LK DIRECTOIRE
de la Victoire; il sufllisait que le Ministre de la guerre fut considéré comme étanl favorable à la liberté religieuse, pour (|u'il méritât l'exil ou la Guyane.'
Le nouveau président s'empressa de montrer son obéissance servile envers les loges; dans la harangue qu'il eut a prononcer le jour de son installation, il attaqua le fanatisme en termes aussi violents que ceux dont s'étaient jadis servi Danton et Robespierre.
La loi du 7 fructidor, suivant de près les élections de l'an V. avait cependant produit en France et a rétranger ime émotion considérable. Les émigrés, toujours disposés à se laisser entraîner par la plus vague lueur d'espérance, scî préparaient, pour la seconde fois, à revenir dans leurs dioc^èses: les plus impatients se mirent en route, et notamment Darpès, l'ancien vicaire épiscopal de Pontard, et Mage, vicaire de Sainte-Eulalie-d'Ans.
Au moment où ces imprudents arrivaient a Bordeaux, les Francs-Maçons et les Jacobins venaient de réaliser, avec la complicité de Reveillère-Lépeaux et du général Augerean, le coup d'Elai du 18 fruclidor (/i septembre» 1797).
Quarante-deux membres du (lonseil des Cinq cents et onze membres du (Conseil des Anciens furent arrêtés, ainsi que le directeur Barthélémy. Carnot. prévenu du sort qui le menaçait, avait
'id'A LE DlUECTOllŒ.
individuels et motivés du président du Directoire. Cette formalité parut trop longue a Reveillère- Lépeaux, qui, sans égards pour les victimes de sa haine et pour la loi, se contenta toujours de rendre contre les ecclésiastiques des décrets collectifs et non motivés.
Les malheureux envoyés a la guillotine sèche, sans qu'on leur ait indiqué le motif de cette condamnation, cherchaient a faire valoir une raison de santé pour éviter le séjour mortel de la Guyane. Il faiit rendre cette justice à la municipalité de Périgueux qu'au sujet des réclamations présentées par les déportés, elle lit preuve d'une grande bienveillance». Presque tous les condamnés de la Dordogne furent reconnus infirmes ou malades ; nous avons déjà cité Darpès ; nous citerons aussi Pasquet-Chamiers , Labrousse, Jacques Puybertrand, Tamarel-Lagrave, Soubrier, Léonard Duclaud, Aublant, Beau de Verdenej, Beylol, (îlavières, Delpech. Duban, Lagane, Manières, etc., de sorte que la déportation ordoimée par le Directoire fit en réalité peu de \idimes dans le clergé périgourdin,
^ous n'avons trouvé que (pialre [irètres de la Dordogne (MiNoyés l\ la (inyaiie, mais tous les quatre y sont morts dès leur arrivée. Ce sont : l'ancien curé de Bouteilles, François Gibouin ; l'ancien curé de Salignac, Jean Sourzac. dont nous avons déjà parlé; Coudert-Prévigiiaud, curé constitutionnel de
282 LE DIHECTOIHE.
(l'accord avec Siejés, fît le mémorable coup d'Etat du 18 brumaire, an VIII.
hv (Conseil des Cinq cents, convoqué a Saint- (Jloud, fut dissous. Quarante députés, restés dans U\ sallcî des séances, décrétèrent : la suspension des deux Conseils jusqu'au 1" ventôse, l'établissement de trois consuls et la création de deux Commissions chargées de préparer une Constitution nouvelle. Le Conseil des Anciens approuva tout.
La Franc-Maçon nerief va bientôt s'effacer ou se mettre en sommeil. Très habile a semer autour d'elle les ruines et la haine, elle se montrera comme toujours impuissante a rien édifier.
Mais les Francs-Maçons, dispersés, chercheront leur place dans le régime nouveau ; ils deviendront les plus obséquieux courtisans du premier Consul, de l'Empire et de la Monarchie.
*>.\)f\ LE CO> COUDAT.
fallait remplacer Pontard; les Six Réunis eux-mêmes ^ le reconnaissaient indigne de faire partie de leur Eglise. Mais si Bouchier était, sous le rapport moral, moins compromis que son évêque, il pouvait assurément supporter Thumiliante comparaison, sous le rapport de la dignité sacerdotale.
Tel est cependant le prêtre, renégat depuis déjà huit ans, que des mandataires inconnus allèrent chercher dans sa chambre d'infirme pour le proclamer évoque de Périgueux.
Aussitôt que l'ancien curé de Saint-Silain eut appris que, malgré son abdication officielle du 3 décembre 1793, on venait de l'appeler aux honneurs de l'épiscopat, il partit pour Bordeaux et, le 32 mai 1801, il fut sacré par le métropolitain delà (iironde, Dominiciue Lacombe, sans qu'aucun suffragant ait assisté le consécrateur dans cette cérémonie, à laquelle deux ou trois prêtres seulement représentèrent tout à la fois le public et le clergé.
(( A la sortie de l'Eglise, la populace poursuivit » Bouchier, en [)roférant les plus grossières in- )) jures. M. Lacombe même ne fut pas épar-
» gné » (i).
Antoine Bouchier revint en toute hâte a Péri-
gueux.
( I ) Bibl. de la ville; porlefeuiile Lapcyrc et Uiboulct.
3oO LE CONCORDAT.
libre et mûri par une plus exacte connaissance des procédés habituels aux ennemis traditionnels du Christ.
Déjà, les évoques et les curés se seront établis, comme aux temps anciens, les défenseurs naturels des faibles, les Aurais protecteurs des ouvriers, les intermédiaires persévérants entre ceux qui possèdent et ceux qui n'ont rien.
Secondés par les catholiques, mieux pénétrés aussi de leurs devoirs sociaux, ils auront ensemble, au cours même de la persécution, restauré la famille, relevé la paroisse et rendu aux associations professionnelles leur féconde activité d'autrefois.
Lorsque, sous la direction du pontife infaillible, l'Eglise aura partout repris cet apostolat social, au milieu des populations ouvrières, si souvent trompées par les Francs-Maçons, les grands problèmes économiques, qui troublent aujourd'hui l'univers, seront bientôt résolus, et le monde du travail retrouvera la paix et le bien-être.
^^ IV. — L'Évêque d'Angoulême.
Le Concordat de 1801 ne fut exécuté qu'après la promulgation des articles organiques, parce que le premier consul jugeait utile à ses intérêts de choisir lui-même le nouveau personnel ecclésiastique.
.Soi LE CONCORDAT.
tôt qu'il eul reçu rinveslilure pontificale, (( il ne
)) craignit pas d'écrire au prêtre Binos qu'il avait
» conservé son titre sans avoir jamais eu la fai-
)) blesse de se réconcilier avec le Saint Siège.
)) Esprit dépourvu de jugement, il resl^ l'un des plus
)) récalcitrants parmi les prélats suspects à Rome.
» et trop souvent il méprisa ses ordres (i) ».
Le Père Roussel a publié, dans la Correspondance (le Le Coz, une lettre où nous trouvons le passage suivant :
« Le i5 août 1802, chez le cardinal Caprara,
)) on nous propose a messieurs Saurine, Périer et
» moi, une formule indécente. Nous répondons :
)) Non possnmns! A la (îuyane plutôt ! Même jour.
)) même proposition h messieurs Le Blanc do
» Beaulieu, Lacomlx^ et Belmas; même réponse
» én(»rgique (î>) ».
S(îeptiqu(; et voltairien, Dominique parlait souvent, sans le moindre respect des plus vénérables institutions de l'Eglise. Au sujet de cette rétractation, rigoureusement prescrite a tous les évoques constitutionnels, et qu'il affirme n'avoir jamais faite, il écrivit :
(( Le légat, au mépris des règles usitées dans
(i) Etude a religieuses, 5 janvier 190;").
(2) Le P. Roussel, Correspondauce de Le un, t. I. p. 4i^4.
.*{()() • LE COXCOKIIAT.
aniiccs d'exil, il gagna très honorablement sa vie comme précepteur, dans des familles chrétiennes. Il revint en France aussitôt après la signature du Concordat, et pria respectueusement l'évêque Lacombe de le recevoir dans son diocèse.
(( Je n'aime pas les vagabonds, répondît le )) prélat jacobin ; vous n'aurez pas de place chez » moi ! ))
L'abbé Jacoupy se plaignit de cet étrange accueil au premier consul, par l'intermédiaire de son cousin, le général Jacoupin, qui venait d'être élu député de la Meurthe au Corps législatif. Bonaparte répondit aussitôt au général :
(( Votre cousin sera mon évêque d'Agen. »
Quinze jours plus tard, l'ancien curé émigré prit, on effet, sa place, crosse et mitre, en la mémorable solennité de la proclamation du Concordat, célébré le jour de Pâques 1802, dans l'église de Notre-Dame.
§ V. — L'Eglise Concordataire de Périgueux.
Lorsque les nouveaux évêques eurent reçu l'investiture pontificale, ils durent s'entendre avec les préfets pour donner un curé à toutes les paroisses de leur diocèse. Il paraissait vraisemblable que le personnel ne serait pas en nombre suffisant
3l6 LE CONCORDAT.
nienls venus de Rome avaient fait naître l'espérance qu'au premier moment favorable, le Souverain Pontife consentirait a relever l'ancien siège ëpîscopal de Périgueux : mais l'empereur n'admettait pas qu'on pût jamais porter la moindre atteinte aux conventions revêtues de sa signature.
Aussitôt après la chute de l'Empire, Louis XVIII résolut de négocier avec le Souverain Pontife l'abrogation radicale du Concordat de 1801, et le retour au Concordat de i5i6.
Le 20 Juin 181 4, un ambassadeur extraordinaire fut envoyé k Rome, pour soumettre au Pape cet imprudent projet.
En ce moment, la France, revenue a ses anciennes frontières, avait perdu l'archevêché de Malînes et neuf ovôchés ; elle n'avait donc plus que cinquante diocèses : neuf archevêchés et quarante-un évêchés. Le Concordat de i5i6 en aurait admis cent trente.
Aux premières démarches de l'ambassadeur extraordinaire, le Souverain Pontife laissa voir que sa dignité ne pouvait pas se prêter a l'abrogation complète d'un acte solennel, résolu depuis si peu d'années, après de longs et laborieux travaux. Les légats qui avaient rédigé le Concordat de 1801 vivaient encore; pouvait -on leur demander de réduire à néant ce traité qui avait ramené la liberté religieuse et la paix sociale au milieu des Français?
L'une des premières conséquences de l'abroga-
3l8 LE CO\*CORD\T.
» idées morales et religieuses que viugt-cinq » années d'orage ont fait perdre.
» Qui donc mieux que votre Grandeur peut » apprécier tous les avantages qui résulteront. )) pour la ville de Périgueux, du retour d'un » pasteur qui lui a donné, pendant de longues » années, l'exemple de toutes les vertus ? »
Mgr de Flamarens n'eut pas la consolation de revoir la France et de revenir dans sa chère cathédrale. Il mourut a Londres, le 6 janvier i8i5, a l'âge de soixante-dix-neuf ans.
La malheureuse tentative des Cent jours arrêta les négociations engagées pour la rupture du Concordat de 1801 ; mais Louis XYIII les reprit avec la même imprudente ardeur, aussitôt que les circonstances le lui permirent.
De nouvelles pétitions, couvertes d'un grand nombre de signatures, furent adressées au l\oi par tous les cantons du département. M. Jean du Chazaud, (mré do Saint-Aulaye, qui, dès son enfance, avait eu ses entrées dans la chapelle de Versailles, en qualité d'enfant de chœur, fut prié de présenter ces requêtes k Sa Majesté.
Les démarches incessantes des catholiques de la Dordogne irritaient l'évêque Lacombe^ qui ne pouvant rien contre M. Vidal, maire de Périgueux, lança ses foudres sur l'abbé du Chazaud et le frappa d'interdit. Le vénérable abbé se réfugia dans le
.SaO LE C.ONCORDAT.
Concordat de 1817. Ce n'était pas, comme l'aurait voulu Louis XYIÎI, le retour au régime de i5i6: c'était le régime de 1801, avec quelques diocèses en plus, il y eut dès lors seize archevêchés au lieu de neuf, et soixante-seize évechés au lieu de quarante-un.
Louis XVIII s'empressa de désigner les titulaires de ces nouveaux sièges; M. l'abbé de Lostanges, vicaire» général de Dijon, fut élu, le 8 octobre 1817, évêque de Périgueux.
Rien que réduit a cette simple amélioration, le (;on(*ordat de 18 17 ramena toutes les questions délicates et périlleuses provoquâmes, en 1801, par le (loncordat consulaire.
Il fut indispensable de modifier les circonscriptions diocésaines, et d'inviter une fois encore tous l(»s éve(jues dcm Kran(*e a donner leur démission. In s(»ul refusa : c'est Dominique Lacombe.
L(» Souverain l^jntife avait pu voir, après 1801, l'étal i\c misère dans lequel vécut, pendant quelques amiécms, 1(^ ('lergé de France; il ne voulait pas exposer les (|uarante-deux diocèses, récemment créés, à subir ces dures épreuves. Avant de donner l'investiture aux prélats élus par le roi, le Pape demanda ([ue des dotations convenables fussent attril)ué(»s h (*hacun d'eux, soit en biens-fonds, soit en renies sur TKtal, pour les menses épiscopales, pour les (chapitres et pour les séminaires.
De longues négociations furent engagées à ce