‹ Le cloîtreChapitre 2 sur 14 · IK)M MARC · texte numérisé non relu

IK)M MARC

Saint Augustin le dit aussi.

voM ^ni.rrn:x

Dom Marc a raison, saint Augustin dit textuellement : '( Aime et fais ce que veux ».

THOMAS

Oh ! cela n'est pas la même chose. Saint Augustin réserve la crainte. Il faut varier son adoration, il faut être à la fois et craintif et tremblant et plein de ferveur...

DOJI BALTHAZAR (impatient)

Vous raisonnez trop... vous raisonnez trop...

THOMA.S (<à DoM Balthazar)

Vous ne distinguez pas toute l'inlînie diversité de la nature et de la personnalité divines, mon frère.

DOM BALTHAZAR (I.riis.iuement)

Moi, j'ai la passion, j'ai la rage de Dieu,

Je ne comprends que ceux.

Qui le proclament,

Presqu'avec fureur, comme si leur âme

Folle n'avait trouvé pour le louer, qu'un cri.

Qu'un seul, toujours le même,

Mais clair, mais pur, mais fort comme un baptême.

( Une pause).

Dieu ne demande point d'être décrit.

Pesé et consigné dans des livres superbes Et solennels comme l'orgueil.

Ta foi est simple ainsi que l'herbe. Ta loi, dans les temples de Dieu, s'arrête au seuil; Mais au temps de pensée, où t(His nous sommes, 11 faut discuter Dieu pour lui gagner les hommes.

DOM R\LTH.-\Z.AR iviolentl

Il est d'autant plus Dieu, qu'on ne le comprend pas: C'est quand la loi, c'est quand l'amour sont las

Du porter (Mirisl, saiii^kinl l1 lui, devant le monde,

Qu'on perd son heure à l'expliquer, par de profondes

Et complexes, et futiles raisons.

Or il se rit de ces combinaisons

De malices et tie péchés où l'on s'exerce,

11 ne veut pas de ce banal commerce

De mots et d'arguments, où l'on cote son nom.

D'après qu'on le défend, subtilement ou non.

Il est plus haut que l'hiunaine sagesse,

Il est trop vaste, ou trop géant, ou trop profond.

Pour qu'on en fixe ou la hauteur ou bien le fond;

Et c'est uniquement dans une ivresse

Exultante d'amour, de sacrifice et de ferveur,

Qu'un Saint est, quelquefois, monté jusqu'à son cœur

DOM MILITIEX

Voilà la vérité !

].)OM MARC I plein Jcffiisiim, allant \crs IJoM Balthazak)

Oh, mon frère! mon frère!

THOMAS uoiiime surpris I

Nous méritons vraiment qu'on nous bafoue, qu'on nous renie.

S'adressant aux autres moines, qui inteiromiient leurs jeux et qui écoutent sans prendre parti.

Et nous en sommes là depuis Bonaventure et Saint Thomas d'Aquin !

S'adressant à Dom Marc et à Dom Militien.

C'étaient pourtant des Saints, aussi hauts que les vôtres. Ceux-là ! c'étaient des fronts et des cerveaux d'apôtres, Sereins et flamboyants, comme un éclair de Dieu; Leur cœur dans leur pensée avait saisi le feu Torride et pur, dont s'enflamment les âmes ; Leur croyance prenait leur raison d'or pour trame; Elle y brodait de beaux lys blancs.

Certes aussi doux que ceux que vos prières, Tendent au ciel, dans leurs élans Et dans leur fougue aventurière.

Prenant directement à partie Dom B.\lthaz.ar.

C'étaient des Saints et des savants, ceux-là. Et des héros, tandis que vous...

DOM HALTHAZAJ^ (tr-uiblc)

Il ne faut pas Me regarder quand vous parle/ d'hommes sublimes.

Do.M ^ni.rrmx

Notre âge a l'ait tomber de ses plus hautes cimes. Toute grandeur. Il a nié le sens ardent, Qu'on attachait, jadis, chez nous, en occident, A l'héroïsme vierge et la force chrétienne ; La science s'en vint nous chanter son antienne, Quand s'abaissait, le soir, sur nos grèves, la foi; Mais la science est à son tour montrée au doigt Qui tue et qui supprime; elle est déjà niée Par ceux qui la rêvaient claire et harmoniée Et belle au point de commenter tout l'univers ! Tel livre aujourd'hui vrai, abat le livre d'hier. Tel système large et profond, par son contraire Sera biffé. L'hypothèse surnuméraire.

Se prodigue partout, mais ne définit rien ; Il n'y a plus ni vrai, ni faux, ni mal, ni bien, La science est à bout de vie... et se dévore.

Ça n'est ptis vrai, lout le futur lui reste encorcl

DO.M Mii.rriiix

Il tant que l'on revienne à la simplicité, A l'enfance. Il faut l'amour et la bonté Et l'ignorance. Et parmi nous, le seul qui vive Ainsi, d'accord avec la renaissance vive De demain, c'est Dom Marc.

DOM B.ALTII.VZAR

C'est le plus haut de nous!

DOM M.\RC (œnfus)

Moi! Moi ! Moi! Balthazar? mais je suis, de vous tous. Le moindre et le plus nul.

DOM BALTHAZAR

Enfant, François d'Assise Etait pareil et son nom embaume et Heurdelise Toute l'église. Oh ! certes, auprès de toi, je sens Combien le péché noir et lourd flétrit mon sang.

Mais je te sais la pureté de notre temple;

Tu es la belle inconscience, le bon exemple.

Le pur brasier d'ardeur. Si nous étions encor

Les moines doux et purs des moyen-àges d'or,

Nous baiserions le bord de ta robe de bure.

Nous bénirions tes mains calmes qui transtigurent...

DOMMARC (ti-és-énui)

Balthazar 1 llalthazar! mon frère Balthazar !

DOM BALTHAZAR (violent;

Je ne suis rien qu'un vent d'orage et de hasard ; Je ne suis rien qu'un haillon fou dans la tempête, Lorsque je songe à la clarté fixe et secrète. Que ton esprit, sans même le savoir, répand I Je veux que mon orgueil soit vain et soit rampant. Quand tu parais; je veux humilier mon être. Mon cœur, ma chair, mon corps; je veux les mettre. Sous tes pieds clairs, dans la poussière...

Il tombe à genoux comme égaré.

D0:M marc (voulant le relever)

Mon pauvre frère Balthazar ! . . .

DO:\I BALTHAZAR

Laisse ; le fard De ma fausse grandeur doit tomber dans la houe ; Le péché, sur sa honte et sa terreur, me cloue. Et mon âme mourrait si tu n'avais pitié.

DOM MARC

Balthazar! Balthazar! Au nom de l'amitié Qui nous unit, relève-toi et me regarde; Ne suis-je pas ton simple élève, et toi, ma garde?

DOM BALTHAZAR (se relevant)

Je voulais qu'on me vît humble et nul devant toi.

DOM >nLITIEX

L'exemple est haut et digne et sa franchise accroît Notre ferveur pour ta force droite, mon frère.

I)()M H \1.TII.\/.\R lii DoM Mii.iTii-N

Il faut avoir pitié de moi.

DOM MILITIHN

Notre prière Se souviendra...

DOM ]J.\LTHAZAR là tous)

Il faut avoir immensément pitié de moi...

Il s'éloigne, les moines restent interdits. Bientôt Dom MiLiTiEN et DûM Marc vont le rejoindre sous la tonnelle. Ils disparaissent.

THOMAS l'aiix moines qui restent occupés chacun de son travail i

Est-ce étrange? Brusquement, comme en coup de vent, en venir à ces excès! On parle, on argumente, on prouve et cet étonnant Balthazar rompt tous liens et provoque une sorte de scandale à rebours.

IDESBALD

Il est autoritaire et arrogant. Il est impétueux et sauvage. On le croit au-dessus de nous tous, et le voici plus humble, plus déjeté et plus bas que le moindre des frères convers.

Personne ne voit clair en lui.

THOMAS

Allons donc!... Tu crois?...

IDESBALI)

Il importe à la sécurité de ce cloître, que jamais ce moine n'en devienne le chef.

THO>[Ay

Qui l'en empêcherait?

IDHSBALD (vivcmcnti

J'en appelle à tous nos moines?

THOM.\S (niilleun

Oh! ils ne sont pas de sa force ni de sa taille. En sa présence, ils se tiennent cois, comme des vaincus.

ux MOixi;

C'est que l'heure d'as^ir n'est point venue.

Mais elle sonne depuis qu'il est ici! Notre prieur soutient Balthazar parce qu'il est duc et comte comme lui, comme Dom Marc, comme Dom Militien. Il le pousse à notre tète avec ses mains séniles. Voici dix ans que je le vois, que je lutte, que je travaille. Je voudrais qu'aujourd'hui, tous vous m'aidiez, et vous restez itnmobiles.

rx Moix!-:

Jamais nous n'accepterons Balthazar.

Alors défendez- vous. Quelque chose me dit que les actes vont compter.. .

Jamais Rome ne nous l'imposera.

Dom Balthazar est de lignée illustre ; Son nom donne à sa vertu haute son lustre, Il a des répondants et des aïeux.

Jadis, l'un d'eux.

Qui s'en revint Hérissé d'or et de pillage, Vers son village, Dota, de tout son bien.

Ce cloître, où la grandeur du Christ est exaltée.

ux :\ioixE C'est une ancienne histoire.

THOMAS

Il sut^t qu'on la croie vraie.

IDESBALD (rêveur)

Comme nous sommes encore, nous autres, les clercs de la roture !

Balthazar... Comte d'Argonne et duc de Rispaire...

THOMAS

Certes parmi ntuis tous, Le moins armé de prévoyance, Et de vivante et de batailleuse science. C'est lui ! Jamais il n'aperçoit les éclairs fous Qui balafrent, là-bas, au-delà des murailles De ce cloître, les vastes cieux tonnants. Il n'entend rien de la bondissante bataille, Où Dieu même semble inquiet et frissonnant; Nos quatre murs cernent pour lui le monde. Alors que l'univers entier est aujourd'hui Si rugissant, sous les soleils ou par les nuits, Que pour n'en point ouïr la révolte profonde Il faut être de roc ou bien n'exister pas!... Vivre comme jadis, en un rêve ascétique Et maintenir ce rêve intact et despotique. Contre nous tous, voilà ses seuls combats. Il est de trois cents ans venu trop tard sur terre. Un fanatisme étroit sèche son âme austère; Il ne sait rien, hors nos textes sacramentels. Mais il sera prieur, parce qu'il s'affirme tel.

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