‹ Le cloîtreChapitre 9 sur 14 · DOM P,AI.TUA7AK · texte numérisé non relu

DOM P,AI.TUA7AK

J'ai honte de moi jusqu'au de-là de mon péché.

UX MOIXE

Si notre esprit vous condamne; notre C(t'ur vous rehausse. Votre exemple est magnifiquement chrétien.

IDHSBALD (se levant)

Magnifiquement chrétien? 11 suffit donc d'un crime pour être exalté? Il suffit donc d'assassiner pour rayonner?

DOJr MIl.ITIEX

L'aveu de Dom Balthazar est simple, il est sublime Et si jadis, quand les âmes hantaient les cimes, Un moine avait autant que lui, supplié Dieu, Tous ses frères auraient sanctifié leurs yeux A voir les feux de son péché, comme des roses Teintes de sang, monter vers les apothéoses.

IDi;SRAl.D

\'ovons le mal d'abord, l'apothéose après.

DOM MIl.ITIEX

\'raimcnt à vous entendre, on songe à quels regrets \'ous induit le devoir d'être à tous secourable. Le ton de votre voix s'atïirme inexorable Et Dieu parait absent de votre cœur, ce soir: Vous vous montrez hostile et dur. haineux et noir, Tremblant et hésitant à pardonner la faute Dont votre frère est las. \'ous ren\'oye/. cet hôte ()ul trappe au seuil de votre âme, la nuit.

IDESBALD (désignant Uom Balthazar)

Ce n'est pas moi qu'il faut juger. C'est lui.

théodi'le

L'esprit se perd au fond de tant d'abimes De misères et de perplexités !

DOM Mii.iTn:x

Le crime

Est une cprcinx- et un combat, quand l')ieu

Le transligure avec l'éclair des cieux,

Qui frappe et qui suscite en saint Paul, l'apôtre.

"Vous oubliez les miracles d'en-haut, vous autres!

Vous abdiquez, au nom des sagesses du jour,

Ce qui tut la splendeur et la force, toujours,

Des vieux cloîtres remplis de chrétienne folie.

Les demeures du Christ sont des anomalies

En ce monde, si l'héroïsme n'y est prêché

Comme règle de la \ertu et du péché.

Dom Balthazar s'est repenti. Depuis cette heure,

Il est encore plus haut. Si sa faute est majeure

Tant mieux, il revient de plus loin, il est plus fort

Aucun de nous n'aurait ainsi vaincu la mort

Ni traversé tant de déserts sur son passage;

L'exploit sacré met sa lueur sur son visage;

Le ciel choisit son crime et nous le montre à tous

Comme une marque qui prédestine.

IDKSBAI.D

C'est fou !

C'est tbul Jamais le mal n'enfla pareille audace. Dom Ikillhazar n'est plus qu'un criminel. Sa face Est sauvage de sang et nous le renions.

UN MOIXE

C'est un lépreux qui nous touche.

UX AUTRE

Notre union Devant un même autel n'est plus possible.

UX AUTRE

Dom Balthazar a pris la mort pour cible : Ses veux en sont souillés.

UX AUTRE

Faut-il avoir pitié.

Lorsque l'orgueil est de moitié Dans un aveu ?

THÉODULE (sonscurl

Le Christ en sa balance Laissera choir ce crime, avec terreur.

LE PRIEUR (debout)

Silence !

Vous n'examinez plus une conscience ; vous vous acharnez sur un homme. Cette confession que je voulais digne et profitable, aboutit aux disputes et à la haine. Dom Balthazar par sa patience et sa résignation a mérité plus que son pardon. Je veux qu'on examine uniquement sa faute. Cela seul et rien de plus.

THOMAS

Votre crime, mon frère, a-t-il été connu?

LE PRIEUR

Nous ne jugeons que le péché. Le crime relève de la justice humaine.

THOM.\S (très calme)

Votre péché a-t-il été connu, mon frère?

DOM BALTHAZAR

J'échappai aux recherches. Un vagabond fut puni

à ma place. J'eus la honte d'assister à son supplice, sans rien proclamer.

LE PRIEUR

Que les juges se trompent, il n'importe. Notre justice n'est point la leur.

IDESBALD

Pourtant, il faut e.xaminer la faute en toute son étendue.

LE PRIEUR

Le châtiment la suit, il n'en fait point partie.

IDESBALD

Alors que reste-t-il à expier?

LE PRIEUR

C'est moi qui le décide.

IDESBALD

Mais alors, pourquoi nous convoquer, nous?

LE PRIEUR

Pour VOUS illuminer, avec un grand exemple, Pour vous montrer ce qu'est vraiment une àme, où vit Et soutire et triomphe le Christ, Comme en son temple.

DOM MARC (exalté)

Il faut prier... rien que prier... toujours prier...

DOM MILITIEN

Comme il le fit jadis le Christ peut délier Les rets les plus serrés, où se débat une âme Et l'exalter vers lui, comme un bouquet de flammes. Notre frère fut un martyr...

IDESBALD

Un assassin !

Vous dis-je; un as.sassin et rien qu'un assassin !

UN MOINE (s'adressant ironiquement au Prieur)

Il en est parmi nous dont le vague dessein

Est de grandir Dom Balthazar grâce à son crime; Notre prieur lui-même est leur victime...

LE PRIEUR (tout à coup debout)

Taisez-vous tous. Je suis le maître, seul! Jusqu'au jour où mon corps serré dans mon linceul Ira se reposer sous cette croix

Il désigne la croix du mur.

Que j'ai choisie pour arme

Vous admettrez pour vrai ce que vous dit ma voix.

(On se tait).

J'atteste ici que par son cœur, que par ses larmes,

Dom Balthazar

A désormais conquis sa part

De céleste bonheur et de sûre existence,

Là-haut; que seul, par un surcroît de pénitence,

Il s'est humilié, devant vous tous; le Christ

N'exigeant plus de lui ce suprême martyre.

Or, nul de vous ne s'est levé pour dire.

Avec la joie au cœur d'être par tous compris :

» Nous ne sommes que des Chrétiens bien tristes Lorsque nous comparons nos âmes rigoristes Et tranquilles, à cette âme folle de Ciel. » J'atteste aussi : que votre cœur est lourd de fiel, Que je découvre en vous la louche inquiétude, Qu'elle fut basse et coupable, votre attitude; Que mon oreille encore subtile a entendu Vos murmures vouloir troubler la confiance, Le solide crédit, l'entière obéissance Et l'absolu respect, qui me sont dus.

(Silence total).

\"ous croyez donc miner, par la révolte habile. L'assise en pierre et fer de ma force immobile Et détourner le sens de ce qui fut écrit'/ Dites ?

Il regarde autour de lui — silence : nul ne bouge.

Moi je vous jure, ici, par Jésus-Christ! Que le pouvoir entre mes mains restera ferme Et droit, qu'il vous surplombera, jusques au terme, Où butteront mes pas lassés et vieux,

Afin que tel, après ma mort, on le retrouve...

THOJIAS

Je veux que vous sachiez qu'ici je vous approuve.

LE PRIEUR

Je n'en ai cure; il me suffit que ce soit Dieu !...

(Un long repos ; le prieur se calme peu à peu et continue).

Et maintenant dispersez-vous. Vous n'avez plus assez de calme ni de charité claire, pour comprendre et juger votre frère.

Se tournant vers Dom Balthazar

Dom Balthazar, l'usage de ce cloître exige que moi, qui présidai cette assemblée, où tant de vertu haute aurait dû s'épanouir, je vous inflige à vous la pénitence : Vous dormirez sur la dure, un mois durant. Vous direz les psaumes à minuit. Vous vivrez éloigné de l'autel pendant trois jours et n'assisterez au sacrifice saint que du haut de la tribune du chœur, derrière la grille. Accomplissez ces ordres et demeurez en paix.

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