‹ Le clos des féesChapitre 1 sur 24 · PASSAGE CHOISEUL, 2 ] - ^ I · texte numérisé non relu

PASSAGE CHOISEUL, 2 ] - ^ I

M DCCC se VIE

\j pays où les fleurs soiu toujours décoiffées. Ou le vent babillard ne parle que d'amour, c4u bord d'un fin ruisseau qui jase nuit et jour ^ Il est un coin divin, et c'est le clos des fées.

Là passe, au clair de lune, un oiselet chantant Qui tient son grand savoir d'une accorte bergère. Là^ joie et peine ont la même aile, très légère, Et les troubles du cœur n'v durent qu'un instant.

Toujours une eau courante avec de frais murmures, Et du rose et du bleu, du vert : partout des fleurs. cMllle ravons, mille parfums, mille couleurs. Toujours une musique au milieu des ramures.

Sous les pommiers nouveaux, les dames de l endroit Égrènent volontiers quelque histoire galante. Tandis qu'un papillon de forme éi incelante Uolète en leurs cheveux dores ou sur leur doigt.

Elles ont dans les veux tout le bleu de l'aurore, Sur la joue et la bouche un reflet d'églantier. Leur cœur aime à sourire et n'est pas sans quartier; Leur charme est seulement de grâce qui s'ignore.

Elles ont dans les jeux tout le soleil levant, Sur la joue et la bouche un chapelet de roses. Leur cœur s'ouvre naïf à la douceur des choses; Leur charme s'eparpilU à la galrc du vent.

Comme Vaiihe et le jour, la nuir leur rend hommage; Le rosier rouge est là comme le rosier blanc. Elles rêvent parfois sur le ruisseau coulant^ Et l'eau mélancolique emporte leur image.

iMais rien de triste et rien de lourd et rien de laid. Elles n'auront couru que la folle aventure. Leur soleil est le franc soleil de la nature; L'oiseau qui les enchante est le rossignolet.

'Des Hébreux sont venus pour leur offrir des perles^ Des gaillards que 'Rothschild avait commandites. 'Bien que leur œil s'allume à toutes les clartJs, Elles ont fait : Hou hou ! dans le dos de ces merles.

D'autres ont apporte de merveilleux onguents Qui guérissent de tout, hors du mal de la vie. ^T^il de ces pauvres gens ne leur a fait envie : Elles les ont trouves plutôt... extravagants.

Tarfois un vieux soudard leur y aile de la guerre, Et son récit charme un instant, puis il endort; Quand on a tant de gloire on devrait être mort : Vu de près, le héros parait un peu vulgaire.

T)' aucuns sur la mer grande avaient fort navigué; Ils ont en ce réduit refait leur tour du monde. éMentaicnt-ils ? Je ne sais. Teut-ètre! cA leur faconde On préféra lanlaire et tur lurette, à guél

'D'éminents avocats, vrais foudres d'éloquence, Les voyageurs partis, ont réclamé leur tour : Tant de vaine salive et pas un mot d'amour! En vérité, la chose était sans conséquence.

Et tous ces grands bavards qui mènent l'univers, CN^s rois à la minute, ont-ils plu davantage? Oh! nenni, croyez-moi. — Si morne papotage Ualair-il un bouton de rose, un joli vers ?

Souvent, quand vient le soir, les belles se lamentent : — « Que le monde est mal fait! Que les hommes sont fous! Leur visage ressemble à la feuille de houx; On dirait que nos yeux fleuris les épouvantent.

« Quel plaisir cependant de rire et folâtrer Sous l'aile de la nuit câline, au cher bocage! C^est-il donc plus de cœurs qu'on puisse mettre en cage ? Tar l'ombre des amants, c'est à désespérer ! »

Leur chevelure d'or qu'un caprice dénoue Flotte sur leur épaule, à la grâce de TDieu. Et comme un fin brouillard au-dessus d'un lac bleu Sur leur bouche voltie-e une adorable moue.

éMais qu'un brave poète au boursicot léger cArrive à travers champs ou débarque du coche, Dès qu'on l'a reconnu, vite on sonne la cloche; C'est à qui va sourire, à l'heure du berger.

cAssîs au bord de l'eau, parmi les pimprenelles, Tant quunjîl de lumière amusera les hois^ Il dira la douceur du songe d'autrefois, Véglamier toujours vert, les amours éternelles.

c4 son appel naîtront de merveilleux Jardins Oit, dans l'enchantement de Jleurs prodigieuses, Des reines d'Orient, des esclaves rieuses "Deviseront, sur l'herbe, avec les paladins.

Il dira le secret des lèvres toujours closes, Le mot divin par qui le monde est rajeuni; Sur les vagues d'argent, sur l'azur infini, Il guidera gaimenr la barque aux voiles roses.

Le printemps éternel et l'idéal été Confondront en ses chants leurs magiques haleines. De soleil et de joie il aura les mains pleines; Il sera le mensonge et la réalité.

LE CLOS DtS FEES

Sous l'amandier galant quel plaisir Je FcnrenJre TréluJer à mi-voix dans le silence ami, Tandis que, frissonnante et pàmce à demi, Tasse, en éc harpe bleue ou mauve, l'heure tendre!

Qu'en ce fol auditoire éclate un lai joyeux, Un rire jeune et frais ouvre l'aile et s'envole; Que, prive de sa blonde, un amant se désole, Une larme scintille à de bien jolis veux.

Le conteur va toujours, glorieux, comme on pense. 11 sait ce qui l'attend pour avoir bien parle. Quand la nuit passera son mantel étoile, Un féerique baiser sera sa récompense.

'BELLE É G LcA VHiT I C/^E

ELLE Eglantine se mire Au miroir de ses vingt ans, Et, naïve, elle s'admire, Toute fraîche en ce printemps.

Elle dit : - « Voici la rose, L'amourette et le souci!

Je veux qu'un baiser se pose Sur les lèvres que voici.

« Bientôt, sous le chèvrefeuille, Paraîtra mon ami Jean.

Faudra-t-il que je l'accueille?

Qu'en dis-tu, miroir d'argent?

« N'est-il pas de bonne grâce.

Hardi parmi les hardis?

Est-il vrai qu'en ses yeux passe Un reflet du Paradis?

« Oh! le brave camarade!

Quel entrain! Comme il s'entend A vous bailler une auhade!

Comme il a le cœur chantant! »

Ainsi disait Églantine.

Mais sa mère l'entendit:

— «Ah! doux Jésus! La mâtine!

Encor ce caquet maudit!

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