‹ Le clos des féesChapitre 20 sur 24 · PAYSAGE BRESSAN I4I · texte numérisé non relu

PAYSAGE BRESSAN I4I

Un souffle de jeunesse a rafraîchi la plaine. La rivière et les bois murmurent tendrement. On croirait voir passer sur cet enchantement Comme une vaporeuse et fugitive haleine.

La campagne et le ciel ont mêlé leurs couleurs. Tous deux chantent le jour et l'amour et la Bresse. O joie, ô délivrance, ô rêves d'allégresse! Je n'aperçois au loin que de l'or et des fleurs!

CH&l^SO^

V^y UAND vient le mois chantant

Où tout se renouvelle,

Les filles à la Veyle

S'en vont, tambour battant.

Elles vont à la pêche, A la pêche au garçon.

En guise d'hameçon Elles ont leur peau fraîche.

Sur l'eau calme qui dort La troupe danse, danse; Voilà qu'en abondance Le menu fretin sort.

Et puis, gras et prospères.

Arrivent les brochets :

Ah! ah! Gare aux crochets!

Un coup : c'est fait, compères.

— « Au diable le filet!

Mon cœur s'est laissé prendre.

Fillette, il faut se rendre :

Prends-moi donc pour valet.

« Adieu le bois sauvage, Adieu la fleur d'oubli Qu'on cueille au mois joli :

Mon cœur est en servage. »

N'est-ce pas enrageant D'entendre la follette:

— « Ah! ma jolie ablette!

Mon beau poisson d'argent!

« Je ris; ça Témoustille :

Il sait ce qu'il me doit.

Dès que je lève un doigt, Voyez comme il frétille!

« Il fera mille tours

A mon gré, dans l'eau claire;

S'il réussit à plaire

Il aura mes amours ! »

ENCHANTEMENT . I4f

E^CHcAU^TEéME^r

A nuit délicieuse a jeté sur la terre, Comme un gage de paix, son bouquet enchanté. Le ciel immense semble une mer de clarté Qiie sillonne, sans bruit, la flotte du mystère.

On dirait que le monde a soudain rajeuni, Qu'au pays du bonheur il vogue à pleines voiles. Suivons, d'un pas léger, dans le bleu des étoiles, La passerelle d'or qui mène à l'inlini.

146 LECLOSDESFÉES

O jardin du mystique oubii, verger des âmes, Silencieux abri du pur enchantement, N'avez-vous pas en vous un secret talisman Pour endormir nos cœurs et consumer nos flammes?

Tranquille paradis des suprêmes ardeurs, Sombres forêts où flotte un éternel sourire, Prêtez votre lumière à celui qui désire, A celui qui regrette ouvrez vos profondeurs.

Clairières du repos, dites au vent qui passe D'éteindre son haleine et d'alanguir son vol; Frais buissons qu'illumine un chant de rossignol, Effeuillez lentement vos roses dans l'espace.

Sources qui murmurez aux féeriques valions. Fleurissez-vous de lune et de feuillage tendre; Musiques qu'on devine avant de les entendre, Accordez la viole avec les violons.

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