‹ Le clou d'orChapitre 2 sur 3 · G. A. SAINTE-BEI VE · texte numérisé non relu

G. A. SAINTE-BEI VE

Avec une préface de M. Jules Trol'bat.

Pari?, Calmann-Lévy (Corbeil. imp. Crété).

Petit in-8° carré, 2 f., vm-91 pages.

L'édition est annoncée dans la Bibliographie de la France du 8 janvier 1S81, sous le n° 4~>3.

La Préface, dont M. Jules Troubat faisait précéder le texte de Sainte-Beuve, était destinée, visiblement, à piquer les curiosités ; elle débutait ainsi :

Monsieur Saint-Marc Girardin se vantait une fois devant des dames de n'avoir jamais connu le supplice de Tantale : — C'est que vous n'avez jamais eu soif, lui répondit la belle Mme de \.

Le petit roman par lettres que nous exhumons aujourd'hui de son tiroir a pour but, au contraire, d'exprimer hs souffrances d'un homme qui tire la langue — esurientis et sitientis, comme dirait un pédant.

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M. Troubat précisait ensuite que Sainte-Beuve « après avoir tracé le plan et le canevas de ce nouveau portrait de femme l'avait abandonné, comme tant d'autres projets du même temps où le critique tuait de plus en plus en lui l'homme d'imagination et le poète... ».

Il indiquait que les lettres du Clou d'or s'adressaient « à une femme distinguée et qu'on a lieu de croire réelle » ; sans la nommer, il évoquait la société où elle vécut, celle des derniers temps du règne de Louis-Philippe, et le château de C. ; quelques initiés n'eurent point de peine à reconnaître le château de Champlatreux, propriété du comte Mole, et à découvrir que l'héroïne du Clou d'or était la nièce de celui-ci, Mme d'Arbouville, née Sophie de Bazancourt, le 29 octobre 1810, morte à Paris le 22 mars 1800.

La préface de M . Troubat s'achevait sur un point d'interrogation; posant la question si la destinataire des lettres du Clou d'or s'était laissée attendrir pour leur auteur, il répondait: « ... La dame parait lui avoir tenu la dragée haute; nous ne savons pas, il est vrai, la tin de l'histoire. »

II la savait cependant, autant que connaître se peut, puisqu'il détenait les lettres de Mme d'Arbouville à Sainte-Beuve. Ces lettres — où manquent justement celles de i84o à 1846 — furent communiquées par lui à M. Léon Séché qui les publia en 1906: Muses Romantiques — MmetVArbouville d'après ses lettres à Sainte-Beuve (i846-i85o).

IL — Le Texte. — La seule source du texte est le petit volume publié par M. Troubat. On trouvera ici, rétablies à leur place naturelle, les épigraphes ou citations réunies par Sainte-Beuve, que M. Troubat avait mêlées à sa préface. On lira après les deux prologues et avant la première lettre, le portrait de Mme d'Arbouville qui, imprimé dans la même prélace, semble bien être un fragment de l'œuvre même, à laquelle il y avait lieu de le restituer.

III. — Remarques. — La Composition. — Sainte- Beuve avait commencé d'écrire sa nouvelle sous la forme d'un dialogue entre lui-même et une aimable marquise vieillissante, Mme de S. ÇXous sommes vieux, nous pouvons causer de tout...); sans doute lui

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aurait-il prêté l'esprit souriant et l'âme facile d'une survivante du xvme siècle.

Puis il s'est interrompu; il a décidé que le récit « sera dans la bouche d'une femme déjà vieillissante », — la même Mme de S. sans doute — et adressé par elle ce à une jeune amie de vingt-sept ans, qu'elle voit près de s'engager dans une coquetterie amoureuse ». Il a simplement ébauché cet autre début, entre-mêlant a des notes des fragments de rédaction plus poussés.

M. Troubat a recueilli ces deux ce prologues » sans marquer suffisamment que, dans la pensée de l'auteur, ils devaient s'exclure. Il a même donné à entendre le contraire en les séparant par cette indication mise simplement entre parenthèses (après Et je commençai,... page il):

Ici le canevas nest plus qu'ébauché pour ne reprendre réellement quaux lettres, mais il a son intérêt.

Ce sont ces deux versions successives du ce prologue » qu'on lit ici l'une après l'autre en tête du Clou d'or.

Viennent ensuite douze lettres de Sainte-Beuve.

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Il les avait choisies parmi celles que, de juillet à octobre 1 8A4, il écrivit à Mme d'Arbouville, lors de leur malentendu sentimental ; leur texte même donne à croire que plusieurs ne furent pas envoyées... Il les avait recopiées et classées dans l'ordre où M. Troubat les imprima.

Doit-on croire, comme M. Troubat v invitait, qu'il les eût insérées selon cet ordre dans la trame de son récit?... Ou ne les avait-il recueillies et classées que pour servir à ce récit de documentinspirateurs et de pièces justificatives.1 Cette seconde hvpothèse est la plus vraisemblable ; il apparaît bien, par exemple, que la lettre VI n'est qu'une reprise et une mise au point de la lettre Y...

Le Clou d'or, sous sa forme actuelle, n'est donc même pas l'ébauche de la nouvelle que Sainte-Beuve aurait écrite ; c'est plutôt l'ensemble des matériaux qu'il aurait utilisés pour l'écrire. Après les avoir rassemblés, il parait les avoir abandonnés; M. Troubat voit, dans cet abandon, un nouveau méfait du « critique qui tuait en lui l'homme d'imagination et le poète » ; n'est-ce pas plutôt la mort de Mme d'Arbouville qui, aprè< [85o, empêcha Sainte-Beuve de

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réveiller des souvenirs devenus pour lui trop cruel- ') et s'il avait projeté d'écrire le Clou d'or, est-ce que ce n'avait pas été par un dernier reste d'espoir — pour arracher, alors qu'il était décidément trop tard. un soupir de regret, et comme un consentement rétrospectif à celle qui, lorsqu'il était temps encore, avait rel'usé de laisser nouer sur le visage de 1 amitié le masque trop brûlant de l'amour?...

M. Michaut, dans son Sainte-Beuve avant les Lundis, a restitué ainsi l'ordre chronologique des douze lettres ou notes qui composent le Clou d'or :

Lettre 8 : 2 juillet i844-

— 10 : 9 juillet.

— 1 1 : 1 1 juillet.

— 3 et 9 : juillet-août.

— 4-2Ô août.

— 1 : 3 septembre.

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