‹ Le climat du CongoChapitre 8 sur 97 · LES DIFFÉRENTES RÉGIONS DU CONGO · texte numérisé non relu

LES DIFFÉRENTES RÉGIONS DU CONGO

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-SS- II rinfluence de ces conditions, une augmentation ou une diminution de Tévapo- » ration peut être suivie d'une augmentation ou d*une diminution de la pluie*

> Mais ces régions sont celles où se produit le moins aisément un change- 9 ment matériel dans l'évaporation. Blanford estime que pour la région de » TArruwimi, la moitié environ de la précipitation est due à la recAufe directe » de rhumidité évaporée. La surface reste dans un état continu de saturation et

> révaporation se fait sans interruption et d'une manière uniforme (i). ■

C*est là, à notre avis, qu*il faut chercher la vraie cause des modifications qui surviennent dans le régime des saisons, et il faut étendre ce fait à tonte la grande forêt, en tenant compte d*un autre facteur d'une grande importance également : le centre de TÉtat est peu accidenté, les rivières y ont un cours très lent et Ton y rencontre beaucoup de marais et de plaines basses offrant au pouvoir évaporatenr du vent et de la chaleur une source intarissable d*humidité.

Mais il n*y a pas que la région de la grande forêt qui voie ses saisons modifiées; les nuages poussés par les vents d*est qui soufflent dans le haut Congo y font participer toute la zone qui la borne à louest. C'est ainsi que le climat de Luluabourg et de Lussambo diffère très sensiblement de celui de la région, située sous la même latitude, qui se trouve dans le bas fleuve. Et ce sont ces mêmes vents qui empêchent la partie est de TÉiat de participer à ce changement.

En comparant les diverses observations qu'il possédait, von Danckelman a formulé comme règles que les pluies augmentent, au Congo : l*" à mesure que du sud on se rapproche de l'équateur; 2® que de la côte on se dirige vers Tintérieur.

Nous trouvons dans nos observations la confirmation de ces deux lois :

lo Augmentation en allant du sud vers Véquateur*

BIBk.

I^oanda S70 moyenne de iS années.

fianana 7:26 moyenne de 5â mois.

Cbinchozo 1078 moyenne de S5 mois.

Libreville 2383 moyenne de 70 mois.

2» Augmentation en allant de la côte vers Vintérieur,

mm.

A. — Banana. 726 moyenne de 52 mois.

Borna ...... 761 total de 10 mois et 5 jours.

Vivi ...«.•• 1079 moyenne de 2 ans.

Kimuenza ..... 1038 total de 1 an.

Léopoldville . • . • 1502 toUl de 1 an.

Bolobo ...••. 1666 moyenne de 3 ans.

Nouvelle-Anvers. • . 1705 moyenne de !^ mois.

B — Loanda. . • . . . 27U moyenne de 12 années.

Malange • . . • . 687 total de 8 mois.

San-Salvador. . . • 1010 moyenne de 4 années.

Luluabourg • • . . 1544 moyenne de 30 mois.

Lussambo 1677 total de lU mois*

(f) G.-E. CuRTis, Vinfluence des forêts sur la chute des plaies* (Cirl et Terre, 1894-9S, p. 132.)

Ajoutons à ces données que la plus forte intensité des pluies a été relevée au .centre du continent. Livingstone observa à Kabambaré une chute de SOS^'^B en quinze jours, en janvier 1871.

Von Danckelman, en signalant les deux lois qui précèdent, justifie la seconde en disant : « Circonstance qui s'explique par le passage des nuages venant généralement du continent, c'est-à-dire de Test, sur les régions montagneuses quMs rencontrent avant d'arriver à la côte occidentale >.

Il n y a pas à douter que ce soit là une des causes de la plus grande intensité des pluies à Tintérieur du continent, mais nous pensons que Thumidité entre- : tenue et provoquée par la grande forêt doit intervenir au même titre et jouer ici un rôle aussi important que dans la modification qu'elle imprime au régime saisonnier des régions du centre congolais.

Des faits qui précèdent, pour nous résumer, nous tirerons les conclusions suivantes :

1* Le début de la saison des pluies peut être fixé à la première décade d'octobre;

2® La petite saison sèche est très variable dans son apparition, aussi bien que dans ses caractères, et mérite plutôt le nom de saison des moindres pluies;

3® La division en grande et petite saison des pluies n'est pas absolue;

4** La saison des pluies prend fin aux environs du 18 mai, plutôt après qu'avant;

S"" La quantité totale de pluie varie beaucoup d'une année à l'autre pour un môme lieu ;

6"" Les mois les plus pluvieux sont novembre, décembre, mars et avril, et le maximum de précipitation se présente sans «fixité dans l'un d'eux;

T" Au fur et à mesure que l'on s'avance dans l'intérieur, et que l'on se rapproche de Icqualeur, les saisons se différencient, de moins en moins. L'année tout entière est pluvieuse, avec une intensité variable suivant les époques et les années :

8® La présence de lu grande forêt intervient pour une grande part dans le changement ap|)0!*té nu régime saisonnier des régions du centre de l'État Indépendant. • ...

• * Vents. • *

Le vent est sans conteste l'un des facteurs les plus importants du climat. C'est lui qui modifie la marche régulière des tempék'alureS, telle qu'elle est réglée par la course du Soleil dans le ciel; c'est lui qui amènjs les variations dans l'humidité de l'air et dans la fréquence et Tabondance des précipitations; c'est lui encore qui, par intervalles, épure les régions basses de Tatmosphère par le brassage qu'il produit dans une grande partie de la masse aérienne. Le rôle des vents est

surtout eonsidérable dans les pays chauds, et certains auteurs ont même cru trouver une liaison intime entre la salubrité de ces pays et les conditions naturelles qui en assurent la ventilation (i). La configuration du sol aurait particulièrement de rimportance, en tant que cette configuration favorise ou bien -entrave la libre circulation des vents.

Partant de ces considérations, on en est arrivé h constater que les climats .chauds se classent, comme les habitations, en salubres et insalubres, suivant rapport plus ou moins large d'un air pur, riche en oxygène, pir les courants généraux de Tatmosphère, facilités ou gênés par la disposition du terrain. Cette conclusion est confirmée par Pétude spéciale des grandes endémies des pay» tropicaux : fièvres intermittentes et rémittentes ou fièvres de malaria, choléra, fièvre jaune.

L'importance capitale du rôle dévolu aux vents comme purificateurs de l'atmosphère devient surtout sensible par les contrastes que présentent des régions placées en apparence dans des conditions de climat tout à f«iit semblables. De pan et d'autre, on trouve les pluies tropicales, les forêts vierges aux arbres enserrés par des réseaux de lianes, un humus épais enrichi par les débris des vieux troncs et des plantes herbacées, un soleil assez ardent pour faire mûrir le café, le sucre et le cacao, et pourtant d'un côté régnent les fièvres et le choléra, tandis que de l'autre on a un climat délicieux et vivifiant (s).

Une bonne ventilation, par des courants amenant un air pur, rend les plus fortes chaleurs supportables, assèche les sols bas, disperse les miasmes qui tendent à se former.

En ce qui concerne le régime des vents au Congo, nous ne possédons mal-heureusement qu'un nombre assez restreint de bonnes observations, la plupart recueillies dans le bas Congo, notamment à Banana, à Vivi et à Kimuenza. Pour beaucoup d'autres stations, nous ne pouvons indiquer que le vent dominant; c'est là, nous tenons à le dire, une indication à laquelle nous ne saurions attacher qu'une valeur très relative, étant donné qu'elle résulte d'observations îrrégulières, faites sans instruments. Nous bornerons donc surtout h la région du bas Congo les considérations qui \ont suivre.

Le régime des vents inférieurs à la côte 0L*cidentaIe d'Afrique est caractérisé par une régularité singulière de l'apparition des courants aériens.

Pour Banana, le D' Etienne décrit ce régime ainsi :

• 1* Faible brise de terre de sud-est à sud le matin, au lever du Soleil;

• 2* Plus tard, calme jusque vers 11 heures;

> 3* Ensuite brise de mer de sud-ouest plus ou moins forte, jusque vers 19 heures;

(i) Voyez DOtammeol P.-C Paclt, Climats et endémies, esquisses de climatoiojie comparée, Paris, 1874.

(t) R. Radad, Le rôle des vents dans les climats chauds, p. iS. Paris, 1880 ; in-18.

» !• Finalement, vers 22 heures, après un second ealme, la girouette a une tendance à s*infléchir de nouveau dans la direction sud-nord.

» Après le calme absolu d*unc matinée, Tarrivce de la brise est annoncée plus d'une demi-hrure à lavanee par la présence d*une ligne sombre qui se dessine au loin à Thorizon, à la surface de TOcéan; celle ligne se rapproche insensiblement et ne larde pas à venir troubler la transparence des eaux du rivage. C'est rheure où le ihermomèire arrête sa course ascendante, mais où un autre instrument se met en mouvement : Tanémomètre (i). •

. Ainsi que le D' Etienne Tavait fait remarquer, Torigine des courants aériens régnant à Banana est manifestement à l'W. Mais des observations postérieures à celles qu'il a publiées n'ont pas confirmé l'exclusion presque complète des vents de NW. à £., qu'il avait observée pendant les quatre derniers mois de 1890» Déjà ses relevés de mars et avril 1891 accusent une certaine fréquence des vents du N., fréquence qui se maintient assez régulière pendant toute la période qui suit, et se manifeste pariiculièrement le matin, se rapprochant ainsi de ce que nous remarquerons pour Vivi. Dans ce dernier poste, les conditions orographiques justifient en partie cette inflexion de la giroueue, mais ici, il ne peut être dû qu*à Tappel produit par le refroidissement plus rapide de l'air à la surface de l'océan. Cette raison est-elle suffisante?

Quoi qu'il en soit, le régime anémométrique de Banana montre un maximum très accentué des vents de SW. à W. Déjà pour le WNW., la fréquence diminue dans une grande proportion, tandis que vers le S. la gradation est plus lente et garde jusqu'aux courants de SE., voire ESE., un pour-cent assez grand.

Au delà, ils deviennent de moins en moins nombreux et font même défaut ou diminuent beaucoup pendant la saison sèche. Ce fait, que nous retrouvons régulièrement à Banana, nous le reverrons à Vivi et à Kimuenza. Et cette diminution à cette époque se prolonge même jusqu'au delà du N. en se faisant sentir jusqu'au NW., de même qu'elle se continue parfois jusqu'en novembre, comme en 1891, au lieu de se borner aux seuls mois de juin, juillet et août.

Il en résulte donc un rétrécissement du centre d'origine des courants aériens, qui se limite pour ainsi dire entre E. et W., en passant par le S., pour confiner son maximum au SW. et partager les maxima secondaires entre WSW. eiW.

En saison des pluies, les maxima restent les mêmes, mais il y a une inflexion très accusée de la girouette vers TE. et le N., et cette iriflexion est plus marquée dans les mois très pluvieux de novembre, décembre, mars et avril. On pourrait donc en quelque sorte substituer au qualificatif « brises de terre >, sous lequel on désigne ces vents, celui de « vents de pluie », s'ils ne se montraient beaucoup plus fréquents dans la matinée, alors que nous avons trouvé pour Banana la plus grande proportion de pluie dans l'après-midi, le soir et la nuit.

Si nous envisageons maintenant les vents régnants de la matinée, nous leur

(i) D*' ËTle^^e, Le climat dâ Banana, p. 05.

irouvons une direction très différente de celle des vents de Taprès-midi. Ce soni surtout des vents d'E., avec maiimum pour eeux de SSE. et SE.; parfois même les maxima secondaires sont reportés jusqu*à TENE.; trois fois seulement nous les voyons au S. et SW. C*est ainsi qu'en 1894, le total des courants d*E. à SE. donne 50 */• de Tensemble des observations.

En revanche» Taprès-midi ramène complètement le régime d*W« Jusqu'au SSW. toute la moitié N.E.S. de la rose des vents n'intervient plus que pour une très petite part, tandis que les courants de SW.» WSW. et W. fournissent k eux seuls 74,2 7o de (ont le r/gime. £t cette poussée se manifeste même encore en donnant au NNW. et au NW. une quotité sensiblement plus forte que celle des courants d'E.

A Vîvi, le fait qui domine dans le régime anémométrique est, de même qu'à Banana, la très grande fréquence des vents de SW. à W., qui, pour 1882-1883, atteignent le chiffre de 693 sur 900 observations, soit 77 */«.

Cette fréquence est surtout remarquable pour les mois de saison sèche, où apparaît une légère poussée de la girouette dans le quart W.-N., poussée que nous chercherons à expliquer tantôt.

En saison des pluies, les mouvements de Tair ont une tendance & se continer au SW., et ils augmentent vers le S. et TE., aux dépens des vents de W., qui deviennent moins fréquents, et de ceux de WNW. à NNW., qui font presque défaut. Cette tendance à s'infléchir vers l'E. serait due en grande partie aux orages venant du centre du continent.

A 7 heures, les vents d'W. dominent déjà, mais la poussée vers le nord est très manifeste, sauf peut-être pendant les mois de novembre, décembre et janvier, où quelques rares vents d'E. élargissent le centre d'origine. C'est aussi à celte heure que l'on constate le plus de calmes : 36 ^o des observations; ils ont leur grande fréquence d octobre i\ avril, soit pendant la saison des pluies. Nous les retrouverons, du reste, plus abondants à cette époque aux autres heures d^observaiion, ce qui pourrait en quelque sorte lui faire donner le nom de « saison des calmes » .

A 14 heures, les vents de SW. ont le maximum dans tous les mois; les vents du N. font presque défaut et, en saison des pluies, les vents d'E. ont une fréquence plus grande fl 7 et à â1 heures. Les calmes sont rares, et les seuls que l'on constate surNienrient pindant la saison humide.

A 21 heures, absence totale de vent d'E. pendant la saison sèche; à peine quelques-uns dans l'autre partie de Tannée. En revanche, vents du N. assez fréquents. La situation de Vivi, à proximité d'une rhaine de montagnes qui passe au nord de la station, serait, pour M. von Danckeiman, la eause toute locale de Texisience des vents du N. Mais ils sont loin de se montrer en ce seul point, et nous les retrouvons dans toute la région des cataractes, et même dans une grande partie du territoire de TÉtat. L'orientation générale des vallées en grands sillons parallèles dirigés vers le N., où coulent soit le fleuve, soit ses nombreux

affluents, est, par la modification qu'elle imprime au cours des mouvements de Tair, la cause réelle de Pexistcoce de ces vents.

Ces courants ont du reste une intensité beaucoup plus faible que les autres, et c'est par exception qu'ils dépassent le degré S de Téchelle de Beaufort (comptée deOè 12).

La grande intensité est réservée aux vents du quart SW. Ainsi qu*on le verra è lexamen des tableaux, les observations de 7 heures accusent une faiblesse particulière des courants aériens i ce moment de la journée; ils oscillent entre le premier et le deuxième degré de réchellc et alternent avec des calmes fréquents , dont le nombre atteint parfois les 2/5 des observations.

A 14 heures, Tintensité augmente, mais il faut arriver à 19 heures pour trouver le maximum de force dans les vents de SW. et de WSW.

« Au moment du coucher du soleil, ou un quart d'heure après, un fort coup de vent d*W., ou aussi du NW., fait brusquement apparition et soulève la poussière et les objets légers à d'assez grandes h'iuteurs. Ce vent tempétueux dure 10 à 30 minutes et faiblit ensuite. Rarement cependant il cesse alors complètement. Le plus souvent, après s'être un peu calmé, il devient uniformément fort ei souffle avec violence jusqu'à 8 ou 9 heures et même plus lard dans la nuit, lout en tournant au SW...

» Ces vents du soir et de la nuit sont le plus fréquents et le plus forts (?5 à 6) dons les mois de septembre et octobre, ce qui concorde avec la marche annuelle de la force du vent. Celle-ci a son maximum en cette saison et son minimum dans les mois pluvieux de novembre, décembre et avril (i). »

Bien que le régime des vents & Banana offre une grande ressemblance avec •celui de Vivi, on ne trouve cependant pas à l'embouchure du Congo, ainsi que von Danckelman l'avait fait remarquer pour Loanda, située plus au sud sur ^Atlantique, l'existence de ces coups de vents du soir.

Pour Kimuenza, nous pourrions répéter en quelque sorte ce que nous avons dit des deux stations précédentes. Ce sont également les courants de SW. à W. 4\u\ y soufflent le plus souvent. Cependant, les maxima sont moindres; ils n'atteignent que les 42,2 % du régime total, alors qu'A Banana ils interviennent pour S^ ®/o et à Vivi pour 77 ®/o; de plus, ils sont moins réguliers et se rencontrent assez fréquemment dans les vents de SSW.

Certains mois sont même remarquables, parce que les maxima n'y dépassent pas trop sensiblement le total des vents de certaines directions. Il y aurait ainsi, d'une façon générale, comme un élargissement du centre d origine, une dispersion des courants qui constituerait la différence entre le régime du bas et du moyen Congo.

Mais comme là, nous retrouvons le même phénomène de la disparition des vents d'E. et de N. pendant la saison sèche, et particulièrement en juillet et

(1) VON Dakckelman, Mémoire sur les observations météorologiques faites à Vivi, pp. 5â-33.

août. Pendant ces deux mois, la diminution est très manifeste aussi pour les courants de NW.» MNW.» voire aème SE. et SSÇ.» de sorte que tout le régime est conliné entre le S. et le WNW.

Les observations recueillies à Kimuenza montrent le vent augmentant dlntensite jusque vers 13 ou 14 heures» diminuant ensuite jusqu*è la soirée (i).

c La plus grande intensité, dit le P. De Hert (2), se produit donc aux momenis les plus chauds du jour, et contribue ainsi à rendre la température plus supportable. Les calmes sont fort rares à cette heure : j*en ai observé dix dans Tespace de huit mois. Le soir, è 6 heures, il y en a eu quatorze, et à 8 heures du malin vingt-six. •

Le tableau suivant lésume lis considérations qui précèdent sur la fréquence des diiïérenis vents à Banana, à Vivi et à Kimuenza :

Baouia, Vivi, Kimuenza,

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