoigner, (|ue j'aille » avec lui jusqu'au martyre, je le suivrai, comme )) saint Laurent suivait saint Sixte, en lui adressant » les mêmes paroles : Où allez-vous, sans votre fils, » mon père? Prêtre saint, on courez-vous, sans )) votre ministre ? »
L'Assemblée, profondément énuie par ces accents sublimes, lit entendre ses applaudissements, ^'aine-
i4u i/assembléë nationale.
une sorte de jacquerie traversa le Périgord, laissant derrière elle le feu, la ruine et la terreur; on trouve encore ses traces désolantes à Boulazac, Atur, Laforce, Besse, etc. Les châteaux et leurs archives avaient été particulièrement signalés à la vengeance aveugle des paysans. Pendant que l'incendie dévorait les vieux parchemins, on pouvait voir les promoteurs de ce mouvement révolutionnaire envahir les églises, gravir la chaire ou le maître-autel et chanter avec la foule avinée une chanson patriotique, dont le refrain était :
A bas les comtes, les duchesses, Kt les barons et les comtesses ; Nous sommes tous égaux.
Vivent les Etats généraux !
i5o l'assemblée législative.
» actes d'hostilité; qu'en conséquence, il croit prudent et
» indispensable, pour le maintien de la tranquillité publique»
» que la municipalité arrête que plusieurs prêtres étrangers
» et qui, depuis quelque temps, sont venus se réfugier dans
)) cette ville, seront obligés d'en sortir et de s'en éloigner à la
» distance de trois lieues ; qu'il est utile, non seulement de
» faire une proclamation tendant à cet objet, mais même de
» l'étendre jusque sur le sieur Dalbaret, ci-devant évéque,
» qui, d'après la notoriété publique, fomente et sert de point
» d'appui et de ralliement à une troupe de prêtres rebelles;
» que cette mesure est indispensable pour ramener le repos
» et éviter des malheurs incalculables; qu'en outre, elle
» arrête qu'il soit fait une proclamation, pour enjoindre à
» tous les citoyens qui sont inscrits sur les registres civiques,
» de porter à l'hôtel commun, dans le délai de vingt-quatre
» heures, toutes les armes qu'ils ont en propriété, faute de
» quoi, le dit«délai passé etc.
Signé : GOUDOU, procureur de la commune,
(( Les ofiîciers municipaux de Sarlat,
» Vu la réquisition du Procureur de la commune,
» Attendu les circonstances y annoncées,
» Ordonnent à tous les citoyens de la ville, non inscrits )) sur les registres civiques, de porter ou d'envoyer, dans les » vingt-quatre heures, a l'hôtel commun, toutes les armes à » feu et autres généralement quelconques, ainsi que toutes » les munitions de guerre qu'ils peuvent avoir à leur dispo- » sition, el qu'il feront leur déclaration de n^en avoir pas )) d'autres que celles qu'ils remetleot, ni d'en avoir celé par » dol ou par fraude.
» Et, faute par les dits citoyens non inscrits de faire les » dites remise et déclaration, dans le cas gù ils seraient
i52 l'assemblée législative.
d'une nuit paisible, il entendit frapper à sa porte et il se leva rapidement. C'était le bourreau, qui venait signifier au prélat Tordre de partir dans les vingt-quatre heures, sous peine d'incarcération.
« C'est bien, mon ami, répondit l'évêque ; je » vous remercie de votre avertissement, et j'en » profilerai ».
Mgr d'Albaret partit aussitôt pour Paris et s'installa rue Saint- Dominique, 124. A cette même époque, des actes de violence criminelle furent commis dans tous les districts du département de la Dordogne et des départements limitrophes, par des Jacobins qui s'autorisaient des lois que l'Assemblée venait de voter.
L'abbé Brunet, curé réfractaire de Saint-Sulpice, au district de Bergerac, fut victime de deux tentatives d'assassinat, dans l'une desquelles aurait trempé Lestrade, curé constitutionnel de Lalinde. Le maire et les officiers municipaux, saisis par la plainte de Brunet, gravement atteint, envoyèrent auprès de lui le docteur Fontaine. Le malheureux curé de Saint-Sulpice mourut, le i5 septembre 1792, avant que le rapport du médecin ait été déposé (i). La plainte fut annulée.
François de Montalembert, doyen du chapitre de Sarlat, averti par la délibération ci-dessus
(1) Abbé Goustat. Lalinde pendant la période révoL, p. 236.
i56 l'assemblée législative.
Aussitôt arrivé dans la capitale, Pontard s'était lancé corps et àme dans les sciences occultes, marchant a grands pas vers son apostasie, et scandalisant, par sa conduite ou sa doctrine, les pires évêques constitutionnels. Fauchet voyait en lui le plus dangereux des novateurs (i). Le Coz et Grégoire le comparaient a Luther (2) ; celui qu'ils regardaient comme un réformateur redoutable, n'était, entre les mains dès Francs-Maçons, qu'un mannequin crosse et mitre,
A cette époque vivait, dans l'importante paroisse de VanxainSj près Ribérac, une demoiselle Clotilde- Suzanne Courcelles-Labrousse, plus connue sous le nom de Suzette Labrousse ; elle était née en 1741. Dès son Jeune âge, elle s'était signalée par de fréquentes extases, pendant lesquelles on l'entendait formuler de mystérieuses sentences. Ses admirateurs recueillaient soigneusemient ses paroles; il en résulta bientôt un assez volumineux manuscrit, qui fut intitulé : Les Enigmes.
Pendant toute la seconde moitié du dix-huitième siècle, le magnétisme et la magie s'étaient singulièrement propagés dans l'Europe entière, sous la puissante influence de Mesmer et de Cagliostro. Les expériences de ces sciences occultes avaient
(i) journal des Amis, n° 48.
(2j Amis de la Religion, n" 21, p. 243.
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tarda pas k se signaler comme l'un des plus fermes admirateurs de la Constitution prétendue civile. L'ancien prieur de Vauclaire n'avait pas oublié Suzette Labrousse ; il fit de tous côtés une ardente réclame en sa faveur, cherchant à faire ressortir, près des Francs-Maçons et des illuminés, les avantages qu'on pourrait retirer des Enigmes, où chaque page célébrait les bienfaits d'une révolution politique et de la réorganisation de l'Eglise.
Il eut même le singulier projet de faire partager par l'Assemblée nationale son enthousiasme et son admiration pour la visionnaire. Le 1 3 juin 1790, il coi:nmença, du haut de la tribune, le discours suivant : « Citoyens, il existe dans le Périgord une )) personne nommée Suzette Labrousse ; elle a » annoncé a un grand nombre d'iiriividus la » révolution présente. Elle m'a communiqué, il y » a onze ans, un ouvrage manuscrit dans lequel )) elle prédisait la convocation de l'Assemblée (C nationale, la cassation des vœux monastiques, la )) réforme des abus, le rappel du clergé a sa pureté )) primitive, la fédération de tous les peuples de la )) terre pour ne plus former qu'un peuple de frères.
» Ces prédictions ont été communiquées dans le » temps a M. l'Evêque du Périgord »
A ces mots, les clameurs et les sarcasmes de l'assemblée forcèrent Don Gerle à descendre de la tribune.
lS^ LA CONVENTION NATIONALE.
procédant a de nouvelles élections, qui amenèrent a l'Hôtel de Ville des conseillers plus violents que les précédents.
(Cependant, le peuple restait chrétien jusqu'au fond de l'àme, car, malgré les lois de persécution, qui sans cesse frappaient l'Eglise, les processions sortirent, en 1792, dans les rues des grandes villes, aussi brillantes que sous la Monarchie.
A Périgueux, le clergé constitutionnel les organisait avec la pompe accoutumée: mais, comme les séminaristes n'avaient pas répondu a lappel du patriote Peyssard, les vi(\iires épiscopaux trompaient le regard des iidèles en se faisant suivre par des ouvriers revêtus d'ornemenis sacerdotaux (i).
L'Eglise olUcielle jouissait encore de quelques prérogatives éphémères. « Ainsi, a Lalinde, la » municipalité, réunie le 8 février 1793, renouvela » les arrêtés antérieurs de 1790, 1791, 1792, » relatifs à la défense faite aux aubergistes de » donner a boire ou a manger pendant les offices » divins. Ce dernier arrêté fut même lu et publié » au prône de la messe par le secrétaire gref- » fier » (a).
Cependant, les maisons de réclusion, fondées en vertu de la loi du 26 août 1792, étaient vides, et
(i) .1. (hédot. P, Vantard,
(3j Abbé Gouslat, Lalind'e pendant la pér. rév., p. 13 1.