SCÈNE XIII
LANDAU, KRETTLE, WALDMAN.
TVALDMAN.
OÙ as-tu donc e'té, mon vieux camarade? nous t'avons attendu pour manger la soupe.
LANDAU
Va-t'en au diable, avec ta soupe; c'est du rôti, c'est du vin qu'il nous faut.
WALDMAN.
Y penses-tu, Landau?
LANDAU
Chapeau bas! je viens de parler au fils de Napoléon. ( TValdman ôte son bonnet , et recule deux pas, )
AïK : Pourquoi me réueiller? ( du Gentilhomme. )
Honneur
A ma grandeur !
Respect, silence,
En ma présence !
Honneur
A. ma grandeur!
J'ai vu le fiis de mon erap'reur !
Vieux, souffrant, malheureux, Tantôt avec justice , J'accusais de caprice Le sort trop rigoureux ; Il paraît , je l'entends j Sa voix qui me pénètre , Soudain me fait renaître , Je n'ai plus que vingt ans.
Oui, le diable m'emporte , attelez-moi mes huit arabes Isa-
belles, et si je ne voas le mène pas à grandes guides , comme le jour du sacre . . . Clic, clac, gare, gare ! . . .
Honneur A ma granùeur !
Respect, silence , En ma présence!
Honneur A ma grandeur !
J'ai vu le fils de mon emp'reur.
WALDMAN.
Ta as donc parlé an duc de Reichstadt?
LANDAtr.
Oui , à la parade, et devant son état-major; et c'est luimême qui m'y a fait venir encore , car du diable si j'y songeais.
WALDMAN, impatient.
Etqne t'a-t-jldit?
D'abord il m'a demandé où je m'étais caché pendant quinze ans. — Chez mon vieil ami Waldman , lui ai-je dit.
WALDMAN.
Quoi , il sait mon nom?
LANDAU
Oh! il sait encore plus. Ensuite il m'a demandé de quoi j'avais vécn. — Mon vieil ami, lui dis-je , m'a nourri pour l'amour de Dieu.
WALDMAN.
Tu n'aurais pas dû dire ça.
LANDAU
Alors j'aurais été un vieux coquin. — Ton ami est-il riche? me dit le duc. — Prince, lui ai-je répondu, il a partagé son dernier morceau de pain avec moi.
"WALDMAN.
Frère, il ne fallait pas lui parler de ça.
LANDAU
Je te dis que j'anrais été un vieux coquin. — C'est un brave homme, dit le ducj je le lui rendrai, moi. — Ah! prince, Dieu seul peut le lui rendre, oui, oui. Dieu seul,
WALDMAN.
Ne suis-je donc pas déjà récompensé ? Le duc n'a-t-il pas dit : c'est un brave homme? Fi donc, camarade! tu me rendrais orgueilleux.
Laisse - moi achever. Alors il tire de sa poche un portefenillo , prend un ëtrit , le baise <mi pleurant , puis fait signe à un Monsieur , qui lui remet un paquet de papiers, il me le mel dans ia main; et comme jetais là stupe'fait, ne sachant pas trop si je devais accepter ou refuser, il njoute:
AIR : Duo d'Yeka.
Reçois , c'est au nom de mon père ,
Au nom de l'empereur !
J'acquitte une dette bien chère ,
Fidèift serviteur !
Sur la rive étrangère ,
Ton auguste patron,
A son heure dernière ,
Se rappela tou nom...
Brave homme ! garde en ta prière
Une place à Napoléon !
TOUS
AU ! gardons en notre prière Une place à Napoléon !
LANDAU
Tiens, regarde !
( Il met un paquet de papiers sur la table. )
■WALDMAN.
Dieu ! des billets de banque.
LANDAU
Dix mille e'cns !
KRBTTLE.
Dix ! . . . . Bon prince , je veux prier Dieu pour lui tons les dimanches.
LANDAU
Tons les jours, mon enfant.
•WALDMAN.
Eh bien ! Landau , je te souhaite le bonhenr que ta mérites... Maintenant te voilà tranquille sur tes vieux jours, tu pourras te donner quelques douceurs.
LANDAU
C'est ce que je vais faire, et tont de suite. ( Il divise les
billets (^ deux paris , ri en donne une à fValdman. ) Tiens, pfencis ça.
WALDMAN.
Quoi! . . . Non, non , ce n'était pas mon idée.
LANDAU
Si ta ne prends pas ça , nous nous disputerons pour la première fois de notre vie.
•WALDMAN.
Et sans compter !
LANDAU
As-tu compté tes bienfaits ?
"WALOMAN.
Mais c'est plus de la moitié.
LANDAU
C'est ce que je veux,
WALDMAN.
Je sais bien que tu aimes à donner. . .
LANDAU
Oui, pardieu!
WALDMAîî.
Mais je ne me pardonnerais jamais , si j'étais assez lâche pour faire payer l'amitié.
LANDAU
Qu'est-ce que ça veut dire? qui est-ce qui te parle de cela? Je ne veux payer que tes dépenses, que la dot que j*ai enlevée à cette pauvre enfant j rien autre chose, morbleu Quand j'avais la fièvre , et que tu ne quittais pas
mon lit, an risque de la gagner , pnis-je te payer ça? Et quand je me cassai la jambe à trois lieues d'ici , et que tu me rapportas sur ton dos à la mnison, cela se paie-t-il avec de l'or? il faudrait être fou. . . Ecoute, tu n'en veux pas? eh bieu ! soit , tu n'auras rien , pas un florin . . . Mais Krettle est ma filleule, je lui dois encore mon cadeau de parrain. Tu aurais pu lui en choisir un plus riche , tu as préfère' ton vieux camarade, il ne faut pas qu'elle en souffre. . . Tiens, Krettle, mets ça dans ta poche, et dépêche - toi d'épouser Franck.
KRETTLE , étonnée et joj'euse.
Mon père, est-ce bien vrai? mon père faut-il?. . .
LANDAU
Prends ça , ou je m'en vais le jeter dans la rivière.
WAtDMAN,
Prends, mon enfant, et rends - le lui en affection, en soins, pendant toute sa vie.
JCANDAU.
Bien parlé, ça.