‹ Le cléricalisme, questions d'éducation nationale;Chapitre 14 sur 28 · S4 LE CLÉRICALISME · texte numérisé non relu

S4 LE CLÉRICALISME

vais lire est plus complète que les autres peut-être, mais je maintiens que toutes sont dangereuses.

Ce ne sont pas, d'ailleurs, les menus, les misérables et honteux détails dans lesquels on entre dans ces méditations qui sont de nature à troubler Timagination des jeunes filles : c'est la situation même dans laquelle on les place, les invitant à contempler ces scènes, et, après l'oraison préparatoire, à y appliquer tous leurs sens : premier point, la vue; deuxième point, l'ouïe ; troisième point, le goût; quatrième point, l'odorat; cinquième point, le toucher.

Voilà, en particulier, les dispositions que l'on doit apporter à l'étude de la circoncision. (Bruit à droite.)

M. LE COMTE Jean Colbert-Laplace. — Prononcez le huis clos.

M. Laroche-Joubert. — Il faudrait demander le comité secret.

M. Paul Bert. — Je vous demande la permission de ne pas lire. Du reste j'ai donné des indications; tout le monde pourra consulter le livre à la Bibliothèque nationale, par exemple, à moins qu'on ne proteste, et qu'on ne dise encore que c'est pour mettre un habit à ces citations que je ne les présente pas.

M. LE COMTE DE Perrochel. — Il n'y a ni nom d'auteur, ni approbation épiscopale!

M. Paul Bert. — Vous voulez des livres qui aient l'approbation épiscopale ? En voici :

Ici, je l'avoue, il ne s'agit plus de livres de classes. (Ah! ah! à droite,)

Il s'agit de livres de prix (Hires à gauche) yde livres de lecture ; il s'agit de ces petits livres s'adressant à la jeunesse chrétienne et approuvés par Me^ l'évèque de Limoges.

Voici un extrait de cette Bibliothèque chrétienne et morale. Très certainement, si un simple almanach avait publié la première histoire qu'il contient, — je ne dis pas que la commission de colportage ne l'aurait pas laissé passer, elle en a fait bien d'autres, — mais les procureurs généraux auraient pu l'arrêter.

A droite, — Lisez-la ! * '

M. Paul Bert. — C'est t le Triomphe de la Charité >, par M. Baudan, à Limoges, chez Barbou frères.

Il n'y a pas de date non plus.

Ce € Triomphe > consiste en un dialogue entre Eustachius, préfet d'Alexandrie, un des plus ardents persécuteurs de la religion, et une vierge nommée Théodose.

Le préfet somme la vierge d'avoir à sacrifier aux faux dieux; la vierge refuse et le préfet lui dit :

« Il y a une ordonnance des empereurs qui porte que les vierges qui refuseront de sacrifier aux dieux seront exposées dans un lieu infâme... »

M. Margaine. — C'est un préfet de l'ordre moral ! {On rit.)

M. Paul Bert. — Suit un dialogue entre la vierge qui exprime des préoccupations très justes et fait preuve d'une instruction spéciale assez développée, et le préfet qui, après une insistance des plus fâcheuses, condamne la jeune fille à être conduite dans le lieu de débauche. Les débauchés s'empressent autour d'elle; mais Jésus- Christ vient la protéger et elle est tirée de là, à son grand honneur, par un jeune homme qui se met à sa place et l'habille de ses vêtements.

M. LE COMTE- Jean de Colbert-L aplace. — Lisez complètement.

M. LE PRÉSIDENT. — Il y a des limites à la curiosité.

M.. Paul Bert. — Puisque vous insistez, je puis lire encore quelques lignes. Vous verrez ce qif on écrit pour les jeunes enfants avec approbation de l'évêque de Limoges. {On rit,)

Théodose dit : t La seule grâce que je vous demande, c'est qu'on n'attente pas à ma pudicité. »

Le préfet lui répond :

€ Sacrifiez aux dieux, ou dans peu de temps vous aurez perdu cette virginité dont vous vous glorifiez. »

A gauche et au centre, — Assez ! assez !

M. Edouard Lockroy. — Et cela est approuvé par un évèque!*

M. Paul Bert. — Nous avons des documents plus

récents encore et qui rentrent dans Tordre des livres de classe. Telles sont des dictées faites par un vicaire dans une école normale de filles. Ces dictées, par exemple, je ne puis guère en dire que les titres :

€ Y a-t-il différentes manières de commettre le péché contre la pureté? — On peut le commettre de cinq manières différentes : par action, par parole, par regards, par désirs et par pensées, i

Jusque-là, cela va bien, quoiqu'il soit un peu singulier qu'un jeune vicaire se préoccupe de dicter à des jeunes filles de seize à vingt ans le nombre et la nature des manières de pécher contre la pureté. (Rires approbatifs à gauche.)

Mais il ne se contente pas de cette énumération tout à fait de rituel, et alors il dit : < On peut pécher par action de trois manières... > (Bruyantes exclamations à gauche.)

Plusieurs membres, — C'est trop fort !

M. LE BARON Etienne de Ladoucette. — Ce doit être l'histoire d'un prêtre à l'esprit malade dont il a été parlé à Nancy et qui a été exclu de l'enseignement *.

M. Paul Bert. — Messieurs, je m'excuse d'être entré dans tant de détails nauséeux et d'avoir divulgué ici des choses qui n'ont jamais vu le jour à la tribune française. Ce n'est pas ma faute; c'est la faute de ceux qui disent et proclament avec audace urbi et orbi qu'ils sont les gardiens de toute morale. (Applaudissements au centre et à

Eh bien, qu'en font-ils, de la morale? Vous pouvez imaginer ce que peut être leur enseignement oral par ce que vous connaissez de leur enseignement écrit.

Vous voyez, messieurs, ce qu'ils ont fait pour les garçons et ce qu'ils ont tenté de faire pour les filles : c'est à vous de voir si vous ne voulez pas arrêter cet enseignement étrange — pour ne pas dire plus, — c'est à vous de l'arrêter en votant l'article 7 *.

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