et 20 septembre
— - : 20 septembre.
— 2 et 6 : septembre-octobre.
— 12 : 26 octobre.
Page 26, ligne 3.
0 joie ! ô cri d'or<jueil ! ô liberté rendue .'...
Ce vers est extrait du sonnet suivant, l'un des meilleurs de Sainte-Beuve :
Osons tout et «lisons nos sentiments divers :
Nul moment n'est plus doui au cœur mâle et sauvage
Que lorsqu'après des mois d'un trop ingrat servage
Un matin, par bonheur, il a brisé ses fers.
La flèche le perçait et pénétrait ses chairs,
Et le suivait partout : de bocage en bocage
Il errait. Mais le trait tout d'un coup se dégage :
Il le rejette au loin, tout sanglant dans les airs.
O joie ! ô cri d'orgueil ! ô liberté rendue ! Espace retrouvé ! courses dans Té tendue !
Que les ardents soleils l'inondent maintenant!
Comme un guerrier mûri que l'épreuve rassure,
A mainte cicatrice ajoutant sa blessure,
Il porte haut la tète et triomphe en saignant.
Le vers cité devait rappeler toute la pièce à Mme d'Arbouville, pour qui Sainte-Beuve l'avait composée.
Il imprima ce sonnet pour la première fois dans une petite plaquette anonyme, qui ne porte pas
plus de date ni de lieu que de nom, et qui contient dix pièces de vers et trois pièces en prose, « imprimées au recto seulement de chaque feuillet quand la pièce tient sur une page, ou au recto et au verso quand elle est plus longue »... — Cette plaquette constitue une sorte de second Livre d'Amour dont la destinataire était Mme d'Arbouville ; M. G. Michaut (Sainte-Beuve avant les Lundis, p. 689) lui assigne la date approximative de i844, qui est celle même des lettres du Clou d'Or. Elle est, en tous cas, d'une extrême rareté, Sainte-Beuve n avant dû en faire tirer qu'un très petit nombre d'exemplaires. On lit dans la Bibliographie du Livre d Or de Sainte-Beuve, sous le n° 6 :
«... L'exemplaire décrit ici nous a été communiqué parM. Maurice Tourneux. Le Bulletin mensuel de la librairie D. Morgand, de novembre 1890, annonçait, sous le n° 19 19/4, une plaquette contenant cette brochure reliée avec Un Dernier Rêve. Sur la ^arde, Sainte-Beuve avait écrit, au-dessous de sa signature : Ces vers sont de moi ».
L'année suivante, en i845, le Sonnet prit place
i LE CLOU huli
avec plusieurs des dix autres pièces, dan> la série des /' :es Diverses insérées au recueil des Poésies ' p/p/esdeSainte-Ijeuve 'Charpentier, éd. . [845, in-12, 476 pp.)-
La même année cependant, Sainte-Beuve faisait imprimer à part une plaquette anonyme intitulée Poésie* Diverses, comprenant trente-six pièces, et précédée de ce court avertissement : « On a fait réimprimer ici, à un petit nombre d'exemplaires, et avec quelques additions. ce> quelques pièces qui rappellent plus ou moins le ton de Joseph Déforme et qui se placeraient naturellement après dan- le il des Poésies Complètes. Voir l'édition d
Dans cette brochure, le Sonnet termine une série de neuf pièces (pages - à il'»), qui paraissent toutes adressé* lime d'Arbouvilie.
Page 1 ri. ligne \. — M. Troubat après la dernière ligne du roman insérait cette note :
Ici s'arrête le manuscrit de Sainte-Beuve. .\ous pensons que c'en est asse: pour bien connaître un caractère déplus, la timorée, acquis à la physiologie féminine.
REMARQUES ici
M. Léon Séché a publié, entre autres, deux lettres de Mme d'Arbouville qui semblent être des réponses directes à celles du Clou d'or ; elles sont datées, il est vrai, de 1846 : preuve que Sainte- Beuve n'avait point été guéri par la crise de i844- Elles forment une sorte d'appendice naturel au Clou d'or; en voici les passages les plus caractéristiques :
Champlatreux, ce g novembre i8$6.
... Comment avec le dévouement que vous avez dans le cœur dire que vous n'avez pas de but à votre vie ? C'est blasphémer tout ce qui sent en vous. Pourquoi faire de toutes vos affections un marché dont vous stipulez d'avance le contrat ? ^\ ous le voulez à votre profit, et si les pièces d'or que vous donnez ne vous sont pas rendues en même nombre, et en même qualité, vous repoussez toutes choses ; vous feriez croire que vous n'avez nulle générosité dans le caractère si l'on no vous connaissait pas d'ailleurs...
Ne dites pas que vous n'avez pas de but à votre Me. car s'il vous était doux de donner votre amitié.
ioa LE CLOU D OR
il serait doux de la recevoir. Tout ce qu'il est sérieusement possible de donner vous est donné, et là où vous ne voyez pas une issue, pas une éclaircie possibles, il y a une route facile et un jour serein. Je vous en prie, résignez-vous à quelques trial pour conserver quelques joies. C'est notre loi à tous sans exception aucune. Ne changez pas en amertume pour moi le bien si rare d'avoir un ami véritable. Essayez d'un bonheur en dessous sans doute d^ celui que vous avez rêvé, mais bonheur enco: vos regrets ont de la douceur et votre affection de la générosité .
Sans date. 7 heures du matin.
... Je vous remercie de votre lettre. Du moin-, sous les reproches et le ressentiment, elle laisse entrevoir un peu d'affection. Je vous comprend-. Mais comprenez-moj aussi avec douceur, ^oun'êtes pas sur moi dans la nuance vraie. Oui j'aime le bien et ai besoin du bien autour de moi ; maic'est sans rien d'au-t< re : cela lais-e toute place à la sympathie, à ['affection, à l'intérêt, presque au
REMARQUES io3
regret. Je ne suis pas cet être froid et inébranlable que vous rêvez, mais simplement un cœur un peu triste, rêveur, souvent ému, et si découragé dès sa jeunesse qu'il n'a demandé à la vie d'autre bonheur que le repos, une certaine élévation de sentiments, une certaine droiture qui console et soutient. Mes amis sont mon seul bonheur. "\ ous savez quelle place vous avez parmi eux. J'ai prié Dieu pour vous et il me semble qu'il vous enverra si ce n'est joie et bonheur, du moins un peu de sérénité, et le sentimcntqui fait qu'on tient à ses amis, et qu'on ne songe pas à s'en séparer, le sentiment qui fait qu'on pardonne au lieu de s'aigrir, le sentiment qui rapproche les cœurs et fonde les solides amitiés de la fin de la vie. Merci.
Deux ans après la mort de Mme d'Arbouville, en i85a, Sainte-Beuve, à la fin du dernier volume de ses Portraits Littéraires, inscrivait cette pensée :
J'aime encore beaucoup à respirer les fleurs, mais je n'en cueille plus.
Remarques. — La Pendule fut publiée en 1881 par M. Jules Troubat, en même temps que le Clou d'or et dans les mêmes conditions, avec l'avertissement suivant:
Les pages qu'on va lire ont été retrouvées dans les papiers de Sainte-Beuve. C'est l'esquisse d'une nouvelle qui, malgré ses imperfections et ses lacunes, ne nous a pas paru indigne de voir le jour.
La dédicace à Rodolphe TopplTer permet d'affirmer que cette nouvelle csl , à quelques mois près, contemporaine du Clou d'or; l'auteur des Voyages en zigzag mourut en effet, à Genève, le 8 juin 1840 ; en novembre 1 843, il n'avait pas encore noué avec
REMARQUES iod
Sainte-Beuve de relations familières puisque, projetant de venir à Paris, il lui écrivait pour lui demander la permission de l'aller visiter (Voir sa lettre publiée par Sainte-Beuve lui-même dans un article du ier octobre 1846, recueilli au tome IV des Portraits littéraires: Derniers Portraits).
Les vraisemblances amènent donc à la même date : fin de i844, début de i845 — et à la même inspiratrice: Mme d Arbouville.
Lne différence de ton, cependant, s'accuse très nettement entre les deux nouvelles : dans le Clou d'or, Sainte-Beuve exprime directement sa souffrance, son exaspération ou sa rage; dans la Pendule, il semble qu'il ait pris son parti de l'amitié assagie et sereine où on l'emprisonne; il se peint sous les traits d un « homme d'un extérieur distingué et grave », « attaché à 0 une « beauté jeune encore » ; « il est bon et a l'air touché » ; mais pour se peindre, il se dédouble; et en s'observant par les yeux de l'horloger, il se raille avec une ironie amère : « Il est toléré, il est écouté, il se croit heureux. Mais moi qui ai vu l'autre règne, j'ai en pitié son bonheur. . . »
L' « autre règne »? Que veut-il dire? L'histoire
ioG LA PENDULE
contée dans la Pendule serait-elle une histoire vraie.' Mme d'Arbouville, si obstinée à se défendre contre les soupirs de Sainte-Beuve, aurait-elle, quelque dix ans plus tôt, moins victorieusement résisté à un autre soupirant plus jeune et moins digne d'être aimé?... Ou bien, aux refus réitérés qui lui furent si cruels, la rancune de Sainte-Beuve n'avait-elle point imaginé d'autre explication que celle-là? On ne peut que poser les termes du problème: la solution s'en trouvait peut-être dans les lettres que Mme d'Arbouville écrivit entre 18A0 et 1SA6, dont elle exigea. à un certain moment, la restitution, et qui sont perdues... (voir L. Séché — Mme d'Arbouville).
Qu'il s'agisse d'elle, en tous cas, dans la Pendule, les vers par où Sainte-Beuve achève sa nouvelle, empêcheraient à eux seuls d'en douter. Ils font partie, dès i844, du petit recueil anonvme imprimé pour elle, puis des Poésies Diverses insérées dans les Poésies complètes de îS^o; enfin, dans le recueil anonyme des Poésies diverses de 1 8Zj5 ils portent le n° IV dans le groupe des neuf poèmes dont on sait qu'ils furent rassemblés à son intention (voir plus haut les Remarques au Clou d'or, page 98).
C'est avec intention que Sainte-Beuve y a inscrit, ici. la signature de « ce pauvre diable de Joseph Delorme ». Au début de ses relations avec Mme d'Arbouville il avait fait lire à celle-ci son premier recueil de vers, sans lui dévoiler le mystère
— qui, cependant, depuis longtemps, n'en était plus un dans le monde littéraire — de son pseudonyme ; Mme d'Arbouville s'apitova sur la mort prématurée du jeune poète; et Sainte-Beuve s'en prévalut pour lui adresser un poème, qui, sous la forme d'un courtois badinage, fut l'une des premières déclarations de sa tendresse; il l'imprima en tête du groupe de ses Poésies diverses dans l'édition de ses Poésies Complètes qui parut dès le 20 avril i84o
— puis, en tête de la plaquette de i845- C'est la pièce :
A Madame XX A qui avait lu avec attendrissement les poésies d'un jeune auteur quelle croyait mort.
Et c'est lui , c'est bien lui dont vous avez parlé :
Si vous l'aviez connu, vous l'auriez consolé?
Vous me l'avez écrit: n'est-il pas vrai. Madame?
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Et, depuis bien des nuits, ce mot me trouble l'âme, Et je me dis souvent qu'il aurait été doux Pour lui, d'être compris et consolé par vous...
Instinctivement, en face de Sainte-Beuve, agité par les premiers troubles d'un désir qu'il osait mal confesser, Mme d'Arbou ville avait laissé monter à sos lèvres le même mot que, douze ou treize ans plus tôt, Mme Hugo avait d'abord permis aux siennes : elle avait parlé de « consolations » ; car c'est par le subterfuge de la pitié que Joseph Delorme prétendait à s'insinuer dans les cœurs les mieux défendus ; et il a toujours mêlé une sorte de timidité maladive et secrète au sentiment et à l'expression de l'amour.
Maurice Le vaillant.