LA SAINTE-ALLIANCE
Louis Bonaparte avait payé sa dette au parti clé^ rical. Il la paya largement. Ses ministres l'y aidèrent.
Les circulaires émollicntes du successeur de M. de Parieu, le marquis de Crouseilhes, fixèrent tout de suite sur leur devoir les inspecteurs qu'on envoyait dans les maisons congréganistes. Les évêques eurent le droit d'être contents, et ils le furent. L'un d'eux, des plus ultramontains, Mgr Doney, de Montauban, écrivait à Montalembert pour s'excuser d'avoir, six mois auparavant, méconnu la loi Failoux. « Le conseil académique, écrivait ce prélat, est très bon et ne laisse rien à désirer. Le préfet me le disait l'autre jour : Vous êtes le maître du conseil et vous le eonduirez comvie vous voudrez. »
Il fout croire que ce - préfet était sincère, car Mgr Doney terminait sa lettre par cette douce réflexion : « Si mes curés veulent suivre mes con- Beils, ils dirigeront Tinstruction primaire comme ils Voudront. » Evidemment, ce n'est pas le préfet qui Y aurait m' des obstacles. Son ministre encore moins.
Les minislHîs du coup d'Etat, M. Fortoul en tête, ne demandaient qu'à faire le jeu.
Le décret du mars 1852 investissait le gouvernement du droit d<? composer à son entière fantaisie tous les conseils de l'Université. Il lui donnait un droit encore plus redoutable : celui de prononcer
'dîreciemenl et sans recours toutes les peines disciplinaires, y compris la révocation.
En môme temps, le ministre s'attachait à avilir, autant qu'il lui était possible, renseignement officiel. 11 ramenait le concours d'agrégation à un simple examen de capacité et de pédagogie. « Ces dispositions, écrivait M. Fortoul dans son rapport, auront pour conséquence de faire de modestes professeurs, ti '«^w^tM et non pas des rhéteurs, plus habiles à creubcr des [ » r^i^\ii^\ problèmes insolubles et périlleux qu'à transmctlroi ^athi dos connaissances pratiques. » La manie de creuser ' des problèmes insolubles et périlleux était probablement de croire encore à la République et aux idées républicaines. Les « connaissances pratiques », c'était Tart de ne pas humilier Tignorance de renseignement clérical.
Pour l'enseignement des lycées, M. Fortoul fit une , opération analogue. ïl « allégea » les programmes \ d'étude. Il les allégea notamment de la philosophio qui, réduite à la Logique, se vit couper les ailes et interdire les envolées trop dangereuses.
Ajoutez à cela quelques petites réglementations dont il gratifia l'Ecole normale et qui eurent pour effet d'éloigner les candidats.
Tout cela s'accomplissait sous l'œil pieux et sévère d'un comité supérieur que Montalembert avait fondé pour « veiller à l'exécution de la loi, encourager et soutenir les nouvelles fondations, prévenir les con-flits, publier des ouvrages spéciaux ». 11 y avait làdedans des évêques, des ecclésiastiques, des magistrats réactionnaires, des députés cléricaux, des écrivains catholiques. Les hommes de la rue de Poitien "^ ^^" y coudoyaient, sous la présidence de Mole, les mem- '' bres de 1 ancienne commission de M. de Falloux.
Le Comité fit de bonne besogne. Il disparut dè| qu'il put croire que son œuvre était accomplie. Mais, comme Jésus-Christ, il ne mourut que pouf ressusciter !
Il ressuscita, en effet, vers 18G8, quand lEmpirf x libéral, faisait mine d'abandonner enfin la solida* rite compromettante de l'Eglise. Il ressuscita souf
^^.j le nom de « Société générale d'Education et d'En*.
r ! geignement » (autorisation du 13 mars 1868). Petif
! bonhomme vit encore ; nous avons eu, au cours de-,
cette étude, l'occasion de faire sa connaissance. ^
La « Société générale d'Education et d'Enseigne-! ment », à l'image du Comité supérieur de Monta-i lembert et du comte Mole, englobe des hommes, politiques comme le duc de Broglie ou M. Keller,! des anciens magistrats comme M. Celier, des mem-", bres du barreau comme M. Sabatier, des ecclésias-' tiques militants, des journalistes dévots, de simples gens du monde. La Société fait paraître un bulletin mensuel. Ses adhérents paient une cotisation, annuelle de 10 francs. Elle est divisée en sections :' section de statistique, section des finances et section du contentieux.
La stction des Finances s'alimente des cotisations annuelles et surtout de la charité. En 1898, elle adistribué 60,000 fr. de secours et de subventions aux < écoles libres.
Quant au comité du Contentieux, qui en moyenne donne 500 consultations par an, il paraît être composé de robins assez retors et très experts à côtoyer la loi, si je sais lire entre les lignes d'un rapport de M. Celier (Bulletin du 15 juin 1899).
— Pour l'école privée, dit le rappje/rteur de la section du
• ^ \ Contentieux, c'est, le plus souvent,^ontre l'exercicîe du droit
'C 'ià : '■ d'inspection qu'elle a à se défendre. Les autorités investies
j ' de ce droit ont une tendance marquée à vouloir en franchir
les bornes. Il faut les y maintenir
Chapitre des captations. Je laisse encore la parole au subtil rapporteur :
Souvent consulté sur la forme à donner aux fondations^ le Comité, dit le rapporteur, a fait connaître les moyens, trop limités malheureuse'ment, que la législation en vigueur met à la disposition des personnes généreuses ,pour réaliser leurs charitables intentions.
Son concours est toujours acquis quand il s'agit de guider les intéressés dans les revendications qu'ils ont à exercer & la suite de laïcisation. Souvent, par ce fait, des conditions formelles apposées à certaines libéralités se trouvant violées, il y a lieu d'intenter l'action révocatoire.
Dans les cas où nous avons pu la conseiller, les trlbul)aux l'ont généralement admise ; des sommes importantes! ont pu ainsi, conformément aux volontés des fondateurs, demeurer affectées au service de l'enseignement religieux.
D'ordinaire, c'est sous forme de Sociétés que l'avenir des œuvres peut être assuré. Beaucoup de précautions doivent être prises dans la formation de ces sociétés, afin de leur maintenir leur caractère juridique, de leur faire éviter des périls au point de vue fiscal.
A la «Société générale d'Education», dont le siège \ est à Paris, se rattachent des Comités diocésains qui eux-mêmes sont groupés sous la direction centrale d'un Comité de Défense placé au centre du Diocèse.
— Il importe plus que jamais, disait le Bulletin de la Société générale (15 février 1899), qu'à l'heure présente les écoles libres de chacun de nos diocèses soient ainsi grou- | pées sous une direction centrale, qui sera pour elles la plus I efficace des protections. L'union fait la force, et les renseignements qui nous arrivent parfois de nos correspondants de province nous permettent de dire que, si certaines écoles ne donnent pas les heureux résultats qu'on pouvait espérer d'elles, c'est précisément parce qu'elles sont isolées et abandonnées à elles-mêmes. Si nous voulons organiser sérieu- , sèment l'enseignement primaire libre, il est essentiel qu'au] centre du Diocèse fonctionne un comité de défense de ses | droits et de surveillance de ses intérêts.
Les û Comités de défense » devront se grouper a leur tour en « Offices régionaux », constituant ainsi lane hiérarchie complète qui partira, du village pour monter jusqu'à Paris, en passant par le chef-lieu et la capitale de la région. L'organisation régionale n'est pas encore complète. Mais la « Société générale » s'y emploie activement.
Pour donner une idée de ce que doit être un jour cette organisation, je citerai quelques passages d'un exposé des motifs C[ui fut lu le 4 juillet dernier, à une réunion des Supérieurs des maisons d'enseignement secondaire ecclésiastique de la région du Sud- Ouest. L'exposé portait ce titre : « Exposé des motifs pour l'organisation de l'Union ou Office central des établissements d'enseignement secondaire libre de la région du Sud-Ouest. »
Tous ceux, prêtres et religieux, dit l'exposé des motifs
272 LE CLéRiCALISSfE ET L^ÊCOLE
Do 1^50 à 1897, l'enseiprnement laïque a fondé. 1.110 écoles. De 1850 à 1897, renseignement cong:régariiste a fondé 2.853 écoles.
Différence 1746 écoles.
Pour cette période de 47 ans ,les conquêtes de renseignement congréganiste sur renseignement laïque sont bien représentées par ce chiffre, le premier enseignement ayant perdu son avance de 339 écoles et le second ayant gagné de son côté une augmentation de 1,407.