LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET G
BDS PIBKKI-SAaRAXin, H* 14
Droit d« teadttolion r^wvtf
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Il 7 a sur la côte de Normandie, entre Honfleur et l'embouchure de TOrne, un grand nombre de jolis villages qui tirent leur subsistance aussi bien de rOcéan que de la terre. On pourrait les appeler des villages amphibies. Tandis que Tune de leurs extrémités est voisine de la mer, l'autre se perd sous l'ombrage des vergers. Tels sont Trouville, Touques, Villers, Beuzeval, Dives, Cabourg, Varaville, Sallenelles et quelques autres, où la charrue travaille fraternellement à côté du filet. Il ne faudrait pas chercher dans ces bourgades peuplées de gens de mer et de paysans un alignement correct, de belles habitations ou des monuments curieux,
bien que çà et là une église d'une architecture robuste ou quelque tour à demi ruinée* rappelle le siècle de Guillaume le Bâtard, dont le souvenir est partout dans le pays ; mais les maisons en sont propres et coquettes, avec leur parure de rosiers blancs. Des jardins tapissés d'horbes et tout remplis d'arbres fruitiers leur font une ceinture ; des prés s'étendent tout à l'entour, fermés de haies vives par-dessus lesquelles passent les têtes paisibles de gros bœufs qui ruminent ; et derrière la dune voisine, si l'on prête l'oreille, on entend bien vite le bruit éternel de la mer qui monte et descend.' Des baigneurs venus de la province ou de Paris fréquentent ces villages 'en été et les troublent d'ime vie factice qui finit avec le mois de septembre. Les hôtes de la belle saison partis, les travaux de la campagne et la pêche occupent tous les bras; on lire les verrous des belles chambres qu'ils ont habitées, et il ne reste plus trace de leur séjour.
A l'époque où commence ce récit, on voyait à une portée de fusil de Varaville, du côté de Cabourg, une maison à demi cachée sous de grands arbres et protégée de tous côtés par une haie au travers de laquelle poules et poussins passaient bien un peu. Le Clos-Pommier tirait son nom d'un gros pommier qui s'élevait en face de la porte,
et qui était bien le plus beau qu'on pût 7oir dans le pays. Au temps des pommes, il portait plus de fruits que de feuilles. Tous les enfants de Varaville le savaient, et ne se gênaient pas pour lui rendre visite. Une vache paissait dans un coin, et derrière la maison, du côté du midi, quelques ruches dressaient leurs cônes odorants le long d'un petit mur. La maison et Tenclos, qui pouvait bien avoir un arpent en tout, appartenaient au père Glam, qui était bien le plus honnête homme de la contrée, et qui vivait là tranquillement entre son fusil et sa fille.
Le père Glam avait alors la cinquantaine ; mais de telles rides s'entremêlaient sur son visage, qu'on aurait pu hardiment lui donner soixante ans et plus. Sa fille Catherine en avait vingt-deux. On ne connaissait pas à dix Ueues à la ronde de meilleur ménage. Le père ne grondait sa fille que pour l'arracher du travail, où il l'accusait de s'oublier trop souvent, et Catherine n'avait de démêlés avec son père que lorsqu'il s'agissait de commander au cordonnier du village une paire de souliers neufs, ou d'acheter chez le marchand une bonne pièce de gros drap pour faire un vêtement dont il prétendait n'avoir jamais besoin. « La belle avance, disait-il, quand tu auras perdu tes deux yeux pour gagner dix sous de plus dont nous n'a-
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vons que faire ! Laisse là cette dentelle après laquelle tu t'acharnes, et, si tu as quelques écus de trop, au lieu de payer ce drap qui ne m'est bon à rien, prends pour toi un fichu de soie ou quelque bonnet ! »
Il était rare que de semblables discussions ne se renouvelassent pas chaque semaine, tantôt sur un sujet, tantôt sur un autre : la tendresse en faisait le fond.
Diverses circonstances avaient contraint le père Glam, qu'on avait connu fort aisé, à rechercher les fonctions de garde champêtre, qu'il remplissait avec un grand zèle, et dont les maigres émoluments liii venaient en aide.
Autrefois le vieux garde, qui de son petit nom s'appelait Guillaume, nom réduit par la contraction et la coutume à la syllabe unique de Glam, avait eu un bien honnête, qui longtemps lui avait permis de vivre avec une certaine largesse dans une contrée où les denrées de première nécessité sont encore à bas prix. Ce bien lui venait d'un père qui avait travaillé jusqu'à soixantequinze ans et mis sou sur sou. Vétérinaire de son état, sec comme une ficelle et âpre au gain, le vieil Antoine était mort sur. le champ de bataille, en saignant un taureau. On trouva, outre le Clos- Pommier et d'autres petits immeubles, deux ti-
roirs et un vieux baril pleins d'écus dont Guillaume hérila. Ce Guillaume avait reçu une sorte d'éducation première dans une école de Lisieux; mais ses études étaient à peine ébauchées, que le vétérinaire prit son fils avec lui et le fit travailler rudement. On sait le proverbe qui donne à père avare un fils prodigue; ce dicton ne fut pas contredit , tant s'en faut, par Guillaume : non pas qu'il eût aucun vice ou quelque besoin inné de dépenses et de luxe ; mais autant le père cadenassait \es sacs de cuir où il enfermait ses recettes, autant le fils les ouvrait. Le pauvre garçon ne savait pas résister à une demande. Il était, pQur tout dire en un mot, de ces bonnes pâtes d'homme à qui la vue des souffrances d'autrui fait mal.
Lorsque le vieil Antoine mourut subitement, Guillaume était marié depuis huit ou dix ans déjà; Catherine, alors toute petite, allait à l'école gaillardement et lisait couramment dans tous les livres. Son père l'envoya à Lisieux dans un pensionnat de jeunes demoiselles, où elle apprit avec assez de facilité les belles choses qu'on lui enseignait. Mais son cœur ni son esprit n'étaient là. Tandis qu'on lui faisait poser les doigts sur les touches d'un -piano ou qu'elle récitait sa leçon d'anglais, elle pensait aux beaux pommiers
du clos et aux belles pommes qu'on y voyait; elle entendait le bruit de la mer déferlant sur la plage et les cris joyeux de ses petits camarades courant dans les prés. Elle était née aux champs et les aimait. La robe de soie qu'on lui mettait le dimanche la gênait; mais, s'il s'agissait de coudre une layette pour un petit enfant venu au monde dans un grenier, elle s'improvisait lingère, groupait les pensionnaires autour de ses mains brunes et tirait l'aiguille sans relâche. Catherine avait quatorze ans quand sa mère mourut; elle montra à son père une affection si tendre et sut si bien gouverner la maison, qu'il n'eut pas le courage de la renvoyer. Elle vit son hésitation dans ses yeux, ne lui laissa pas le temps de s'expliquer, lui sauta au cou, et devint en un jour la ménagère du Clos- Pommier. Le lendemain, elle avait des sabots aux pieds et portait une robe de grosse toile.
La petite fortune du père Glam avait reçu déjà maints accrocs. On la voyait s'en aller brin à brin comme tombent les pierres d'une tour battue en brèche. Les ennemis du pauvre homme étaient ses connaissances, ses parents , en un mot ses amis. Ds avaient tous la main tendue, et tous avaient obtenu quelque chose sur l'héritage : l'un pour prendre à bail une métairie, un autre pour acheter une part de bateau, un autre encore pour lever bou-
tique. Deux herbages, une petite maison qu'il avait à Troarn et un bout de bois, avaient disparu pièce à pièce pour suffire à ces libéralités. Leur ruine presque achevée, Catherine, qui avait appris à broder à son pensionnat et qui étail; de beaucoup la plu& habile au travail des mains, se mit dès lors à faire de la dentelle. Elle excella bientôt dans ce genre d'ouvrage, et y trouva de précieuses ressources pour les temps mauvais. L'héritage perdu aux trois quarts, le père Glam rechercha et obtint le modeste emploi de garde de la commune. Le temps qu'il n'employait pas à faire des tournées dans la campagne, il l'occupait à des travaux de jardinage ou à la pèche, dans laquelle il était très-adroit. Quand la rigueur du temps ne permettait pas de biner et de sarcler ou de tendre des lignes, il trouvait encore moyen de travailler. On pouvait dire du vieux garde qu'il faisait un peu de tout, honnêtement, pour gagner sa vie.
Catherine, de son côté, vaquait aux soins du petit ménage. Quand toute chose était en ordre, la vache bien enfoncée dans l'herbe, la maison essuyée du haut en bas, le linge plié dans l'armoire de noyer et la marmite sur le feu, Catherine s'asseyait au coin de la fenêtre, et bientôt ses doigts agiles faisaient voler les bobines sur le coussinet de serge verte.
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Avec ces ressources et une économie que rien ne surprenait en défaut, deux personnes qui avaient un toit pouvaient encore vivre dans une aisance relative. Le malheur était que le père Glam ne pouvait se guérir de ce défaut que tant d'autres n*ont pas. Quand sa fille, qui avait le cœur plus solide, lui reprochait doucement cette faiblesse, à laquelle elle aurait voulu plus de règle et de mesure, il avait mille bonnes raisons pour se défendre. Catherine l'écoutait en souriant et Fembrassait. « Quel malheur, disait-elle, que vous ne soyez pas roi de France I
— Eh !*non, répondait le père Glam, je mettrais mon royaume en gage pour tirer mes sujets de peine. »
Un des voisins du garde, tout à la fois adjoint au maire de Yaraville et Tun des habitants les plus riches du pays, le père Hennebaut, disait en riant de lui que, s'il n'avait plus qu'un morceau de pain, il trouverait encore moyen de le donner. « n est si bête ! » ajoulait-il.
Au mois d'octobre 18..., il y avait à peu près sept ou huit ans que le père Glam était veuf. Il avait eu de sa femme trois enfants : une petite fille morte au berceau, un fils nommé Pulgence , qui était né matelot comme d'autres naissent poëtes, et Catherine, qui était la plus jeune. Pulgence, em-
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barque dès Fâge de onze ans, avait déjà fait deux ou trois fois le tour du monde lorsqu'il périt sur les côtes du Mexique, à la suite de blessures qu'il reçut à la tête en essayant de porter secours à des marins jetés par une tempête sur des récifs. Le père Glam ne s'était jamais consolé de cette mort. On aurait pu dire que Fulgence vivait en esprit à côté de lui. Un compatriote du pauvre matelot, appelé Jean Simon, avait rapporté à son père la vareuse et la chemise de laine de Fulgence, son pantalon de grosse toile et une ceinture qu'il avait autour du corps au moment où il s'était jeté à l'eau. De tous ces objets , auxquels il avait ajouté le fusil et la vieille carnassière dont Fulgence se servait quand il était à terre, un chapeau de paille qu'il portait la veille du jour où il s'était embarqué pour la dernière fois et une cravate de soie noire piquée d'une épingle d'argent qu'il avait oubliée, le père Glam avait composé une sorte de reliquaire ou de trophée pieux qu'il tenait enfermé dans une lon« gue caisse couchée en travers du berceau dans lequel les trois enfants avaient dormi tour à tour. Seul il avait la clef de cette caisse ; quelquefois il la prêtait à Catherine. La semaine ne se passait jamais sans qu'il l'ouvrît pour en déployer les vêtements grossiers-, regarder les déchirures faites par le rocher sur la rude étoffe, manier le fusil et
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tourner la cravate autour de ses doigts. Bien souvent il suspendait le tout à un clou, s'asseyait devant, allumait sa pipe et tombait dans une profonde et silencieuse rêverie, dont Catherine avait grand'peine à le tirer. Quand elle rentrait un peu tard, le dimanche, après une promenade, elle était sûre de le trouver immobile, la pipe éteinte, les bras ballants et les yeux pleins de larmes, perdu dans une muette contemplation. Elle rangeait tout; il la laissait faire, et, cpiand le couvercle de la caisse était refermé , il suivait Catherine tout pensif.
« Pauvre enfant!.... il y a des jours où tu lui ressembles , » disait-il quelquefois.
Cette sorte d'adoration qu'il avait pour Fulgence s'expliquait par difiérents motifs. D'abord une cruelle maladie avait failli le lui enlever dès la plus tendre enfance ; une autre fois on avait tiré l'enfant de la Dives au moment où il ne donnait plus signe de vie , et il était en outre le portrait frappant de sa mère, que le père Glam avait aimée de toutes les forces de son cœur, et il crut la perdre encore en perdant Fulgence, qui mourut deux ans après elle. Le pauvre matelot était alors à bord d'un navire de l'État. Quand l'acte de décès tut expédié au père Glam , on put croire qu'il n'y survivrait pas;. Catherine le sauva. Le premier et
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long accès passé, le vieux garde inclina sa tèle sur le front de sa fille et l'embrassa.
« Dieu me punit de Tavoir trop aimé , dit-il ; à présent tu es toute ma famille I »
Catherine le comprit et se dévoua tout entière à lui, remplaçant du même coup tout ce qu'il avait perdu, avec une sollicitude et une vaillance que rien plus tard ne démentit. Un instinct secret l'avait de plus avertie que la bonté facile de son père amènerait un jour une crise dans leur existence , et elle s'y préparait de longue main, comme un soldat qui apprête ses armes aux premiers bruits lointains du tambour.
Quand le père Glam rencontrait Simon, qui était rentré au pays, sa plus grande distraction était de l'amener chez lui et de le retenir à dîner pour lui faire raconter l'histoire de ce terrible naufrage où Fulgence avait péri. Si la pluie tombait à flots ou si le vent du nord soufflait avec de longs gémissements, il faisait apporter un pot de cidre, priait Catherine de préparer un lit pour Jean Simon, et cette nuit-là on parlait de Fulgence, jusqu'à ce que Catherine éteignit le feu et soufflât la chandelle.
Un soir, vers le milieu du mois d'octobre, le père (Grlam rentrait au logis le fusil sur l'épaule; il suivait la plage d'un pas lourd, et traînant un peu
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la jambe gauche, ce qui aurait pu faire croire qu'il était boiteux, si on n'avait su que c'était une sorte de tic dont il avait contracté l'habitude. Une de ces grandes mouettes, que les habitants des côtes appellent des margats^ passa au-dessus de sa tête à bonne portée. Le père Glam leva les yeux en voyant son ombre fuir sur le sable. «Bon! dit-il, tu devines que je ne suis pas en humeur de tirer aujourd'hui. . . Va donc ! » Il regarda du côté de la mer ; le soleil se couchait dans un ciel enflammé. « Hum ! reprit-il, il ventera cette nuit.... voilà déjà le flot qui crie... Je voudrais bien rencontrer Simon. »
A la porte du Clos-Pommier, il aperçut sa fille qui travaillait.
« Toujours à Touvrage! dit-il d'un ton bourru.
— Je profitais des dernières lueurs du jour , répondit Catherine; si je rends cette dentelle avant la fin de la semaine, j'aurai une voilette à faire ; ça me vaudra bien cinquante francs.
— Oh ! je ne suis pas en peine : après ceci , cela, et après cela autre chose.»
Catherine regarda son père.
< Vous avez quelque chose dans l'air du visage..,. Qu'est-ce î reprit-elle.
— Il y a que je viens de dresser procès-verbal contre la mère Doisy, dit le père Glam en frappant le gazon de la crosse de son fusil.... et cela
parce qae sa vache a mangé deux poignées d'herbes dans le pré du père Hennebaut.
— Ah ! c'est lui qui l'a voulu.
— Eh ! qui veux -tu que ce soit ? Je l'avais bien vue du coin de l'œil, la pauvre béte ; mais je passais en sifflant, quand le père Hennebaut m'a appelé. C'est mon adjoint, il m'a fallu répondre. La mère Doisy n'est pas riche, tous les malheurs sont sur sa maison cette année : le mari ne pourra jamais payer l'amende. Elle s'est mise à pleurer, ça m'a remué, et voilà pourquoije n'apporte rien. La vache a sauvé la vie à un imbécile de margat qui était au bout de mon fusil. >
Catherine réfléchit une minute, tout en serrant ses bobines.
« Si vous voulez, reprit-elle, j'irai voir demain le fils de M. Hennebaut...
— Pacôme !
— n ne me revient pas, mais il m'accueille toujours bien... Je lui demanderai la grâce de la mère Doisy, et il me l'accordera peut-être. »
Le père Glam hocha la tète.
< Lui ? Si le père est comme une lime, le fils est comme un rabot! »
n suivit sa fille dans la maison et reprit, tandis qu'elle dressait leur petit couvert :
« Le père Hennebaut m'a demandé , pendant
que j'achevais de rédiger ce maudit procès-verbal, quand tu comptais te marier.
— Et.vous avez répondu?
— Que je n'en savais rien. «Père Glam, » a-t-il repris, « vous avez tort; la Catherine court sur ses « vingt-deux ans et vous devenez vieux tout dou- « cernent.... II ne faudrait pas la faisser seule. » Il m'a semblé que le père Hennebaut avait raison.
— Bah ! j'ai le temps.
— Ga te regarde.... De mon temps , à moi, les amoureux étaient plus pressés. »
Vers huit heures, le vent se mit à souffler avec violence. Le père Glam regarda par la fenêtre.
« Et ce Simon qui ne vient pas, dit-il... Nous aurions pu causer. »
n se tourna vers Catherine.
« Quel vent! reprit-il; ce doit être comme ça qu'il souffle au Mexique. »
Le père Glam ferma la fenêtre, passa dans la chambre, ouvrit la fameuse caisse et en tira les vêtements de Fulgence, encore tout imprégnés de cette odeur saline que gardent si longtemps les étoffes de laine trempées dans l'eau de mer.
« Quels trous ! » murmura-t-il en déployant la chemise.
Après minuit, quand il fut las de regarder dans la grande caisse, il entra dans la chambre de Ca-
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therine pour voir si elle dormait. Elle était assise auprès d'une lampe et travaillait, c Encore debout, dit-il, à cette heure ?
— Étes-Yous donc couché, mon père? Quand je TOUS sais ayeç Simon, je puis dormir... Mais yous éfiez seul avec Fulgence, et j'ai eu peur.
— Ah! dit le père, je n'en guérirai jamais... Il me semble toujours que c'est hier!...»
Il embrassa Catherine et se retira chez lui; il avait encore la cravate de Fulgence roulée autour de sa main.
Le lendemain, au point du jour, Catherine se dirigea vers la maison du père Hennebaut. Gétait Tune des plus belles et des plus considérables du village. Située de l'autre côté de VaraviUe et dans la campagne, on la distinguait de loin à ses murailles recrépies à la chaux et à une nuée de pigeons qui volaient autour du toit. L'enclos qui ferme toutes les métairies, dans le Calvados, était vaste, tout semé de beaux arbres, avec des étables pour les bestiaux, un colombier, des granges et des remises. Un grand air d'abondance se voyait partout, et tout, jusqu'aux dindons, qui, en compagnie d'une bande d'oies, se promenaient majestueusement , avait une apparence de contentement plantureux.
Un homme tout rond, à face vermeille, avec des favoris en collier grisonnants et de petits anneaux d'or passés dans les oreilles, était debout
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deyant la porte, regardant de tous côtés à la fois, n aperçut la fille du père Glatn et ne bougea pas.
« Ah! le père Hennebaut! » dit Catherine.
Elle s'avança et le salua.
« Tiens ! c'est vous, la belle? dit le père Hennebaut en feignant la surprise. Qui vous amène de si bon matin ?... Notre garde serait-il malade?
— Point, Dieu merci !
— C'est qu'il ne faudrait pas vous gêner, s'il avait quelque chose. Entre voisins, on s'aide, et les Hennebaut sont tout à lui. »
Catherine regarda le père Hennebaut en souriant.
« Autant que ça ! » dit-elle.
Le père Hennebaut secoua les cendres de sa pipe et cligna de l'œil.
« Vous savez, autant qu'on peut, reprit-il.
— Eh bien, ça m'aidera à vous demander la grâce de cette pauvre mère Doisy, dont la vache a mangé une poignée d'herbe* sur un bout de pré à vous.
— Un bout de pré ! une poignée d'herbe ! Que dites-vous donc là ? La vache a piétiné partout et m'a saccagé l'herbage que c'est une pitié ! Est-ce qu'elle ne mordait pas à même la haie? U y a bien pour dix écus de dégâts.
— Dix écus, soit ; c'est beaucoup pour les Doisy
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qui sont pauvres, ce n'est rien pour les Hennébaut.
— Certainement, dit l'adjoint en passant la main sur son menton rasé de frais, nous avons un peu de bien; mais, sapristi! nous le devons à notre travail, et ce n'est pas une raison pour que chacun nous tonde la laine sur le dos. »
Catherine pensa à part eUe que, s'il y avait beaucoup de laine, on ne tondait guère.
•c C'est possible, reprit-elle ; mais rethrez le procès-verbal, et la vache n'y reviendra plus.
— Non ! non ! il faut un exemple ; c'est la quatrième fois que je fais grâce aux délinquants ; la mère Doisy payera pour tous. »
' Le père Hennebaut mentait de quatre fois au moins ; Catherine le savait, mais n'en voulait rien dire, de peur de gâter sa cause déjà si compromise. Elle ne remuait pas, regardant de tous côtés et ne sachant quoi ajouter, lorsque la porte du clos cria sur ses gonds : » Ah ! Pacôme ! » dit Catherincr qui devint toute rouge sans savoir pourquoi.
Pacôme tenait un fouet à la main et poussait devant lui deux grands bœufs fauves qui squfOaient bruyamment. C'était un grand jeune homme d'un blond tirant sur le roux, vigoureux, bien campé sur de solides jambes, haut en couleur comme son
20 LE GLOS-POMlflER.
. père, et- présentant l'image de la force et de la santé.
Le père Hennebant ôta la pipe de sa bouche pour regarder son fils avec complaisance.
« Hein! quel gars! » dit-il à Catherine.
Le gars (le père Hennebaut prononçait gàs) était certainement un homme que bien des filles du pays regardaient du coin de Fceil ; mais il y avait dans ses yeux d'un bleu gris quelque chose de dur et de perçant qui n'annonçait pas une âme tendre.
« Tiens! la Catherine! dit-il d'un air joyeux, en montrant deux rangées de dents blanches et luisantes.
— Oui, la Catherine, répondit lestement la fîlle du père Glam, la Catherine qui compte bien que le fils lui accordera ce que le père a refusé tout net et rondement.
— Qu'est-ce? » demanda Pacôme en prenant la main de Catherine avec un certain empressement.
La main prise, Catherine regarda Pacôme et ne trouva plus un mot à dire. Elle était rouge, et le cœur lui battait. Ce moment qu'elle attendait pour parler lui faisait peur. Elle pensait que Pacôme en colère devait être terrible ; elle avait des envies de s'échapper en courant.
LE GLOS-POHHIER. 2i
« Eh bien? » reprit Pacôme.
Le père Hennebaut haussa les épaules.
« La Catherine comprend que tu répondras comme moi, dit-il; c'est de la mëré Doisy et de sa vache qu'il s'agit : elle veut que nous retirions l'amende.
— Est-ce cela et rien de plus? dit PacAme.
— Rien, répliqua Catherine.
— Tenez-vous tranquille, le procès-verbal sera déchiré.
— Y penses-tu? s'écria le père Hennebaut.
— Oi^i, père, et la Catherine est libre d'en informer la mère Doisy, mais pas avant d'avoir déjeuné avec nous. »
Après ce que Pacôme avait fait , il n'y avait pas moyen de refuser. Catherine suivit donc le jeune fermier, derrière lequel le père Hennebaut marchait en grondant.
« Une amende de dix écus! répétait-il à chaque pas. Qu'a-t-il donc aujourd'hui? «
Il regarda les deux bœufs fauves amenés par son ffls.
« Ah ! pensa-t-il tout à coup, il aura fait une bonne affidre. »
Cette idée rassura le père Hennebaut, qui s'assit plus gaiement à table. Bien qu'elle eût réussi et qu'elle eût le cœur allègre, Catherine mangea
peu. Quelque chose l'embarrassait à côté de Pacôme, qu'elle n'avait jamais comiu si facile, et qui gourmandait la servante parce qu'à son gré cette fille n'était pas assez empressée à la servir.
Lorsque Catherine se leva pour partir, PacAme voulut la retenir.
■ Non, dit-elle, mon ouvrage m'attend; et ne faut-il pas ensuite que j'aille porter la bonne nouvelle àia mère Doisy?... Elle viendra bien vite vous remercier.
— Qu'elle s'arrête donc an Clos-Pommier; ce que j'en fais, c'est pour vous, ■ répondit Facdme sèchement.
'Sa voix était si rude que Catberhie en tressaillit; il lui semblait que la grâce qu'il faisait en perdait tout son charme.
< Bien, dit-elle; cependant nous serons deux à nous en souvenir. ■
Elle pressa le pas. Pacôme la reconduisit jusqu'à la porte de l'enclos e1 la regarda marcher.
« Heînl dit-il à son père, est-elle lestel On dirait une perdrix dans un chaume.
— Oui, répondit le père Hennebaut qui ne la regardait pas. Çà, maintenant que nous sommes seuls, dis-moi ce que tu as fait. J'ai bien examiné les bœufs sans en avoir l'air; ils sont beaux et déjà gras. Les as-tu payés cherî
— Non ; sur ces deux bètes-là nous gagnerons bien cent écus.
— J'en étais sûr.... Ça m'expHque à présent pourquoi tu as refais Tamende. Du même coup as-tu Yu la fille du bonhomme Girard 7
— Je l'ai vue. ^
— C'est un beau brin de fille ; elle aura bien un jour trente mille écus de bannes terres , sans compter l'argent comptant : car le père est comme nous , il a toujours quelques gros sacs bien rem plis pour les bonnes occasions. Tu lui as parlé?
— Ouï.
— Ainsi qu'au pèreî — .Tout de même.
— Eh bien ! après ?..• car tu me fais griller, avec tes réponses où il n'y a pas pour trois sous d'explication.
— Ëh bien, père, la fille du bonhomime Girard ne me va pas. »
Le père Hennebaut posa sa pipe sur un banc.
« Encore! s'écria- t-il; tu es plus difficile à marier que le clocher de Bayeux ! C'est la troisième dont tu ne veux pas. As-tu bien réfléchi, mon gars? trente mille écus, un père mal portant et une fille plantée comme un chêne et droite comme un peuplier !
— Je ne dis pas, mais c'est ainsi
— n faudra pourtant bien que tu te maries quelque jour. Quand te décideras-tu?... Une maison où il n*y a pas de femme , ça va mal, si bien que ça aille.
— Eh ! père, je suis tout décidé, et la noce se fera peut-être plus vite que vous ne pensez. »
Le père Hennebaut avait repris sa pipe ; il la quitta de nouveau. La pipe était chez lui le signe de l'étonnement.
« Bien vrai? dit-il.
• — Aussi vrai que je m'appelle Pacôme.
— Embrasse-moi, mon fils, et parle vite. Tu es plus finaud encore que je ne croyais. Voyons, est-ce que je la connais, celle que tu as choisie ? Est-ce la fille du vieux Royan, qui a cette belle ferme à Dozulé, ou la fille du père Langlois, qui a tant de bœufs dans ses herbages?... Elles se valent....
. — Ne cherchez pas, mon père; la fille que je veux épouser, vous venez de la voir, elle sort d'ici.
— La Catherine ?
— Elle-même. »
Cette fois le père Hennebaut oubUa sa pipe ; ii était comme pétrifié.
c La Catherine ! s'écria-t-il enfin, comme un homme qui reprend sa respiration. Mais elle n'a
pas le sou, la Catherine! Tu le sais mieux que personne, toi, puisque nous avons prêté mille écus au père Glam sur la seule propriété qui lui reste. Que voilà un beau parti ! une grande fille qui a trente-deux dents, et rien à mettre dessous 1 •
Pacôme nouait une mèche neuve à son fouet pendant que le père Hennebaut parlait.
« Tout ce que vous me dites là, je le sais, reprit* il; mais je ne me suis pas décidé sans avoir -longtemps réfléchi.
— Ah! oui, parlons-en. Tu auras vingt-neuf ans à Noël, et la Catherine est jolie.... voilà tout.
— Non, mon père, ce n'est pas tout. Que la Catherine me plaise, c'est évident; mais voilà près d'un an que je l'étudié. Je vous dis que c'est la femme qu'il nous faut. Je dis nous, parce qu'il est aussi bien question de la maison que de moi. Catherine est toujours la première à l'ouvrage. Elle est vaillaiite et courageuse, sans coquetterie aucune, et point amoureuse de plaisirs comme le sont les filles de son âge. On ne voit pas un grain de poussière chez son père. Elle s'entend à tout, et jamais on ne la siu*prend en conversation avec les garçons du pays derrière les pommiers. Elle nous devra tout et ne coûtera rien.... Catherine a le cœur reconnaissant.
i26 I£ CLOS-POMMIER.
— Qoelle bêtise ! » dit le père Hennebaut.
Pacôme sourit.
« Eh bien ! reprit-il, supprimons la reconnaissance et ne voyons les choses qu'au point de vue des intérêts. Croyez-vous , que Catherine ne nous revaudra pas le revenu d'une dot par l'économie qu'elle apportera dans les dépenses de la maison? Vous me parlez delà fille du bonhomme Royan.... La mère a pour deux mille écus de dentelles sur sa coiffe; la fiHe en voudra aulant pour le moins.: calculez le reste. La fille du vieux Girard a été élevée à Caen dans un beau pensionnat; elle mange des ailes de poulet d'un air à faire croire que les poulets devraient la remercier.... Voilà une fermière ! Quant à la fille du père Langlois, je l'ai surprise l'autre jour à son piano ; il était onze heures ; mademaiselle venait de se lever ! Je veux que Mme Pacôme se lève avec son mari et ravaude son linge. Cherchez dans le pays, de Lisieux à Pont-l'Évêque, vous ne trouverez plus une fermière conuneil y en avait jadis.... Est-ce vrai?
— C'est vrai.
^ Et puis je suis ombrageux, vous le savez. Je ne veux pas que Mme Pac6me aille aux danses du vfflage ni qu'elle coure tek foires. Catherine, à qui le père Glam laisse une grande liberté, n'y va jamais. Donc de ce côté-là je suis tranquille. Le di-
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manche, elle raccommodera mes bardes... « Allez, mon père, j'ai bien toat calculé.
— C'est bon, dit le père Heunebaut en rallumant sa pipe, je réfléchirai. »
Il n'était pas convaincu, tant s'en faut ;^ mais la voixdePacôme avait un accent qui ne l'engageait pas à continuer la discussion.
Le père Hennebaut , adjoint au maire de Varaville, comme on sait, était plus riche pent<-étre qu'on ne pensait. Propriétaire d'une métaîiie qu'il exploitait avec son fils Pacôme, il avait enccMre des parts considérables dans quatre ou cinq bateaux qui faisaient la pèche, et qui lui rappor<taient de si gros bénéfices qu'il en faisait construire deux pour son compte à Ouistreham, où il avait une maison. On lui connaissait un enclos et un jardin à Sallenelles, où il cultivait en grand toutes sortes de fruits et de légumes qu'il faisait vendre à la ville; il ne négligeait pas non plus le commerce des bœufs, pour lesquels il avait pris des herbages en location. On a pu voir en outre qu'il faisait un honnête trafic d'argent, lequel n'était jamais placé à moins de huit ou neuf pour cent avec des garanties. Mais -ce métier, qui sentait l'usure, il le faisait dans l'ombre, et seulement, disait-il, pour rendre service. Les écus arrivaient donc chez le père Hennebaut par dix sources dif-
2S LE CLOS-POHHIER.
férentes. A la fin du mois, il additionnait ses profits, achetait un lopin de terre et empilait le reste en belles pièces blanches pour venir en aide à quiconque lui pouvait payer de gros intérêts. Les comptes faits, le père offrait au âls une bouteille de cidre mousseux, et ils buvaient à la santé de leurs petites affaires. C'était comme de petites débauches intimes qui se renouvelaient douze fois par an.
-Jamais le père et le fils n'avaient de discussions au sujet de ce négoce mêlé d'agriculture et d'opérations de banque. Ils se comprenaient du regard et s'entendaient à demi-mot. Un observateur inattentif aurait pu croire que dans cette vie à deux toute l'influence et la direction appartenaient au père Hennebaut. Jamais en public Pacôme n'élevait la voix^ et il semblait obéir en toute chose; mais en regardant de plus près on n'aurait pas tardé à s'apercevoir que le fils dominait le père entièrement. Quand ;par hasard ils n'étaient pas d'accord sur la conduite d'une affaire, on voyait bientôt luire dans les yeux gris de Pacôme une
flamme qui faisait que le père Hennebaut se rendait tout de suite. La flanmie alors s'éteignait subitement.
Leurs caractères avaient d'ailleurs de ^ands points d'affinité. Tous deux Âpres et tous deux
LE GLOS-POHHIER. 29
violents, tous deux d'un entêtement sauvage et d'une vanité absolue, ils tendaient au même but par les mêmes moyens ; ils étaient à leur manière de petits despotes, devant qui tout tremblait à VaraviUe. Dans leur maison couronnée de mousse et d'iris et tapissée de grands rosiers, ils étaient comme des burgraves dans leur donjon. Chacun les redoutait. Le père était fier de sa position et rappelait volontiers que, fils d'un pauvre métayer qui n'avait pas cent écus vaillant, il avait fait fortune à force de patience et d'habileté. Le fils était orgueilleux de ses avantages physiques. Quatre ou cinq fois, en temps de foire, et quand la jeunesse est animée par le cidre et les chansons, il avait lutté contre les plus forts et les avait terrassés de manière à ôter aux autres toute envie de recommencer.
Les œillades que les plus belles filles lui jetaient à la dérobée ne pouvaient pas diminuer cette bonne opinion qu'il avait de son mérite. Aussi per~ sonne ne faisait claquer son fouet plus haut. Parmi les paysans et les pêcheurs de' l'endroit, c'était comme un proyerbe ; on disait : « Riche comme le père Hennebaut et fort comme Pacôme. »
Le père Hennebaut ne dormit guère de la nuit. Tous ces beaux raisonnements par lesquels son fils, un peu à son insu, comme la Froslne de
30 LE GLOS-POMHIER.
V Avare h propos de Marianne, ayait voulu lui démontrer qu'en épousant une fille sans dot il faisait une bonne affaire, ne le séduisaient pas beaucoup. De bon cœur il eût donné au diable le père Glam et sa fille ; mais il avait vu l'éclair dans les yeux de son fils.
« Oh ! il n'en démordra pas, » dit-il, au petit jour, quand la fatigue le fit céder au sommeil.
Le lendemain, au déjeuner, il ne fut pas question de Catherine ; mais au moment où Pacôme partait pour les bouches de l'Orne, où un de leurs bateaux s'était ensablé,* il se tourna vers ^on père :
« Avez-vous pensé à ce dont je vous ai parlé hier? dit-il.
— Oui, répondit le père Hennebaut, qui poussa dans l'air une longue bouffée de tabac.
— Vous verrez le notaire aujourd'hui, je crois, pour ce morceau de pré que vous avez acheté du père Taupierî
— Oui, répliqua le père Hennebaut non moins laconiquement.
— Eh bien ! vous lui parlerez du contrat et le prierez de l'expédier promptement. »
Pacôme sortit là-dessus.
Le père Hennebaut, la porte de l'enclos fermée, jeta sa pipe par terre et la cassa, une pipe qu'il aimait beaucoup.
LE GLOS*IK)iniIEB. M
c He Yoilà donc avec une brul... s'écria*t«îl. Que la peste l'étoufie ! »
Et pendant une heure il se promena de long en large, grondant tout le monde. Mais dans la journée, après qu'il eut compté au notaire de Dozulé les piles d'écus qui le rendaient propriétaire du morceau de pré acheté au père Taupier, il soi:tpira.
« Ce n'est pas tout, dit-îl ; il feiut à présent que TOUS preniez votre plus beau papier timbré pour rédiger le contrat de mariage de mon fils. »
Gomme le notaire ouvrait la i>ouche pour le féii-
, citer, le père Hennebaut l'arrêta d'un geste. La
sueur lui coulait du front. Il fut un instant sans
pouvoir continuer, tant la colère et la honte le
suffoquaient.
Puis avec un effort :
« Écrivez qu'il épouse Catherine , la fille de notre garde champêtre, » ajouta-t^il.
Et, sans attendre la réponse du notaire, il poussa la porte avec fracas en sortant. Les trois clercs de Tétude, qui avaient tout entendu, colpotèrent la nouvelle de ce mariage un peu partout, et, du café où ils en parlèrent d'abord, elle courut bientôt le pays.
Cependant le père Glam, qui était en course chez le juge de paix, ne savait rien de ce qui se
32 LE GLOS-POMHIER.
passait. Catherine s'était rendue à Caen pour porter un bout de dentelle qu'elle avait fini et en toucher l'argent. Ils rentrèrent fort tard l'un et l'autre au Clos-Pommier, et se couchèrent sans avoir rien appris.
Ce calme profond était loin de régner à la métairie des Hennebaut. La fureur longtemps contenue du vieux fermier avait éclaté au moment où
son fils lui avait demandé s'il avait fait sa commis-
sion auprès du notaire. Il broya une seconde pipe sous son pied :
« Oui, je l'ai faite, dit-il; mais j'ai idée que je te refuserai mon consentement.
— Je suis majeur, dit Pacôme froidement; nous compterons ce qui me revient du côté de ma mère, et j'irai m'établir ailleurs. »
Le père Hennebaut rencontra le regard métallique de son fils. Il en soutint l'expression une minute, comme un lutteur qui mesure les forces de son adversaire, puis baissa les yeux.
« C'est bon, dit-il, tu l'épouseras. »
Cette idée de séparation, qu'il savait son fils capable d'exécuter sans balancer, l'avait vaincu.
Il digéra sa colère pendant la nuit et n'en parla plus au réveil.
' Le jour suiyant était un dimanche. Ce joui^là^ le père Glam faisait un bout de toilette, se rasait, et, sa journée achetée , se montrait dans le village, où quelquefois il jouait une partie de piquet. Catherine, que Pacôme connaissait bien, allait ahx offices de bon matin, et employait le reste de son temps à mettre la maison dans un état de propreté incomparable. Elle renvoyait son père sous pré* texte qu'il la dérangeait, lui mettait une pièce ronde dans la poche et lui disait de se récréer avec ses vieux amis.
Or ce jour-là, et tandis que Catherine vidait les tiroirs et frottait les meubles, le père Glam, pimpant et rasé de frais, avec une beUe chemise toute blanche et son habit bien brossé , se présenta chez Mathieu Leblanc, qui tenait le meUleur café de Yaraville. Le père Hennebaut était sur la porte, entouré de quelques notables du village, avec les-
34 LE GLOS-POMHIER.
quels il causait vivement. Aussitôt qu'il eut aperçu le garde, il l'interpella :
« Hé! père Glam, approchez qu'on vous parle,» s'écria-t-il.
Le garde fit quelques pas. Le père Hennebaut le r'egarda en dessous.
« Que diriez-vous si vous aviez un bon morceau de bœuf tous les dimanches avec un bon verre de vin, et chaque jour une côtelette à déjeuner? reprit-il. '^
— Eh! eh! répondit le père Glam, c'est donc quelque héritage, un oncle que j'avais aut iles et que je n'ai plus ?
^ — Gomment! il ne sait pas la chose? s'écria un interlocuteur.
— Et que voulez-vous que je sache, dit le père Glam. J'ai passé hier ma journée à Dozulé, où j'ai verbahsé contre trois braconniers que j'avais surpris colletant dans les bois de la Ferme-Rouge. Après j'ai dormi.
— Eh bien ! demandez au père Hennebaut. '
— Ahl dit celui-ci, c'est un coup de fortune, et du diable si vous pouviez vous y attendre.... Cherchez, père Glam; vous ne devinerez jamais. Dans le premier moment , ça m'a contrarié, à cause d'autres idées que j'avais; mais, puisque c'est le vœu de mon fils, touchez là, et sautez
LE GLOS-MMHIfill. »
de joie : la Gatherioe sera ma bru à la Tonssaint. »
Le père Glam deyiat tout pâle.
« Que dites-YOus là? » s*écria-t-il.
On se mit à rire autour de lui.
c Voyez l'effet que ça lui produit... U en est tout tre'mblant ! disait-on.
— Je dis la vérité, répliqua le père Hennebaut. C'est Pacôme qui l'a youIu.... c'est donc lui qu'il &Hdra remercier.
— Catherine est-elle instruite de tout cela? demanda le père Glam d'un air inquiet.
— Pas plus que vous ne l'étiez vous-même tout à l'hem^. » • . '
Le visage du vieux garde prit tout à coup une expression de gravité singulière.
« Puisque la chose est vraie , reprit-il, et que sérieusement vous avez pensé à marier Catherine avec votre fils, m'est avis que la première démarche à faire , c'eût été de la demander à son père.
— À quoi bon? dit le père Hennebaut; du moment que Pacôme la désire pour femme, cela va tout seul. Quelle fille du pays et des environs ne serait pas heureuse de l'épouser? n a le bien de sa mère, sans compter le mien, qui lui reviendra un jour; et ça fait gros, tout cela. Donc le notaire
se LE CLOS-POMMIER.
est prévenu, et le contrat sera signé dans trois jours.
— Eh bien I vous avez eu tort , parce que, à vous parler franchement, ce mariage ne se fera pas. »
La foudre tombant tout à coup devant la porte du café n'eût pas produit un effet plus violent. Ce ne fut qu'un cri dans toute Tassistance. La pipe venait de tomber de la bouche du père Hennebaut, la pipe des dimanches en écume de mer.
« Çà! qu'est-ce que vous dites? s'écria -t-il enfin ; j'ai mal enteçdu, bien sûr !
— Non, reprit le père Glam sérieusement ; j'ai dit ce qui est.... Si honorable et si inespérée que nous soit votre alliance, je la refuse. »
Cela dit, le bonhomme tourna les talons et sortit du village d'un pas ferme. On remarqua même qu'il ne tirait pas la jambe gauche.
Tous les yeux étaient fixés sur le père Hennebaut. Il était comme paralysé, et regardait le père Glam qui s'éloignait. Sa figuré exprimait un étonnement si profond et un si grand dépit qu'on se mit à rire autour de lui.
oc Adieu la noce , les violons sont partis ! » dit 'un des témoins de cette scène.
Le père Hennebaut, n'eût-il pas été dur et sec comme un pieu , était trop riche pour n'être pas
détesté. Le rire fut bien vite contagieux et gagna l'assemblée.
« Bon! vous m'aviez invité au festin, voilà un dîner qui ne vous ruinera pas, dit un loustic.
— Eh ! voisin , ne manquez pas de m'envoyer les gâteaux qu'on ne mangera pas, » dit un autre.
Chacmi lança son mot ; le père Hennebaut devint pourpre.
« On verra bien! » dit-il d'un air furieux.
Il se leva et quitta le village pour chercher son fils.
Pacôme était allé à Troarn pour assister à une vente de chevaux. Au retour, il trouva son père qui fumait en se promenant à pas précipités devant la porte de Tenclos. Un nuage de fumée tournoyait autour de sa tête nue. Il avait le visage rouge comme une pivoine.
a Ah! c'est toi,'s'écria-t-il; j'ai cru que tu n'arriverais jamais. Il y a du nouveau ici!...
— Qu'est-ce ? demanda Pacôme ; les bœufs fauves sont-ils morts?
— Ah! il s'agit bien de bœufs!... J'en donnerais quatre pour que la chose ne fût pas arrivée.
— Qu'y a-t-il donc? reprit Pacôme effrayé.
— n y a que ton mariage est à vau-l'eau. »
Et il lui raconta l'histoire de son entrevue avec le père Glam.
« Tous les voisins ont ri que le village en retentissait, reprit-il en finissant. Quelle humiliation pour nous! »
Le père Hennebaut profita du silence de son fils pour revenir un peu sur la question du mariage. Si sa vanité extrême était froissée par un refus parti d'en bas, il ne prouvait se défendre d'une certaine satisfaction à la pensée que ce projet d'union serait peut-être abandonné à tout jamais. Il exagéra donc son dépit, dans l'espoir que Pacôme, se mettant à l'unisson , renoncerait à toute tentative nouvelle et se tournerait d'un autre côté. Il lui glissa même en passant le nom d'un éleveur qui avait une fille à marier. Ce nom tomba dans son petit discours comme une goutte de miel dans de l'absinthe,
Pacôme écoutait son père les sourcils froncés.
a Ainsi il a refusé tout net de me donner sa fille? dit-il sans prendre garde au reste.
— Tout net.
— Cependant il sait bien que nous avons un billet de lui.
— Cette bêtise 1 puisqu'il est en retard pour les intérêts ! »
Pacôme réfléchit une minute ; puis, frappant du pied : « Il y a quelque amourette là-dessous; je le saurai, » repril-il.
LE GLOS-POMMIER. 30
n ne parla plus de la soirée, vida un grand pol de cidre et alla se promener sur les dunes. IL avait la rage dans le cœur. « On dirait qu'il ne sait pas que je suis Pacôme, ce vieux père Glam! C'est mon idée fixe à moi d'épouser Catherine, et pas un autre que moi ne l'aura, » répétait-il.
Il marcha jusqu'à minuit, se coucha et dormit d'un sommeil agité. Au petit jour, il sella son cheval et partit pour un marché , sans plus parler à son père des événements de la veille.
Le père Hennebaut , qui l'observait du coin de l'œil, hocha la tète.
« Si j'étais à la place du père Glam, j'aurais peur, » murmura-t-il,
Pendant huit jours Pacôme ne dit rien qui eût rapport à Catherine ; mais le père Hennebaut savait bien qu'il y pensait toujours. Au bout de ce temps, un soir, après avoir bu coup siu* coup les trois ou quatre tasses de café sans lesquelles un dîner de bons Normands ne saurait être complet, Pacôme posa la main sur le bras de son père.
« Eh bien I j'avais deviné, dit-il.
— Il y a donc un amoureux? répondit le père Hennebaut qui n'avait rien oublié.
— Oui; c'est un pécheur qui demeure au Bas- Gabourg. Il s'appelle Jean Simon.
— Jean Simon! répondit le père Hennebaut;
40 LE CLOS-POHHIER.
attends donc... N'est-ce pas ce gardon qui a foit une. chute étant à bord d'une frégate, et à qui on a promis un congé de rélormeî
— Justement.
— Es-tu sûr que Catherine l'aime?
— Servals me l'a dit. Jean Simon était embarqué sur le même navire que Fulgence. Il parait qu'U 7 a comme un accord entre eux. Seulement Catherine attend que Simon soit entièrement libéré du service pour se marier. «
Le père Hennebaut alluma sa pipe.
< Et toi, que feras-tuî reprit-il.
— Moiî j'attendrai aussi; Catherine et Simon ne sont pas encore à l'église. ■
Le père Hennebaut voyait toutes ses espérances s'en aller en fumée, mais il n'en laissa rien paraître.
• Tout cela ne serait rien, reprit-il, sans l'humiliation de l'autre jour.... un refus publicl 11 me semble toujours qu'on rit à mes oreilles. «
Pacdme frappa du plat de sa main siu* la table : ■ Je n'ai rien oubUé, dit-il, et le père Glam le verra bien I >
Il se leva et flt quelques pas dans la chambre. Le père Hennebaut fumait au coin de la cheminée, où flambait un grand feu de vieilles plan-
c Depuis combien d'années le père Glam a-t-il renouvelé ce billet que nous avons de lui? reprit Pacôme sans s"'arrèter.
— n y a eu quatre ans le 15 du mois dernier.
— Et U échoit?
— Le 30 de ce mois, et il est en retard déjà de trois semaines pour les intérêts. »
Pacôme marchait toujours tout en parlant.
« Eh bienl dit-il, il faut écrire à votre huissier à Dozulé pour lui ordonner de commencer les poursuites. Le père Glam verra alors qu'on ne se joue pas impunémejit de nous. »
Le père Hennebaut prit dans un tiroir une plume et une feuiUe de papier.
c Demain la lettre sera partie et les poursuites seront menées grand train , reprit le père Hennebaut; mainteiiant, car il faut bien tout calculer, si le père Glam cède, que ferâs-tu î
— J'épouserai Catherine.
• . — Tu l'aimes donc? » demanda le père Hennebaut en regardant son fils bien en face.
Pacôme rougit d'abord et détourna les yeux, comme s'il avait éprouvé une secrète honte de faire l'aveu des sentiments qu'il éprouvait. Puis se remettant :
< Eh bien! oui, je l'aime, dit-il.
— Bon 1 dit le père Hennebaut, j'aimais ta mère
42 LE GLOS-POIIHIER.
aussi, mais elle avait bien dix mille écus quand je l'épousai.
— Si TOUS croyez que ça m'arrange 1 dit Pacôme, qui marchait à grands pas ; j'ai fait ce que j'ai pu pour n'y pas penser : mais, quand il me vient à l'esprit qu'un autre pourrait l'avoir, j'ai le feu dans le sang. »
Le père Hennebaut sourit.
c C'est donc pour ça que tu me faisais un si bel éloge de ses qualités? Bonté divine! elle en avait assez pour quatre mariées. »
Pacôme frappa du pied.
« Pai mis bien du temps à me l'avouer à moimême.... ne me raillez pas à présent que je vous confesse tout!... Depuis que je sais qu'elle en aime un autre,. un mot me met en fièvre.... »
Ce que Servais avait dit à Pacôme était vrai. Catherine et Simon n'avaient pu vivre l'un auprès de l'autre sans qu'un mutuel attachement naquit entre eux. Le père Glam avait favorisé cet attar chement de tout son pouvoir, et n'aurait pas demandé mieux que d'unir Jean à Catherine ; mais celle-ci reculait l'époque de leur mariage jusqu'au moment où Jean Simon obtiendrait son congé définitif. '
« Ce n'est pas que je vous aime moins que vous ne m'aimez , lui avait-elle dit un jour; mais j'ai
LE GLO&-POMMIER. 43
toujours la mort de mon pauvre firère présente à la mémoire. Si Dieu nous envoie des enfants, je ne veux pas qu'ils aient un père sur l'Océan. Quand je serai assurée de vous garder toujours, nous nous marierons, et tout mon cœur y sera. »
Jean Simon n'avait plus insisté, et le père Glam, qui connaissait sa fille, non plus. Mais ce que Servais ne savait pas et ce qui rendait le père Glam intraitable à l'endroit du mariage de Catherine, c'est que Fulgence , à son lit de mort , avait écrit quelques lignes par lesquelles il désignait clairement au choix du p^e Glam le matelot qui l'avait soigné. « Si ma sœur le prend pour mari, disaitil en finissant, il me semble qu'elle n'aura rien perdu. »
Ces seuls mots étaient un ordre pour le père Glam. Aucune puissance au monde n'aurait pu le faire revenir sur sa détermination. C'était comme si une voix d'en haut avait parlé. La simplicité même des relations qui existaient entre Catherine et Jean avait trompé Pacôme sur les conséquences qu'elles pouvaient avoir. Il n'ignorait pas l'intimité de Simon et du père Glam ; si donc Jean avait été aimé de Catherine, rien ne s'opposant à leur mariage, il eût été fait depuis longtemps. La découverte de la vérité l'exaspéra. Par un retour singulier de l'esprit, il arriva à croire
44 LE GLOS-POMHIER.
qu'on Favait pris pour dupe , et cette pensée le détermina à pousser les choses aux dernières extrémités.
Après- la communication faite par le père Hennebaut au père Glam devant le café de Mathieu Leblanc, il y eut un long entretien au Glos-Pommier. Catherine donna raison à son père en fout ; elle éprouva même une sorte de ressentiment contre le beau Pacôme, qui aurait bien pu s'enquérir auprès d'elle si sa recherche lui convenait. L'éducation qu'elle avait reçue à Lisieux avait développé en elle certaines susceptibilités délicates, encore accrues par l'élévation d'un cœur naturellement enclin à la fierté.
« Si j'avais pu l'aimer, dit-elle, voilà qui l'au- .rait perdu sans retour. »
 quelques jours de là, Pacftme rencontra le père Glam sur le chemin du village. Le garde chercha à l'éviter, et, sautant sur le talus, menaça d'un bâton des enfants qui dépouillaient un pommier au loin,
« Hé ! père Glam, dit Pacôme, vous souvient-il que vous ayez chez nous un billet qui échoit sous peu de jours ?
— Oh! que oui, répondit le père Glam.
— Vous mettez-vous en mesure de le payer î poursuivit Pacôme.
— Je le voudrais ; malheureusement l'argent se fait rare au Clos-Pommier.
— C'est votre affaire ; mais je vous préviens que mon père et moi avons besoin de cette somme, et, si vous ne la remboursez pas à l'échéance, on pourrait bien vous mettre à la porte du Clos- Pommier, père Glam: »
Le garde regarda Pacôme et comprit d'où le coup partait.
« Eh bien, vous m'y mettrez, » dit-il.
Et il passa son chemin.
Le père Olam ne parla pas de cette rencontre à Catherine, pensant qu'il serait toujours temps de Ten instruire. Deux ou trois fois il parvint à distraire les papiers timbrés qu'on remettait au Glos-Pommier ; mais un matin l'un d'eux tomba aux mains de Catherine; elle en lut le griffonnage avec quelque peine et comprit qu'il s'agissait d'une saisie. Elle en fut bouleversée. Aussitôt que son père parut, elle le lui présenta.
« Âh! tu sais tout, dit-il.
— Pourquoi ne parliez-vous pas? demanda Catherine.
— Tu ne pouvais rien à cela.... A quoi bon t'empêcher de dormir?
— Ah! quelles nuits vous avez dû passer! s'é-
cria Catherine en sautant au cou de son père, les yeux humides.
— Pas si mauvaises que tu crois.... A mon âge on est fait à tout.... Quand on a un chagrin, ce n'est pas comme dans la jeunesse, où on ne fait qu'y penser ; on le met dans im coin, au plus profond de son cœur, et on l'oublie. »
Catherine tournait et retournait le papier timbré entre ses doigts.
« Tout cela est venu bien brusquement, repritelle ; voilà quatre ans que les Hennebaut .ne vous pressaient pas.... Ne me cachez- vous rien? »
Le père Glam balbutia; il ne savait pas mentir, et avoua toute la vérité à sa fille. Elle vit bien qu'il pensait comme elle que cette rigueur avait pour cause unique le refus dont tous les hôtes du café de Mathieu Leblanc avaient été témoins. Cette découverte fit sur elle une profonde impression ; elle n'en laissa rien voir à son père, mais ne dormit pas de la nuit. Cet amour qu'elle resset^tait pour Jean Simon allait peut-être priver le père Glam de l'asile où il était accoutumé à vivre et où il comptait abriter sa vieillesse.Une telle extrémité ne lui était jamais venue à l'esprit ; elle y pensait sans cesse et ne pouvait s'y habituer. C'était comme un poids qu'elle avait sur le coeur.
Cependant les poursuites ^continuaient toujours.