A*". IC
Le besoin de réagir contre l'ignorance croiS' santé du clergé se fit bientôt sentir à Moscou- Le célèbre Nicon, une des plus grandes figures qui apparaissent dans l'histoire de l'Egbse russe, entreprit de corriger le texte des livres liturgiques, corrompu par les copistes : la r^' sistance que rencontra cette réforme fit cocû' prendre la nécessité d'avoir des écoles.
Le tsar Féodor venait de succéder à son pèi"^ Alexis ; Nicon vivait encore, et l'un de ses disciples, Siméon de Polotzk, exerçait une grande influence à la cour. C'était unhomme de mérite, ne àPolotzk, en 1628.Venu en Russie (1667) après avoir fait ses études en Pologne et fréquenté les écoles catholiques, il avait été chargé de l'éducation de Féodor. 11 réfutait en même temps pai' des écrits substantiels les erreurs des Rascolniques , et composait des drames qui étaient représentés dans les appartements de la princesse Sophie, fille d'Alexis. Lorsque son élève monta sur le trône, il profita du crédit dont il jouissait pour établir une imprimerie au palais ; puis il se mit à prêcher. C'était une innovation hardie : avant lui, on se permettait tout au plus de lire quelques homélies empruntées aux saints Pères; en outre, il laissait voir des tendances catholiques. Il n'en fallait pas tant pour irriter le
patriarche Joachim, homme d'un esprit borné ;
^a-is Siméon, fort de l'amitié du tsar, craignait
P^u les colères du patriarche et songeait même
te priver de la dignité suprême. Son plan
^ait de replacer à la tête de l'Église russe
icon, son maître, qui vivait dans l'exil après
^oir été déposé par ordre d'Alexis. Pour pré-
^^ir un schisme, Siméon proposa au tsar de
''^er quatre patriarches au lieu des quatre mé-
''opolitains et de mettre Nicon au-dessus d'eux,
^^60 le titre de pape. Peu s'en fallut que ce
P'^ojet ne fût mis à exécution.
Pour mieux exphquer la situation, disons encore que sous ce règne les idées catholiques étaient accueillies à la cour avec faveur (1). La Russie entretenait les meilleurs rapports avec |a Pologne. Féodor avait épousé en 1680 une J^une fille d'origine polonaise, nommée Agathe ^Pouchetzka, à laquelle on attribuait de l'inch- ^lation pour le catholicisme. A la suite de ce ^lariage, le costume polonais avait été généralement adopté à la cour. La politique extérieure *^'e Féodor avait pour pivot une étroite alliance ^'^ec la Pologne et la formation d'une ligue contre le Turc, dans laquelle devaient entrer
(') M. Stchebalski le constate. Messager russe, octobre *863,p.767. ■
!f.i '■ ili'BVl
l'empereur d'Allemagne, le Pape et la république de Venise.
C'est en de telles circonstances que Sim^on conçut le projet de fonder à Moscou une école destinée à répandre la civilisation dans 1^ clergé et dans le peuple. A peine en avait-i^ jeté les fondements qu'il mourut. Le seul homme qui pût tenir tête au patriarche venant à manquer, les desseins caressés par le tsar se trouvaient compromis : il ne savait à qui confier la direction de l'école, et, craignant l'oppositioD de Joachim, il hésitait à faire venir des maître^ de Kief. Il profita donc d'une ambassade qu'i^ envoyait au sultan, pour demander des professeurs au patriarche de Constantinople. L'ambassade partit en 1681 ; l'année suivante, Féodor mourut, et l'autorité passa aux mains de Sophie, fidèle héritière de sa politique. En 1684, deux Jésuites arrivèrent à Moscou avec un ambassadeur de l'empereur d'Allemagne, et obtinrent sans difficulté la permission de rester dans cette ville ; il n'est même pas douteux pour nous que Sophie et Gahtzin, son ministre, n'aient eu l'intention de confier l'école aux Jésuites.
Environ un an après l'arrivée de ceux-ci, les professeurs envoyés par le patriarche de Constantinople firent leur apparition dans la capi-
taie. C'étaient deux frères, originaires des îles Ioniennes, qui avaient fait leurs études à Venise «t à Padoue. Leur véritable nom était Lycudes; ^s le changèrent en celui de Leikhudes, et, à l'aide de fausses généalogies, se firent reconnaître comme princes bulgares. On les mit à la ^ête de la nouvelle école ; les Jésuites, de leur côté, en avaient ouvert une autre. Bientôt les deux moines ioniens soulevèrent une question de théologie qui passionna tout le monde, Pf êtres et laïques, hommes et femmes. Il s'agissait de savoir si, dans le sacrifice de la messe, ie pain et le vin se changent au corps et au sang de Jésus-Christ, par la vertu des paroles de Notre-Seigneur : Ceci est mon corps, ceci est ^^ion sang, ou par l'invocation du Saint-Esprit, ^'epidesis (1), qui dans la liturgie orientale suit les paroles sacramentelles. La lutte devint très- ^ve. D'un côté étaient tous ceux qui incUnaient aucathoUcisme, comme Sylvestre Medvédef, supérieur du couvent Zaïkonospaski, le moine Sabbas Dolgui, le prieur Innocent, un laïque occupant une position élevée, Théodore Stchéglovitoy, et beaucoup d'autres. Le patriarche et
(1) Voyez sur cette question : D' Hoppe, Epiklesis der gnechischen uni orientalischen Liturgieen und der romische Consécrations Kanon. SchaSoase, 1864.
les deux moines, avec tous ceux qui étaient, hostiles aux catholiques, s'étaient rangés sous le drapeau opi^osé. Cette guerre de livres et de brochures dura tant que Sophie resta à la tête du gouvernement.
Le 17 août 1689 éclatait la révolution qui lui enleva la régence et livra le souverain pouvoir à Pierre I- (1). Deux mois ne s'étaient pas écoulés que Sophie était enfermée dans un couvent, Galitzin exilé, Stchéglovitoy et Sylvestre Medvédef livrés au bourreau, les Jésuites expulsés ; en même temps, un visionnaire protestant, nommé Kuhlmann, étaitbrûlé vif. Il est remarquable que Pierre P-^ a dû son élévation à Joachim et à la partie la plus ignorante du clergé ; il acquittait ses dettes en persécutant les étrangers et ceux qui avaient des tendances catholiques. Le triomphe du parti ne fut pas long; quelques mois après,le triste patriarche Joachim mourut; en 1694, les deux moines, dénoncés et traités d'aventuriers par Dosithée, patriarche de Jérusalem, étaient éloignés de l'académie slavo-gréco-latine. Après leur départ,elle végéta quelque temps sous la direction de leurs élèves; enfin, en 1702, on fît venir des moines de Kief.
(1) Lefort avait fondé à Moscou une loge maçomùque, et Pierre s'y était fait initier, dit-on.
Siméon de Polotzk, les frères Lykhudes, les 'ûoines de Kief, avaient tous puisé leur science en Occident et dans les écoles catholiques. Ils s'étaient familiarisés avec la grammaire d'Al- "^arez, les méthodes des Jésuites et la Somme de saint Thomas. On peut dès lors se faire une idée de l'enseignement donné à l'académie de Moscou : c'était une imitation, ou, si l'on veut, une contrefaçon des collèges de l'Europe catholique. La plupart des élèves qui la fréquentaient, n'appartenaient au clergé ni par leur naissance, ni par leur vocation; on voyait sur les bancs, à côté de prêtres, de diacres et de moines, des jeunes gens de toutes les conditions, y comprise l'aristocratie (1). Il paraît cependant que le goût des lettres avait quelque peine à se répandre à Moscou. En 1704, sur trente-quatre élèves de philosophie, on trouve trois noms appartenant à la Grande Russie, tous les autres à la Russie Blanche ou à la Pologne (2). En 1736, on voit entrer à l'académie cent cinquanteliuit nobles, parmi lesquels on distingue des Galitzin, des Dolgorouky, des Obolensky. L'es- Prit de caste n'y avait pas encore pénétré. Le
(1) Smirnof. Histoire de l'Académie slavo-ffréco- Moscou. — In-8°, Moscou, 1855, p. 25.
latine de
(2) lUd.,^. 81.
dO.
personnel enseignant ne se recrutait guère parmi les élèves de la maison; on continuait de l'emprunter à Kief. Nous avons la liste des recteurs, des préfets et des professeurs depuis 1703 jusqu'en 1774 : ce sont presque tous des moines ou des prêtres originaires de l'Ukraine ou de Pologne (1), anciens élèves de Kief.
D'où venait cet état des choses ? La réponse est facile ; à Moscou, presque personne n'achevait ses études ; quelquefois il n'y avait pas en théologie plus de huit auditeurs. Quand on avait appris un peu de latin, on s'en allait chercher fortune ailleurs. Un assez grand nombre d'élèves se faisaient recevoir à l'hôpital de Moscou pour y apprendre la médecine; d'autres, étudiaient les mathématiques, qui leur ouvraient l'accès de différentes carrières; d'autres encore étaient occupés à l'imprimerie, à la Monnaie, etc. Les gouverneurs des provinces en emmenaient avec eux pour en faire des professeurs ou des maîtres d'école, etc. Pierre P'' en distribuait un bon nombre dans la marine et
(1) On ne rencontre que des noms comme Krasnopolski, Wisznewski , Miegalewicz , Florinski , Kozlowicz , Liaszczewski, Bronicki, Przjbylowicz, Kulczycki, Kolniecki, Konaszewicz , Zaborowski, Rudzinski, Leszczinski, Czarniecki, Jaroszewski, etc., etc.
".lii 'Si
dans la garde ; il en envoyait d'autres continuer leurs études à l'étranger. Lorsque l'académie des sciences fut fondée à Pétersbourg, il fallut des auditeurs pour les cours qui lui étaient prescrits : on alla les prendre à l'académie de Moscou. Le tsar réformateur s'était adressé aux Jésuites de Prague, pour faire traduire en fusse des livres de droit et des dictionnaires : quatre élèves furent choisis pour s'occuper de <^e travail sous la direction dds Pères, puis allèrent étudier la philosophie et les lettres dans un autre collège de Jésuites. C'étaient encore des étudiants de l'académie que Pierre P"" envoyait à la mission de Pékin, établie par lui dans un but plus politique que rehgieux, mais qui réclamait cependant un certain nombre de ûioines tant soit peu lettrés.
Bref, l'académie de Moscou servait d'école Préparatoire ; mais il ne paraît pas qu'il en soit sorti beaucoup de prêtres. Nous trouvons sur la liste des élèves, outre le célèbre Lomonossof, Kostrof et Pétrof, qui se sont fait une certaine l'éputation dans les lettres, le prince Cantemir, Bantysch-Kamenski, l'architecte Bajanof ; mais pas un seul nom qui ait honoré le clergé, avant celui du métropolitain Platon.
Les commencements de-l'académie de Saint-
< li
Alexandre-Nevsky, à Saint-Pétersbourg, furent de beaucoup postérieurs à ceux de l'académie de Moscou et beaucoup plus humbles. Ce n'était d'abord qu'une simple école primaire, où étaient admis des enfants de toutes les conditions. Plus tard, on voulut y introduire l'étude du latin; mais l'école ne marchait pas, on n'avait personne à mettre à sa tête. En 1736, on fut obligé de recourir encore à l'académie de Kief, et deux de ses élèves réussirent à organiser des classes. A partir de ce moment, l'académie de Pétersbourg marcha sur les traces de celle de Moscou, en présentant toutefois quelques différences assez notables. Dans le personnel enseignant, on ne voit pas autant de moines de Kief; d'assez bonne heure, les élèves se recrutent presque exclusivement parmi les fils d'ecclésiastiques. Là aussi, par suite de la pénurie d'hommes ayant fait quelques études, l'administration enlève un grand nombre de jeunes gens pour les lancer dans les carrières les plus diverses, avant qu'ils aient terminé leurs classes. Cependant l'académie de Pétersbourg est surtout une école normale où l'on forme des maîtres pour toutes les écoles qui se fondent. On envoie quelques-uns des sujets les plus capables perfectionner 'leurs études à l'étranger ;
'r^miiam,.
'^ais on ne les dirige plus vers les écoles ca- •^ûoliques, encore moins vers les collèges des ''ésuites ; ils vont en pays protestant.
Tel était encore l'état des choses dans les premières années du règne de Catherine II.
Cependant la réaction dont nous venons d'indiluer les premiers symptômes faisait son chemin. Les cours de théologie de Théophane ^rokopovicth, conservés d'abord en manuscrit, plus tard livrés à l'impression, altéraient profondément l'enseignement donné dans les écoles ""usses et ouvraient la porte au protestantisme (1). Il ne faut pas oublier que, pendant Oûzeans, de 1730 à 1741, la Russie a été gou- ^'ernée par le calviniste Biren, et que l'Eglise l'usse fut alors soumise à une véritable persé- •^ution. Elle n'y opposa, il faut bien le dire, qu'une faible résistance.
Le désir d'exposer assez nettement les pre- Qiières phases de l'histoire des écoles ecclésiastiques, nous a peut-être entraîné au delà des 'bornes ; raconter toutesles modifications qu'elles ont subies jusqu'à nos jours, serait chose presque impossible et surtout fastidieuse : bornons-
(1) Voyez les preuves détaillées de cette assertion, dans '"i article intitulé : Enseignement de la, théologie dans ^'Eglise russe. Études, 1™ série, t. I.
nous à indiquer les traits généraux, en éclairant d'une plus vive lumière quelques points importants.
Si nous désignons sous le nom d'ancien système celui qui avait prévalu à Kief et laissé une si forte empreinte sur l'Académie de Moscou, nous pourrons appeler système nouveau l'ensemble des tendances qui se manifestèrent sous le règne de Pierre I™ et qui, malgré des échecs partiels, n'ont cessé de s'accuser davantage. Au point de vue des études, on peut résumer ces tendances en trois points : restreindre l'enseignement des langues anciennes au profit des langues modernes, des lettres au profit des sciences, des études ecclésiastiques au profit des études profanes. La lutte entre les deux systèmes présente un double caractère, l'instabilité et l'uniformité : toutes les écoles sont soumises au même système, et ce système est modifié continuellement.
Onchercberait vainement dans l'Église russe des congrégations enseignantes fortement organisées, fidèles à leurs traditions et à leurs méthodes ; on n'y trouverait pas davantage quelque liberté d'action laissée aux évêqûes pour la direction de leurs séminaires. Les écoles ecclésiastiques qui, à leur origine, étaient un peu
indépendantes et avaient un esprit particulier, se sont vues bientôt soumises à une direction centrale qui a fait passer tous les établissements sous un même niveau. Cette autorité centrale, placée dans une certaine dépendance du Synode, subissait aussi plus ou moins l'influence de l'élément laïque; le nouveau système essayait de battre en brèche ce qui existait ; l'ancien système cherchait à garder les positions acquises, à reprendre celles qu'on lui avait enlevées : de là des tiraiUements continuels qui se faisaient sentir à la fois dans tous les établissements. Voilà, qu'on n'en doute point, une des grandes causes de la faiblesse des études en Russie. La stabilité est une condition indispensable de succès en matière d'éducation.
Quelles que soient nos préférences pour les anciennes méthodes, nous reconnaissons volontiers qu'on aurait pu arriver à des résultats satisfaisants avec le nouveau système. A notre avis, il aurait manqué quelque chose aux jeunes gens sortis de ces écoles ; mais au moins, en acquérant la connaissance des langues modernes, ils auraient eu accès à la littérature française ou allemande ; l'étude des mathématiques et des sciences expérimentales eût donné à leur intelligence des habitudes de clarté,
fci il fV
d'ordre, de méthode, qui ne sont pas à dédaigner. Mais ce n'est pas ainsi que les choses se passent. Sous le nom de scolastique, on rejette toutes les traditions catholiques encore subsistantes ; on restreint de plus en plus la place accordée à la langue latine, sans parvenir à donner aux élèves une connaissance suffisante des langues modernes; on leur fait étudier l'histoire naturelle et la médecine, auxquelles viendra s'adjoindre plus tard l'économie rurale; on multipHe les branches de l'enseignement, et l'on entre ainsi dans la voie funeste des études encyclopédiques qui surchargent la mémoire des enfants d'une multitude de connaissances superficielles, sans former leur jugement, sans développer leur intelligence. Et ce chaos organisé est encore soumis à des changements continuels. Entre les études de l'enfance et celles qui terminent l'éducation, il y a un lien nécessaire. Quel profit peut retirer des cours auxquels il assiste un séminariste qui, dans les classes inférieures, n'a pas acquis les connaissances que ces cours supposent ? Comment voulez-vous avoir de bons professeurs, si vous exigez d'eux qu'ils enseignent ce qu'ils n'ont pas appris ? Et voilà cependant les résultats auxquels on arrive par suite de cette uniformité à laquelle on attache tant de prix.
Nous avons dit, en parlant des moines, combien il est nécessaire de laisser s'organiser et se développer librement des congrégations enseignantes : l'histoire des séminaires russes iQontre avec évidence qu'il y a là une lacune et qu'on ne saurait trop se hâter de la combler. Supposez qu'il existe aujourd'hui plusieurs congrégations dont l'une ait gardé les traditions <ie Pierre Mohila, une autre celles de Siméon <ie Polotzk, une troisième celles de Théophane Prokopovitch, tandis que d'autres inclinent vers le nouveau système : chacune a ses méthodes, sa pépinière de professeurs ; la variété entretient l'émulation, mais l'esprit de corps maintient la stabilité. Que les évêques puissent confier leur séminaire à une congrégation de leur choix, 6lle fournira ces professeurs que vous ne par- '^enez pas à former.
Tous les livres, tous les journaux qui traitent fies écoles ecclésiastiques en Russie témoignent d'une haine plus ou moins accusée contre les ûioines : on s'indigne de les voir à la tête des Séminaires, on voudrait les leur ôter. A notre avis, on en veut surtout aux moines de se monti'er peu favorables aux innovations ; mais, en admettant que les griefs articulés contre eux soient fondés, ces griefs disparaîtraient devant
les réformes que nous avons suggérées. Mieux encore : la grande, la véritable raison qui obHge à maintenir les moines dans les séminaires, c'est qu'Hs représentent seuls le clergé célibataire, et qu'il serait par trop étrange de voir les fonctions de recteur ou de préfet, remplies par un père de famille occupant avec sa femme, avec ses filles, un appartement au milieu des jeunes gens et cherchant des gendres parmi les séminaristes. Qu'il se forme un clergé séculier célibataire, et rien n'empêchera qu'il y ait des séminaires dirigés par des prêtres séculiers.
^ Non, la racine du mal n'est pas là où l'on s'osbtine à la signaler; elle est dans cette direction centrale, dans cette espèce de ministère de l'éducation du clergé, placé sous la double dépendance du Synode et de l'État , mais où l'influence de l'État est prédominante. Et, chose étrange, tandis que la direction des écoles ecclésiastiques passe de plus en plus entre les mains des laïques ; tandis que l'enseignement donné dans les séminaires tend de plus en plus à se séculariser, l'influence cléricale s'y fait sentir par son côté le plus désavantageux. Nous avons vu qu'autrefois des jeunes gens de toutes les classes venaient s'asseoir sur les bancs de l'Académie de Moscou ; aujourd'hui, les écoles
ecclésiastiques sont exclusivement réservées ^ux enfants de la tribu de Lévi. Nous avons dit, ^u premier chapitre de ce travail, ce que nous pensons d'un pareil état des choses et quelles i"éformes il demande, à notre avis. Entre le ûiaintien de la caste et l'organisation des écoles ecclésiastiques, il y a un lien qu'il faut rompre ; ^^ de tous les moyens qui peuvent être em- PWés dans ce but, un des plus efficaces, à nos yeux, serait la formation de congrégations easeignantes dont les écoles seraient ouvertes à toutes les classes de la société.
Ces réflexions acquerront une nouvelle force en étant rapprochées des faits les plus saillants <ie riiistoire des écoles ecclésiastiques.
Une commission établie par Catherine II j (7 septembre 1781), pour doter la Russie d'é- ' coles nouvelles, prit comme modèle les institu- . tions que Joseph II venait de créer en Autriche j et leur emprunta l'organisation des écoles nor- : îûales; son travail ayant élé approuvé par Catherine (5 août 1786), le Synode se hâta d'adapter le même plan aux écoles du clergé. On vit entrer alors, dans le cadre des études ecclésias- | tiques, les mathématiques, la physique expéri- \ mentale, la mécanique et l'histoire naturelle. Le • séminaire de Nevsky pritlenom de séminaire gé-
néral; chaque diocèse devait y envoyer deux de ses meilleurs sujets. L'influence de Joseph II est sensible.
Sous Paul P'' on remarque une réaction. H décide (18 décembre 1797) qu'il y aura désormais quatre académies ecclésiastiques ou facultés de théologie ; qu'en outre de l'enseignement commun à tous les séminaires, on y organisera des cours complets de philosophie et de théologie en latin, ainsi que d'éloquence et de physique; on enseignera les langues grecque, hébraïque, allemande et française. Deux années sont consacrées à la philosophie, trois à la théologie. Pendant ces trois années, les étudiants doivent s'occuper aussi de l'histoire ecclésiastique, de l'Écriture sainte, de la théologie morale et polémique, du droit canon et des obligations des curés. Il est difficile de ne pas reconnaître, dans ces dispositions, l'influence du P. Gruber, général des Jésuites (1).
(1) A cette époque, le P. Gruber était en grande faveur auprès de l'empereur Paul. M. Tchistovitch, dans son histoire de l'académie ecclésiastique de Saint-Pétersbourg, fait mention d'une dissertation canonique «k?- l'autorité du Pape, composée, eu 1800, par l'archimandrite Eugène, préfet de l'académie, à l'occasion d'un projet de réunion des Eglises, présenté par le P. Gruber. La dissertation fut remise par le métropolitain Ambroise au cabinet impérial.L'archimandrite
Ce plan, qui semble emprunté aux séminaires catholiques, est déjà modifié l'année suivante. En 1804, on en fait un autre qui accorde plus de temps aux sciences mathématiques et physilues, et crée un cours d'histoire naturelle. Les quatre premières années sont remplies par les classes de grammaire, la cinquième embrasse la logique, la rhétorique, l'histoire et la géogra- Pliie universelle, l'histoire naturelle, les langues grecque, française et allemande (commencées dès les premières années), la médecine et le comput ecclésiastique. Pendant la sixième année, on doit étudier l'histoire de la philoso- Pliie, la géométrie, la trigonométrie, la physique théorique et pratique, l'éloquence, les mêmes langues que l'année précédente et encore la médecine. Enfin le septième et dernier cours comprend l'histoire ecclésiastique, la théologie dogmatique, l'archéologie ecclésiastique, l'herméneutique et l'exégèse, l'éloquence sacrée, la
aurait fait ce travail par ordre de Paul lui-même. C'est là un t'ait aussi curieux qu'important. Nous devons déclarer que ûous n'en avions aucune connaissance. Il est à désirer qu'on fasse rechercher dans les archives le projet présenté par le- P- Gruber et la réponse de l'archimandrite Eugène, et qu'on les publie. L'archimandrite Eugène est mort métropolitain de Kief. Feu M. Morosohkin m'a affirmé que la réponse d'Eugène avait été retrouvée à Kief.
::am
théologie morale, la géométrie et la trigonométrie, la physique et encore les langues grecque, allemande et française. Huit heures de classe par jour! Nous aimons à croire que ce cours durait plus d'un an; mais, en vérité, on se demande si les auteurs de ce programme avaient jamais étudié.
L'enseignement de la médecine a commencé en 1802 ; il a été mis de côté en 1808 pour être repris plus tard et encore abandonné (février 1866).
i Le 29 novembre 1807, l'empereur Alexan- I dre P'' résolut de réformer encore une fois les ' écoles ecclésiastiques et chargea de ce travail un comité dont Michel Spéranski était l'âme.
Nous ne pouvons nous empêcher de dire quelques mots de ce personnage.
Né en 1772 dans le diocèse de Vladimir, Michel Gramatin était fils d'un pauvre prêtre de campagne. Il fut d'abord admis au séminaire de Vladimir, et c'est là que le jeune ambitieux prit ce nom de Spéranski, indiquant ainsi, à l'aide d'un emprunt au latin, les hautes espérances qu'il nourrissait dans son cœur. De Vladimir, il passa au séminaire de Nevski, où il termina ses études de théologie et devint ensuite professeur d'éloquence sacrée, de ma thé-
^atiques et bientôt après de physique; à ces ^fois chaires, il joignit plus tard l'emploi de préfet des études. On prétend qu'il suffisait à tout. A vrai dire, il réunissait en lui deux qualités qui se rencontrent rarement ensemble, beaucoup de facilité et une grande application S'il travail; mais en le voyant remplir trois ou quatre fonctions dont chacune suffirait pour ab- '^orber un homme tout entier, on ne peut guère ^'empêcher de penser à ce tailleur qui fut cité au tribunal de Sancho Pança dans l'île de Barataria, et qui, avec un morceau de drap à peine suffisant pour faire un habit, en avait fait «nq à la demande de sa pratique, mais si petits qu'ils ne pouvaient habiller qu'une poupée. Cependant toutes ces occupations ne suffisant pas à remplir la journée de Spéranski, il obtmt une place de secrétaire particulier auprès du prince Kourakin. Pendant quelque temps, il <iemeura chez cet homme d'État, prenant ses repas avec les domestiques et allant faire ses cours au monastère de Nevsky. Peu après, Kourakin obtint du métropolitain le congé de Spéranski, auquel il fit donner une place dans ses bureaux. Cela se passait le 24 décembre 1796. Le 19 mars 1801, Spéranski était secrétaire d'État. Il ne tarda pas à être investi
de toute la confiance de l'empereur Alexandre et à devenir le personnage le plus influent de l'empire. Il avait déjà fait subir de profondes modifications à l'administration de l'État et préparait une réorganisation complète, lorsque le 17 mars 1812 il fut arrêté et relégué d'abord à Nijni, ensuite à Perm. Quelques années après, Alexandre l'appela à des emplois assez importants ; mais la confiance première ne revint plus. Nicolas le chargea de faire un recueil de tous les oukases et un extrait systématique auquel on donna le nom du code. Il est mort en 1839, chevalier de Saint-André, décoré du titre de comte et propriétaire d'une jolie fortune.
Cet homme extraordinaire tient à notre sujet à plus d'un titre. Fils de prêtre, élevé dans les écoles du clergé, professeur et préfet des études dans un des premiers séminaires de Russie, il a exercé une notable influence sur la réorganisation de l'enseignement ecclésiastique en 1809. Là, comme dans toutes les choses où il mit la main, on reconnaît un esprit plus étendu que profond; l'amour de la réglementation, de la bureaucratie, de la centrahsation ; des plans d'une symétrie parfaite, qui ne tiennent aucun compte du terrain sur lequel il s'agit de bâtir, et où la substance des choses est continuelle-
NWB'^K^,
ûient sacrifiée à la forme. Ce ne sont que faça- •ies, derrière lesquelles il n'y a rien; ou plutôt, ce qu'il y avait de sérieux, c'est qu'on soumettait toutes les écoles du clergé à une administration où dominait l'influence laïque. Il devait y avoir des académies, des séminaires, des écoles •l'arrondissement, des écoles paroissiales; et ^out venait aboutir à la direction centrale, qui •iounait à tout l'impulsion, et réduisait les meml^res de cette magnifique hiérarchie à l'état de simples rouages, destinés à transmettre le mou- ■^ement qu'ils n'avaient pas d'eux-mêmes.
Voici en quelques mots l'organisation donnée ^ix académies. Les élèves, tirés des séminaires, devaient avoir terminé leur philosophie, savoir le latin et l'une des trois langues grecque, allemande ou française, et n'avoir pas plus de vingt-deux ans ; la durée des cours était de six ans. Parcourons les différents objets de l'enseignement ainsi que les auteurs adoptés.
ï. Théologie dogmatique. — Auteur : Théophane P'-okopovitch, abrégé par Irénée Fialkovs^ki (en latin). — Auteurs auxiliaires : 1. Fr Buddœi In- ^titutiones theologise dogmaticse ; — 3. Holtazii Examen theoiogicum acroamaticum; —3. Turretini Institutio iheologiœ elenchicas; — 4. Sardagna, Opéra theologica.