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A UNE MORTE

o4 UCNiE mOT^JE

toi qui m'as fait mal et tant de mal, toi blonde Et rose et fraîche et si charmante, toi l'amour, Apparition d'or dans le tomber du jour, Évanouie, hélas! sur la mer do ce monde,

Au parterre où mon cœur revient s'ensoleiller Tu m'apparais à l'heure où la brume se lève. Mais vais-je sans pitié troubler ton dernier rêve? Puisque tu veux dormir, pourquoi te réveiller?

Tu n'étais pas la femme enveloppante et douce Qu'il m'aurait tant fallu trouver à mon déclin; Tes mains de pur orgueil n'ont pas filé le lin; Tu n'étais pas le nid qui chante sur la mousse.

Oui; mais ta bouche rose et fraîche, et tes cheveux,

Tes cheveux envolés aux brises de l'aurore!

A ce lac transparent mon àme boit encore,

Et c'est toi que j'implore, et c'est toi que je veux!

Ah! tout de même, ah! tout de même! Que le monde Raille et plaisante et se démène autour de nous! Ne dois-je pas toujours rester à tes genoux. Puisque tu fus jolie et puisque tu fus blonde?

il r c'est donc vrai, bien vrai, que la vie est un rêve, Que le jour va finir comme un cerf aux abois Qui plonge dans l'eau morne où la lune se lève !

'Belles de mon désir . nous n'irons plus au bois.

J'ai laisse s'envoler le papillon féerique :

La cendre de l'amour me reste au bout des doi^^ts.

l66 LECLOSDESFÉES

Ou sont les douces fleurs de V enclos chimérique, Qu'éveille, à chaque aurore, un oiselet, venu De quelque aventureuse et folâtre oimérique ?

Qu'a-t-on fait du parterre où mon cœur ingénu S'épanouit au bleu d'une aube étincelame ? Les roses, Vautre jour, ne m'ont pas reconnu.

Et par delà les flots que le soir ensanglante J'entrevois, dans la brume, à l'hor l'on fermé, Les murs désespérés de la cité dolente.

c4h! si le chant divin qui m'avait tant charmé tN^estplus qu'un refrain mort dont l'écho se prolonge, S'il ne me reste rien que d'avoir trop aimé.

Les yeux riants encor de la douceur du songe, Je saluerai d'un cœur humble et reconnaissant Tout ce qui m'a leurré de son Joli mensonge.

Quel éclat de jeunesse a le matin naissant!

Que de gaitc sur l'eau, quelle paix sur la plaine!

zMe voici, pour une heure, à peine adolescent ;

J'ai vingt ans, moins encor,]e chante à perdre haleine; La nature s'entr'ouvre à mes regards surpris; "Je voudrais bien cueillir un brin de marjolaine.

0 prés couverts de boutons d\v, toujours jleuris, C^étes-vous pas l'endroit tranquille oii l'on se pâme? Uous m'aimiei, Je le sais, et Je vous ai compris.

'Bois que dore le Jour et que le soir enjlamme,

'Bois feuillus où le songe est seul à s'abriter,

TJous m'ave\fait une âme un peu sœur de votre âme.

T{uisseaux de bel argent qu'on ne saurait quitter. J'ai goûté longuement votre fraîcheur exquise, Et vous m'avei donné la force de chanter!

l68 LECLOSDESFÉES

zMomagnes dans l'azur que le soleil irise, 1)ous m'ave^ dit des îiiors que je n'oublierai pas : Je les entends toujours frissonner dans la brise.

Tèlerin du bonheur. J'ai suivi, pas à pas. Le sonore sentier des rondes enfantines; Un lambeau de moi-même est demeuré là-bas.

Sur la colline d'or J'ai célèbre matines; En vain la froide brise a soujflé contre moi : J'ai toujours à la main mon bouquet d'églantines.

Vous qui m'avc~ troublé d'un indicible émoi. Femmes, la récompense et le rachat du monde, Leve^-vous, leve-^-vous dans le bosquet du roi!

Vous êtes, on l'a dit. perfides comme l'onde! Quelqu'une de vos sœurs m'a beaucoup fait pleurer, iMais j'ai tout pardonné, parce quelle était blonde.

Uotre bouche est l'œiller qu'il nous faut respirer, Uos veux sont le miroir qui prend les alouettes. El, quand on vous regarde^ on ne peur qu'adorer.

C'est vous le clair verger semé de violettes. Le jardin de la rose et le château du fol; Uous, l'encens lumineux qui sort des cassolettes.

Et vous êtes aussi l'arbre du rossignol,

La geôle blanche oit le captif bcnit ses chaînes.

Le pic resplendissant d'où l'aigle prend son vol.

Un peu de votre grâce erre sur les fontaines ; En vous est tout le bleu qui se balance au vent Et toute la fraîcheur de l'ombre sous les chênes.

Qu'importe qu'un nuage ait voile trop souvent

L' idéale clarté de votre face aimante.

Que vos noms soient écrits sur le sable mouvant?

lyO LECLOSDESFÉES

Quand le calme renaît, qu importe la tourmente ?

Si le calice est beau, qu'importe le poison ?

Qu importe la couleuvre autour de F eau dormante ?

Vos philtres, J'en ai peur, font perdre la raison; Et vous mettei aux fers quiconque vous supplie, SMais un soleil de <iMai caresse la prison.

Vous connaisse^ le mot qui lie et qui délie; Vous évoquei la joie et le deuil tour à tour. Votre rire est cousin de la mélancolie.

Vous êtes le lever et le coucher du jour.

Si hardi qu'on le dise, il n'est cœur qui ne tremble

T)ès qu'a souJJJc sur lui l'irrésistible amour.

Votre tendresse est si fragile! Elle ressemble

cA ces rêves de pourpre, e'clos du firmament.

Qu éparpille l'cAurore et que la C\uit rassemble.

Oh! comment échapper à V ensorcellement?

Fût-ce l'iipre chasseur, qui ne rendrait les armes Quand vos bras à son cou s'enlacent gentiment ?

tN^pire douleur se fond dans le miel de vos charmes;

Vous nous déchire^ l'âme avec tranquillité^

Et puis, d'un doigt léger, vous essuyei nos larmes.

Le serpent sous les jleurs ? — Qu'importe, en vérité! Endormeuses de nos chagrins, je vous rends grâce "D'être l'illusion et d'être la beauté :

Vous gardei en vos mains l'espoir que rien ne lasse;

L'hirondelle céleste a parmi vous son nid;

Votre parfum demeure en ce monde oîi tout passe.

Trovidence du faible et force du banni, Vous n'êtes déjà plus tout à fait de la terre, Tuisque vos yeux divins rejUtent l'infini.

Érincele- toujours aux portes du mystère : FLvnnies du crépuscule ou lueurs du matin, 'Brillei discrètement sur le cœur solitaire.

Courei, sources d'eau vive et qu embaume le thym, T{afraichissei nos fronts, apaise-^ nos pensées, T{éconciliei-nous avec notre destin.

Qu'en strophes de désir, ardemment cadencées, c4 celles qui leur souriront nos meilleurs vers S'en aillent, comme autant de colombes blessées!

Les deux, tant que vous nous reste^, sont entr' ouverts . Sœurs, soyei à jamais la parure éclatante T)e ce mélancolique et fantasque Univers!

Univers anxieux, sans cesse dans l'attente, Univers trouble, infortuné, toujours changeant. Univers sans repos et que rien ne contente ;

Univers pacifique, univers indulgent, Univers vêtu d'or, d'azur pâle et de soie, Univers magnifique et couronne d'argent;

Dans le rose de l'aube ou midi qui flamboie, J'ai longtemps enivre mes yeux de tes couleurs; y ai partagé ta peine et j'ai connu ta joie!

Une eau délicieuse est au bord de tes fleurs; J'ai tressailli souvent de ta verte allégresse; J'ai porté, sans fléchir, le poids de tes douleurs.

0 source de lumière, à face enchanteresse,

T^garde-nous passer, fût-ce un peu tristement,

Et, pour mieux resplendir, emplis-toi de tendresse!

Suspends encor l'amante aux lèvres de l'amant!

Toi qui restes, souris à qui va disparaître!

Hélas! pour t' implorer, nous n'avons qu'un moment.

Er vous, formes sans nombre où j'ai noyé mon erre, oidieii! vous par qui j'ai vécu, souffert aussi. Tourbillonnei sans moi dans la forer du zMairre :

J'emporre vorre image er je vous dis : « zMerci! »

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