Le Cléricalisme au Canada
Dès que commence, à Taube du christianisme, le crépuscule de la foi de Jésus, il s'opère dans l'Eglise un mouvement croissant de hiérarchie à outrance. Ce n'est plus le communisme évangélique, la délicieuse association spirituelle qui confondait étroitement ses membres en un même sentiment d'allégresse candide et de solidarité d'amour.
Sous le manteau de la Liturgie, un paganisme assez vulgaire se glisse dans le culte dont le cérémonial se développe, se multiplie à l'indéfini (1). Le prêtre apparaît. Il se réclame toujours du Maître. Mais le Maître n'est plus là ; les Temps ne sont plus, et ne reviendront jamais, où rayonnait la pensée du fondateur ; le moraliste délicat et dédaigneux, l'ironiste incomparable ne se manifeste plus.
A travers les siècles, alors, l'autorité religieuse conquiert tous les domaines, absorbe celui des consciences et aboutit au plus fu-
(i) p. Saintyves. Les Saints Successeurs des dieux. Paris, Xourry, in-S".
rieux défi qu'ait jamais porté une s€cte à la raison et aux libertés humaines, le Syllabus. A la prière idéaliste et tendre a succédé le dogme étroit, bardé de fer, encerclé de piques et de torches. Dans le même temps, au milieu des accidents, des bouleversements des époques et des esprits, la soif effrénée de posséder, d'acquérir, d'amasser, de dominer, monte à la gorge du catholicisme. Plus ardentes encore à la besogne que les séculiers, les milices qui portent le froc, les troupes des jésuites et des moines parcourent toutes les classes de la nation, flattant tour à tour et indifféremment, préjugés, passions et haines avec un art qui ne connaît pas d'égal dans le prosélytisme. Loin de diminuer ou d'abattre le zèle des fanatiques, le jeu des institutions modernes, le fonctionnement du suffrage universel, les constitutions fondées sur la souveraineté populaire, l'encouragent et le stimulent. Quoi de plus proche d'une théocratie qu'une démocratie où l'ingérence du clergé dans la politique est publiquement tolérée, presque officiellement admise ? Et où cette ingérence apparaît-elle mieux qu'au Canada français ?