‹ Le cléricalisme, questions d'éducation nationale;Chapitre 27 sur 28 · Discours au Grand Théâtre de Lyon (28 mai · texte numérisé non relu

Discours au Grand Théâtre de Lyon (28 mai

Je viens donc aujourd'hui vous dire ce qu'est la liberté réclamée par l'Église et quel usage elle en a fait lorsqu'elle était au pouvoir. J'espère vous démontrer clairement que la liberté de l'Église catholique est la domination absolue du pouvoir spirituel sur le pouvoir civil et qu'elle ne réclame la liberté que pour mettre à néant la liberté d'autrui.

Mais je dois vous déclarer tout d'abord, et ne croyez pas, en cela, voir de ma part une réserve hypocrite, je dois vous déclarer que je ne veux, en aucune façon, parler de la religion.

Je ne veux pas mêler à une revue politique, à une thèse historique, les rapports que la plupart des hommes croient avoir besoin d'établir entre leur conscience et un être mystérieux auquel ils reconnaissent la toutepuissance. Je n'ai donc à vous parler ni du dogme, ni des mystères, ni de la discipline ecclésiastique, ni de la morale religieuse; non pas que je me désintéresse de ces importantes questions, qui ont tenu et qui tiennent encore une si grande place dans l'histoire des peuples. Si je vous parlais ici de l'éducation publique, j'aurais à vous en entretenir longuement, mais aujourd'hui je n'ai à vous parler que de liberté. Rien de plus simple que la solution de ce problème, bien qu'elle n'ait été donnée que par la Révolution française.

S'agit-il de religion, de liberté pleine et entière de croire ou de ne pas croire, de s'enrôler dans telle ou telle confession religieuse ou de n'en professer aucune? Les dogmes et les mystères sont indifférents à l'État. C'est ainsi par exemple que je me soucie peu de savoir si le dernier concile du Vatican a innové ou non en décrétant le dogme de l'Immaculée-Conception, c'est ainsi que l'État ne doit pas s'inquiéter de voir des hommes reconnaître à un de leurs semblables le don quasi divin de l'infaillibilité, à la condition que, comme le dit le texte sacré, cette infaillibilité ne s'exerce que dans le domaine de la foi et des mœurs.

S'agit-il du culte? Ici encore liberté pleine et entière

des manifestations de la croyance religieuse, à la condition que ces manifestations ne portent pas atteinte à la liberté générale. Ainsi, peu nous importe le costume que porte le prêtre, la langue dans laquelle il officie, la liturgie à laquelle il obéit. Mais TËtat a le droit de surveiller et même d'interdire les processions lorsqu'il y trouve quelque inconvénient pour la tranquillité publique et le devoir de protéger les citoyens contre les violences par lesquelles on voudrait obtenir d'eux des marques de respect.

Voilà, pour la religion et le culte, la solution du problème.

Mais autre chose est la religion, autre chose est rÉglise; autre chose est la liberté religieuse, autre chose est la liberté de l'Église.

L'Église est une institution merveilleusement organisée et hiérarchisée, destinée à utiliser la religion pour en faire un moyen d'action politique. Si vous interrogez l'histoire, vous verrez que les rois et les empereurs ont treihblé devant celte puissance. Si vous vous demandez ce qu'est sa liberté, vous verrez que l'Église ne s'est avouée libre qu'aux temps lointains où le pied du pape Hildebrand foulait, à Canossa, la couronne impériale et où, sur l'ordre du prêtre, le prince tirait l'épée du fourreau pour en frapper quiconque cherchait à échapper à la domination de l'Église.

Je sais bien que, quand on parle ainsi, beaucoup de gens qui se croient sages, haussent les épaules et disent : Pourquoi cette évocation d'un passé mort et oublié? Les temps sont changés et l'Église avec eux. Écoutez ses réclamations. Que demande-t-elle? La liberté d'enseigner, la liberté de poursuivre ses œuvres pieuses, la liberté de développer ses institutions charitables. Quoi de plus naturel et de plus inofîensif ! Quel pape voudrait aujourd'hui réclamer le droit de déposer les princes de la terre? Ne confondez pas ainsi le moyen ôge et la société moderne.

Ceux qui parlent de la sorte oublient la fière et redou-

table devise de l'Église : Semper eadem. Ils oublient qu'il s'agit d'une institution immuable et impeccable. Ils oublient l'infaillibilité des pontifes et des conciles. Ils oublient même leur histoire moderne et ces documents fameux qui suscitèrent tant de bruit il y a vingt ans, l'Encyclique Quanta cura et le Syllabus de 1864.

Oh! je sais bien aussi que, quand on parle de syllabus, les sages sourient volontiers. Je sais bien qu'on s'efforce de faire le silence autour de ce monument compromettant. Je sais bien que, dans le monde des catholiques eux-mêmes, une légende tend à s'établir fort peu respectueuse pour Pie IX. On laisse entendre que ce vieillard, en proie aux obsessions des représentants d'un parti compromettant, a imprudemment avancé des doctrines sans racines dans le passé, sans portée pour l'avenir. On voudrait faire croire que le syllabus est un acte personnel isolé, dont la sagesse du pape actuel a déjà singulièrement atténué les conséquences.

Eh bien, messieurs, je prétends vous montrer, l'histoire en main, que cette interprétation du Syllabus est aussi erronée qu'impertinente. Je vous prouverai qu'aucune des doctrines qui y sont énoncées n'est nouvelle et qu'il n'est que la centième édition des prétentions de la cour de Rome. Il n'en est même qu'un écho très affaibli. Bien loin d'employer des formules excessives, Pie IX atténue tellement sa pensée, qu'il est parfois nécessaire, pour la bien comprendre, de la rapprocher des textes anciens. Et si ce document, malgré son excessive prudence, a causé une telle émotion, et l'on peut dire un tel scandale, c'est parce que, si l'Église était restée immuable, le monde avait marché; c'est parce que l'expression de ces doctrines a semblé un anachronisme monstrueux au sein d'une société dont tous les membres, même les catholiques; sont, sciemment ou non, les fils de la Révolution.

Nous allons donc, messieurs, parcourir l'histoire. Elle nous montrera deux choses : la première, c'est que la liberté de l'Église n'est autre chose que la domina-

tion absolue du pouvoir temporel, la main mise sur la société civile ; la seconde, c'est que TÉglise ne se sert du pouvoir temporel que pour détruire toutes les libertés.

Pour arriver à démontrer cette double vérité, je laisserai de côté les formules générales et sonores, j'appellerai à mon aide la méthode scientifique, j'invoquerai les documents authentiques, et j'aurai soin de les demander, non point aux ennemis de l'Église, mais aux docteurs qu'elle révère, aux saints qu'elle honore, aux pontifes et aux conciles dont les paroles ont le caractère de l'infaillibilité. Et quand nous aurons fait ensemble cette évocation du passé, la preuve de mes affirmations vous la tirerez vous-mêmes des documents que j'aurai fait passer sous vos yeux.

Messieurs, jusqu'à l'an 313, au moment où l'empereur Constantin fit de la religion catholique la religion d'État, l'Église catholique était restée dans son véritable ministère. A ce moment elle combattait encore avec une énergie indomptable pour sa vraie liberté. Elle n'avait pas encore eu le souci d'empiéter sur la liberté d'autrui, absorbée qu'elle était par la nécessité de se défendre contre les persécutions impériales et les schismes qui la déchiraient.

Tout d'abord, elle se rappela les bienfaits qu'elle avait reçus et se montra reconnaissante vis-à-vis des empereurs qui l'avaient protégée, vis-à-vis des rois barbares qu'elle avait appelés à son aide. Elle était d'ailleurs dans la période de formation, la force lui manquait encore pour menacer le gouvernement civil.

Pendant plusieurs siècles, elle resta ainsi. Au vi« siècle, elle se fit toute petite, et ses chefs vinrent s'abaisser devant le pouvoir temporel. Elle s'inclina complètement devant les rois. Nous voyons saint Grégoire le Grand, par exemple (590-604), appeler l'empereur Maurice son seigneur, et se reconnaître son sujet avec protestation de demeurer toujours en son obéissance.

Et ce n'est pas dans le domaine civil seulement que

nous voyons l'Église s'incliner : elle soumet à l'approbation des rois l'examen de cette question religieuse dont elle se montre toujours si jalouse. Bien plus, nous voyons le pape Pelagus (555-560), accusé d'hérésie, rendre compte de sa foi au roi de France, Childebert I®*", reconnaissant que l'Écriture lui commande d'obéir aux princes souverains. 11 le fait juge de documents religieux. — Les conciles d'Arles et de Mayence soumettent leur décision à l'autorité de Charlemagne, c afin que si quelque chose semble devoir y être corrigé, la grandeur impériale en ordonne la correction >.

Le clergé reconnaissait, en un mot, la suprématie du pouvoir temporel.

Cependant, même dans ces temps lointains, les aspirations de l'Église à la domination commencent à se faire sentir. On en trouve la preuve dans un document qui remonte à 450, document dont on aurait peut-être perdu le souvenir s'il n'avait pas été repris par Pie IX et inséré textuellement dans l'Encyclique du 9 novembre 1846. Voici la formule :

L'autorité suprême n'a pas été seulement donnée aux princes pour le gouvernement du monde, mais principalement pour la défense de TÉglise.

Voilà l'excuse de la docilité primitive de l'Église. Elle obéit au roi, à la condition que celui-ci la défende et l'appuie contre les hérétiques. Elle s'incline devant le pouvoir temporel parce que celui-ci vient à son aide; parce qu'il lui prête un utile concours.

N'importe, déjà quelques velléités d'action directe se manifestent. L'Église cherche à mettre la main sur quelques menues parcelles du pouvoir civil; mais la royauté réprime rigoureusement ces premières tentatives et, hautaine, rappelle l'Église à la modestie qui lui convient.

Lorsque le pape Adrien (862) élève la voix pour soutenir ses prétentions naissantes à la prépondérance en

France, à propos du changement de certains évêques, il reçoit du roi Charles le Chauve cette réponse :

Vous nous écrivez des lettres inconvenantes qui déshonorent la puissance royale. Vous nous envoyez des ordres qui conviennent peu à la modestie d'un évêque; vous nous accablez d'injures et d'outrages...

Dieu a établi les rois et les empereurs pour commander et non pour être les serviteurs des papes.

Mais les siècles s'écoulent ; les tendances, le langage et les actes changent. La cour de Rome s'enhardit et de plus en plus prend de l'autorité sur le pouvoir temporel. Un de ses papes, grand parmi les plus grands de l'histoire de l'Église, Grégoire VII — Hildebrand — donne une nouvelle vigueur à la marche en avant, et c'est fièrement qu'il formule une réplique à la lettre hautaine du roi Charles le Chauve. Nous sommes loin de la modestie qui convient à un évèque; — il est vrai que plus de deux siècles séparent les deux époques (862-1076).

Le pape peut enlever et donner à qui bon lui semble les empires, les royaumes, et la possession de tous les honneurs.

Le pape peut déposer les empereurs, et délier les sujets des serments de fidélité.

Dieu n'a excepté personne, n'a rien soustrait à sa puissance. 11 Ta établi prince de tous les royaumes de ce monde.

Vous le voyez, l'ambition constante du clergé de dominer et d'accaparer le pouvoir temporel date de loin; et à mesure que nous avancerons, nous verrons cette doctrine de la suprématie ecclésiastique s'affirmer de plus en plus. En l'an 1076, Grégoire VII fulmine contre l'empereur Henri IV la bulle suivante :

Pour l'honneur et la défense de l'Église..., je défends à Henri, qui, par un orgueil inouï, s'est élevé contre l'Église, de gouverner le royaume teutonique et l'Italie. J'absous tous les chrétiens du serment qu'ils lui ont fait ou feront, et je défends à tous de le servir comme roi. Car celui qui veut donner atteinte à l'autorité de notre Église mérite de perdre la dignité dont il est revêtu.

C'était bien là la doctrine de l'Église, doctrine confirmée d'ailleurs par l'un des plus grands canonistes, saint Bernard, qui dit :

Les deux glaives, le spirituel comme le temporel, sont au service de l'Église. Mais Tun doit être mis hors du fourreau par rÉglise, l'autre pour l'Église, celui-là par la main des prêtres, celui-ci par la main du guerrier, mais sur un signe du prêtre.

Vous savez, maintenant, au nom de quel principe Grégoire VII prononça la déposition de l'empereur Henri IV. Remarquez-le bien : au nom de la liberté de l'Église. Nous sommes à présent au cœur même de notre sujet : la liberté de l'Église. Et cette liberté, voyez déjà comme elle la comprend : impatiente de tout contrôle, elle entend être la maîtresse du pouvoir temporel, de ce pouvoir qui refuse de reconnaître la suprématie du clergé.

L'orgueil des clercs est devenu sans limite. Ils prétendent à une liberté absolue et en jouissent; ils exigent qu'on les laisse indépendants et maîtres dans rÉfat laïque ; ils sont exempts de l'impôt. En outre ils ont le droit d'asile, l'investiture des évéques, leur juridiction spéciale. Enfin l'immunité la plus complète leur est accordée.

Toutes ces concessions, plutôt tous ces empiétements ne sont pas toujours supportés sans révolte par le pouvoir civil, aussi voyons-nous, puissance contre puissance, se rencontrant sur tous les points, luttant sans miséricorde, ces deux grands rivaux : le pape et l'empereur, l'Église et l'État.

Le pape pouvait peut-être, à cette époque, errer, car il

n'avait pas encore été déclaré infaillible; cependant il est

' permis de croire qu'il ne se trompait pas. Ecoutez

maintenant la voix de l'infaillible ; il ne renie rien de ce

qu'a avancé son prédécesseur.

Sans doute, le droit de déposer les souverains, et de délier les peuples de leur obligation de fidélité a été parfois, dans des rencontres suprêmes, exercé par les papes. Mais il n'a rien de

commun avec IHnfaillibilité; et sa source, au lieu d'être dans rinfaillibilité, est dans Fautorité pontificale.

Dans un concile, le plus grand après celui de Nicée, ce but de PÉglise est encore plus nettement défini.

Si le seigneur temporel, dit le concile de Latran, négligeait de purger sa terre de l'infection hérétique, qu'il soit excommunié, et s'il refusait satisfaction dans Tannée, que le souverain pontife déclare ses vassaux déliés du serment de fidélité, et qu'il donne sa terre aux catholiques, pour qu'ils s'en emparent et la possèdent après avoir exterminé les hérétiques.

Nous allons rencontrer toujours ces mêmes principes dans rhistoire de l'Église.

Il m'était facile de les résumer en quelques paroles; j'ai préféré m'en tenir aux textes et aux citations, afin de donner plus de poids à tout ce que j'ai avancé. Ces exemples seront mieux retenus par les esprits studieux et profonds de la population lyonnaise.

Tandis que se tenait le concile de Latran, le pape continuait la lutte . qu'il avait entreprise. Et, chose curieuse, en ce douzième siècle, si loin de nous et par le temps et par les mœurs, nous voyons Innocent III écrire des phrases qui ont été répétées en plein dixneuvième siècle et prétendre hautement à la souveraineté temporelle.

Les princes ont pouvoir sur la terre; les prêtres ont pouvoir sur la terre et au ciel. Les rois ont action sur les corps; les prêtres sur les corps et sur les âmes...

Dieu a mis à la tête de la royauté et de l'Église une seule personne, qui est son vicaire sur la terre.

Tous doivent obéissance à son vicaire, afin qu'il n'y ait qu'un seul troupeau et qu'un seul pasteur.

Comme l'avait fait Grégoire VII pour l'empereur Henri IV, Innocent III, en 1207, lança à son tour une excommunication contre Raymond de Toulouse.

Nous vous avertissons et condamnons, par le souvenir du jugement de Dieu, de faire une prompte pénitence proportionnée à vos fautes, afin que vous méritiez d'obtenir les bienfaits de l'absolution.

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Je n'ai pas besoin de vous rappeler les massacres horribles commis à ce moment au nom de la religion. Vous en avez une longue et triste série : la croisade contre les Albigeois, les massacres de Carcassonne, de Béziers, pendant lesquels soixante mille personnes furent égorgées et laissées sans sépulture.

Et voulez-vous savoir comment l'Église traitait ces cruautés? Amaury, archevêque de Narbonne, écrivait à un des chefs de ces bandits massacreurs, à l'infâme Simon de Montfort : « Tuez, tuez toujours, Dieu saura bien reconnaître les siens. »

Un demi-siècle plus tard, en 1*245, Innocent IV fît déposer l'empereur Frédéric IL

L'empereur, dit-il, nie que toutes les personnes, toutes les choses soient soumises au Saint-Siège. Ainsi celui qui jugera un jour les anges dans le ciel, ne pourra pas juger les choses de ce monde! Déjà sous l'ancienne loi, les prêtres ont déposé des rois indignes. Le vicaire du Christ n'aurait pas le même pouvoir! Ceux-là se trompent qui croient que Constantin a le premier donné une puissance temporelle au pape. Cette puissance lui a été conférée directement par Jésus-Christ, vrai prêtre et vrai roi dans l'ordre de Melchisédech. Jésus-Christ a fondé une domination à la fois royale et sacerdotale, il a donné à Pierre l'empire de la terre et des cieux.

Avant Jésus-Christ, le pouvoir temporel manquait de principe; c'était une tyrannie sans règle ni mesure. Constantin remit sa puissance entre les mains de l'Église, et la reçut d'elle sanctifiée et légitimée.

Saint Bonaventure, le docteur séraphique, écrivait également :

L'Église peut, pour des motifs suffisants, déposer les rois et les empereurs. Quels sont ces motifs suffisants? Les crimes des princes, la nécessité publique.

Saint Thomas d'Aquin, le docteur angélique, parle dans le même sens et dit :

C'est l'État qui procède de l'Église, de même que le corps tient sa vie de l'âme.

Passons maintenant au xiv« siècle, à l'époque de la bulle Unam sanctam. Boniface VIII, avec l'uniformité de

pensée de TÉglise, prend à son tout la parole, et indique dans ce langage énergique et clair ce que c'est que la liberté de l'Église :

Dans l'Église et sous sa puissance sont deux glaives, le temporel et le spirituel. L'un doit être employé par TÉglise et par la main du pontife; l'autre par la main des rois et des guerriers, sur l'ordre et la permission du Pontife.

Or, il faut qu'un glaive soit soumis à Tautre, que la puissance temporelle soit soumise à la spirituelle... Celle-ci doit instituer la temporelle, et la juger si elle s'égare. Nier que les princes soient soumis à l'Église, c'est admettre deux princii>es comme les Manichéens.

Bossuet dit :

Dans cette théorie il ne reste aux rois qu'un vain titre.

Tandis que le pape parlait ainsi, un commentateur s'exprimait comme suit :

Le pape comme vicaire de Jésus-Christ a la plénitude de la souveraineté. Toute puissance, soit spirituelle, soit temporelle, lui appartient. Son autorité est sans nombre, sans poids, sans mesure.

Sentence du pape est sentence de Dieu.

Le pape et le Christ ne font qu'une puissance, si bien que, excepté le péché, le pape peut faire presque tout ce que peut faire Dieu.

Il faut croire le pape notre Seigneur Dieu.

J'en passe; les citations ne sont pas moins bonnes, mais sont identiques. Je ne vous les donne pas, de peur de vous fatiguer. Tous les canonistes sont d'ailleurs d'accord sur ce point que le pape doit avoir toute la puissance et dominer le pouvoir temporel.

Paul IV, en 1511, s'écriait :

Le pontife romain, qui lient la place de Dieu et de Jésus- Christ, possède la plénitude de puissance sur tout royaume et toute nation.

Nous décrétons que toutes personnes, princes, rois ou empereurs, qui seront convaincus de schisme ou d'hérésie, encourront la perte de tout honneur, de tout pouvoir, de toute autorité, de toute principauté.

Ils doivent être livrés au bras séculier, afin d'être punis des peines de droit.

Le souverain Pontife. est le seul maflre du monde; il peut déposer les rois et les empereurs, supprimer et transférer les royaumes, sans autre raison que son bon plaisir.

Vers ce même temps se tenait le fameux concile de Trente, qui décréta ce qui suit :

La mission des rois est de protéger PÉglise et la religion. , Il n*est pas permis aux rois de statuer sur les choses et les personnes ecclésiastiques. Us n'ont pas le droit de. se mêler de ce qui concerne l'Église. Ils doivent, au contraire, obéir* à ses ordres, et quand ils sont requis, ils sont tenus de leur prêter Tappui du bras séculier.

Après le concile, le pape Sixte-Quint se sert de ces paroles arrogantes, pour excommunier, en 1589, le roi Henri IV :

En la pleine puissance que le roi des rois nous a donnée,... prononçons et déclarons Henri, jadis roi, être hérétique et relaps... »

Le déclarons privé de son prétendu royaume de Navarre...

Incapable et indigne de succéder au royaume de France...

Interdisons à ses sujets de lui rendre obéissance aucune.

Au XVII» siècle, un incident significatif s'éleva entre la cour de Rome et la République de Venise.

Deux clercs avaient été arrêtés parce qu'ils avaient commis des actes monstrueux. On voulut les traduire devant le tribunal civil. Mais, à ce moment, le pape Paul V, outré de tant d'audace, prétendant que les droits de l'Église étaient violés, se réclama aussitôt de l'immunité des clercs, en d'autres termes de l'immunité de l'Église. Venise n'en persista pas moins à vouloir faire justice; elle fut excommuniée.

Elle n'en ressentit, à vrai dire, aucun effet. Il en était déjà à cette époque comme à la nôtre; les gens mis à l'index ne s'en portaient pas plus mal. Il faut bien avouer que déjà, alors, les foudres de l'excommunication commençaient à laisser froids ceux qui en étaient frappés.

Un fait non moins important s'était produit en Angleterre au commencement du xvii* siècle.

Le roi Jacques I«' s'était par intérêt séparé de l'Église,

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voici en quelles circonstances. A la suite de la conspiration des poudres , il bannit les jésuites , et fît décréter par le Parlement le serment d'allégeance, qui refusait au pape le droit de déposer les rois et de délier les sujets du serment de fidélité. De là grande colère du pape, qui excommunia le roi. C'est à la suite de cette scission entre la cour de Rome et la couronne d'Angleterre que Jacques !««• imposa le fameux serment :

Je jure que j'abhorre cette doctrine, que les princes excommuniés par le Pape peuvent être déposés ou tués par leurs sujets ou par qui que ce soit. Je crois que le pape n'a pas le droit dé m'absoudre de ce serment.

De nombreuses contestations eurent lieu par la suite entre la cour de Rome et l'Angleterre. L'Église ne pouvait admettre que le pape n'eût pas le droit de déposer les rois pour cause d'hérésie, ni de délier les sujets de leur obéissance.

Jacques l''' ayant abdiqué, son successeur Charles l^' entama des négociations avec la cour de Rome vers 1640. On lui répondit : Les papes sont en possession depuis tant de siècles du droit de déposer les rois, qu'il est impossible d'approuver une telle clause. De longs pourparlers s'en suivirent.

Mais l'Église, qui jusqu'alors a eu la toute-puissance, commence à voir son prestige diminuer peu à peu. Les formules s'adoucissent : la Papauté, sentant que les principes du moyen âge n'étaient plus de saison, résolut de changer de tactique. Elle s'y prit fort habilement.

A la théorie du pouvoir direct, qui avait fleuri au moyen âge, la cour de Rome substitua le pouvoir indirect. Le principe restait le même, la forme seule changeait. Désormais le pape n'aura plus le pouvoir direct sur le temporel, mais il pourra déposer les rois quand l'intérêt de la religion l'exigera. Voilà la véritable formule de ce qu'on appela le pouvoir indirect.

Nous savons, nous, que le Saint-Père, par juridiction directe, n'a pas voix sur le temporel; ce sont choses séparées... Mais indirectement la puissance de TÉglise s'étend sur le temporel.

Jean Boucher, moine ligueur, dit :

Si le salut des âmes Texige, le pape intervient, et donne des ordres au temporel.

Or, qui juge que le salut des âmes est intéressé? — Le pape. Qui juge si le prince est devenu hérétique? — Le pape. Donc le pape est souverain.

Le pape n'a rien à voir directement, mais indirectement la puissance de TÉglise s'étend sur tous les hommes. Écoutez ce que dit le jésuite Bellarmin :

Le pape ne peut pas errer quand il décide des questions de foi, se prononce sur des points qui touchent au salut des fidèles, ou qui concernent le bien ou le mal.

Ce que fait le pape n'est pas l'œuvre d'un homme, c'est l'œuvre de Dieu.

Vous le voyez, avec cette fallacieuse théorie du pouvoir indirect, la domination du pouvoir temporel revient tout entière à l'Église.

Suarez, de la Compagnie de Jésus, écrit :

Dès qu'un roi est excommunié, par cela seul, ses sujets peuvent lui refuser l'obéissance et la fidélité. Si le pape le commande, les sujets doivent prendre les armes contre leur prince, et même le tuer.

Si un roi déposé par le pape continue à régner, il n'est plus rot légitime, il est tyran, et, par suite, tout particulier le pourra tuer.

Retenez ce mot légitime, vous verrez plus tard ce qu'il veut dire.

Nous avons vu, vous vous en souvenez, qu'il existe quatre grands sujets de discorde : la juridiction laïque, l'exemption d'impôt, l'investiture des évéques et le droit d'asile. Quatre pierres d'achoppement contre lesquelles viennent butter le Pape et l'Empereur, « ces deux moitiés de Dieu », a dit Victor Hugo.

Mais nous voici arrivés au xviii" siècle, ce siècle d'intelligence et de progrès, siècle sur lequel rayonne le nom de Voltaire.

L'un des papes, Clément XI, à propos d'une affaire qui

rappelle celle de Venise, où des clercs convaincus de crimes allaient être traduits en justice, prend la parole pour les défendre :

Ne touchez pas à mes christs, c'est un sacrilège de mettre la main sur eux.

Les saints canons ne donnent d'autres droits aux magistrats que celui de révérer les clercs.

Ainsi, en plein xviii* siècle, nous voyons TÉglise, sous prétexte de liberté, réclamer hautement l'immunité des clercs, c'est-à-dire toutes les prérogatives, tous les privilèges, toutes les exemptions qu'à travers les âges l'Église était parvenue à faire concéder aux siens. En un mot, l'Église, jouissant de tous les droits, met en pratique sa vieille maxime noli me tangere. Ces prérogatives, ces droits des clercs constituent, en somme, une partie de ce que l'Église appelle sa liberté.

En 1761, le duc de Parme a l'audace extrême de prétendre assujettir à l'impôt les biens ecclésiastiques et publie un édit à cet effet. Le pape, transporté de colère, s'écrie qu'on veut rendre esclave l'épouse de Jésus-Christ et excommunie le duc.

La bulle du Saint-Père a paru tellement exagérée que Voltaire la déclara digne d'être du xi« siècle plutôt que du xviii^. Voltaire se trompait, cette bulle de l'Église est de tous les temps, de tous les siècles; elle est inhérente à l'esprit de l'Église, et de même que nous la trouvons au xviii* siècle, nous la verrons encore au xix\

Par exemple, un des papes de notre siècle. Pie VII, voyant que certains princes allemands voulaient imposer les biens ecclésiastiques, se lamente amèrement et dit :

Nous sommes tombés en des temps si calamiteux et d'une si grande humiliation pour Fépouse de Jésus-Christ, qu'il ne lui est ni possible ni expédient de rappeler les saintes maximes d'Innocent III et qu'Elle est forcée d'interrompre le cours de ses justes rigueurs contre les ennemis de la foi. Elle ne peut plus exercer son droit de déposer de leurs principautés, et de déclarer déchus de leurs biens les partisans de l'hérésie.

Ces paroles nous montrent que le pouvoir temporel

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de l'Église a reçu une atteinte et commence à décliner. Mais le même principe subsiste, la domination par rÉglise du pouvoir civil.

Nous retrouvons, comme je vous l'ai dit, les mêmes règles, les mêmes reproductions éternelles des revendications de Rome, exposées dans l'Encyclique et le Syllabus. Écoutez, en effet, ce que dit Pie IX, l'infaillible, en 1864 :

D'autres renouvellent des erreurs funestes, ont Tinsigne impudence de dire que Texcommunication fulminée par le Concile de Trente, et par les pontifes romains contre les envahisseurs et les usurpateurs des droits et des possessions de rÉglise, repose sur une confusion de Tordre spirituel et de l'ordre civil et politique, que l'Église n*a pas le droit de réprimer par des peines temporelles les violateurs de ses lois.

Ne négligez pas, ajoute le pape, d'enseigner que la puissance royale n'est pas uniquement conférée pour le gouvernement de ce monde, mais par-dessus tout pour la protection de l'Église.

Il faut laisser l'Église catholique se gouverner par ses propres lois, et ne permettre à personne de mettre obstacle à sa liberté.

Le Syllabus, dans sa proposition 23, déclare — et vous savez que dans le Syllabus les propositions énoncées sont condamnées par le pape, — déclare que « les souverains pontifes, et les conciles œcuméniques ont dépassé les limites de leur pouvoir, ils ont usurpé les droits des princes ». Vous le voyez clairement, Pie IX, continuant les traditions de ses prédécesseurs, veut la domination du pouvoir temporel sur le spirituel, et condamne ceux qui croient que l'Église n'a pas le droit de déposer les princes : il condamne également l'hérésie de ceux qui pensent que l'Église n'a pas le droit d'employer la force, qu'elle n'a aucun pouvoir temporel direct ou indirect. Il condamne enfin la doctrine de ceux qui disent qu'en cas de conflit légal entre les deux pouvoirs, civil et ecclésiastique, le droit civil pourra prévaloir. C'est le souverain pontife, c'est le prince de l'Église qui parle.

Le clergé a suivi naturellement la ligne de conduite

que lui ont tracée les papes; et M. Deschamps, archevêque de Malines, écrit dans un mandenoent :

L'étendue du pouvoir conféré à l'Église pour accomplir sa mission n'a pas d'autre limite que le pouvoir de Dieu lui-même.

N'est-ce pas là Taffirmation la plus complète de cet esprit de domination de TÉglise? L'Église veut toujours pour elle seule la toute-puissance absolue. Et pour ce qui est des princes, « c'est une erreur, dit le Syllabus en 1863, de prétendre qu'il est permis de refuser obéissance aux princes légitimes ». Cela veut dire : qu'il est permis de refuser obéissance aux princes, sauf à ceux qui sont légitimes.

Or à quoi reconnaîtra- ton un prince légitime d'un prince non légitime? M. de Ségur nous l'apprend dans une brochure qui ne dissimule pas ses sentiments politiques, puisqu'elle porte pour devise : « Vive le Roy! » Cette brochure a d'autant plus d'importance qu'elle a été approuvée par le pape en 1871.

La légitimité se reconnaît à la nature des principes sur lesquels repose son pouvoir.

Rien de ce qui est contraire à la loi divine, à la foi et à la morale catholique, à l'enseignement du Saint-Siège, au respect des droits souverains de Jésus-Christ sur le monde; rien de ce qui est révolutionnaire ne saurait venir de Dieu.

Voilà une pierre de touche très simple pour éprouver la légitimité. La légitimité a donc un seul juge : le chef de l'Église.

Quand la légitimité, ajoute W de Ségur, est douteuse, ce grand cas de conscience nationale doit être porté au tribunal du seul juge constitué pour apprendre ce qui est juste et ce qui est injuste... au tribunal du chef de l'Église.

Il y a donc toujours un seul juge, un seul maître, l'Église, qui parle par la voix de son pape.

Le Saint-Père prend d'ailleurs le soin de confirmer dans le Syllabus son souverain pouvoir, en signalant comme coupables ceux qui croient que l'immunité de

rÉglise et du personnel ecclésiastique tire son origine du droit civil, comme aussi l'immunité personnelle en vertu de laquelle les clercs sont exempts de la milice.

Et malheur alors aux princes déclarés non légitimes qui persistent à régner. Ils ont été en réalité déposés par le Saint-Siège, pour avoir empiété sur les pouvoirs de l'Église.

C'est là une formule générale dont nous avons eu l'application dans un grand nombre de cas. L'État, d'après l'Église, doit non seulement être religieux en général, mais chrétien, mais catholique. Il doit s'assur jettir fidèlement à la direction du pasteur de l'Égliise.

J'ai suffisamment prouvé quelles étaient les aspirations de la cour de Rome. Vous avez vu l'usage qu'elle a fait de la liberté lorsqu'elle était au pouvoir. Et aujourd'hui, au moment de l'application de la loi sur l'obligation de l'enseignement, elle se réclame de ce même principe de liberté qu'elle comprend si étrangement.

M, Gladstone, dans son beau livre de Rome et le Pape, a parfaitement résumé les aspirations de l'Église. La Rome du moyen âge prétendait à la monarchie universelle; l'Église de Rome d'aujourd'hui n'a renoncé à rien, n'a rien rétracté. L'Église cherche à remettre la main sur le pouvoir civil afin d'exercer à son aise le pouvoir temporel. Cette liberté de l'Église n'est donc autre chose qu^ la négation absolue de la liberté de tout ce qui n'est pas l'Église, la négation de ces immortels principes que nous a légués la Révolution française ; la négation de toutes les libertés, de la liberté de conscience, de la liberté de réunion, de la liberté d'association et de la liberté de la presse!

Je vais examiner devant vous, bien que ma conférence soit déjà longue, chacun de ces cas.

J'aborde, en premier lieu, la liberté de conscience, m'appuyant sur des documents, comme je l'ai fait jusqu'ici.

A peine l'Église est-elle arrivée au pouvoir que nous lui voyons poursuivre son œuvre avec la plus féroce

énergie. Vous savez tous les massacres, tous les crimes qu'elle a fait commettre. A peine est-elle constituée, à peine a-t-elle été proclamée religion d'État, qu'avec une barbarie sans pareille, elle prononce la condamnation à mort contre tous les hérétiques et tous les schismatiques. Dans les codes de Justinien, de Constance, de Valentinien , nous trouvons les noms de toutes ces sectes proscrites : Manichéens, Apollinariens, Eutichéens, etc., les listes en comptent 380. Aucune peine n'était trop terrible pour eux; ce qu'on voulait, c'était l'extermination. Au l\« siècle, dans l'espoir de détruire la seule secte des Manichéens plus de 100 000 de ces schismatiques furent mis à mort.

Naturellement, la confiscation des biens et la perte d'héritage pour ces non-orthodoxes n'étaient jamais oubliées ; et ne croyez pas que ces rigueurs inspirassent la moindre horreur aux populations; on poursuivait, au contraire, tous les hérétiques avec le plus grand acharnement, c'était œuvre pie.

Je pourrais vous redire les éloges adressés en 451 par les 630 pères du concile de Chalcédoine à l'empereur Marcien, qui, par son zèlepourlareligion, joint à d'autres qualités, avait mérité d'être comparé à Constantin le Grand et qui avait immolé un très grand nombre de ces malheureux.

Mais écoutez ceci :

Vous avez affermi la foi, vous avez exterminé les hérétiques; c'est le digne ouvrage de votre règne, c'en est le propre caractère. Par vous l'hérésie n'est plus. Dieu seul a pu faire celle merveille. Roi du ciel, conservez le roi de la terre, c'est le vœu de l'Église, c'est le vœu des évêques.

Savez- vous de qui sont ces paroles, de quelles lèvres sont tombées ces périodes sonores? Elles sont du plus autorisé des orateurs de l'Église : elles sont de Bossuet, qui les a prononcées dans l'oraison funèbre de Michel Le Tellier.

Remarquez que ceci a été dit sous Louis XIV, sous ce grand roi qui déshonora son règne par la révocation de

Fédit de Nantes, ce qui lui a valu, à lui aussi, d'être appelé un c nouveau Constantin ».

Mais reprenons la suite de notre récit. A la fin du XII® siècle. Innocent III, ministre d'un Dieu de paix, adressait ces miséricordieuses recommandations aux soldats qui massacraient impitoyablement les hérétiques, aux soldats assassins conduits par Simon de Montfort :

Sus, soldats du Christ! par tous les moyens anéantissez Thérésie! étendez les bras, et d'une main intrépide exterminons ces sectaires avec plus de vigueur encore que s'ils étaient Sarrasins, car ils sont pires.

Ces exhortations vous font voir à nouveau le véritable sens des mots c liberté de TÉglise ». Elle se montre plus féroce pour les hérétiques que pour les Sarrasins. Elle sévit contre les hérétiques et les apostats, non contre les juifs et les païens. C'est que l'Église craint les premiers parce qu'ils menacent son pouvoir, son autorité morale et matérielle.

Vous avez déjà entendu répéter sous Louis XIV, par la grande voix de Bossuet : « Exterminez les hérétiques du royaume. » Cette simple citation me suffît pour répondre à ceux qui viendraient dire :

€ Pour trouver les faits dont vous parlez, il vous faut remonter le cours des âges, retourner jusqu'aux temps barbares. Sans doute l'Église, dans ces temps reculés, a sanctionné bien des violences. Sans doute elle a même ordonné la croisade contre les Albigeois, — personne ne nie les atrocités des massacres de Béziers, où tant de malheureux furent égorgés, — ni plus tard les massacres des Vaudois à Mérindole, — ni la sanglante Saint-Barthélémy. Mais tout cela est très vieux et se passait au temps où l'homme était un loup pour l'homme, où l'on massacrait sans merci ni pitié. Nous sommes loin de cette barbarie et les mots employés même au temps de Louis XIV n'ont plus la signification qu'ils avaient au temps des Albigeois, des Vaudois, voire au temps de la Saint-Barthélémy. >

A ceux qui tiendraient ce langage je répondrai :

Pour que la signification eût changé, il eût fallu que rÉglise se fût départie de ses principes séculaires. N'oublions pas qu'en 1682 Bossuet prêchait la même doctrine religieuse, et dans les mêmes termes.

Non, rien n'a changé.

Ne concluons pas de ce que l'Église ^'ordonne plus de verser le sang, de ce que l'Inquisition a disparu avec sa chambre de torture, qu'elle songe à abdiquer, à renoncer à la domination.

Regardons avec soin ce qu'elle réclame aujourd'hui; que veut-elle ?

Elle veut mettre la main sur l'éducation des peuples, les faire siens, car en prenant les enfants elle prépare l'avenir. Tout son espoir est là, tout son désir. Vous pouvez en juger par l'amertume de ses plaintes, par ï'âpreté de ses revendications, par les reproches qu'elle adresse aux rois qui l'abandonnent et qui permettent aux nations de substituer à son enseignement l'enseignement laïque qu'elle redoute. Le clergé ne veut pas que nous, laïques, nous préparions les générations qui s'élèvent, il ne veut pas que nous fassions des enfants d'aujourd'hui des citoyens de demain comprenant l'importance de leur rôle, capables de le jouer. Il ne veut pas de l'instruction largement répandue, qui fortifie la raison, donne de la solidité au jugement, dissipe les crédulités, les superstitions, l'ignorance. Il repousse la lumière parce qu'elle émancipe, et qu'il ne veut ni de la liberté ni de la justice pour tous.

Aujourd'hui que le pouvoir lui a échappé, la cour de Rome est bien obligée de se contenter d'une domination pacifique. Mais soyez sûrs que si la puissance lui était rendue, tout changerait. L'Église suivra toujours la même marche, restera fidèle au même principe; elle y est engagée par Pie IX, qui est infaillible, qui ne peut errer et dont elle suivra aveuglément les ordres.

Et ceci n'est pas une opinion seulement; voici des paroles prononcées en 1860 parl'évêque de Montauban :

Il y a un degré de pression extérieure, de peines ou souffrances physiques qui peut être employé légitimement et utilement pour faire passer un homme de Terreur à la vérité, et du mal au bien.

Puis nous verrons plus tard que par des fêtes commémoratives célébrées à Toulouse en 1852 et 1862 l'Église glorifié encore de nos jours les violences pieusement coercitives.

Nous ne sommes pas si loin qu'on le pourrait croire, sinon du temps des dragonnades, au moins de l'esprit qui les a inspirées. ¥

Il ne faut donc pas s'étonner "d'entendre en 1215 le concile de Latran tenir ce langage :

Que les puissances* séculières soient averties, et obligées à prêter publiquement serment d'exterminer de toutes les façons les hérétiques dénomcés par TÉglise.

Et d'ailleurs, en 1228, les statuts du seigneur roi Louis, que l'on a appelé saint Louis, portent les clauses suivantes :

Art. 2. Les hérétiques.... seront punis immédiatement avec Tanimad version qu'ils méritent.

Art. 3. Quiconque les recueille, défend ou assiste, perd le droit de tester et succéder.

Les articles 4 et 5 organisent la délation.

Art. 85. Les hérétiques doivent être brûlés.

Remarquez que ces statuts du seigneur Louis sont écrits pour la défense de la liberté de l'Église.

Après les massacres de Vienne, le concile de Toulouse se réunit en 1229 et là, ces pontifes, ces hommes de paix, ces représentants d'une religion de douceur, de miséricorde, promulguent les statuts suivants. — Ces statuts ont été approuvés par Innocent IV et Clément IV.

Dans chaque paroisse un prêtre et des laïques seront chargés de fouiller les maisons des particuliers.

Les hérétiques seront livrés en toute hâte aux seigneurs et baillis pour recevoir le châtiment dû.

Ceux qui laissent sciemment séjourner dans leur domaine des hérétiques, seront livrés entre les mains de leur seigneur pour en faire ce que devra.

Le juge devra les faire brûler et réduire en cendres, vivants, en vue du peuple.

C'est ainsi que cela se passait au xiii« siècle. Il fallait à cette époque que les hérétiques fussent brûlés vivants et réduits en cendres.

Si au XIII* siècle on brûlait les hérétiques, au xix« on les condamnait à la peine de mort.

Entrons, si vous voulez, dans la Chambre des pairs. On y juge un homme convaincu de sacrilège. Quelques esprits d'élite protestent. La grande voix de Royer-Collard gronde. Mais alors M. de Donald, dont la famille est bien connue de la population lyonnaise, se lève et dit : « Que faites-vous du criminel par une sentence de mort, sinon de l'envoyer devant son juge naturel? » et le sacrilège fut condamné à la peine de mort.

Cela se passait en 1820.

C'était là certes une monstruosité. Nous sommes loin cependant des raffinements de cruauté inventés par François I®', ce roi chevaleresque, instruit, € ce père des lettres », qui faisait brûler les hérétiques à petit feu, les retirant de temps en temps pour voir s'ils n'avaient pas été asphyxiés par l'acide carbonique.

Du sein de l'Église s'élève une voix, celle de Léon X, pour crier, dans le môme sentiment que M. de Bonald, « Anathème, anathème à ceux qui croiront que brûler les hérétiques, c'est agir contre la volonté du Saint- Esprit. >

C'est ce même Léon X, grand protecteur des arts, qui a donné son nom au siècle de la Renaissance. La sainte fureur qui lui inspirait ces édits sanguinaires lui laissait assez de quiétude d'esprit pour admirer les chefsd'œuvre de Raphaël, ou donner des conseils à l'architecte de Saint-Pierre de Rome, que Michel- Ange devait si merveilleusement couronner et orner de ses peintures. Léon X fait tout cela de sang-froid, comme la chose du

monde la plus naturelle. Et pourtant, c'est au nom de la religion qu'agissent ainsi tous ces papes. Il est vrai que la plupart d'entre eux, leur vie en est la preuve, ne pouvaient prononcer le nom de Jésus-Christ sans que leur vînt aux lèvres un sourire d'incrédulité.

En 1328, un père du concile de Paris s'écria dans un pieux lyrisme :

Heureux les princes qui ont massacré les hérétiques jusqu*à entière extermination !

A peine peut-on croire que cela se passât sous le règne de François I'^''; que ce fût dans un siècle de civilisation que ce roi édictât de pareilles peines contre les hérétiques, inventât pour ces malheureux des tortures aussi monstrueuses.

Faut-il que je vous dise les horribles massacres des Vaudois? Voulez- vous que je vous conte comme on traquait ces malheureux; comment on poursuivait ceux qui s'étaient réfugiés dans les montagnes, comment on chassait — le mot n'est pas trop fort — ce pauvre gibier humain; comment, au mépris de la foi jurée, on en égorgea au sortir d'un lieu d'asile sacré, ou qui aurait dû l'être et par le lieu même et par le serment? Vous dirai-je qu'il se trouva un évêque, Jean Luce, pour absoudre les assassins et déclarer qu'on n'était pas obligé de tenir un serment fait aux hérétiques?

Vous apprendrai-je , chose odieuse, qu'on faisait de semblables édits, au sortir de table, après de ces repas où, rehaussant des jouissances de l'esprit l'attrait de la bonne chère, on se plaisait à lire de spirituels sonnets, des épîtres amoureuses ?

Un certain baron d'Oppède, ayant massacré traîtreusement plusieurs citoyens, fut poursuivi en justice. Le pape Pie IV, qui avait approuvé des deux mains le massacre des Vaudois, déclara que cedit baron était persécuté à cause de son zèle pour la religion. D'ailleurs si grande était la haine de l'Église contre les hérétiques que ce même Pie IV osa reprocher au duc de Savoie

de n'avoir pas tué le reste des Vaudois réfugiés dans son duché.

Car il n*y a pas d'exemple, dit-il, qu*on arrive à convaincre les hérétiques par la douceur.

En 1557, Henri II ayant fait grâce à quelques femmes protestantes, Pie IV fit de grandes plaintes et dit qu'il ne fallait pas s'étonner que les affaires de la France allassent si mal.

Nous arrivons au massacre de Toulouse et de Mérindol.

Le 17 mai i562, les protestants s'étaient réfugiés dans la cathédrale de Toulouse. Comme la position était forte et qu'on craignait de les y attaquer, on leur fit des propositions de traité, leur promettant la vie sauve. Ils acceptèrent, mais à peine étaient-ils dehors qu'on les massacra. Les catholiques soutinrent que les fidèles n'étaient point liés par des serments faits à des hérétiques. Jean Luce, comme vous voyez, n'exprimait pas son opinion; c'était l'opinion de l'Église.

Le concile de Constance a même déclaré que les saufconduits délivrés aux hérétiques n'engageaient pas ceux qui les signaient.

Croyez-vous que le chef de l'Église, le vicaire de Jésus- Christ blâme ce parjure, ce massacre abominable? En aucune façon. Il ordonne au contraire, en honneur de cet événement, un grand jubilé qui devra chaque siècle en consacrer le souvenir.

Cette fête commémorative a été célébrée deux fois, en notre xix® siècle, en 1852 et 1862. Le programme en a été publié par les soins de l'archevêque de Toulouse. Le gouvernement intervint et interdit la procession extérieure. La fête eut lieu cependant et la procession fut faite à l'intérieur de la cathédrale.

Cet hommage rendu par l'Église à cette guerre, à ce parjure, à ces massacres faits en son nom au temps jadis, montre bien qu'elle ne les répudie aucunement, au contraire. Ces fêtes n'ont-elles pas, d'ailleurs, été

ordonnées par le pape, représentant du Sauveur, chef canonisé et infaillible?

Jusque-là on avait puni les hérétiques de la peine de mort, seulement; bientôt les rigueurs redoublèrent. Il n'était pas permis de donner un verre d'eau à un hérétique mourant, sans encourir de graves châtiments.

C'est ainsi que le pape Pie V déclare que « sera puni de mort quiconque aura secouru, de quelque manière que ce soit, un prisonnier de l'Inquisition, ou qui aura seulement sollicité pour lui » .

Nous verrons plus tard, à l'instigation d'un autre pape, Louis XIV défendre aux médecins de visiter après trois jours les malades qui ne se sont pas confessés.

Enfin, ce même Pie V accorde au roi de France la permission de vendre des biens du clergé, à la condition « que cette somme soit employée à faire la guerre aux hérétiques, afin de les exterminer entièrement >.

Comme les ordres du pontife ne s'exécutent pas assez rapidement, Pie V, le 28 mars 1569, écrit à sa protectrice Catherine de Médicis :

Aucun respect humain touchant les personnes ou les choses ne vous doit induire en la pensée d'épargner les ennemis de Dieu qui n'ont jamais épargné Dieu. Ce n'est que par l'entière extermination des hérétiques que le roi pourra rendre à ce noble royaume son antique religion. Que ces hommes très scélérats soient livrés à de très justes supplices.

Sur ces entrefaites eut lieu, en 1572, la Saint-Barthélémy.

Pie V n'eut pas le bonheur de voir ce massacre; ce fut son successeur Grégoire XIII qui eut cette joie. Il envoya une ambassade à Charles IX pour le féliciter de cette belle action.

Henri IV monte alors sur le trône après s'être converti. Ce trône, il l'a gagné par la conjuration des hérétiques ; il ne peut pas livrer au bras séculier ses anciens compagnons dont l'appui l'a fait roi. Aussi promulgue-t-il en leur faveur un édit de tolérance qui les protège un peu. Ce peu était déjà trop pour l'Église, qui plus tard

envoya à Richelieu ses doléances; mais Richelieu, jugeant avec sa grandeur d*esprit habituelle, ne leur donna aucune suite, et Tédit — le célèbre édit de Nantes — fut maintenu.

Seulement quand nous arrivons à Louis XIV, nous voyons ce roi révoquer cet édit, qui était resté pour rÉglise comme une épine dans la chair. Et pourtant de Fan 1662 à Fan 1685, d'autres édits avaient si bien modifié les conditions primitives que des maigres tolérances accordées aux protestants en 1598, à peine s'il en restait quelque chose.

Cette révocation fut néanmoins le signal de persécutions de tous ordres contre les protestants.

Le 7 août 1662, défense leur fut faite d'enterrer leurs morts à une autre heure que le matin à la pointe du jour, et le soir à l'entrée de la nuit.

Toutes les libertés furent violées par les catholiques.

On nous parle sans cesse aujourd'hui de violation de la conscience paternelle, parce que nous voulons l'obligation de l'enseignement pour tous les enfants, afin de les préparer tous pour leur rôle de citoyen. Jetons un rapide coup d'œil sur ce qui se passe à ce point de vue en 1682.

Le 17 juin, on publie l'édit suivant :

Les enfants de sept ans qui se convertiront auront le droit cVexiger de leurs parents une pension proportionnée à leurs besoins.... parce que, à l'âge de sept ans, les enfants - sont capables de raison et de choix dans une matière aussi importante que celle de leur salut ».

Les enfants de protestants devront être baptisés par le clergé de la paroisse, et élevés dans la religion catholique.

Le même édit défend aux protestants d'ouvrir une seule école. Voilà pour la liberté du père de famille.

Voyons maintenant la liberté de profession.

Il était interdit aux protestants d'exercer les professions de lingère, sage- femme, notaire, procureur, imprimeur, libraire, clerc, épicier, avocat. Ils ne peuvent non plus exercer la médecine, car un médecin

protestant n'avertirait pas ses malades catholiques du moment où il faut recevoir les sacrements.

Défense de recueillir chez soi aucun malade de la religioq prétendue réformée, sous prétexte de charité, et aux consis^ toiresd'avoir,àleurs dépens, aucuns lieux pour servir de retraite aux malades à peine d'amende et de confiscation des biens.

Lorsqu'un médecin visitera un malade en danger, il devra avertir le curé. Si le malade ne produit pas dans les trois jours un billet de confession, le médecin devra cesser de le visiter, & peine d'interdiction de profession.

ConsidéronB enfin ce qui concerne la liberté de cour science :

Les curés porteront les sacrements aux nouveaux convertis malades.

S'ils refusent et guérissent, seront envoyés aux galères, et leurs biens conOsqués.

S'ils meurent, seront traînés sur la claie, jetés à la voirie, et leurs biens conflsqués.

Ces persécutions ne révoltaient personne et la population fanatisée regardait sans pitié ces massacres, et livrait même les victimes au bourreau. Aucune indignation. Bossuet félicite le roi Louis et dit :

Ceux qui ne veulent pas souffrir que le prince use de rigueur en matière de religion, parce que la religion doit ^tre libre, sont dans une erreur impie.

Nous voici au xviii* siècle. Les échecs que nous avons subis à l'extérieur ont donné une leçon au roi ; il ne se soucie plus de poursuivre les hérétiques.

Mais le 14 mai 1724, un roi très pieux, Louis XV, reprend et ressuscite toutes les dispositions prises par Louis XIV contre les hérétiques. Il les applique avec une extrême violence, foulant aux pieds toutes les libertés. De nouveau la peine de mort est rétablie pour les hérétiques et ceux qui les secourent, de nouveau l'enlèvement des enfants, l'interdiction des visites des médecins, de nouveau aussi la violation des cadavred, qui sont jetés à la voirie.

A ces pauvi*es gens tout est interdit. Ils ne peuvent

LK Cl4rICAU8ME. 21

plus se marier ni avoir des enfants légitimes, et cela dure un demi-siècle. Mais Forage commence à gronder. Le sort des protestants excite enfin la pitié. L'indignation se manifeste de toute part.

Ecoutez ce qu'en dit le baron de Breteuil, dans un rapport au Roi :

Ces infortunés, écrit-il, destitués de tous moyens de faire admettre le témoignage de leur naissance, de leur mariage et de leur sépulture, se sont vus en quelque sorte retranchés de la

race humaine Les parlements firent tomber sur plus d*un

millier de Français cette même flétrissure de concubinage et bâtardise; ils enveloppèrent dans cette condamnation des. contrées presque entières et les races futures.

Aussi, en novembre 1787, le roi Louis XVI promulguat-il redit suivant :

Nous ne devons plus soulTrir que nos lois punissent inutilement nos sujets non catholiques du malheur de leur naissance, en les privant des droits que la nature ne cesse de réclamer en leur faveur.

Mais ils ne tiendront de la loi que ce que le droit naturel ne nous permet pas de leur refuser, de faire constater leur naissance, leur mariage et leur mort.

Faire constater leur naissance, leur mariage et leur mort, c'était tout ce qu'on leur accordait, et cependant, lorsque cet édit parut, le clergé poussa une clameur d'indignation. En pleine assemblée, d'Esprémenil, montrant le Christ, s'écria d'un ton tragique : « Mais vous voulez donc le crucifier encore une fois! >

L'assemblée du clergé réunie en 1788 fit au roi des remontrances sur l'Édit rendant l'état civil aux protestants, et en lui adressant le discours de clôture, l'archevêque de Narbonne le pria de revenir sur ces concessions impies.

.. En 1789, le haut clergé et une grande partie du bas clergé protestèrent encore contre la tolérance qui permettait aux hérétiques de naître, de vivre et de mourir citoyens.

« Eh quoi! disait l'abbé de Larochefoucauld, cette

vGoosle

l'église et la république 323

$ecte maudite aurait le droit de réclamer une existence civile et religieuse! »

Je n'ai pas besoin de vous rappeler les protestations du clergé lorsque apparurent les Droits de PHomme.

Le pape, le 7 juin 1790, dans un consistoire de tous les évoques, reprocha à la Constituante d'avoir donné à tous la liberté à laquelle il faut s'opposer.

Grégoire XVI s'est élevé véhémentement contre ce qu'il appelle un « délire > et dans une encyclique déclare que :

... de la source infecte de rindilTérentisme découle cette maxime absurde et erronée, ou plutôt ce délire, qu'il faut assurer et garantir à qui que ce soit la liberté de conscience...

Là se rapporte cette liberté funeste et dont on ne peut avoir assez d'horreur, la liberté de la presse pour publier quelque écrit que ce soit.

Le pape Pie IX, s'adressant aux évèques, dit à son tour :

... La cause de l'Église catholique et le salut des âmes, que Dieu nous a confiés, le bien même de la Société humaine, demandent impérieusement que nous excitions de nouveau votre sollicitude pastorale pour repousser d'au très opinions perverses, issues des mêmes erreurs, comme de leurs sources.

Ces opinions fausses et corruptrices doivent être d'autant plus détestées, que leur but principal est de paralyser et d'écarter cette autorité salutaire que l'Église catholique, en vertu de l'institution et du commandement de son divin fondateur, doit exercer librement jusqu'à la On des siècles, autant à l'égard des hommes pris individuellement, qu'à l'égard des nations, des peuples et de leurs souverains, et que, de l'autre côté, elles tendent à détruire, entre le sacerdoce et l'empire, la bonne harmonie et la concorde mutuelle, qui ont toujours été si heureuses et si salutaires soit pour la religion, soit pour la société civile. En effet, vénérables frères, vous voyez clairement que de nos jours il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui, appliquant à la Société civile le principe impie et absurde du naturalisme, comme ils l'appellent, osent enseigner que la « meilleure forme à donner à la société publique, ainsi que le progrès civil, exigent absolument que la société humaine soit constituée et gouvernée sans plus tenir compte de la religion que si elle n'existait pas, ou du moins sans mettre aucune différence entre la vraie religion et celles qui sont fausses »^. De

plus, contrairement à la doctrine de la sainte Écriture de l'Église et des saints Pères, ils ne craignent pas d'afûrmer que n la société se trouve dans Tétat le plus favorable lorsqu'on n'y reconnaît pas, pour les dépositaires du pouvoir, l'obligation de réprimer, par la sanction des peines, les violateurs de la religion catholique, si ce n'est qu'autant que la tranquillité le demande ». Partant de cette idée absolument fausse du régime social, ils osent favoriser cette opinion erronée, si funeste à l'Église catholique et au salut des âmes, opinion appelée délire par Grégoire XVI notre prédécesseur, d'heureuse mémoire, savoir « que la liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme, qui doit être proclamé, établi dans tout État bien constitué, et que les citoyens ont droit à la pleine liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions quelles qu'elles soient, par la parole, par l'impression, ou autrement, sans que l'autorité ecclésiastique ou civile puisse la limiter ». Or en soutenant ces affirmations téméraires, ils ne considèrent pas quUls prêchent une libei'té de perdition,

m Nous croyons fermement qu'il n'y a pas, heureusement pour nous, une vraie nécessité d'établir comme loi la tolérance civile, et beaucoup moins la liberté des cultes.

Si l'on autorise la tolérance ou la liberté des cultes, nous aurons la discorde dans les familles...

Gela nous paraîtrait peu sage; sans compter l'obligation qu'un gouvernement catholique a de protéger la vraie religion, la seule qui puisse rendre les peuples heureux. »

Voilà la parole sacrée, qui a sa parole infaillible dans le Syllabus, et qui condamne les erreurs de ceux qui croient qu'

« il est libre à chaque homme d'embrasser et de professe»^ la religion qu'il aura réputée vraie diaprés la lumière de la raison » ; — qu' « ii notre époque il n'est plus utile que la religion catholique soit considérée comme Tunique religion de l'État h l'exclusion de tous les autres cultes » ; — que « c'est avec raison que dans quelques pays catholiques la loi a permis que les étrangers qui s'y rendent y jouissent de l'exercice public de leur culte particulier ».

Je ne me permettrai pas d'insister plus longtemps sur des développements déjà trop longs.

J>i terminé.

Je crois vous avoir prouvé ma double thèse, à. savoir

l'église et la république 323

que ce que FÉglise eatend par le mot de liberté, c'est Tautorité absolue sur le pouvoir civil.

Je crois aussi vous avoir prouvé que l'usage qu'elle veut faire de cette liberté qu'elle réclame, c'est l'interdiction de la liberté des autres.

En un mot la liberté de l'Église, c'est la domination du spirituel sur le temporel.

Je crois encore vous avoir démontré que le clergé ne suivait aucunement les maximes de Celui qu'il appelle son maître Jésus-Christ. Car quand on pense que tous ces actes, toutes ces violences viennent d'une Église dont le chef a dit : c Mon royaume n'est pas de ce monde; aimez- vous les uns les autres », on reste profondément indigné et stupéfait.

Mais l'indignation seule ne sert de rien. Quand ou jette un regard en arrière, c'est pour se rendre compte du chemin parcouru et mieux assurer sa marche en avant.

Vous avez vu le progrès croissant et incessant de l'Église, vous avez vu ce qu'elle a tenté, ce qu'elle a fait^

Son but est la domination absolue ; les regards fixés sur sa puissance passée, elle voudrait préparer l'avenir pour l'y ramener. L'honneur civique, le dévouement patriotique, elle n'en tient aucun compte : ceux qui ne sont pas avec Rome sont contre Rome, l'Église les condamne. Souvenez-vous des fières déclarations des papes, des assertions du commentateur de Boniface VIII :

Le pape comme vicaire de Jésus-Christ a la plénitude de la souveraineté. Toute puissance, soit spirituelle, soit tempopeîle, lui appartient. Son autorité est sans nombre, sans poids, sans mesure.

Sentence du pape est sentence de Dieu.

Notre devoir à nous est d'élever pour la Patrie des citoyens dignes de ce nom ; de préparer par une éducation forte et vigoureuse une génération à la hauteur de toutes les tâches, pénétrée d'un amour éclairé pour notre France républicaine. C'est là la grande préoceu*

pation que doivent avoir les républicains, là le hut que doit atteindre la pensée libre.

C'est là notre tâche sacrée. La nation ne nous abandonnera pas dans notre lutte contre les empiétements de rÉglise.

Nous avons tous la résolution, et nous espérons pouvoir la tenir, de transmettre intactes à ceux qui nous suivront les traditions glorieuses de la Révolution française, c'est-à-dire la liberté de la pensée, la liberté de la parole, la liberté de tous nos droits, la conscience de tous nos devoirs, Tégalité des Français protégés par des lois que seules la Justice et la Raison dictent à la Nation souveraine.

Coulommiers. — Imp. Paul BRODAHD. — 93)^09.

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Armand COLIN & C'% Editeurs, Paris.

La Vie si m p loi par m. Charles Wagner.

i vol. in-18 Jésus, broché 3 50

Le sentiment pénible que la vie jnoderne devient de plus en plus compliquée s^impose à beaucoup de nos contemporains. Mais la plupart d'entre eux sont persuadés qu'il y a là une invincible fatalité. — Pour redevenir simple dans Torganisatîon extérieure de Texistence, il faut s'inspirer du but même de la vie humaine. Ce but est de servir la Justice, la Vérité, la Solidarité. Dès que ce point principal est accepté, l'ordre et Tunité se font, la simplicité pénètre dans les goûts, les habitudes et jusque dans l'intelligence elle-même.

Voilà ridée génératrice du livre. Nous la suivons dans une série de chapitres pratiques consacrés aux besoins, aux plaisirs, à l'action, à la mondanité, à Torgueil, au culte de Targent, etc. Plusieurs chapitres, notamment ceux sur la beauté simple et la vie d'intérieur, ont un intérêt spécial pour les dames et les jeunes filles.

La Culture moralei Lectures de morale Ihéopique et pratique, par M. Dugard. 1 v. in-18, br. 3 m

Ce livre se compose d'une série de lectures choisies parmi les meilleures pages des moralistes et des écrivains de tous les pays et de tous les temps. Ces lectures sont groupées de manière à former un tout complet. L'auteur les a fait précéder d'une explication, lorsqu'il était nécessaire d'éclaircir la pensée ou de serrer le lien qui l'attachait à l'ensemble. A la suite des termes obscurs, des allusions historiques, des réflexions qui suggéraient un rapprochement philosophique ou littéraire, il a ajouté quelques notes avec discrétion et là seulement où il le fallait pour rendre la lecture vraiment féconde.

Il n'y a rien à reprendre ni dans le plan général, ni dans le choix des morceaux. L'ouvrage de M. Dugard contribuera à ranimer cet amour du Bien et ce goût de la lecture morale qui manquent à tant de vies modernes et sans lesquels il n'est point de bonheur.

Armand COLIN <fe 0*% Editeurs, Puria,

Aux Instituteurs et aux lnstitutriceS|

Avant d'entrer dans la vie, Conseils et directions pror tiques^ par M. Jules Payot, Inspecteur d'académie. I vol. in-i8 Jésus, broché 3 ISO

« M. Jules Payot est un très bon pédagogue. Son ouvrage tout entier, plein de sens et de sagesse, respire Palfégresse et le courage. 11 va droit aux questions pressantes, aux plus brûlantes, et il les résoud très simplement, à force de sincérité et de bon sens. Il prend le jeune maître à la sortie de TEcole normale, il rinstalle dans récole, il le met en relations avec son directeur, il assiste à sa première classe; il lui enseigne le secret de Tautorité^ il règle le ton de sa voix, lui apprend la valeur du silence; il le plie, il le rompt à la pratique des méthodes actives; puis il raccomçasne dans les divers actes de sa vie publique et de sa vie privée, enfin il examine, avec un grand sens pratique, son rôle dans les grandes questions du temps présent. »

(Re\me pédagogique^ 6 juin 189S.)

Traité de Pédagogie scolaire , par

MM. I. Carré, Inspecteur général, et R. Liquibr, Directeur d'École normale. 1 vol. in-18 jés., br. 4 «

« Je voudrais caractériser d'un seul mot l'admirable Traité de Pédagogie scolaire de MM. Carré et Liquier et m'aflTranchir des expressions banales avec lesquelles on signale l'apparitioe d'un livre nouveau. C'est, à mon humble avis, l'ouvrage le plus important de pédagogie pratique qui ait été écrit. Jamais on n'était entré dans un détail aussi minutieux de la pratique de l'enseignement et jamais on n'avait apporté pour en résoudre les mille difûcultés, des solutions aussi efficaces, aussi sûres. ^

(Le Maître pratique,)

m L'idéal que les auteurs ont eu constamment en vue en écrivant leur livre a été d'y condenser tout ce que doit savoir un instituteur. La théorie et la pratique du savoir professionnel sont tour à tour traitées par MM. Carré et Liquier, sous une forme claire, facile à lire et élégante. »

{Bulletin de P Association des anciens élèves de VEcole normale de la Seine,)

vGoosle

Armand COLIN & C'% Editeurs, Paris.

Le Corps et l'Ame de l'Enfanti par

M. le D' Maurice de Fleury. Un vol. in-18 jésus, Woché , 3 50

Relié toile, 4 50

« Après un préambule où il montre quel rôle l'hygiène générale et la médecine bien comprise du système nerveux devraient jouer dans « Félevage » corporel et intellectuel de nos enfants, le D' M. de Fleury étudie successivement et d'une façon très précise la question des exercices physiques, celle de Falimentation, celles du bain, du vêtement, de la chambre à coucher, du sommeil, de remploi des vacances. La seconde partie du volume est moins spéciale, mais elle est peut-être plus attrayante encore : on y aimera toute une série d'études sur les divers caractères de l'enfant et sur Thygiène particulière qui peut convenir à chacun. Ce livre est un de ceux que tout le monde peut lire, et il est écrit d*un style où rien ne rebute, avec une grâce familière, un joli bonheur de mots vivants et expressifs. » {Revue de Paris.)

Esquisse d'un Enseignement basé sur la Psychologie de l'Enfanti pair

M. Paul Lagombe.. Un vol. in-18 jésus, br. . . Su

M. P. Lacombe croit que notre système actuel d'enseignement est destiné à faire place à un régime très différent,, dont les grandes lignes seront données par la psychologie de l'enfant. Cet enseignement, primaire et secondaire à la fois, sera, avant tout, général, réel et objectif: il préparera Fenfant non à un métier spécial, mais au métier d'homme. On se préoccu^ pera surtout de faire connaître à l'enfant le milieu présent» actuel, et de développer ses facultés mentales et morales.

Faire de l'enfant un autodidacte, et cela dès l'école même, Toilà le but; il commande et doit susciter une méthode appropriée. L'auteur esquisse cette méthode, qu'il défend du reproche d'être u topique. Sa conception repose en effet sur de nombreuses observations personnelles, autant que sur des déductions tirées de la science psychologique en son dernier état.

Armand COLIN âc CT*, Éditeurs, Paris.

Les Études classiques et la démo-

Cratlei par Alfrbd Fouilléb, de rinstitut. Un vol. in-i8 Jésus, broché . ^ . . . 3 »

Les questions d'enseignement et d'éducation, qui donnent lieu aujourd'hui à des discussions passionnées, sont traitées trop souvent au point de Tue d'intérêts particuliers ; prenant le sujet de plus haut, M. Fouillée s'est demandé comment peut se former en France l'élite dont toute démocratie a besoin pour ne pas tomber dans la démagogie. Quelle est la Traie nature de ces « besoins modernes » sur lesquels on se contente aujourd'hui d'idées vagues et contradictoires? Quelles sont les nécessités nouvelles qui découlent des progrès de la science, de l'industrie, du commerce, de la colonisation? L'auteur soumet à l'examen les études classiques et cherche de quelles réformes elles sont susceptibles; il fait aussi un vivant tableau de l'Enseignement moderne, en montre les défauts, cherche les moyens de l'orienter vers sa vraie destination pratique.

UÉducation dans PUniversitéi par

M. Henri Marion, professeur à TUniversité de Paris.

I vol. in-i8 Jésus, broché 4 »

Ce livre est destiné d'abord aux professeurs, aux jeunes professeurs surtout, à ceux qui, désireux de bien accomplir la mission sociale qui leur est confiée, sentent que l'expérience leur manque encore et cherchent les conseils d'un bon guide.

II s'adresse aussi à tous les pères de famille qui confient leurs enfants à l'Université et ont le droit de savoir si leur confiance ne risque pas d'ôtre trompée.

On sait avec quelle autorité M. Henri Marion s'occupa des questions de pédagogie; tous ceux qui liront son ouvrage seront également frappés de l'accent de sincérité qui en anime toutes les pages. Tous aussi rendront justice au solide bon sens, à la haute raison qui les ont inspirées. Par-dessus tout ili^ seront frappés du sentiment moral, élevé et généreux, du patriotisme ardent et éloquent qui en font l'unité et l'àme.

N* 302 ■»'% (Revue pédagogique,)

vGoosle

Armand COLIN âc C\ Éditeurs, Paris.

UÉducation des classes moyennes et dirigeantes en Angleterrei par m. max

Leclerg, avec un avant-propos par M. E. Boutmt, membre de l'Institut. 1 vol. in-i8 jésus, br. 4 »

Ouvrage eourotmé par V Académie françaUe,

Comment se forment en Angleterre les classes qui constituent l'élite politique, intellectuelle, industrielle, commerciale de la nation, et qui ont fait la grandeur prodigieuse et presque indéfinie de ce petit pays? M. Max Leclerc a cherché ce que font pour les former la famille, TËtat, Técole. Le résultat de cette enquôle poursuivie avec une patience et une sagacité rares, est fait pour troubler les idées de la pédagogie continentale. Des écoles bizarres, aux programmes incomplets et incohérents, envoient dans le monde des jeunes ^ns capables de s*y débrouiller et d'y continuer leur instruction. Le préjuffé de Técole encyclopédique qui fait des savants universels de dix-huit ans, incapables d'acquérir désormais une idée ou un fait, commence à pénétrer en Angleterre; Tinstinct national sera plus fort.

{Revue de Parié,)

Les Professions et la Société en

Angleterrei par m. Max Leglerg. l vol. in-lS Jésus, broché 4 »

Ouvrage couronné par f Académie françaite.

Après avoir étudié les méthodes et le système d'éducation, M. Max Leclerc étudie les résultats de ce système. Profession par profession, il indique les vertus et les qualités que communiquent aux Anglais ces méthodes. Puis, dans une seconde partie de son livre, il montre comment ces qualités et ces vertus ont agi sur Tétat social de l'Angleterre et sur son expansion extérieure.

Le livre de M. Max Leclerc est une remarquable contribution à cette science nouvelle que les Allemands appellent la psychologie des peuples. Je crois qu'en France on n^a jamais rien écrit de plus pénétrant et de plus réfléchi sur les mœurs et le caractère des Anglais.

{Journal dee Débat»,) N* 303.

vGoosle

Armand COLIN * C**, Éditeura, Paria.

Abrégé d'Histoire de France (Moyen âge),

par J. MiCHELET. 1 vol. in-18 jésus, broché. 4 o

Peu de personnes ont le loisir de lire l'oeuTre complète de Micbelet. Il semble que le grand écrivain ait voulu songer à celles-là en nous laissant un abrégé de son Histoire de France. Le premier volume de cet abrégé est rempli par le moyen Age, il comprend toute la période qui s'étend depuis les invasions jusqu'à Louis XI. On trouvera dans ce résumé, à la fois succinct et complet, la même vigueur d'imagination qui éclate dans ses grandes Histoires.

Abrégé d'Histoire de France (Temps

modernes), par J. Mighelet. I vol. in-18 jésus, broché 4 »

Ce volume embrasse les événements qui se sont accomplis depuis Tavënement de Charles VllI jusqu'à la Révolution.

Rien ne saurait rendre la puissance vraiment merveilleuse avec laquelle Micbelet caractérise chaque époque de notre histoire; il en saisit le point culminant, en envisage la physionomie dominante et fait rayonner tout le reste à Tentour. Laissant de côté les faits secondaires, il va droit au fait important et en tire les conséquences les plus inattendues.

Précis d'Histoire de la Révolution

françaiseï par J. Mighblet. l vol. in-lS Jésus, broché. 4 »

Le Précis de la Révolution est, pour aiusi dire, écrit d'un seul jet. On dirait que l'auteur a assisté lui-même aux événements et qu'il les a décrits sur place ; l'historien disparait, pour ainsi dire, devant les acteurs du drame et s'identifie avec eux. Les luttes sanglantes des assemblées, la fin tragique des Girondins, des Hébertistes et des Dantonistes, la mort de Robespierre, tout cela est peint avec des couleurs il ▼ivantes qu'on en garde un souvenir inoubliable.

vGoosle

Armand COLIN & C*% Éditeurs, Paris.

Extraits historiques de Micheleti

choisis et annotés par M. Gh. Seignobos, maître de conférences à TUniversité de Paris, sous la direction de M°" MiCHELET. 1 vol. ia-18 jésus, broché. . 3 m

Ce recueil d'extraits, publié sous la direction de la yeuve de Jules Michelet, se compose des passages les plus célèbres de ses grandes œuvres historiques, rangés par ordre chronologique, depuis l'histoire romaine jusqu'à l'histoire du xvm* siècle. Ces extraits sont divisés en séries répondant à chacun des ouvrages d'où ils sont tirés. En tête de chacune d'elles se trouve une notice sur l'ouvrage, ses divisions, son caractère général ; on s'est attaché à la faire courte afin de laisser plus longtemps la parole à l'historien. On a eu soin d'écarter les passages ne ôonyenant pas à la jeunesse, et aussi ceux où Michelet a émis des opinions personnelles sujettes à controverse.

En tête du recueil se trouve une belle étude sur la vie et l'œuvre de l'historien.

Notre Francei sa géographie, son histoire, par J. Michelet. 1 vol. in-i8 jésus, broché. , 3 50

« A vrai dire, écrit M"** Michelet, ma besogne eût été facile si je m'étais bornée à la réimpression pure et simple du Tableau de la France. Mais j'avais pour l'étendre et la compléter des matériaux laissés par M. Michelet dans ses cartons : il eût été grand dommage de ne pas les utiliser. J'avais encore une précieuse ressource, dont Michelet ne parle pas. Son Journal de Voyage, Ce voyage se fit h petites journées, le plus souvent par la bonne diligence; elle laissait tout loisir d'étudier la contrée, d'observer le3 hommes et les choses. Il y avait dans le tableau de la France, tel que nous l'a donné Michelet, beaucoup moins de géographie que d'his Loire. Grâce à l'appoint de son Journal de Voyage, riche en descriptions, l'équilibre se rétablit. On voit, dans ce volume, revivre toutes les individualités provinciales. C'est une sorte de géographie historique de la France. »*

Armand COLIN & C*% Éditeurs, Paris.

Histoire politique de l'Europe con-

temporsinei Évolution des partis et des formes

politiques y par M. Cn. Seignobos, maître de conférences

à l'Université de Paris. 1 vol. in-8, broché. . . 12 »

Avec reliure amateur 16 fr.

L'ouvrage de M. Seignobos répond, on peut le dire, à un véritable besoin, car, jusqu'ici, il nous fallait franchir le Rhin pour trouver des essais d^histoire générale de PEurope depuis Napoléon !•'... M. Seignobos a voulu faire un livre pratique, une sorte de « manuel supérieur » à Tusage de ceux d'entre nous qui ont le désir d'être mis au courant, sans avoir le loisir de tout contrôler. Et je laisse ici au mot « manuel » le sens nullement désobligeant que l'étymologie lui assigne. Le manuel, c'est le livre qu'on doit avoir toujours sous la main, le livre de chevet, qui fait autorité... On suit l'auteur avec sécurité parce qu'il ne confond jamais ce qui est certain avec ce qui ne l'est pas. Les faits généraux universellement acceptés sont les seuls dont il se serve. Il s'est proposé d'expliquer beaucoup plus que de raconter. Un minimum de récit, s'il est précis et inattaquable, suffit à son dessein; il a évité tous les artifices de style et de composition, tout ce qui trahit le besoin d'arrondir la phrase ou d'exprimer un sentiment personnel. N'en concluez pas qu'il s'abstienne de tout jugement, mais les jugements qu'il porte ont le ton et l'impersonnalité d'une constatation scientifique.

{Joutmal des Débats.)

On sera surpris qu'un homme, sachant l'histoire contemporaine comme personne sans doute ne la sait, ait eu le courage de resserrer en un volume le récit de l'époque la plus agitée qui soit; on sera émerveillé que cet homme ait su choisir, dans la prodigieuse multiplicité des événements, tout ce qui est essentiel; et on admirera que, de cette quantité énorme de faits choisis, simplifiés, se dégage une impression vive et limpide, une intelligence exacte et complète de notre siècle. La description nette et précise d'une époque, par le seul moyen des faits choisis, énoncés, groupés, enchaînés, c'est l'histoire vraie, l'histoire explicative, celle qui permet de comprendre et de juger.

(Revue de Paris.) N» 373.

Armand COLIN & C'% Editeurs, Paris.

Discours et opinions de Jules Ferryi

publiés avec commentaires et notes par M. Paul RoBiQUBT, avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation, docteur es lettres.

TOME I. — Jules Ferry, sa famille, sa jeunesse. — Jules Ferry, journaliste. — Le procès des Treize. — Jules Ferry, député. — Le second Empire. — Jules Ferry et M. Thiers. — La Guerre et la Commune.

TOME II. — L'Assemblée nationale. — Ministères Dufaure et Jules Simon. — Régime du 16 mai. — Ministères de Broglie et de Rochebouët. — Second ministère Dufaure. — Démissions du Maréchal et de M. Dufaure. — Cabinet Waddington. — Jules Ferry, ministre de l'Instruction publique.

TOME IIL — Les lois scolaires (/" partie) : L'Enseignement supérieur en Algérie. — La loi sur la liberté de l'Enseignement supérieur. — L'article 7. — La loi sur le conseil supérieur de l'Instruction publique. — La loi relative aux titr£s de capacité pour TEnseignement primaire.

TOME IV. — Les lois scolaires (suite et fin) : Lois sur l'enseignement des jeunes filles, sur la gratuité, l'obligation et la latcité de l'enseignement primaire. — Discours divers sur les questions scolaires. — Discours sur la politique coloniale : AITaires grecques. — Affaires tunisiennes (Z'* partie).

TOME V. — Discours sur la politique extérieure et coloniale (impartie) : Affaires tunisiennes (suite et fin). — Affaires du Congo. — Affaires de Madagascar. — Affaires d'Egypte. — Affaires du Tonkin. — Le traité de Tien-Tsin. — Guct-apens de Bac-Lé. — Chute du ministère Ferry. — Paix avec la Chine.

TOME VI. — Discours sur la politique intérieure (jusqu'au 30 mars 1885). — Discussions budgétaires, économiques et financières. — Revision des lois constitutionnelles. — Le projet de revision au Sénat. — L'Assemblée nationale. — Loi électorale du Sénat.

TOME VU. — Discours sur la politique intérieure (depuis le 30 mars 1885). — La lutte contre le Boulangisme. — Les dernières années. — La présidence du Sénat.

Chaque tome, un volume in-8**, broché. . . 10 fr.

L'exemplaire d'amateur sur papier à la forme. 20 fr. N« 367.

Armsmd COLIN et C% Éditeurs^ Paris.

Solidaritél par m. Léon Bourgeois. 1 voL in-i8 Jésus, broché 2 »

Cet ouvrage, tant par la signature de son auteur que par le sujet qui s*y trouve traité, prend une importance considérable; il a cet avantage de venir à son heure, alors qu'une lutte si vive est engagée entre les appétits individuels et les obligations sociales.

M. Bourgeois n'est pas seulement un orateur exquis, un administrateur habile, un chef de parti et de gouvernement, il est aussi un penseur et un philosophe. Son idée directrice est de ramener tout « à l'analyse de la personne humaine, être de passion, de raison et de conscience... en évolution perpétuelle vers un type plus élevé de personnalité physique, intellectuelle et morale »... Ce volume, qui contient, merveilleusement formulés, les impératifs catégoriques de notre devoir politique et social, ne peut pas être analysé comme il convient. Pour être apprécié et admiré, il doit être hi (Le NationaL)

La République démocratiquei la politique intérieure, extérieure et coloniale de la France^ par M. J.-L. de Lanessan, ancien gouverneur général de rindo-Chine. 1 vol. in-18 jésus, broché. .. 4 »

Clair et méthodique comme ses aines, ce nouveau livre de M. de Lanessan s'appuie sur la longue expérience parlementaire et administrative de son auteur. Il débute par un exposé rapide du sort qu'a subi, en France, le principe de la souveraineté nationale. Puis l'auteur analyse, avec une grande précision, les résultats, tant favorables que défavorables, produits par la Constitution de 1875, et il examine les moyens pratiques de réformer les mœurs parlementaires et gouvernementales, pour aboutir à plus de liberté dans les lois avec plus de stabilité et d'autorité dans le gouvernement, et à un exercice direct plus étendu de la souveraineté nationale par le peuple lui-même. Le livre se termine par un résumé des réformes immédiatement réalisables. *

Armand COLIN & C^*, Editeurs, Paria,

PAGES CHOISIES DES GRANDS ÉCRIVAINS

Diderot (Georges Pelussier). 1 vol. in-18 jésus, broché, 3 fr. 50; relié toile A »

C'est rendre service à bien des lecteurs, et surtout à la jeunesse, que de recueillir en un volume les t pages choisies » de cet écrivain si divers, si inégal et, d'ailleurs, si peu discret. On trouvera dans ce livre, non seulement les meilleurs morceaux de Diderot, c'est-à^ dire les mieux pensés et les mieux écrits, mais aussi les plus caractéristiques, ceux qu'il faut connaître pour se faire une idée exacte et complète de son génie, de son caractère, de l'influence qu'il exerça au xvni« siècle dans tous les domaines de la pensée.

Le volume se divise en six parties : 1® Philosophie, morale, politique, religion; 2fi Critique littéraire; 3» Théâtre; 4* Critique d'art; 5^ Romans, contes, fan taisies; 6^ Correspondance. On a là, en quatre cents pages, tout ce que l'auteur a fait de plus intéressant. Car à dire vrai, Diderot n'a pas laissé c son monument ». ËJcrivain très discuté, parfois supérieur et comparable à nos plus grands maîtres, il jeta ses écrits au vent comme les feuillets de la sibylle et s'en soucia si peu que beaucoup de ceux qui ont le plus contribué à l'immortaliser n'ont paru qu'après sa mort. Néanmoins le rôle de Diderot a été très considérable. Il est le représentant le plus complet de la philosophie contemporaine; et parmi tant d'idées qu'il répandit autour do liji, un grand nombre, dépassant le xvm® siècle, auguraient et préparaient le nôtre. Voilà pourquoi „Djiderot javait sa place marquée dans la collection coijisacrée aux gloires littéraires de la France.

Armand COLIN et Cf, Editeurs, Parts.

PAGES CHOISIES DES GRANDS ECRIVAINS

J.-J. Rousseau (S. Rogheblaye). 1 vol. in-i8 Jésus, broché, 3fr.; relié toile 3 50

Peu d'écrivains, parmi les auteurs réputés dangereux, ont écrit des pages aussi saines, aussi substantielles, aussi variées et attachantes que J.-J. Rousseau. L'excellent est chez lui de premier ordre, il n'y a qu'à le cueillir et à l'isoler de ce qui le gâte. C'est ainsi que, à l'aide d'un bon choix, Rousseau peut figurer au premier plan parmi les auteurs < nourriciers » de la jeunesse.

Sa vie, racontée et embellie par lui-même, offre une succession de tableaux d'une fraîcheur ingénue et savante; on a tâché d'en composer ici comme une petite galerie, où l'œil pût admirer en toute sécurité. Peintre de lui-même, Rousseau est aussi peintre des autres : et, s'il flatte moins ses semblables qu'il ne se flatte, quand il se décrit, la malice du lecteur trouve son compte à constater l'antithèse. Il était bon de mettre en regard le portrait du peintre et celui de ses modèles. Mais ce n'est point par ses tableaux de mœurs que Jean-Jacques a fait révolution en son temps. Ses attaques contre la civilisation et les belleslettres, son système nouveau d'éducation, son déisme fervent et lyrique, son amour passionné de la nature, voilà les grandes nouveautés qui lui firent une place à part dans son siècle. C'est aussi sur quoi portent les plus nombreuses pages de ces extraits, destinés à mettre en lumière non pas ce qui fut l'excès ou le paradoxe éphémère, mais ce qui devait être la vérité du lendemain. Dégager d'une œuvre puissante, mais étrangement mêlée, ce qui a duré, ce qui durera, tel est l'esprit dans lequel a été composé ce petit livre, qui n'exclut aucune catégorie de lecteurs.

vGoosle

Armand COLIN & Cf*% Editeurs, Paris,

PAGES CHOISIES DES GRANDS ÉCRIVAINS

Ernest Renan. 1 vol. in-18 jésus, broché, 3fr. 50; relié toile 4 »

On n*a pas prétendu résumer en ce volume de pages choisies fœuvre considérable et si multiple d'Ernest Renan. Outre qu'un volume n'eût pas suffi à donner une idée même incomplète des vastes travaux du philologue, de l'historien, du philosophe, du moraliste^ il fallait écarter, dès le principe, tout ce qui ressortissait au domaine de l'érudition pure comme aussi tout ce qui présentait un caractère plus ou moins marqué de polémique. On a donc rangé sous quelques rubriques très générales : Morale et philosophie^ Histoire et religioriy Littérature et critique, Souvenirs d'enfance et de jeunesse, un certain nombre de morceaux soigneusement choisis pour mettre en lumière les principales faces d'une pensée qui a si fortement imprime son empreinte à resprit moderne.

C'est ainsi qu on a mis à contribution, pour la première de ces rubriques : V Avenir de la Science , les Drames philosophiques, les Questions contemporaines; — pour la seconde : la Vie de Jésus^ VHistoire arlsraèl, V Antéchrist, MarC'Aurèle, etc. ; pour la troisième et la quatrième: les Souvenirs d'enfance et de jeunesse, les Mélanges d'histoire et de voyages, les Essais de morale et de cntique, les Discours et conférences, etc.

Tel quel, ce choix a de quoi provoquer dans des esprits généreux une aspiration féconde vers la recherche du vrai et du bien. Il doit contribuer surtout à mettre les jeunes générations en commerce intime avec une haute intelligence, aussi séduisante que puissante, profondément religieuse et à qui rien n'a été étranger des plus nobles préoccupations de l'âme humaine. On y goûtera par surcroît la saveur unique de pa^es dès à présent classiques et d'autant plus dignes a'admiration que la beauté de la forme ne s'y sépare jamais de la sincérité du fond.

y Y sépare jamais < NM6.

vGoosle

Armand COLIN 4 C% ÉdUeurs, Paria.

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