I.E l'Rli:UR
Ce cloitre a délaissé les pratiques anciennes. Un moine, un de vos frères, me les a rappelées. Depuis que les confessions publiques sont abolies, la vit;ueur morale de notre ordre est atteinte. Il y a dix ans, sous Dom Gervais, mon maitre et mon prédécesseur, elles llorissaient encore. .Te les rétablis aujourd'hui.
Vous allez entendre la confession d'un parricide...
THOMAS (se levant tout à coup et restant debout)
D'un parricide?
J.E l'KIHUK [continuant Iroiclcmcnt)
... D'un parricide dès longtemps pardonné. Devant le monde, un aussi largeet gratuit aveu serait impossible. Mais vous êtes des moines, vous comprenez la beauté et l'héroïsme de l'aveu, vous exalterez ce que des âmes moins hautes que les vôtres, ne comprendraient pas. [A IJom Baltiiazau). Confessez-vous, mon frère.
IXI.M DALI IIAZAK (se- Icvc cl s-agL-iimiill,- sur la natte de jiaillc. au milieu du chapitrci
Je vous demande pardon à tous, d'avance, car mon crime est ancien et j'ai vécu indemne en ce cloitrc, pendant des jours et des années...
Mon père est mort, je l'ai assassiné, La tète folle et sauvage de vin Pris follement, comme un levain, Le soir, au fond d'un bouge.
Notre maison dormait. Une lumière rouge Brûlait, seule, dans l'ombre, près du lit. .Mon père était encor, quoiqu'alfaibli, Un vieillard rude et fort. Je vis sa gorge à nu Dont les veines saillaient. Son front chenu Vivait d'un éclat pâle, et sa fierté Sans défense, le défendait : je m'arrêtai... — Ahl si dans ce moment, j'avais pu voir. En un éclair, les yeux fixes du désespoir
Darder ; si cette croix (il désigne celle du mui I où s'épuisent nos bouches Avait gardé mon père et défendu sa couche. Si l'un de vous, celui qui m'est doux et ami,
A\ait, dès ce temps-là, compte parmi Ceux dont les cœurs me sont prière et llamme. Jamais le mal n'aurait ensanglanté mon âme. Jamais je n'aurais vu la mort inévitable...
l.E l'KUiUK
Il faut vous confesser plus calmement, mon fils.
DOM HALÏUAZAK
A cet instant gonflé d'avenir redoutable. Mon père ouvrit les yeux et tout à coup bondit. Terrible et droit, devant ma haine; Ma gorge était brûlante et mon haleine Semblait morte. Mon père avait saisi mon bras Et le serrait, mais sans crier, ne voulant pas Qu'on sût jamais, en quel orage.
Un nom tel que le nôtre, avait sombré. Ma rage Se ralluma, rien qu'à sentir des doigts brutaux Et secs, serrer ma chair en leur étau. Une colère fauve M'emplit; je repoussai, jusqu'à l'alcôve,
Mon [''ère, et le e'ouleau brilla Je\aiU ses veux...
Il paraissait, lui seul, être tous mes aïeux
Si grande était .sa taille et si dure .sa force.
Mes doigts cherchaient le chemin de son torse
Mais .s'égaraient. Il évitait mes coups;
Ses poings nerveux me saisissaient au cou
Et ses ongles marquaient en moi leur rouge empreinte.
Je n'eus le temps que de l'abattre en une étreinte
Suprême. Alors encor, une dernière fois,
D'un grand sursaut, il s'échappa de dessous moi
Et surgissant : « On meurt debout dans ta famille »
Me cria-i-il. Puis tout à coup, les mains tranquilles.
Sans crainte aucune et sans orgueil crispé,
II défia mon arme et je frappai.
Voilà, dans l'âpre horreur de sa toute bassesse,
Mon crime immonde et fou. Je le confesse
Tel qu'il s'est déroulé, un soir, voici dix ans.
LE PRIEUR (se levant)
Bien qu'il soit grand d'opprobre et ruisselant de sang, Notre maison entre ses murs l'étoutfe.
L'herbe mauvaise est détruite par tourtes Et se brûle dans l'or en feu du repentir. Nous allons vous juger. \'otre deuil va linir, Mon fils, — répondez donc aux questions posées.
(Silence;.
UN MOIXE (à DoM Balth.\z.\r)
\'otre haine parricide était-elle sans cause?
DOJI HALTH.-\ZAK
Mon père était sévère et j'étais fou. Il se dressait comme un obstacle : mes vices convoitaient ses biens.
UN .A.UTRE MOIXi;
Vous êtes-vous complu dans le désir de votre crime?
DO.M BALTHAZAK
Assez longtemps pour que je m'en accuse.