ALEXIS, LE CLIENT
LB CLIENT, saluant, et avec volubilité.
Ah! monsieur est sans doute le maître clerc? que je ne vous dérange pas, je vous en prie... ce n'est pas à vous que j'ai affaire.. (Il pose son parapluie adroite et s'assied après un salut poli)
*LéoD, Jenny, Alexis.
ALEXIS
Mais, Monsieur...
J'aime seulement mieux allendre ici, oui... parce que là-bas... les allées et venues... les coups d'air et les rhumatismes, çà marche mal ensemble, on ne laisse pas impunément derrière soi cinquante ans, et d'une bonne vie, je m'en flatte, ahl... ah!...
ALEXIS (impatient).
Pardon, Monsieur, mais je suis...
LE CLIENT, l'inlerronopant.
Ne vous occupez donc pas de moi. .. et pourtant je dois dire que par là... je m'amusais d'entendre vos jeunes gens conter leurs bonnes fortunes à qui mieux mieux... c'est bavard ces jeunes clercs, comme de vieilles filles !.. j'aime çà moi, çà rajeunit, çà vous rappelle... ah ! ah! ah!..
ALEXIS (à part).
Il est jovial, le client; plus que pressé, il paraît, d'en venir à son alHiire... cependant... (haut). Je vous répèle que je suis...
Etranger à tout çà... je crois bien, le maître clerc?., ce n'est pas comme ce petit bonhomme qui vient de sortir... M"" Léon, je crois... unœil éveillé, tout jeune, et charmant... très bien. ..je conçois qu'avec çà... ah ! ah! ah!., (avec mystère.) Mais chut ! petites vanteries de jeune homme.
ALEXIS (avec force.)
Ah! Monsieur, me direz-vous enfin ?..
Non, oh! jamais... j'écoute les médisances, mais je ne les répète [)as... je ne peux pas souffrir un médisant, tel que vous me voyez !..
ALEXIS, à part.
El moi... je ne peux pas soufl'rir les bavards!., (Il prend un air résolu pouraller parlerau client; celui-ci n'est plus sur sa chaise et a pris la gauche par derrière.)* Allons !.. le voilà qui se promène! LE Client.
Oui, l'habitude du mouvement ; quand on a roulé sur les quatre faces du globe, on ne peut plusse tenir tranquille... excepté... (à l'oreille, en riant.) convenu, ah ! ah ! ah !
ALEXIS, se contenant en riant.
Il m'aniuseraii, si j'avais le temps... (Il va pour parler.^ Monsieur...
le client, l'interrompant.
Monsieur, il faut avoir connu les femmes, comme moi^, un peu partout, pour savoir à quoi s'en tenir sur la fragilité des choses humaines?, de Moscou à Venise, de la vie amoureuse des gondoles à celle des serres chaudes... le climat n'y fait rien...
ALEXIS, voulant parler.
Mon.sieur...
* Le Client, Alexis.
LE CLIENT, l'ioterrompant de nouveau.
Monsieur, les maris sont partout los mêmes ! après cela, ma foi, on se demande : où est la vertu?., et on se dit comme les anciens, il n'y a plus qu'à se voiler la lèie et à désespérer I ALEXIS, avec explosion.
Ah! bravo!., première force!., voilà mon maître !.. moi, au moins, je m'arrête aux limites du Département...
LE CLIENT, avec finesse.
^\ous sentez bien alors que ce n'est pas votre ville qui voudrait faire exeeption !..
ALEXIS, riant.
Oh î elle s'en garde bien !
LE CLIENT, avec intention.
Et le patron... il paraît... sij'en crois l'autre côté..?
ALEXIS, s'abandonnantavec complaisance. Mais oui, on dit que dans son temps... (Ils se frappent du coude)
LE CLIENT, s'arrêtant devant des gravures, pendant qu'Alexis le suit.
Je vois çà tout de suite... les gravures de garçon...
ALEXIS, riant avec lui.
Danaé !.. Jtipiier et Danaï !
Europe et Jupiter !...
ALEXIS
Jupiter... Europe...
LE CLIENT^ le tapant de nouveau du coude en tournant le théâtre*.
Un ancien farceur encore que celui-là, nn jour en taureau ! un autre en pluie d'or !.. c'était un grand libertin I
ALEXIS
Bon ! l'antiquité à présent !.. marche, marche LE CLIENT.
Et, étonnez-vous donc que les grées et les romains aient eu de pareilles mœurs, avec des divinité» aussi profanes .'. .
ALEXIS
Les grecs, les romains,., ah ! ah ! mais c'est un enragé!., mais je suis à cent mille pieds de çà !.. j'ai envie d'appeler ma femme.
Ah ! farceur de notaire! (regardant une autre gravure.) Mars et Fénus !
Continuation de rallégorie...ah ! ah !..
C'est ce que je vois... continuation de l'allégorie... oui, la femme est peut-être toujours une Ft'nus, mais ce n'est pas toi qui es Mars A ALEXIS, sautant sur lui-même.
Hein?..
LE CLIENT, riant.
Vulcain, à la bonne heure.
Alexis, le Client.
ALEXIS
Plait-il?..
LE CLIENT, répétant.
yulcain^-..
ALEXIS, s'emporlant.
Monsieur !
Oh ! le maître clerc se révolte !.. chut!..
ALEXIS
Non, non, Monsieur, expliquez-vous?.»
Air : du CliarUtanisme.
Votre palr(.n est un gaillard Qui ilûit savoir que celte vie Est un vasle jeu de billard Où nous faisons notre partie :
Sans cesse l'on est attaqué Pardesjoueursdetous les âges, Etsi l'un d<;ui vous amanqué.
Par un autre l'on est bloqué...
Sans compter les carambolages.
ALEXIS
Monsieur, c'est une indignité?..
Non, c'est une justice.
ALEXIS, à part, s'efforçant de rire.
11 est trop drôle, parole d'honneur, il est à jeter d'un sixième étage ! (haut.) A la fin, Monsieur, qui êtes-vous?..
Un client,., je ne sais rien. .. je n'aflfirme rien., je ne répète que ce que j'ai entendu par là., d'abord je vous le dis, j'ai horreur de la médisance.
ALEXIS
C'est ce queje vois; maisencore, qu'avez- vous entendu?., je veux le savoir. (Il le ramène.)
Oh ! rien que de très ordinaire... il paraît que la patronne fait des visites...
ALEXIS
C'est naturel.
De son côté, le jeune clerc Jail des courses pour le patron.
C'est encore naturel.
LC CLIENT.
C'est encore très naturel... mais il parait que courses et visites se trouvent aboutir au parc que vous appelez .'...
ALEXIS, hors de lui.
Oh! infâme imposture! (Appelant.) Justine! (Puis courant au fond et à la cantonade de gauche.) Ah! l'étude !.... Monsieur Léon où est-il?
CNE VOIX FLUTÉE, en dehors. En course !.. ALEXIS, à la femme de chambre qui paraît à
droite.
Ouest madame?..