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Donoso Cortès commence son admirable « Essai sur.le catholicisme »
par ces mots : —
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“ Il est surprenant, a dit M, Proudhon, qu’au fond de notre politique nous trôuvions toujours la théologie. ?’ Ce qui est surprenant, c’est l’étonnement qu’expriment ces paroles : la théologie n'’estelle pas la science de Dieu, l'océan qui contient et embrasse toutes les sciences, comme Dieu est l’océan qui contient et | embrasse toutes choses. ?? |
Et plus loin il continue:
‘ Posséder la vérité politique, c'est | connaître les lois auxquelles sont assujettis les gouvernements ; posséder la vérité sociale, c’est connaître les lois 1 auxquelles sont soumises les sociétés humaines ; or pour connaître ces lois il faut connaître Dieu ; et celui-là connaît Dieu, qui, entendant ce que Dieu affirme de lui-même, croit ce qu’il entend. Toute | affirmation relative à la société ou au gouvernement suppose donc une aflrmation relative à Dieu; et, la théologie étant la science qui a pour objet les affirmations divines, toute vérité politique ou sociale se résout, en dernière analyse, en vérité 1h60lOgIqUe.. sus à dossocses sosooss ce
Si tout vient de Dieu et si Dieu est en tout, la science qui donne la raison dernière de toutes choses ne peut être que la science de Dieu, la théologie : et ceci explique pourquoi, lorsque la foi diminue, les vérités diminuent dans le
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monde exactement dans la même mesure ; pourquoi la société qui se détourne de Dieu voit soudain une effrayante obscurité envahir tous ses horizons. C’est là, pour le dire en passant, un fait d’expérience universelle et la cause qui, dans tous les temps, a porté les hommes à considérer la religion comme le fondement indestructible des sociétés humaines :
‘ Qui ébrarle la religion ébranle le fon:- ‘“ dement même de toute société, ??
disait Platon ; et Xenophon ajoutait :
‘“ Les cités et les nations les plus pieuses “ furent toujours les plus sages et celles “ qui eurent une plus longue durée. ??
Plutarque affirmait ‘ qu'il est plus facile ‘“ de bâtir une ville dans les airs que de ‘ constituer une société sans la croyance “aux dieux.’ Knousseau constate que “ jamais État ne fut fondé que la reli- “ gion ne lui servit de base ; ?” et Vol- ‘# tairo avoue ‘‘ que partout où il y a une ‘“ société la religion est absolument ‘ nécessaire. ?’ ‘Toutes les législations des peuples de l’antiquité reposent sur la crainte des dieux. Polybe déclare que cette crainte sacrée est plus nécessaire encore chez les peuples libr2s que chez les autres. Afin que Rome fût la ville éternelle, Numa en fit la ville sainte, et de tous les peuples de l’antiq:ité le peuple romain fut le plus grand, précisément parce qu’il fut le plus religieux.
César, dans sa jeunesse. s'étant permis un jour, en plein sénat, d’attaquer la croyance à l'existence des dieux, on vit aussitôt Caton et Cicér- . se lever, reprocher au jeune orateur sa téemérité et l’excuser d’avoir proféré des paroles funestes à la République. Tout le monde
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connaît le mot du grand capitaine romain
Fabricius, qui, entendant le philosophe Cynéas se moquer de la Divinité en présence de Pyrrhus, s’écria : “ Plaise aux dieux que, lorsque nos ennemis seront en guerre avec la République, ils suivent cette doctrine. ”?
Le chanoine Moulart dans son livre sur «l'Eglise et l'Etal» s’exprime &Insl :
‘“ Nous allons essayer de montrer que la religion est le principe même de Is vie sociale et le vrai fondement de 1’ordre politique. La conclusion naturelle sera que la première des obligations du pouvoir est, non-seulement de respecter les croyances religieuses, mais de les protéger et de les défendre.
# Quand on analyse les conditions d’existence de l’être social, il est facile de voir qu'il repose tout entier sur deux éléments essentiels : a) sur les vérités sociales, et b; sur Les devoirs sociaux, qui découlent de ces vérités et dont le parfait accomplissement, en établissant l’ordre, procure le bonheur de la société.
Ur, l’un et l’autre élément ont leur cause, leur raison d’être et leur point d'appui dans les dogmes religieux, de telle façon ‘que les tout premiers principes de deux ordres civilet spirituel se confondent.
Ainsi, la société civile et la religion ont la même origine, qui est Dieu, comme elles ont le même terme, qui est le bon:
beur de l’homme.”
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Qu'on lise cette page de l’abbé Chantôme :
s Notre politique doit donc être religieuse et s'appuyer sur cette force au dessus de laquelle il n’y en a point, en dehors de laqueile on n’en vcit point, sinon l& force ds l'erreur et du mal.
En etet, si la vraie, la grande politique veut posséder quelque chose de l'infini, de l’absolu, et s’unir, par conséquent, à ce qui est universel et permanent, ne doit-elle pas prendre dans la religion son principe, sa règle, son but et sa force vitale ?
Carenfin, s’il y a un Dieu, s’il y a une
Providence, il est évident que ceux qui conduisent les peuvles doivent prendre de ce Dieu le mot d'ordre, et devenir les dociles serviteurs de sa Providence.
Qu'ils sortent de là, tout ce qu’ils font est nul de soi, car cela est fait sans intelligence et sans avenir. Ce n’est plus l’ordre, mais le chaos ; ce n’est plus le progrès, mais le tourbillon de toutes les ignorances, de toutes les ambitions, de tous les intérêts en collision.
‘ Est-ce que tous les grands hommes, tous les grands peuples qui ont fondé des empires et poussé le monde en avant n’ont pas été dominé: par ces pensées ?
Depuis Moïse, vous n'en trouverez pas un seul qui n'ait cherché dans l’ordre religieux sa force, sa lumière, et n'ait réalisé une politique dont le mobile principal fût toujours un sentiment, une croyance religieuse.
‘ La religion est toujours venue 86 poser tôt ou tard, en première ligne dans
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l’accomplissement de leur mission. La religion est au fond de tout; on a beau vouloir la laisser à l'écart, bientôt elle surgit, grandit vite ek& devint le point essentiel sans lequei toutes les questions de politique purement profane restent insolubles. Pour ne pas remonter plus haut, voyez seulement la révolution de 89, voyez le règne de Napoléon, les embarras de Charles X et de Louis-Philippe, la récente guerre de Crimée et la fameuse question d'Orient; voyez aujourd’hui les affaires d'Italie |
“ Tout finit par aboutir inévitablement à la question religieuse; elle domine bientôt toute situation et arrête court la politique qui croyait si facilement passer à côté d’elle.
“ Ne nous ÿ trompons donc pas; la grosse question chez tous les peuples et dans tous les temps, celle qui passionhera toujours et de plus en plus les rasses, celle pour laqueuie il faut absolument une solution complète, c’est la question religieuse. Cette question revient constamment se poser en face ds ceux qui conduisent les choses humaines, parce qu’elle les domine invisiblement, ??
Ecoutons Mgr de Ségur :
“ L'Eglise, ayant reçu de Dieu, comme nous l’avons dit, la mission et l’ordre d'apprendre à tous les hommes sans exception à accomplir en toutes choses les volontés divines, les Souverains, les hommes d'Etat, les députés, les gouver:
nants, les magistrats et, en général, tous ceux qui conduisent les autres, ont pour devoir, et pour premier devoir, de con-
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former leurs pensées et leurs volontés aux erseignements de l'Eglise dans l'exercice de leur autorité. Sans cela, ils cessent d’être catholiques, au moins par un cité.
‘ La politique n'étant autre chose que le gouvernement des sociétés et la direction pratique des affaires publiques, il est bien évident qu’elle doit être avant tout catholique, c'est-à-dire conforme aux lois de Dieu et à l’enseignement de son Eglise. Et il est également évident que le premier devoir d’un catholique, qui, à un titre quelconque, s'occupe de politique, est d’être catholique en cela comme en toutes choses. Vis-à-vis de la souveraine volonté de Dieu, serait-il par hasard permis de demeurer indifrérent ? ?
Nous avons fait ces citations, un peu lougies peut-être, pour démontrer à ceux qui profèrent constamment ce cri «vous mêèlez la religion à la politique» qu’ils sout daus une ignorance déplorable des lois qui régissent le monde.
I st pénible d’être obligé d’insister sur des vérités aussi fondamentales, aussi élémentaires, et que personne, dans un pays catholique surtout, ne devrait iguorer,
Mais elles sont niées tous les jours dans la presse, ei ces négations dan
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fereuses et snibtiles sont jetées dans la population par le vent de la publi.
Cité. [l'est donc nécessaire d’arracher € tte semence partout où elle tombe,
L2?8 gens de presse qui nous accusent comme d’un grand crime, de « mêler la religion à la politique » voudraient donc une séparation complète entre la société religieuse et la société civile, une rupture déci.
sive, Officielle. [ls sont d'avis que la religion est nuisible dans la conduite des affaires du monde. C’est ]à leur prétention, dégagée de toutes les habiletés) dunt ils l’environnent.
Puisqu'ils repoussent l'autorité re ligieuse, ils y voient un péril pour la société. Quelle raison autre AU»
raient-ils de la combattre ?
Le père At, de ia Compagnie de Jésus, a écrit un livre magnifique sur «le vraiet le faux» Nous ÿ avons trouvé les lignes suivantes que nous présentons à nos lecteurs :
‘Mais l'autorité est plus auguste encore quand elle est l'autorité religieuse. Celui
qui en est revêtu est un homme, car n'est pontife que pour les hommes, selon la doctrine de l’apôtre saint Paul.
Cepentant cette autorité n’emprunte rien à la terre, et elle n’a ras besoin de son consentement pour exister dans toute sa plénitude. Elle ressemble à la science antique dont de Maistre a tracé ce célèbre portrait : “On la voit toujours ‘“ libre et isolée, volant plus qu’elle ne ‘“ marche, et présentant dans toute sa ‘ personne quelque chose d’aérien et de “ surnaturel. Elle livre au vent des “ cheveux qui s’échaprent d’une mitre ‘“ orientale. L’éphod couvre son sein ‘“ soulevé par l'inspiration. Elle ne re- ‘“ garde que le ciel, et son pied dédai- ‘ gneux semble ne toucher la terre que ‘“ pour la quitter. Cependant, quoiqu’elle ‘“ n’ait jamais rien demandé à personne ‘et qu’on ne lui connaisse aucun appui “humain, il n’est pas moins prouvé “ qu’elle a possédé les plus rares con- ‘“ naissances. ” Dans la pensée du grand écrivain, la science antique et la religion se confondent; elles sent, en eflet, inséparables. La religion est l’autorité qui garde les saintes vérités et veille sur les intérêts supérieurs des âmes. Elle parle avec Dieu sur la cime du Sinaï ; elle recueille ses oracles ; elle grave ses lois morales sur la pierre, et, le visage éciairé des splendeurs du face à face, le cœur gonflé d'amour, les mains pleines de grâces, elle descend en messagère vers les peuples qui l’attendent, car ils ne peuvent pas se passer delle.
Elle marche à leur tète et elle éclaire les sentiers difficiles de leur pélérinage.
Elle trem, e leur génie dans l'Evangile ;
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