‹ Le client, ou, Les représaillesChapitre 3 sur 25 · UN CLIENT, LÉON · texte numérisé non relu

UN CLIENT, LÉON

M. Gaillard, s'il vous plaît ?

LÉON

Sorti, Monsieur ; il ne reviendra qu'à trois heures, (à part) Je n'ai pas encore vu cette figure là...

(il plie avec affectation le coin de plusieurs feuillets; jeu prolongé).

Et à cette heure, je serais sûr d'avoir l'arantage de faire sa connaissance ?..

LÉON (avec aplomb).

Le plus sûr serait encore ce soir, oui, parce qu'il y a signature d'un contrat de mariage.

Je le sais...

LÉON

Ah ! on vnns l'a dit à l'étude... pardon, alors. Monsieur, (montrant ses papiers avec une importance comique) mais comme c'est moi qui rédige le contrat... et ce n'est pas facile... un contrat de veuve... ah ! ah ! ah !. . vous comprenez !.. tout le monde comprend çà !... (il va [»our sortir).

LE CLIENT (le retenant).

Permettez... permettez... (à part) Voilà un petit homme bien tranchant! (avec une ironie réfléchie) Sans indiscrétion... quel âge avezvous, mon vieil ami ?..

LEON, (se redressant, même jeu).

Votre vieil ami... a seize ans, Monsieur, ( A part ) Est-il drôle donc !

Et.,, où avez-vous appris, s'il vous plaît, que

les veuves ?..

LEON

Ah !... c'est connu... histoire ancienne... Titre élastique et privilégié, comme dit le patron, c'est la bouteille à \'encre !

LE CLIENT (retenant un mouvement).

Vraiment?., c'est... votre patron qui vous apprend des calembourgs sur le mariage?.. Eh bien... c'est un joli cours de pratique qu'il vous fait suivre là, je lui en fais mon compliment.

LEON

C'est qu'il connaît un peu les femmes, lui!

Pour vous deux, à ce que je vois... et quand on en médit, vous faites écho... faute de pou-

voir mieux faire encore... c'est une consolaiion bien innocente.

LEON

Monsieur veut plaisanter?..

LE CLTE>T (avec force).

Je ne plaisante jamais là-dessus, jeune homme. Écoutez-moi donc, et laissez t\n moment ces papiers... auxquels vous faites ainsi des marques...

LÉOX.

Diies des cornes!... un contrat de mariage!

C'est juste... d'après le système., mais vous ne pensez donc jamais qu'un jour pourtant, vous vous marierez, enfant!... et votre patron, lui, tout le premier, doit sans doute être marié, ne fut-ce que pour payer son étude?

LEON (avec feu).

Oh! oui, monsieur, marié, et à une femme charmante'.

A une femme cliarmanle! comme vous édites cela!... et vous l'avez remarqué... La leçon profile, avec vos dispositions... oh! que ce ne soit pas moi qui vous retienne!... mais, au risque de ne pas vous paraître très spirituel , je vous dirai, mon jeune ami : croyez aux paroles d'un homme qui ne considère pas tout à fait le mariage sons le même point de vue, quoiqu'il ait un peu vécu aussi... et qui pense que, même en 1844, il y a encore beaucoup plus de femmes honnêtes qu'on ne le dit, attachées à leuis devoirs et à leurs maris... à moins que ceux-ci ne leur donnent l'exemple du contraire, ou le droit des'en alVranchir!... (Léon étouffe un bâillement.) Mais je vois que cela vous fait l'effet d'un sermon... amen!... ce n'est pas là mon élat.

LÉON

Ma foi , je l'aurais cru , monsieur prêche si bien î...

LE CLIENT (remontant).

Allons, allons, ménagez davantage les cornes, et lâchez que le contrat de votre veuve, ne soit pas la bouteille à l'encre... je réviendrai à trois heures.

(Il sort par le fond.) LÉON (étourdi).

Qu'est-ce que c'est que cet homme là?... quelque jobard, qui vient probablement se remarier... ah !... il va bien nous amuser à l'élude... (Il soit en riant, parle fond.)

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