M. PaulBert écrivait dans cette même préface (p. xviu
« Des fautes de traduction ont dû m^échapper; il ne pouvait en être autrement dans un aussi long travail, fait si vite, en présence d'un latin si bizarre et parfois si obscur. Je compte sur mes ennemis pour me les signaler, et les prie instamment de se mettre de suite à l'œuvre, afin que je puisse proflter de leurs critiques, car mon excellent éditeur a conservé les clichés en vue de ces corrections. *
M. Paul Bert a constaté dans V Avertissement pour la treizième édition :
« L'invitation que j'adressais dans ma préface (p. xvm), « à mes ennemis », a été entendue. Ils ont bien voulu me signaler un certain nombre d'erreurs de traduction que j'ai fait disparaître dans la présente édition. Je crois pouvoir dire, du reste, qu'elles ne présentaient aucune importance, sauf une, qu'a relevée M. l'abbé Danglars, lequel paraît avoir fait une étude approfondie de mon livre.
» Il est permis de penser qu'après tant de critiques, venant d'hommes si autorisés, et que n'aveuglait certes pas leur amitié pour moi, ma traduction peut désormais être considérée comme sufGsamment parfaite, et clichée ne varietur, »
vGoosle
L'enseigrnement moral des jésuites ^
Article 7. — « Nul n'est admis à diriger un établissement d'enseignement public ou privé, de quelque ordre que ce soit, oi à donner l'enseignement, s'il appartient à une congrégation religieuse non autorisée. »
... J'ai dit que la loi actuelle consacrait le principe de la liberté d'enseignement, mais que, cependant, elle ajoutait aux conditions d'incapacité, aux conditions d'exclusion préalable qu'établissent sagement les lois de 1850 et de 1875 pour tous ceux qui veulent tenir une école même privée, qu'elle ajoutait, dis-je, à ces conditions une condition nouvelle.
J'ai dit qu'elle ajoutait à la catégorie de ceux auxquels il n'est pas permis d'ouvrir école, auxquels il n'est pas permis d'enseigner, les membres des congrégations non reconnues, et qu'elle les y mettait ut singuli, suivant l'expression de l'honorable rapporteur, M. Spuller...
Il s'agit donc, à cette heure, de savoir si M. le ministre de l'instruction publique, si le Gouvernement a eu de
1. Discours sur Varlicle 7, i'*' partie, Chambre des députés, 5 juillet 1879 (dans les Discours parlementaires, 1 vol. in-18 de la Bibliothèque Charpentier; E. Fasqueile, éditeur).
bons motifs pour demander que les membres des congrégations non reconnues ne puissent plus prendre part à renseignement, et, spécialement, si cette exclusion est justifiée vis-à-vis de cet ordre célèbre des jésuites qui est particulièrement visé par l'opinion publique, et autour duquel — - tout le monde Ta reconnu
— se groupent tous les autres ordres religieux ; car ils le regardent aujourd'hui comme chef et comme maître...
L'enseignement de l'histoire et tous les autres enseignements ne sont qu'une conséquence des principes généraux de la morale de ceux qui enseignent. Ce qu'il faut faire pour rechercher, pour savoir si l'enseignement d'un certain groupe d'hommes est dangereux, redoutable pour la morale publique, ce n'est pas d'épiloguer sur quelques textes tirés d'ouvrages secondaires : non, il faut aller droit aux livres où ces hommes ont consigné leurs sentiments, il faut y voir comment ils comprennent les principes de nos sociétés, et la morale elle-même; il faut aller, passant par-dessus les détails, à l'éducation même qu'ils donnent, puisqu'on dit que c'est là qu'ils triomphent, et que c'est cette éducation qu'on vante aux mères et aux pères de famille; il faut rechercher ce qui s'adresse non pas à l'étudiant, mais à l'homme, ce qui tend à faire l'homme lui-même, c'est-à-dire le principe et la base de la morale.
Eh bien, voyons comment les jésuites de tous temps, depuis l'organisation de leur ordre, jusqu'à nos jours
— et y compris ce jour même, — comment ils entendent ces grandes vérités sur lesquelles repose non pas seulement la société moderne, mais toute société. (Applaudissements à gauche et au centre.)
Un jour, M. Dupanloup, évêque d'Orléans, disait éloquemment à la tribune de l'Assemblée nationale : c Les peuples se meurent de ne point obéir au Décalogue, de ne point savoir le Décalogue. »
Voyons comment les jésuites connaissent et interprètent le Décalogue ; voyons ce qu'ils font de ces principes éternels de morale, du respect de la famille, du
respect de la propriété, du respect de la foi jurée... (Nouveaux applaudissements à gauche et au centre), du respect de la vie humaine; et, quand nous aurons vu tout cela, il sera peu intéressant de rechercher comment ils appellent ces principes dans le domaine de Thistoire.
Ce qu'étaient les jésuites, il y a tantôt deux cents ans, je ne crois pas qu'il soit nécessaire de le dire. Dans un pamphlet immortel qui a pris rang dans l'histoire en même temps que parmi les chefs-d'œuvre de la littérature française, Pascal les a suffisamment dépeints. Nous avons tous présentes à l'esprit ces citations où véritablement le ridicule le dispute à l'odieux. Nous savons tous de quoi était composée cette morale : de réticences secrètes, de compensations occultes, de doutes ou de péchés philosophiques, de probabilisme, d'amphibologie. Personne n'ignore comment tous les principes moraux étaient ébranlés, détournés; comment le libre arbitre était énervé et comme engourdi : c'est qu'il le fallait, en effet, pour livrer l'homme tout entier entre les mains d'un directeur.
Un membre à droite. — Cela est bien vieux !
M. Paul Bert. — J'entends une interruption justifiée; on me dit : « Tout cela est bien vieux! »
Oui, tout cela est vieux; tout cela remonte, en effet, avant 1655, époque où ont paru les Provinciales; avant 1662, année de la mort de Pascal. Cela est bien vieux, en effet; aussi n'irai-je pas chercher dans les vieux casuistes, je ne demanderai rien à Tambourin, ni à Decastille, ni à Filliucius, ni à Emmanuel Saa, ni à Suaréz, ni à Sanchez, ni à Escobar, le plus célèbre de tous.
Un membre à gauche. — Vous alliez l'oublier.
Paul Bert. ~ Je ne leur demanderai pas ce qu'ils pensaient de la morale; vous me diriez : on s'est perfectionné depuis ce temps; on avait une morale au seizième et au commencement du dix-septième siècle; on en a changé au dix-huitième et au dix-neuvième.
Cependant, messieurs, on lit dans l'histoire des
jésuites une parole célèbre dont Torigine, paraît-il, n'est pas bien connue, car mon honorable ami M. Spuller, ayant répété, après tout le monde, qu'elle venait du célèbre et infortuné général Ricci, a été fort morigéné; oui, il paraît que ce n'est pas un jésuite qui a dit : Sint ut sunt, aut non sint, mais bien le pape Clément XIII. Mais, du moins, c'est un jésuite qui a dit, bien après Pascal : Sumus taies quales. N'aurait-il pas dit vrai?
Voyons donc ce qu'étaient les jésuites cent ans après Pascal.
A ce moment, en 1762, un grand événement se passe dans l'histoire des jésuites de France.
Les aventures de divers ordres qui les avaient signalés à l'attention publique — j'emploie un mot adouci, parce que je ne veux pas avoir d'interruptions en ce moment — avaient déterminé le Parlement à se préoccuper d'eux, et, en 1762, un arrêt célèbre demandait au roi de les proscrire.
Un membi^e à droite. — Louis XV!
M. Paul Bert. — Si vous voulez refuser à Louis XV votre culte royal, ce n'est pas moi qui me substituerai à vous. (Rires et applaudissements à gauche,)
Cet arrêt demandait au roi de prendre des mesures contre des gens dont c les doctrines iraient à détruire la loi naturelle, cette règle des mœurs que Dieu luimême a imprimée dans le cœur des hommes, et par conséquent à rompre tous les liens de la société civile, en autorisant le vol, le mensonge, le parjure, l'impureté la plus criminelle, et généralement toutes les passions et tous les crimes, par l'enseignement de la compensation occulte, des équivoques, des restrictions mentales, du probabilisme et du péché philosophique; à détruire tous les sentiments d'humanité parmi les hommes en favorisant l'homicide et le parricide; à anéantir l'autorité royale, etc. >
Puis viennent des accusations qui n'ont pas d'intérêt pour nous, qui ne sommes pas une assemblée théologique.
Ces formules si solennelles et si terribles, qui émanent du premier corps constitué que possédait alors la France, du Parlement délibérant toutes chambres réunies, ne peuvent pas être accusées, comme on Fa dit assez souvent pour le pamphlet de Pascal, d'être l'expression d'une médiocre et étroite passion religieuse.
Au reste, le Parlement a pris ses précautions; car à son arrêt se trouvent annexées des pièces en nombre considérable, qui sont la base précisément et la preuve de Taccusation que le Parlement portait contre Tordre des jésuites.
Ces pièces, nul ne peut dénier leur exactitude, nul ne Ta déniée. On a dit qu'elles avaient été rassemblées comme à plaisir. C'est une objection que font tous les accusés à tous les actes d'accusation. Généralement on cherche dans les actes de celui qu'on accuse ce qu'il y a de particulièrement criminel. C'est ce que fît le Parlement.
Voici, messieurs, le volume qui les contient. Il est énorme et imprimé en tout petits caractères ; ce n'est pas, par conséquent, le hasard d'une doctrine propre à un jésuite particulier; ce n'est point un individu sorti du rang, même cum supenorum permissu, ce n'est point un homme isolé qui s'exprime dans ces pages, c'est l'ordre tout entier...
Les chefs d'accusation pour lesquels ils ont été condamnés par le Parlement de Paris sont au nombre de dix-huit. Plusieurs n'ont pas d'intérêt pour nous; il nous importe peu de savoir en quoi ils étaient répréhensibles au point de vue de la religion, au point de vue de l'idolâtrie.
Mais la question morale est traitée sous divers titres ; le premier de tous est intitulé c le Probabilisme ». Vous savez tous ce que cela veut dire. Au reste, les citations que je vais avoir l'honneur de faire passer sous vos yeux vous le rappelleront d'une manière très précise.
Voici comment un jésuite, qui en même temps était cardinal, a défini le probabilisme. Il dit :
€ En général, soit en matière de foi, soit en matière de mœurs... » — Remarquez ceci, messieurs, c'est la formule de l'infaillibilité papale, vel fide vel moribus. — € En général, soit en matière de foi, soit en matière de mœurs, il est permis à chacun de suivre quelque opinion que ce soit, directement moins probable et moins sûre, quoique l'opposée soit plus probable et plus sûre, et soit regardée comme telle. Mais il faut restreindre la proposition et l'entendre d'une opinion dont la probabilité pratique est certaine à celui* qui agit. » (Rires à gauche,)
Ainsi, lorsqu'un homme se trouve embarrassé et qu'il est forcé de choisir entre deux solutions pour un acte quelconque de sa vie, il lui est parfaitement loisible de suivre la pire, fût-elle même criminelle, à la condition qu'il y ait là une probabilité pratique qui lui paraît certaine — et utile. (Murmures à droite.)
Plusieurs membres. — C'est de la théologie, cela !
M. Paul Bert. — Messieurs, on me dit : c'est de la thélogie.
Un membre à droite, — De la théologie mal comprise.
M. Paul Bert. — En vérité, j'aurais bien peu connu ceux dont je parle si je ne m'étais pas attendu à l'interruption.
Mais, puisque cela vous paraît être de la théologie, nous allons voir quelles sont les applications de ce principe dans un domaine qui n'est pas théologique.
c On demande, dit Grégoire de Valence, si un juge peut, sans faire acception de personnes, déterminer, suivant les intérêts de son ami, son jugement à la faveur d'une probabilité applicable indistinctement à l'une ou à l'autre opinion, lorsqu'un point de droit partage les jurisconsultes. Je dis d'abord : Si le juge estime que l'une et l'autre opinion soient également probables, il peut licitement, pour favoriser son ami, juger suivant l'opinion qui autorise la prétention de cet ami. Bien plus, il pourrait même, dans le but de servir son ami, juger tantôt conformément à une opinion et tantôt sui-
vant ropinion contraire... > {Rires et applaudissements à
Je continue, car la fin est précieuse : € ... pourvu toutefois qu'il n'en résulte point de scandale. > (Ah! Ah! à gauche,),.,.
Voilà pour les jugements, ce qui n'est point matière théologique ; mais enfin c'est matière spéciale.
Voici maintenant pour les simples particuliers :
c Est-il permis de suivre tantôt une opinion probable, tantôt une autre, sur la même matière? 11 est probable, par exemple, que cet impôt a été mis injustement; il est aussi probable qu'il a été justement imposé. Puis-je aujourd'hui, moi qui suis établi par le roi pour faire payer cet impôt, l'exiger? Et demain, et même aujourd'hui, puis-je, parce que je suis marchand, frauder ce droit en secret?
€ De même, il est probable que l'on peut être dédommagé par de l'argent de la perte de sa réputation; il est aussi probable qu'on ne peut pas en être dédommagé.
» Puis-je donc aujourd'hui, moi dont on a noirci la réputation, exiger de celui qui l'a noircie un dédommagement en argent; et demain, et même aujourd'hui, puis-je moi-même, qui ai noirci la réputation d'un autre, refuser de le dédommager par cette somme d'argent, de la perte de sa réputation que je lui ai ôtée? >
Et que dit le savant jésuite?
« J'assure qu'on peut licitement, dans ce cas, faire ce qu'on juge à propos, en faisant tantôt une chose, tantôt l'autre. > (Rires à gauche.)
Messieurs, je passe très vite, mais pour peu que vous ne soyez pas convaincus, j'ai d'autres citations à votre disposition.
Un membre à droite, — Nous avons lu les Provinciales !
M. Paul Bert. — J'ajouterai seulement, puisqu'on me disait tout à l'heure que je parlais théologie et non pas enseignement, une citation relative à l'enseignement :
< Les docteurs et les professeurs qui occupent les
chaires ne sont point obligés d'enseigner les sentiments qui leur paraissent le plus probables; car, souvent, ces sentiments sont les moins reçus et les moins autorisés et causeraient du scandale; et ce serait imposer un joug pesant aux maîtres, s'ils étaient dans l'obligation d'enseigner ce qui leur paraît le plus probable. »
D'où il suit, monsieur le ministre, que vous aurez bien de la peine, môme avec vos inspections, à savoir ce qu'on enseigne chez les jésuites, et surtout les opinions qui paraissent les plus probables aux maîtres qui y enseignent.
Après le grand chapitre sur le probabilisme qui est tout entier plein d'extraits tout à fait semblables à ceux dont je vous ai donné lecture, vient un autre chapitre sur le péché philosophique. Il n'est pas moins intéressant ni moins fourni en détails. Je n'en extrairai qu'un seul :
< Quoique nous sachions tous > — c'est le Père Lacroix qui a écrit cela en 1757, — < quoique nous sachions tous cette loi naturelle, que le mensonge est naturellement défendu, comme aussi qu'il n'est ordinairement permis de tuer personne de sa propre autorité, cependant il peut se trouver telle circonstance où nous pensions invinciblement que ces choses sont permises dans le moment présent. C'est ainsi que Cassien, homme saint et docte... et d'autres ont pensé que le mensonge officieux est quelquefois permis... C'est ainsi qu'un homme grossier, suivant que le rapporte Vasquez, pensait qu'il pouvait honnêtement et pieusement faire en sorte, en retournant un malade d'un autre côté, que par une mort plus prompte il fût délivré de douleurs très considérables... C'est ainsi qu'un autre, comme le rapporte Sarasa dans son Art de se réjouir toujours.,, » — Cela rappelle la confrérie des Souriants qui vient de se fonder en Vaucluse, je crois; mais sérieusement j'appelle sur ce passage l'attention de ceux qui sont si jaloux, et avec raison, des droits des pères de famille... « C'est ainsi qu'un autre, par zèle pour
la gloire de Dieu et pour le salut des âmes, baptisait les enfants des Maures que les parents lui amenaient, et les tuait aussitôt, afin qu'ils fussent certainement sauvés, et de peur que ramenés chez leurs parents, ils ne fussent de nouveau séduits. > (Oh! oh!)
Passons vite, messieurs, vous voyez que je franchis des centaines de pages à la fois et je cite un peu au hasard, comme disait tout à l'heure l'honorable M. Relier. (Rires à gauche.)
J'arrive au titre de la fausseté et du parjure. Est-ce encore de la théologie?
c L'on demande avec quelle précaution l'on peut user d'amphibologie. Je réponds : 1® Que, sans rejeter ce qui a été dit dans la question précédente, pour bien concevoir l'amphibologie, il faut distinguer deux manières selon lesquelles les personnes qui ont du jugement peuvent s'en servir. La première consiste à avoir intention de ne dire extérieurement que des paroles matérielles et, pour plus grande sûreté, lorsqu'on commence à dire : c je jure! » il faut ajouter tout bas cette restriction mentale, c que aujourd'hui >, et continuer tout haut : c je n'ai pas fait ceci ou cela. » Car tout le discours est vrai de cette manière. »... (Nouveaux rires à gauche,)
En 1719, le père La Gasnedi * déclare qu'il a découvert une nouvelle manière de ne point mentir et cependant de cacher en même temps la vérité. (Rires à gauche et au centre.) Et cela, non plus en se taisant, c'est l'affaire des vieux casuistes, mais par le discours.
€ Cette manière consiste à ne parler que matériellement et à prononcer des paroles sans intention de leur faire rien signifier, comme si en effet elles ne signifiaient rien : tout comme lorsque je prononce le mot blictri»., >
1. Le proie de VOfficiel avait écrit Gassendi au lieu de Gasnedi : ce fut une des faleifications reprochées par les jésuites à l'auteur.
vGoosle
€ En supposant une fois que ce mot < je ne sais, je ne l'ai pas fait », ou d'autres semblables ne signifient rien dans le cas où il faut parler et cependant cacher en même temps le secret du cœur, on explique aisément comment non seulement il n'y a point, mais il ne peut y avoir de mensonge dans celui qui parle. Car personne ne ment que par des paroles -qui signifient quelque chose d'opposé à ce qui est dans l'esprit.
€ Il est permis d'user de serments purement matériels toutes les fois qu'outre une raison grave qui oblige de se servir de paroles non signifiantes, il y a encore une raison plus considérable pour faire un serment purement matériel.
c Celui qui jure matériellement ne jure point. Car pour jurer, il faud rait se servir de ce mot < je jure » comme significatif du serment. Donc celui qui se sert de ce mot < je jure > comme n'étant point significatif, ne jure pas. > (Applaudissements ironiques.)
Vous voyez, messieurs, que la doctrine se perfectionne; nous sommes en plein dix-huitième siècle, plus de cinquante ans après Pascal.
Oh! il y a bien autre chose, mais il faudrait citer tout le volume. Car les révérends pères ne se sont pas contentés de poser ces principes généraux. On peut avoir affaire quelquefois à des intelligences obtuses qui ne sauraient pas très clairement les appliquer aux cas particuliers. Eh bien, Busembaum et Lacroix leur donnent des exemples.
€ Ainsi, comme le mot gallus, en latin, peut signifier un coq ou un Français ; si on me demande, en parlant celle langue, si j'ai tué un Français, quoique j'en aie tué un, je répondrai que non, entendant un coq. (Exclamations et rires,)
€ De même le verbe esse, en latin, signifie être ou manger. Si donc on me demande si Titus est chez lui, je répondrai qu'il n'y est pas, quoiqu'il y soit véritablement, et j'entendrai qu'il n'y mange pas. Non est domi. > {Oh! oh! à gauche, — Rires à droite,)
Je ne comprends pas bien ce qui excite vos rires ; je vous serais fort obligé de me l'expliquer. Je ne pense pas que vous vouliez témoigner des sentiments irrespectueux pour Tordre de la Société de Jésus.
La citation de Busembaum que je fais est de 1757, c'est-à-dire dix ans après que Montesquieu eut publié VEsprit des lois.
Je passe.
Voici la compensation occulte :
€ On ne pèche pas contre la justice, dit Longuet, et on n'est pas obligé à restitution quand on reçoit de l'argent pour tuer, pour frapper quelqu'un ou pour toute autre action contre la justice.
€ Quand un homme est tellement dans l'indigence et un autre homme tellement à son aise, que celui qui est à son aise soit obligé d'aider celui qui est dans l'indigence, celui qui est dans l'indigence peut prendre le bien de l'autre, secrètement et d'une bonne manière, sans pécher ni être obligé à restitution.
t Une femme peut, même contre la défense de son mari, contracter, faire à sa fantaisie des aumônes ou des donations valides, et dépenser soit pour le jeu et une récréation honnête, soit pour ses ajustements.
€ Les domestiques ou autres ne pèchent point quand ils prennent quelque chose, en présumant de la volonté de leur maître, parce qu'ils se persuadent, suivant les lumières de la raison, que leur maître ne sera pas injuste.
c Un fils ne pèche pas quand il dérobe quelque chose des biens de son père malgré lui, pour secourir la nécessité urgente de son prochain.
€ Si les enfants croient de bonne foi que leur père leur aurait donné ce qu'ils ont volé s'ils avaient osé le demander, ils ne sont pas tenus à restitution, quand telle est la coutume des gens de même état. »
La compensation occulte, le péché de vol, le crime de vol, a beaucoup occupé les bons pères au point de vue de la somme dont le vol constitue le péché mortel.
La valeur de ce péché — le seul qui imposait la restitution — a singulièrement varié de siècle en siècle ; cela se comprend, la valeur de l'argent change (Rires à gauche); d'autre part, les appréciations peuvent varier, et elles varient en effet suivant la richesse de la personne à laquelle on vole. Autant de casuistes, autant de sommes, chacun envisageant les choses à son point de vue. Nous verrons tout à l'heure comment les casuistes du dix-neuvième siècle ont résolu la question.
Le P. Busembaum, qui est le dernier cité dans le recueil — et par cela qu'il est le dernier, il a concentré, en la perfectionnant, toute la doctrine, — a été plus loin que ce que je viens de dire tout à l'heure. € Car celui qui est extrêmement pauvre, dit-il, peut prendre tout ce qui lui est nécessaire, etc., et ce que quelqu'un peut faire pour soi, il peut aussi le faire pour un autre qui est dans une extrême indigence. > C'est la doctrine précitée.
Mais voici bien mieux : c Un pauvre dans ce cas pourrait même tuer celui qui l'empêcherait de prendre la chose qui lui est ainsi nécessaire, comme on peut tuer un ravisseur qui enlève des biens d'une grande conséquence ou du moins nécessaires, ou qui les retient par violence, selon ce qui a été dit plus haut. »
Ainsi, voici le vol autorisé et l'assasinat aussi, lorsque celui auquel on veut dérober la somme d'argent a la prétention de s'y opposer, sous le prétexte insuffisant qu'il ne la veut point donner. {Protestations à droite,)
Vous vous indignez qu'on puisse trouver dans ces thèses l'excuse de l'homicide, eh bien, mais j'ai des citations bien plus directes à vous faire, et vous verrez tout à l'heure qu'elles ont un intérêt tout particulier, car nous en retrouvons le principe en plein dix-neuvième siècle.
c Un fils, est-il dit, peut-il souhaiter la mort de son père pour jouir de son hérédité? Une mère peut-elle désirer la mort de sa fille, pour n'être point obligée de la nourrir et de la doter?
€ Si VOUS désirez seulement ou que vous appreniez avec joie ces événements, la réponse est facile ; car il vous est permis de désirer ces choses et de les recevoir, parce que vous ne vous réjouissez pas du mal d'autrui, mais du bien qui vous arrive. » (Exclamations et rires à gauche.)
On pose même un peu plus loin la question de savoir si un fils peut tuer son père lorsqu'il est proscrit. (Rumeurs à gauche,) Mais si je vous disais que Jean Decastille affirme que cela est possible, vous me répondriez que cela date de 1641 et que tout est changé depuis ; passons donc à des temps plus récents.
Voyons, nous voici au dix-huitième siècle. Georges Gobât se demande c s'il est permis à un fils de se réjouir du meurtre de son père, qu'il a commis étant ivre, et cela à cause des grands biens qu'il en hérite », et il répond : oui, avec l'explication fort ingénieuse qui suit :
€ Comme il est supposé, d'une part, que le parricide a été fait innocemment par le défaut de délibération causé par l'ivresse, et n'a point été prémédité auparavant; que d'ailleurs le parricide a pour effet de grandes richesses, effet qui est bon ou du moins qui n'est pas certainement mauvais, il s'ensuit que cette doctrine, qui pourrait paraître paradoxale, est vraie dans la spéculation, quoiqu'elle puisse être dangereuse dans la pratique. » (Rires bruyants à gauche.)
Il faudrait citer tout le volume et, messieurs, il n'y a que deux choses à faire en présence de ces citations : ou bien en nier l'exactitude, ce qui est impossible; ou bien éprouver un profond sentiment d'indignation et de dégoût. (C'est vrai! — Très bien!)
On sort écœuré de cette lecture. Je l'ai faite tout du long. C'est véritablement un marais dans lequel on essaye vainement de prendre pied. Tout y est fange et tout y est boue. (Marques nombreuses d'assentiment,)
On est stupéfait de voir qu'un grand nombre de ces doctrines et de ces citations ne proviennent pas de purs théologiens, de purs casuistes, de philosophes s'adres-
sant à des hommes mûrs, mais qu'elles ont été écrites par des professeurs ou ont été saisies sur des cahiers d'élèves, dans les collèges des jésuites à Amiens ou à Sens, par exemple.
Voilà, messieurs, la morale des jésuites à la fin du dix-huitième siècle. Je ne conclurai pas encore, parce que vous me diriez : Il y a cent ans de cela ; le Sumus taies quales n'est peut-être plus de mise; la doctrine a pu changer; elle s'est plus rapprochée de l'Évangile : le Décalogue ne reçoit plus aujourd'hui de pareilles injures de la part de ceux qui se présentent à nous comme ses défenseurs les plus autorisés.
Franchissons donc un siècle encore ; arrivons aux temps actuels et voyons ce qu'écrivent aujourd'hui ceux qui se sont donné la mission d'enseigner la jeunesse, et auxquels M. le ministre de l'instruction publique, le Gouvernement et, je pense, la Chambre, veulent enlever cette mission dont nous ne les croyons pas dignes.
Mon Dieu ! voici un Compendium qui est de 1834.
Vous allez peut-être trouver que c'est encore vieux ; mais je vous avoue que je n'en ai pas de plus récent. Il est vrai qu'il y en a en beaucoup d'éditions.
Le révérend père MouUet, dans son Compendiwn theologiœ moraliSy etc., cum superiorum permissu (Rires à gauche), Fribourg, 1834 :
€ On doute, dit-il, s'il est permis de tuer un homme qui veut s'emparer de biens temporels d'une grande valeur, mais non cependant nécessaires à la vie?
€ L'opinion affirmative paraît la plus probable. » (Interruptions et rires à droite.)
€ La raison en est que la charité n'exige pas que pour sauver sa vie ou la vie d'autrui, on sacrifie une part notable de sa fortune. »
M. DE La Bassetière. — C'est la théorie de tous les propriétaires contre les voleurs !
M. René Gt blet, sous-secrétaire d'État de la justice. — Ce n'est pas celle du Code pénal!
M. Louis Le Provost de Launay (Côtes-du-Nord), —
Vous ne voulez pas qu'on se défende contre les voleurs qui entrent dans votre maison?
M. Paul Bert. — Je demande simplement que le sténographe veuille bien enregistrer ces interruptions approbatives ! {Très bien! très bien! à gauche.)
Mais puisque cela fait discussion de ce côté (la droite) ^ nous allons prendre autre chose.
A la page 221, on demande à quoi est tenu un homme qui a prêté serment d'une manière fictive et pour tromper.
Réponse : « Il n'est tenu à rien en vertu de la religion, puisqu'il n'a pas prêté un serment véritable. » {Exclamations et rires à gauche,) < Mais il est tenu par justice de faire ce qu'il a juré d'une manière fictive et pour tromper. »
Je le crois volontiers, car il est probable que les tribunaux ne se contenteraient pas de cette réponse qu'on n'est tenu à rien par la seule raison qu'on n'a pas prêté un serment véritable. {Rumeurs à droite,)
Messieurs , ces théories embarrassent parfois les élèves des révérends pères, en voici une preuve : Un jour, à un examen de baccalauréat, dans une composition de philosophie qui portait sur l'universalité de la loi morale, un élève des jésuites se trouva fort empêché pour répondre à cette expression générale : « Le vol est défendu. » Et il fit cette objection : c Pourquoi Dieu permit-il aux Hébreux fuyant les Égyptiens de prendre tout ce qu'ils pourraient emporter? N'était-ce donc pas un vol? Les objets dont ils s'emparaient n'appartenaient-ils pas aux sujets de Pharaon? »
Voilà l'objection d'un honnête homme. Rassurez-vous, sa bonne éducation l'a mis à l'abri contre sa propre conscience, c Sans doute, mais ils appartenaient d'abord à Dieu, souverain maître de toutes choses. Et il peut bien à son gré reprendre aux uns les biens qu'il leur a donnés pour y faire participer les autres. > (Exclamations et rires.)
Voulez-vous une autre nature d'actes qui constituent
tout un grand chapitre du gros volume que j'ai là sous les yeux et à propos cependant duquel je n'ai pu vous faire aucune citation, parce qu'il n'y en a aucune qu'on puisse faire honnêtement en public?
Un membre à gauche. — Pas même en latin !
M. Paul Bert. — Pas même en latin! (Oh! ohl Rires.)
M. LE COMTE DE DouviLLE-M AILLE FEU. — Demandez le comité secret! (Bruit.)
M. Paul Bert. — 11 est vrai que le révérend père Moullet, dans son manuel de morale, trouve le moyen de tourner la difficulté en employant des mots qui se peuvent lire tout haut.
€ Si quelqu'un », dit-il, page 126, « trouve plaisir à entretenir des relations coupables avec une femme mariée non point parce qu'elle est mariée, mais parce qu'elle est belle... » (Bruyante hilarité au centre et à gauche), € et en faisant abstraction du fait du mariage, ce plaisir n'implique point le crime d'adultère. » (Rires et applau^ dissements à gauche.)
€ C'est », dit-il, < une très vieille opinion de Liguori. »
Le révérend père Liguori a été canonisé par l'Église ! (On rit.)
M. DE LA Bassetière. — Saint Alphonse de Liguori n'était pas un jésuite! (Exclamations à gauche.)
M. Paul Bert. — Alors, je vais vous citer des jésuites. Du reste, messieurs, il importe peu, et nous aurons à parler tout à l'heure de cet argument qui consiste à dire : Celui-ci n'est pas un jésuite !
M. de la Bassetière. — Je vous ai interrompu pour constater un fait, mais nullement pour dire que sa doctrine ne soit pas la doctrine catholique. L'Église a approuvé les doctrines de saint Alphonse de Liguori, et dès lors nous n'avons pas le droit de déclarer que ce n'est pas la vraie doctrine. Nous sommes catholiques jusqu'au bout. (Bruyantes exclamations et applaudissements et rires ironiques à gauche et au centre.)
M. Paul Bert. — Voici, messieurs, les Instructions chrétiennes pour les jeunes gens et les jeunes filles, avec appro-
bâtions de NN. SS. les archevêques et évoques de Lyon, de Besançon, de Bordeaux et de Nancy, publiées h Lyon en 1840, par le R. P. Humbert.
Eh bien, messieurs, il m'est absolument impossible de vous en faire des citations. Je les tiens à la dispositions de ceux qui voudraient... (Interruptions nombreuses.)
De divers côtés, — Lisez! lisez!
M. LE VICOMTE DE BÉLiZAL. — Pas d'iusinuatious. Lisez !
M. Paul Bert. — Eh bien, puisqu'on insiste, j'en citerai la partie la plus présentable. (Rires.)
Un membre. — En latin?
M. Haentjens. — Dites-le en grec!
M. Paul Bert. — Voici d'abord une partie qui s'adresse aux jeunes filles. Le révérend père leur dit :
« Comment pouvez- vous avoir la complaisance de permettre des embrassements fréquents, des cajoleries, des caresses familières et trop libres! Qu'est-ce que votre conscience vous dit de tout cela? >
Ailleurs il s'adresse aux jeunes garçons, et, pour les détourner de l'ivrognerie, il leur raconte l'aventure d'un certain Cyrille, qui, en sortant du cabaret, voulut, en pleine rue, battre * sa mère, qui était enceinte.
« Cette femme fit des efforts si violents pour se défendre, qu'elle fit une fausse couche et mit bas son fruit. Ce malheureux ivrogne voulut attenter à la pudeur d'une de ses sœurs, qui aima mieux se laisser poignarder par cet indigne frère que de consentir à un tel crime. Le père étant accouru au bruit, ce fils enragé trempa ses mains dans le sang de celui de qui il avait reçu la vie, et l'égorgea. Il poignarda encore une autre de ses sœurs qui voulait prendre la défense de son père. >
Il est certain que le révérend père ne donne pas ce Cyrille comme un modèle; mais enfin, je vous demande
1. Le texte exact est : * la sollicita à un crime honteux! » (P. B.)
s'il n'est pas véritablement odieux de mettre entre les mains d'enfants et de jeunes filles — car c'est un livre pour les jeunes garçons et les jeunes filles à la fois — des récits et des exemples de faits d'une nature aussi absolument monstrueuse, je dirais immonde si le mot pouvait être porté à la tribune; c'est un livre d'enseignement, un livre de morale, c'est un livre de lecture...
M. DE LA Bassetière. — Ce n'est pas et ce ne peut pas être un livre d'enseignement ! (Exclamations.)
A gauche. — Qu'est-ce que c'est donc, alors?
M. LE VICOMTE DE BÉLizAL. — Où a-t-il été imprimé?
M. Paul Bert. — Messieurs, puisqu'on me dit que ces citations ne viennent pas de livres d'enseignement, je vais en faire qui sont extraites d'un livre d'enseignement.
Et comme on pourrait penser et dire, on a même dit tout à l'heure que toutes ces citations étaient d'ordre philosophique et ne pouvaient pas s'adresser aux enfants eux-mêmes, je vais prendre un livre qui s'adresse aux petits enfants, aux plus petits enfants...
M. Haentjens. — Celui que vous venez de citer s'adressait-il aux enfants?
M. Paul Bert. — ... et vous allez y reconnaître aisément les doctrines monstrueuses des jésuites du siècle dernier, doctrines qui indignaient tout à l'heure les membres du côté gauche de cette Chambre et qui faisaient rire ceux de l'autre côté :
€ Peut-on. agir selon une conscience probable? > demande M. Marotte, vicaire général de l'évéque de Verdun, dans son abrégé en forme de catéchisme du « Cours complet d'instruction chrétienne, à l'usage des écoles chrétiennes > (4® édition).
Je ^ense que voilà un livre d'enseignement. 11 date de 1870, et j'espère que vous ne direz pas que ce sont des doctrines surannées.
M. le vicomte de BÉLIZAL — Ce n'est pas d'un jésuite. Un jésuite n'est pas vicaire général!
M. le président. ~- Personne ne vous dit que c'est d'un
jésuite. On vous dit que c'est un livre d'enseignement. iOn rit.)
A gauche, — Mais si! C'est un jésuite.
M. DE LA Bassetière. — Alops il est bien entendu que ce ne sont plus les jésuites seuls, mais l'Église catholique tout entière que vous attaquez ! {Exclamations à gauche )...
M. Paul Bert. — Messieurs, la question est de savoir si les doctrines odieuses de morale flétries par Pascal et condamnées par le Parlement de Paris, sont restées les doctrines des jésuites, si elles sont aujourd'hui enseignées par les jésuites. (C'est cela! — Très bien à gauche,)
M. le vicomte Kermenguy. — J'ai été élevé chez les jésuites; mes fils l'ont été aussi, et j'affirme, monsieur, que ni mes professeurs, ni les leurs, n'ont jamais enseigné à aucun de nous les livres dont vous parlez. (Bruit,)
M. Paul Bert. — - Eh bien, presque tous les orateurs de ce côté de la Chambre (la droite) qui sont montés à la tribune nous ont dit qu'il n'y avait plus de distinction à faire entre les jésuites, les autres congrégations religieuses et même le clergé séculier ; ils nous ont dit — et c'est la vérité — que le monde catholique tout entier s'est rallié aux idées, aux doctrines jésuitiques. Par conséquent, nous avons le droit de dire, lorsque nous trouvons ces doctrines exprimées par un membre d'une congrégation quelconque ou du clergé séculier, nous avons le droit de dire : Ces doctrines sont des doctrines jésuitiques, sans avoir besoin de rechercher autre chose. (Approbation à gauche.)
M. LE VICOMTE DE BfiLiZAL. — G'cst TÉglise que vous attaquez !
M. Paul Bert. — Je vous en ai cité des jésuites! Ahl je sais bien qu'ils ont aujourd'hui la très grande habileté de se dissimuler derrière des membres d'autres congrégations, derrière des membres du clergé séculier, et môme derrière des laïques; mais, quand il s'agit d'un livre qui a l'investiture officielle, qui est approuvé par les évoques ou par le pape, on peut dire que ce livre
professe les doctrines jésuitiques, et j'ai le droit de m'en emparer. {Très bien! très bien! d gauche.)
M. DE LA Bassetière. — Alors c'est l'Église entière que vous voulez proscrire!
M. LE VICOMTE DE BÉLiZAL. — Citcz au moins le nom de l'auteur!
M. LE PRÉSIDENT. — Mais l'oratcur l'a déjà cité!
A gauche et au centre. — Lisez ! lisez!
M. Paul Bert. — t D. Peut-on agir selon une conscience probable? etc.
€ R. Dans ce qui concerne la foi, la validité du sacrement... »
Je passe rapidement sur cette première partie, parce que vous pourriez me dire encore que c'est de la théologie.
€ Hors ces circonstances, c'est-à-dire hors la question de foi, on peut, sans pécher, suivre l'opinion la plus probable, quoique la moins sûre; agir ainsi, c'est agir avec prudence. » (Rires.)
Messieurs, ne reconnaissez-vous pas ici la théorie du probabilisme, du juge de tout à l'heure, du marchand qui pouvait ne pas payer l'impôt parce que, comme marchand, il ne le considérait pas comme justement établi, mais qui cependant pouvait l'exiger comme agent du fisc, parce que après tout l'impôt était peut-être juste et que, dans ce cas, il en tirait profit? {Très bien! à gauche,)
Il ne s'agit plus, remarquez-le, d'un ouvrage de 1750, il s'agit d'un livre imprimé en 1870.
Je lis encore, page 181 :
€ D. Est-il permis de désirer une mauvaise action ou de s'en réjouir à cause de l'avantage qui en doit résulter?
« R. 11 n'est jamais permis de désirer une mauvaise action ou de s'en réjouir, quel que soit l'avantage qui en résulte... Mais... »
Il y a ici, messieurs, une coïncidence remarquable avec une des citations anciennes que je vous ai lues tout à l'heure, coïncidence bien singulière si M. Marotte n'est pas jésuite. Voyez :
€ Mais il est permis de se réjouir d'un avantage, quoiqu'il résulte d'un mal. Par exemple, un fils peut recueillir avec plaisir la succession que lui procure le meurtre de son père. » (Exclamations à gauche et au centre.)
Un membre au centre, — Qui a approuvé ce livre?
M. Albert Joly. — Ce sont des évèques !
M. Paul Bert. — Ce livre, vous pouvez Tacheter, il en est à sa septième ou huitième édition, ce qui est une preuve que l'approbation de nosseigneurs les évèques lui a porté bonheur et qu'il ne mérite pas les marques d'indignation qu'il excite sur certains bancs. {Rires à gauche,)
Un membre à droite, — Pas du tout !
M. Paul Bert.— Ah! vous ne vous indignez pas! Le sténographe le constatera. (Rires et applaudissements à gauche,)
Je continue, page 259 :
€ D. Est-il quelquefois permis de tuer un innocent?
€ R. Il n'est jamais permis de tuer directement un innocent, même en vue de l'intérêt public... (Exclamations à gauche), mais on peut, dans une nécessité grave et urgente, faire une action bonne en elle-même, quoique capable de causer la mort d'une ou plusieurs personnes innocentes, pourvu que celui qui fait cette action n'ait en vue que le bien qui doit en résulter, et qu'il éloigne de tout son pouvoir le mauvais effet qu'il redoute. »
C'est la doctrine de l'intention secrète, dont nous avons, dans le gros volume émané du Parlement, des centaines d'exemples...
Je crains de fatiguer la Chambre par ces citations...
A gauche et au centre, — Non ! non ! — Parlez ! parlez !
M. Paul Bert. — J'en passe beaucoup; j'avoue que je retiens les plus intéressantes...
A gauche, — Nous en ferons faire une brochure!
M. Paul Bert. — Page 276 : « Peut-on quelquefois être exempt de l'obligation de restituer quand on a volé?
« R. Oui.
« D. Et quelles sont les causes qui permettent de différer la restitution?
€ R. Ces causes sont :
< !• L'impuissance physique, c'est-à-dire l'état du débiteur qui n'a rien ou qui est dans la nécessité extrême ;
€ 2o L'impuissance morale, c'est-à-dire cet état dans lequel le débiteur ne pourrait restituer, sans déchoir notablement de sa position justement acquise... (Exclamations à gauche),,., sans tomber ou sans entraîner sa famille dans la misère ou sans s'exposer au danger de perdre sa réputation. » (Nouvelles exclamations à gauche,)
Les autres choses n'ont plus qu'un intérêt médiocre à côté de ces grands et solennels principes, si remarquablement burinés dans une œuvre destinée à l'enfance. (Murmures à droite.)
M. Louis Le Provost de Launay (Côtes-du-Nord), — Ce livre est l'œuvre d'un fou!
M. Paul Bert. — Vous êtes bien dur, messieurs, pour nosseigneurs les évêques et archevêques qui l'ont approuvé, pour Louis, évêque de Verdun, pour André, évêquede Strasbourg, etc., etc.
Je ne crois pas qu'ils eussent approuvé l'œuvre d'un fou, ni une œuvre qui n'enseignât pas les pures doctrines! Ceci, messieurs, est la pure doctrine !
M. Laroche- JouBERT. — Les évêques n'ont pas lu cela avant de l'approuver.
M. Paul Bert. — Ce livre est répandu partout; il est l'abrégé d'un cours complet d'instruction chrétienne où vous trouverez ces maximes développées avec un luxe de considérants qui rappelle absolument le gros livre dont je faisais des extraits tout à l'heure.
M. Albert Joly. — Il y a une nouvelle édition qui est de 1874 ; elle est encore pire que celle-là et elle est destinée aux écoles.
M. Haentjens. — Est-elle expurgée? (Rires bruyants. — Applaudissements ironiques sur plusieurs bancs à, gauche.)
M. Paul Bert. — Le mot t expurgé » pourrait paraître un peu sévère à quelques membres de ce côté (l'orateur désigne la droite); mais, enfin, je puis donner satisfaction
à la demande qui vient d'être faite. L'édition dernière est expurgée; on y a introduit des cartons sur deux ou trois des passages que j'ai cités, notamment celui où il est parlé de la satisfaction que peut éprouver un fils du meurtre de son père.
J'ai entre les mains l'édition de 1870, qui a été enseignée pendant fort longtemps dans les écoles; c'est la quatrième. Et si je pouvais dépouiller devant vous les différents catéchismes qui sont en usage dans les écoles de nos campagnes, je vous montrerais que l'on y rencontre exactement les mêmes doctrines.
Je tiens, à propos de ces citations, à me justifier d'un reproche qui m'a été fait l'autre jour. On a dit que j'avais fait des hypothèses ; on a dit qu'il ne pouvait venir à la pensée de personne que l'enseignement des facultés catholiques puisse être dévié de telle sorte qu'il deviendrait en réalité un art de tourner autour du Code civil et du Code pénal sans risquer d'en éprouver les effets fâcheux.
J'ai là — ce n'est plus un jésuite, il est vrai, c'est M. le comte Anatole de Ségur, ~ j'ai là des extraits d'une brochure publiée d'abord par la Semaine religieuse du diocèse de Montpellier, à une date toute récente, en 1872, journal qui est honoré de l'approbation de M. l'évêque de Montpellier. Ces extraits, par conséquent, peuvent être considérés comme représentant, eux aussi, les pures doctrines, ou du moins — - car il faut distinguer, vous l'avez vu, entre la spéculation et la pratique, — comme représentant quelques indications qui, fâcheuses peut-être du côté de la spéculation, méritent du moins d'être mises en pratique.
M. le comte de Ségur se préoccupe beaucoup des précautions prises par le Code civil pour empêcher que les legs et les dons ne puissent parvenir à des personnes qui n'ont pas qualité pour hériter, qui ne sont pas des personnes civiles. Il précise très nettement, avec un art véritablement juridique — ce qui prouve que les élèves des facultés catholiques ne seront pas embarrassés
devant les professeurs de l'université, monsieur le ministre, — M. le comte Anatole de Ségur, dis-je, précise d'une manière toute particulière, mais avec une science toute juridique, les points délicats, ce qu'il appelle c les points de contact de la liberté charitable et religieuse, — encore une autre liberté ! — et de la législation civile ».
< Une fois ces points de contacts connus, dit-il, il sera bien facile de les éviter. » Cela est bien simple; c'est, en effet, par là qu'il faut commencer : et il donne des consultations pour tous les cas possibles.
€ Bien des personnes pieuses, dit-il, qui veulent consacrer une partie de leur fortune à faire le bien se trouvent arrêtées par la rigueur de ce principe. Elles voudraient choisir les intermédiaires de leurs libéralités, joindre l'aumône spirituelle à l'aupiône matérielle, et elles répugnent à confier à d'autres mains qu'à des mains pieuses l'exécution de leurs volontés charitables. »
En d'autres termes, ces personnes voudraient bien tourner la loi; mais comment faire? Et alors suit, je le répète, une série d'indications qui peuvent être utiles à ceux que la loi gêne.
Puis, M. de Ségur ajoute avec une simplicité charmante :
€ ... Au moyen de ces tempérances parfaitement légitimes et de facile usage, les bienfaiteurs des pauvres peuvent concilier le respect des principes rigoureux de la loi avec leurs préférences et l'accomplissement de leurs volontés pieuses. »
Je m'arrête ici, messieurs. Je vous ai fait connaître quelques échantillons de ce qu'est cet enseignement entre les mains de ces hommes qu'on a présentés ici à la tribune, qu'on présente partout comme les sûrs gardiens de la plus pure doctrine, de la plus excellente morale. On va répétant que la société est entraînée par le torrent révolutionnaire, qu'ils sont l'ancre de salut, que c'est à eux qu'il faut s'attacher pour prendre pied ou surnager»
Vous savez maintenant, messieurs, quelles idées, quels principes de morale les guidaient jadis et les guident encore aujourd'hui, idées qu'il leur est impossible, à coup sûr, de ne pas faire passer du domaine de la spéculation dans le domaine de la pratique. (Marques d'approbation à gauche,)
Si je parlais de Tart pédagogique avec lequel sont inculqués ces principes, il y aurait beaucoup à dire et des choses curieuses ; mais vous me répondriez que je fais ici la critique des écoles privées, non plus au point de vue de la morale, mais au point de vue de la valeur pédagogique et que je viens vanter les écoles universitaires par contraste avec les écoles jésuitiques et congréganistes.
On me dirait qu'un semblable procédé ne peut pas être de mise à la tribune française. C'est absolument mon avis, et je ne suivrai pas, par conséquent, les exemples du même ordre, mais en sens inverse, qui m'ont été donnés par nos adversaires. (Nouvelles marques d'approbation à gauche et au centime.)
Voilà, messieurs, pour l'enseignement des garçons.
Mais il s'est passé depuis un siècle environ quelque chose de tout à fait particulier et de nouveau. L'enseignement des filles, jusqu'au moment de la Révolution, était presque exclusivement entre les mains des congrégations religieuses. Ces congrégations donnaient un enseignement qui, au point de vue de l'instruction proprement dite, était généralement assez faible, sauf pour quelques grandes maisons célèbres et distinguées. Mais, d'après tous les documents du temps, les jeunes filles y recevaient une très bonne éducation au point de vue de la morale.
On avait grand soin, dans les couvents, de ne pas élever les jeunes filles qui devaient rentrer dans le monde et devenir des mères de famille comme de futures nonnes ou religieuses. On n'excitait pas en elles le sentiment mystique ; on leur inspirait certes des sentiments religieux, mais d'un ordre élevé, en rapport avec
la plus pure morale. Il en résultait cette tranquillité sociale, ce calme au sein de la famille dont on regrette quelquefois la disparition à notre époque.
Aussi, depuis le commencement du siècle dernier, depuis la célèbre histoire de l'abbé Girard et de la Cadière, depuis l'histoire plus célèbre encore de Marie Alacoque, les jésuites se sont-ils efforcés de mettre la main sur renseignement des filles. Ils ne le pouvaient pas directement; les statuts de leur ordre le leur défendaient. Ils ont alors suscité un grand nombre de congrégations qui n'ont plus aucun rapport avec les vieilles congrégations que nos pères et nos mères ont connues.
En effet, elles portent pour la plupart les dénominations de Sacré-Cœur de Jésus, de Sacré-Cœur de Marie, etc.; ce qui indique qu'elles sont d'une date récente.
Ces congrégations jésuitiques s'efforcent, au contraire des vieilles et sages congrégations, d'imprégner l'esprit des jeunes filles d'un mysticisme outré, d'un mysticisme singulier; car ces exagérations intellectuelles s'unissent à ce qu'on pourrait appeler un organicisme le plus matériel du monde...
A gauche. — C'est cela ! — Très bien ! très bien !
M. Paul Bert. — Alors qu'autrefois, on avait soin, dans les questions de dogmes, dans les récits de légendes, d'histoires religieuses, de passer rapidement sur certaines circonstances délicates, sur lesquelles il n'est pas bon d'arrêter l'esprit des enfants, surtout des jeunes filles, aujourd'hui, au contraire, il semble qu'on prenne plaisir à l'y fixer, et on l'y appelle à l'aide des procédés intellectuels qui sont les plus curieux et les plus dangereux du monde. Je ne sache pas de livre plus intéressant à lire sous ce rapport que celui des Méditations sur la vie et les mystères de Notre-Seigneur Jésus-Christ, selon la méthode de saint Ignace — il s'agit bien, vous le voyez, des jésuites — et d'après les célèbres exercices du fondateur de l'ordre. Ces livres sont destinés aux jeunes filles; par conséquent, je ne sors pas du
LK CLliRICALISME. ^
sujet qui nous occupe. Celui-ci, par exemple, est dédié spécialement aux jeunes personnes, et il fait partie de l'enseignement des pensionnats du Sacré-Cœur.
En le parcourant, messieurs, on est étonné de voir au point de vue des sujets étudiés, au point de vue de la manière de les étudier, de quelle façon véritablement redoutable on procède, au sein de ces établissements qui appartiennent tous à des congrégations non reconnues. Au point de vue de la méthode, c'est une exagération de mysticisme qui tend à mettre la jeune personne absolument en dehors du monde, en dehors des connaissances extérieures et des impressions temporelles qui l'entourent. Elle doit se placer dans un endroit obscur et silencieux, elle doit s'isoler, faire abstraction de toutes choses, concentrer son esprit sur un point particulier d'une histoire religieuse, s'y fixer, sens et âme, avec une attention absolue. Elle médite; il y a des préludes, des oraisons préparatoires, un ensemble de manœuvres, de procédés, grâce auxquels elle arrive à s'isoler entièrement du monde.
Et alors — cela devient extrêmement curieux, — cette jeune fille, dans cet état de quasi-somnambulisme, endormie pour ainsi dire, éloignée de ce monde, est appelée à mettre en exercice tous ses sens, les uns après les autres, et à les appliquer à l'objet sur lequel a été fixé son esprit et qui est là présent, vivant en quelque sorte, devant elle. Il y a là, messieurs, je n'hésite pas à le dire, toutes les conditions d'une hallucination préparée, organisée. (Très bien! très bien! à gauche.)
Après chacune des méditations, vient ce qu'on appelle € l'application des sens » ; c'est la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût, enfin le toucher. Voilà pour la méthode.
Songez, messieurs, combien elle est périlleuse! Ceux qui l'ont inventée ou plutôt qui l'ont appliquée non plus à des religieuses, comme le voulait saint Ignace, mais à des jeunes filles qui devront devenir des femmes, vivant dans le monde, ceux-là sont véritablement coupables et responsables de bien des folies. Et, si ceux
qui écrivent ces livres ne sentent pas ce qu'ils ont fait, je les renvoie au traité de YÉducation des filles, de Fénelon ; ils y trouveront de bonnes et sévères leçons. (Intermptions à droite.)
M. DE L.\ Bassetière. — Ce livre est destiné à de futures religieuses!...
M. Paul Bert. — M. de la Bassetière me dit que ce livre est destiné à des religieuses. Je tiens à répondre à cela, car Fargument, sans avoir une portée énorme, pourrait présenter quelque valeur.
Je dis que M. de la Bassetière commet une erreur; il y a deux éditions, l'une destinée aux religieuses — celle-là je ne l'ai pas, elle ne m'intéresse pas; je reste dans le domaine de l'enseignement — et l'autre destinée aux jeunes filles; et certes vous êtes plus en situation que moi de savoir qu'on s*en sert quotidiennement dans les établissements du Sacré-Cœur et dans d'autres.
Voilà la méthode. Je n'ai pas été embarrassé jusqu'ici, parce que je ne franchis pas les limites de ce qu'on pourrait appeler l'application de la médecine à la pédagogie; mais je serais bien embarrassé pour parler des sujets qui sont traités dans ces méditations, et pour faire des citations textuelles. Pourtant, il faut bien les mdiquer. Or, savez-vous sur quoi l'on appelle particulièrement l'attention des jeunes filles? C'est l'Annonciation, par exemple. Il y a une douzaine de méditations sur l'Annonciation et sur les conséquences de l'Annonciation. {Rires à gauche,) Il y a trois ou quatre méditations sur la vie cachée de Jésus dans le sein de sa mère, méditations dans lesquelles la jeune fille est invitée non pas seulement à réfléchir, mais à se mettre en état d'interroger, par chacun de ses sens, la situation actuelle de Jésus. (Exclamations à gauche et au centre.)
Je pourrais les lire.
Et, après l'Annonciation, il y a la Visitation. Le même ordre de questions est suivi. On va même plus loin...
5â LE CLÉRICALISME
M. Margaine. — Et l'opération du Saint-Esprit?
M. Paul Bert. — Voici deux pages entières de méditations : c'est la contemplation, puis l'application des sens sur la Circoncision... {Exclamations et rires, — Lisez!)
La 33® contemplation sur la Circoncision présente trois préludes, trois points, un colloque et une résolution. (Hilarité,)
M. DE LA Bassetière. — Il est très facile d'habiller tout cela; mais le fond ne peut être exact!
M. Paul Bert. — M. de la Bassetière me reproche d'habiller tout cela : je vais le lire tout nu. (Très bien! très bien! à gauche, — Lisez! lisez!)
M. DU BoDAN. — Ce n'est pas possible : il y a des dames et des jeunes filles dans les tribunes!
M. Paul Bert. — Notre honorable et respecté collègue, M. Du Bodan, me fait observer que nous ne sommes pas seuls ici, qu'il y a des dames et des jeunes personnes dans les tribunes.
M. Fauré. — Attendez que les tribunes soient évacuées.
M. Paul Bert. — Je le reconnais et de là viennent toutes mes hésitations; mais avouez que c'est une situation étrange que de se trouver, à une tribune française, devant une assemblée d'hommes, en présence d'un auditoire d'adultes, et de ne pas oser y lire ce qui est fait et écrit pour être lu, médité, réfléchi en son particulier par une jeune personne, monsieur Du Bodan! (Vive approbation et applaudissements au centre et à gauche),,,
M. DE LA Bassetière. — Je demande le titre de l'ouvrage, le nom de l'auteur et la date d'édition!...
M. le président. — M. de la Bassetière demande le nom de l'auteur, le titre de l'ouvrage et l'année de son apparition...
M. Paul Bert. — Je lis :
€ Méditations selon la méthode de saint Ignace, sur la vie et sur les mystères de N. S. J.-C. — 4 volumes in-12, édités par la librairie Lecoffre, 1867, avec une dédicace à saint Joseph et une autre aux jeunes personnes du Sacré-Cœur. >
M. DE BosREDON. — Par qui ce livre est-il approuvé?.
M. Paul Bert. — On s'en sert partout; il a eu je ne sais combien d'éditions!
M. DE LA Bassetière. — Qucl est Fauteur?
M. Paul Bert. — Il n'y a pas de nom d'auteur. {Exclamations à droite.)
M. DE LA Bassetière. — Nous protestons... (Bruit.) S'il n'y a pas de nom d'auteur... (Rumeurs),., s'il n'y a pas de nom d'auteur... (A V ordre!)
M. le PRÉSIDENT. — Je vais être obligé de vous rappeler à Tordre, monsieur de la Bassetière! Veuillez ne pas interrompre.
M. DE LA Bassetière. — Je dis que s'il n'y a pas de nom d'auteur, et s'il n'y a pas d'approbation épiscopale, ce livre n'a absolument aucune valeur! (Très bien! à droite. — Exclamations à gauche.)
M. Paul Bert. — Aucune espèce de valeur! C'est dur pour un livre qui est en usage dans les maisons d'éducation religieuse.
M. DE LA Bassetière. — C'est ce qu'il faut prouver!
M. Paul Bert. — Il en est à sa 7« ou 8« édition.
A droite. — Ce n'est pas une raison !
TJn membre à droite, — lu^ Assommoir en a eu plus de cinquante !
M. Paul Bert. — Il a été édité par la librairie Lecoffre. Vous pouvez élever contre la librairie Lecoffre l'accusation d'hérésie; vous vous arrangerez avec elle.
Mais du reste ces diverses méditations selon la méthode des exercices de saint Ignace ne portent que rarement un nom d'auteur; un certain nombre sont approuvées, d'autres ne font mention d'aucune approbation.
J'ai là un catalogue tout entier de ces sortes d'ouvrages, ils sont tous conçus dans le môme esprit; tous consacrent une méditation à chacun de ces cas particuliers si scabreux que j'indiquais tout à l'heure. Je ne dis pas que je n'ai pas choisi les citations les plus favorables à la thèse que je voulais soutenir. Celle que je