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ner également k la déportation les évoques constitutionnels qui s'opposeraient au mariage des ecclésiastiques. La Convention avait, en novembre 1792, enjoint aux paroisses d'accueillir les prêtres mariés aussi bien que les célibataires, et décidé que les communes rebelles devaient être privées de leur curé ; celui-ci pourrait alors résider où il voudrait, et recevrait néanmoins son traitement intégral.
Le mariage fut pendant quelques semaines un témoignage de civisme, très apprécié par le clergé constitutionnel. Pierre Pontard ne tarda pas à s'en accommoder. Il épousa, le 12 septembre 1793, a Paris, Sophie Portier, originaire de Lyon, et le 22, il la présenta solennellement à la Convention. Le lendemain, la nouvelle en fut portée par Le Monilear a la connaissance de tous les diocèses, dans les termes suivants :
(( L'évoque de Périgueux présente a la Conven- )) tion son épouse, qu'il a choisie pauvre de fortune )) et riche de vertus, dans la classe des Sans- )) Culottes. Il demande que la Convention décrète )) que les mariages de prêtres soient mis sous la » sauvegarde spéciale de la nation.
» On demande que le président donne à cette » citoyenne l'accolade fraternelle.
)) Son époux la conduit au fauteuil du président.
212 LA CONVENTIOIN NATIONALE.
des artistes et des crédits. Pérîgueux n'avait peutêtre ni les uns ni les autres ; mais la Société archéologique de la Corrèze a publié récemment la description d'une solennité célébrée a Tulle le 20 juin 1794» en imitation du beau spectacle donné, le 7 mai, dans le jardin des Tuileries (i).
L'ingénieur en chef avait été chargé par le Conseil général d'organiser cette grande cérémonie, et le dessinateur principal du département en avait fait un tableau clair et précis pour la société populaire des Amis de la Constitution, Le fac-similé de ce tableau a été reproduit dans le tome 26 du Bulletin de la Société archéologique de la Corrèze ; il fait naître l'idée d'une fête champêtre, bien mieux que l'idée d'une fête religieuse. Comme a Paris, on put voir a Tulle le grand pontife laïque livrer Vathéisme aux flammes et faire aussitôt paraître devant la foule enthousiaste une belle statue de la Sagesse.
Autour de Timmense autel, les ingénieurs avaient disposé de verts ombrages, sous lesquels étaient installées de joyeuses guinguettes, où le public semblait trouver plus d'attraits que dans la contemplation d'une statue de plâtre.
L'Etre suprême restait toujours dans un vague impénétrable ; on lui substituait une synthèse
(i) Année 1904, 3"^* livraison, p. 444.
ai6 ' LA CONVENTION NATIONALE.
Peyrot, au début de leur vie ; l'un d'eux a soixantequatorze ans et l'autre soixante ans passés.
Le président leur dit :
— Pourquoi ne vous êtes-vous pas présentés au département, pour être déportés?
— Nous avons écrit au district que nous nous présenterions dès que nos infirmités nous le permettraient, et nous avons mis, a l'appui de notre lettre, les attestations des médecins. Le tout est régulièrement enregistré au district.
— Hier matin, ajoute d'Arien sec, j'ai été tout surpris de me voir appréhendé près du pont de Mussidan.
Arrêtés le 3 août 1794» jugés le 4, les deux vieillards furent guillotinés le 5.
Antoine Lavergne, aumônier des Sœurs de Sainte- Marthe, n'avait que vingt-neuf ans. Le i/i juillet 179/1, il parlil, a la fin du jour, avec dcuv autres prêtres: ils arrivèrent a iNeuvic le i5, avanl cinq heures du matin.
Lavergne s'arrêta chez un modeste cultivateur, Jean Delord, tandis que ses deux compagnons poursuivaient leur route vers Bordeaux.
Deux jacobins avaient remarqué de loin les adieu v des trois voyageurs et s'étaient empressés de signaler les suspects a la municipalité.
Vers onze heures, le maire et deux conseillers
338 LA (îo^vE^Tlo^ nationale.
sous la seule réserve de n'accomplir aucune cérémonie extérieure.
(]e fut dans la France entière comme un clair rayon de soleil, qui rendit a toutes les provinces, tremblantes sous la Terreur, une douce et joyeuse ronliance en l'avenir.
A Périgueux, l'heureuse nouvelle fut pqrtée aux prisonniers ecclésiastiques par le Maire de la ville, M. Audebert, avoué, qui, rayonnant de bonheur, fit ouvrir devant lui toutes les portes du monastère.
A Saintes, la municipalité réunie voulut aller à Notre-Dame, annoncer aux déportés leur libération : les prisonniers furent aussitôt recueillis dans les diverses maisons de la ville, et dès le lendemain, ils eurent la consolation de pouvoir célébrer le saint sacrifice de la messe.
Sur les soixante-dix-huit prêtres, choisis comme les plus jeunes et les plus robustes parmi les quatre cents prisonniers de la Dordogne, seize seulement rentrèrcnl dans leurs foyers. Soixante-deux avaient péri, sans avoir essuyé la cruelle épreuve de la véritable déportation, que le Directoire allait bientôt infliger au Clergé de Fran(*e.
5^ VI. — Trente Mois de Liberté.
1/2 Février / 7/y.^ >Jii 4 Septemhrc l~ffj-i
La loi libérale du .^ vendémiaire, an III (13 fé^Tier 1796), produisit une profonde impression sur tous
a 36 LA CONVENTION NATIONALE.
Ils résolurent, enfin, d'appeler eu un concile, pour le I" novembre 1790, les évêques de l'Eglise constitutioiuielle ; leurs démarches restèrent sans résultats pratiques. Pour donner, en 1797, un dernier et bien éphémère éclat a la Constitution civile du Clergé, les réunis auront besoin qu'une nouvelle Terreur vienne une seconde fois enlever aux paroisses leurs curés insermentés.
Ne pouvant rien obtenir en vue de la réorganisation de leur Eglise, ils auraient voulu tout au moins entraver les progrès incessants de l'Eglise catholique. Dans ce but, ils essayèrent de faire rapporter ou modifier la loi libérale du 1 2 février.
Le Coz, évoque d'IUe-et-Vilaine, écrivit le 22 avril 1795 à Grégoire :
(( La Convention a fait une faute irréparable, en » mettant en liberté ces hommes, sans exiger » qu'ils se lient a l'intérêt public (i) ».
Par ces hommes, le peu libéral évêque désignait les prisonniers et les déportés.
Le 7 mai, Le Coz écrivait encore :
(( \ous îiuriez anéanti ce levier de contre- » révolution, en ne doimant la liberté qu'a ceux
(1) P. iloussel, Correspondance de Le Coz.
238 LA CONVETVTIOIN NATIONALE.
A la date du 17 octobre 1795, tous trouvons, sur les registres municipaux de Sarlat, l'acte suivant :
u Aujourd'hui, 20 vendémiaire, an IV, est comparu devant » nous,officiersmunicipaux de la commune deSarlat, lecitoyen )) Joseph Dalbaret, habitant à Sarlat, lequel a fait la déclara- )) tion suivante : « Je reconnais que l'universalité des citoyens » français est le souverain, et je promets soumission etobéis- » sance aux lois de la République. »
» En foi de quoi, nous lui avons donné acte de cette décla- » ration, et a signé avec nous.
» DALBARET, Evêque. BORIE, Maire,
» SYREY, RONDEL, CONSTANT, Offkierfi municipaux,
» Et de suite, le citoyen Dalbaret a déclaré vouloir faire » l'exercice de son culte dans la maison de Compère, où il » habite.
» El a signé avec nous les dits jours, mois et an.
» Suivent les signatures (i) ».
Le 9J\ octobre 1795, Vincent de Chaunac fit, a la mairie de Sarlat, une déclaration exactement conforme k celle de son évêque ; tous deux étaient I alors accablés par les infirmités, bien plus que par le poids des années; ils ne tarderont pas à se séparer.
Presque tous les curés de la Dordogne, revenus
(i) Archives municipales de Sarlat.
LE CLERGÉ PERIGOURDIN. 2/| T
la façonner k leur guise; ils ne veulent pas abandonner le pouvoir.
Nous les suivrons dans leurs derniers efforts, qui seront pour eux pleins de surprises et de dangers. Effrayés et souples pendant les premiers mois, ils reprendront ensuite leur criminelle audace, et susciteront une seconde Terreur, d'où l'Eglise sortira triomphante.
CllAPIÏHE VII.
Le Directoire
26 OCTOBRE 1795 A 9 NOVEMBRE 1799—4 BRUMAIRE AN IV A 18 BRUMAIRE AN VIII
^ I Trente mois de Liberté
I Suite du 'Jfi Octobre l'Jfj^ JW 4 Seytemhre Ijifji-
'i II Seconde Terreur. La Guyane Française.
i^ m Les Théophilanthropes et le Culte décadaire.
§ I. — Trente mois de Liberté
(Suite du 'Jii Octobre fjf).^ nu 4 Septembre /7.'>7^.
L'émeute du lo -août 1792, en renversant la Monarchie, avail supprimé la dernière puissance matérielle protégeant l'Eglise de France contre la rage des persécuteurs ; à dater de ce jour, le pouvoir exécutif, envié par tous les tyrans, passa successivement d'un groupe à l'autre, grâce au concours sanglant de la guillotine. En même temps, tout culte religieux restait interdit; les prêtres étaient égorgés, expulsés ou mis en prison, et les édifices religieux étaient vendus aux enchères.
:j/|6 L£ DIKECTOIKE.
pas pu réclamer, il faut nécessairement évaluer a quarante mille environ le nombre des communes où les cérémonies religieuses devaient être régulièinent célébrées au i" octobre 1796.
A cette même date, sur les six cent quatre-vingtquatre paroisses qui formaient les anciens diocèses de Périgueux et de Sarlat, quatre cent cinquante environ avaient rappelé leurs curés, parmi lesquels cent avaient bravé les persécutions, cachés autour de leur presbytère ou dans leur famille ; cinquante étaient revenus soit des pontons, soit de l'exil; les autres étaient sortis, après le 9 thermidor, des diverses prisons du département.
Quant aux trois cents prêtres assermentés, qui s'étaient, aussitôt après la promulgation de la loi du iî2 juillet 1790, ralliés à J'Eglise constitutionnelle de France, leur nombre n'atteignait plus le chiffre de cinquante. 11 serait imprudent d'affirmer l'exactitude absolue de notre statistique ; mais nos recherches persoimelles nous permettent de la présenter connue étant très vraisemblable.
Don (jluéranger aflirme, cependant, que sur les douze mille prêtres qui avaient accepté la Constitution civile du Clergé, deux mille, en 1796, étaient morts ou avaient apostasie. D'autre part, M. Boulay. de la Meurthe, dit que, sur les douze inill(^ assermentés, cjualre mille s'étaient rétraclés.
200 LE DIKECTOIKE.
» persécution. Auteur du Journal Prophétique^ il s'y
» montra aussi furieux que Luther contre le chef
» de l'Eglise. Dénaturant les prophéties d'Isaïe,
» il les interprétait suivant la perversité de ses
)) désirs Il osait célébrer les saints mystères
» une pique a la main, en bonnet rouge ; il faisait
» placer sa femme près de l'autel, et l'annonçait
» dans son journal (i) ».
Il ne faut pas s'étonner si le clergé constitutionnel de la Dordogne s'est complètement dispersé, sous la funeste influence de son évèque et de ses vicaires épiscopaux. D'ailleurs, les prêtres assermentés n'avaient plus, pour entretenir leur dévouement, les beaux revenus qu'on leur attribuait lorsqu'ils formaient une Eglise officielle.
L'unique ressource des jureurs et des réfraclaires était alors la pension ecclésiastique, rétablie par la loi du 4 septembre 179^, et qu'on servait avec une inexactitude persévérante.
Nous savons que ces pensions annuelles variaient, suivant l'âge des prêtres, de deux cent soixante-sept livres a trois cent trente-trois et a quatre cents. Les plus fortes étaient inférieures de cent livres au minimum fixé, pour la portion congrue, par la dernière assemblée du Clergé; or, depuis deux ou trois ans, tous les presbytères avaient été vendus par la nation.
(1) Annales de la lieliylon. l, I, p. a()3.
*2Ôtà LE DIRECTOIRE.
n'avaient même pas, pour les soutenir, la paternelle direction de leur évêque, puisque l'épiscopat tout entier était en exil ; mais ils trouvaient un encouragement précieux dans le souvenir des cruelles journées de 1799 et 1793 ; ils avaient en môme temps la douce consolation d'accomplir avec générosité leur devoir pastoral ; tels furent Gaillard, a Bourniquel ; Joflre, à Nailhac ; Pons, a ïamniès ; Leymarie, a Terrasson ; Sourzac, a Salignac, etc. f]e fut en ce nioment-la que l'évêque de Sarlat, Joseph d'Albaret, se vit obligé d'abandonner son diocèse. 11 avait perdu tout espoir dans le prochain rétablissement de la Monan^hie, connnc dans l'amélioralion du régime républicain, sur lequel il avait fondé peut-être quelques folles illusions. Sa fortune personnelle était dissipée ; les inHrmités l'accablaient. Il résolut d'aller chercher la paix de ses derniers jours dans sa famille, qui était revenue a Pignerol, en Piémont, pajs d'origine des Ponte d'Albaret.
Nous avons trouvé, dans les archives municipales de Sarlat, sous la date du G mai 1796, les deux actes suivants :
(( Séance du 17 lloréal, au IV : Vu la pétition du citoyen » Dalbarel, tendant à obtenir un passeport pour Genève, » l'administration municipale, conformément aux lois du » i4 ventôse dernier et 7 décembre 1792, ouï le commissaire )) du Directoire exécutif, estime qu'il y a lieu d'accorder ledit )) passeport pour Gencvc, pays neutre, attendu que le péti-