ML AE
crainte le mot donner. Trouvez donc rien de plus beau que ces centaines d'hommes distingués, de savants, de littérateurs, qui passent les plus belles années de leur vie, souvent même leur vie entière, à instruire la jeunes 6, sans autre rémunération que leur nourriture et leurs vêtements !
Quand on songe que, grâce à ces dévouements, un jeun- homme suit un cours classique pour quelques piastres par an, où se demande ce qui adviendrait le jour où le clergé cesserait de se consacrer à cette grande œuvre de l'instruction publique !
Si du domaine de linstruction nous passons à l’examen du système paroissial, que voyons-nous ? Dans chacune des paroisses, dans les plus pauvres comme dans celles mieux favorisées, le curé est l’âme de tout le progrès qui s’accomplit. Les canadiens-français sont-ils capables de coloniser sans le prêtre ? Non, et ceci est à leur louange. Ils ne veulent pas que leurs enfants naissent sans recevoir, des mains du ministre
de J.-C., le baptème qui les rendra forts dans la vie; etils ne veulent pas non plus mourir sans obtenir l’absolution, qui leur assure la vie éternelle pour laquelle les hommes sont destinés.
L'on ne saurait dire que le clergé ämasse des fortunes, pressure le peuple. Les institutions qui ont acquis de la richesse—par dons le plussouvent—l’appliquent à l’éducation ou à des fins de charité. La grande majorité des membres du clergé vit dans la pauvreté, la privation. Eston capable de dire la somme de bienfaits et d’aumôûônes distribuée annuellement par la hiérarchie catholique, malgré ses faibles ressources ?
L’instruction publique, la colonisation, la conduite des paroisses, l'impulsion politique, ajouteronsnous, on‘ été, pour une large proportion, sous le contrôle du clergé depuis la fondation de la colonie.
Avons-nous prospéré ? Avonsnous grandi? Nous posons ces questions à tous les hommes de bonne foi. La réponse, qui ne peut-
ON TT ce
être douteuse, sera la meilleuresolution du sujet le plus sérieux qui occupe les esprits attentifs: le rôle futur du clergé parmi nous.
XHII
La part que prendra le clergé dans la politique et les affaires de cette province sera nécessairement caljuée, au moins dans une bonne mesure, sur la conduite du peuple à son égard. Si, écoutant des conseils perfides, nous repoussons son assistance et refusons son labeur : si nous le persécutons lorsqu'il nous offrira le secours de ses lumières : si nous le comblons d’avanies quand il mettra à notre service son influence : enfin, si comme nation, nous déclarons que n’en voulons pas, il est bien évident que l’action de la hiérarchie catholique se fera moins sentir que par le passé.
L'Eglise ne renoncera à aucun de ses droits : elle se conformera à la nécessité des circonstances, elle cédera à la force. Elle ne tient pas sa vie de l’état, elle peut subsister
Le re Ne
sans lui. S'il se sépare d’elle, s’il la proscrit, il re lui enlève rien de sa force et de son éclat : il se prive d’un concours qui lui est indispensable, il se suicide, voilà tout !
Ce qui est vrai pour tous les peuples, l’est spécialement pour nous.
Nous sommes placé dans une position qui exige que nos forces ne soient pas amoindries, que nos mou-
vements soient calculés avec soin, :
que notre vigilance ne soit jamais prise en défaut.
Le clergé est sans contredit l’organisation la plus puissante, le corps le plus éclairé que nous possédons. Iln’a pas d’autre intérêt que le nôtre: il est composé de ceux de notre race. Tous les évêques de Ja province, tous les prêtres, à quelques exceptions près, sont des canadiens-français, nés au milieu de nous, sortis du sein du peuple.
Comment et pourquoi ce clergé ne nous serait-il pas dévoué, ne voudraït-il pas notre avancement et notre bonheur ?
A ceux qui demandent que le
clergé soit proscrit de notre société,
1e 1: 1ÿne
de notre politique, nous demandons par quelle influence morale ils se proposent de diriger à l'avenir le peuple ? Nons leur demandons s'ils réfléchissent à ce qu’ils font !
Nous n'avons pas peur de dire la vérité, et nous sentons quelle doit être dite bien haut et bien fort dans le moment actuel.
Faites disparaître le clergé de la politique, et le peuple canadienfrançais sera gouverné par l'argent, par la boisson, par les préjugés, par la mauvaise presse et—conséquence rapide—par l'élément anglais.
Nos adversaires le savent.
Ils nous accuseront néanmoins de calomnier nos compatriotes. Non, nous ne calomnions pas en disant ces choses. Tous les peuples se ressemblent : t ouvez-en un seul qui, s'étant séparé de la religion, ait échappé à la corruption, au joug des préjugés, à la tyrannie.
Nous avons fait une expérience.
Elie n’a pas été assez sévère et assez longue, nous le craignons.
À force de dénonciations, de clameurs, d'intrigues, de calomnies,