CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
f 279. Qu'est-ce que la messe ?
—La messe est le sacrifice non sanglant fait à Dieu par le prêtre, du corps et du sang de Jésus-Christ consacré sur l'autel.
La messe est un véritable sacritice, car elle comprend tout ce qui constitue l'essence d’un sacrifice.
1° Elle est l’offrande d’une chose extérieure et sensible ; c’est-à-dire du corps et du sang de Jésus- Christ, sous les espèces du pain et du vin.
29 Cette offrande est faite à Dieu, car c’est à Dieu seul qu’on peut offrir le sacrifice de la messe.
30 Elle est faite par un ministre légitime; c’està-dire par les prêtres, qui sont les ministres du Sauveur, dont ils tiennent la place.
4° Il y a immolation réelle de la victime, puisque Jésus-Christ est dans l’Eucharistie, sans mouvement, sans aucun acte de vie extérieure.
5° Le corps de Jésus-Christ n’est pas seulement offert sur l'autel, mais il est consumé, et il cesse d’y avoir cet être réel et sacramentel que produit la consécration. Il ne manque donc rien
à la sainte messe de tout ce qui constitue un vétitable sacrifice,
La messe se divise en six parties: la Préparation--de l’Introït à l’Epître—; l’Inséruction—de l’Epître à l’Offertoire—; l’Offertoire—de l'Offrande à la Préface—; la Consécration—de la Préface au Pater—; la Communion—du Pater à la Communion—; l’Action de grâces—de la Communion au dernier Evangile.
Le prêtre qui veut célébrer la sainte messe, commence par prier quelque temps ; se lave les mains en récitant une prière particulière ; puis il prépare le calice mettant dessus un purificatoire et la patène avec une hostie. Sur l’hostie il
met {a pale, le voile, et sur le voile la bourse renfermant le corporal. Le calice représente le sépulcre de Jésus-Christ ; la patène, la pierre qui en fermait l'entrée; le corporal, les linges qui enveloppaient le corps du divin Crucifié.
I] revêt ensuite les ornements sacrés désignés par l'Eglise et qui sont: l’armict, l’aube, la cein- ‘ure, le manipule, l’étole et la chasuble. Chacun de ces vêtements a des significations, les unes, allégoriques, ayant trait à la passion de Notre- Seigneur, les autres, morales, qui servent pour aotre conduite. Ainsi, l’amäict, linge blanc, carré, que le prêtre se pose d’abord sur la tête et rabat ensuite sur le cou, rappelle le bandeau dont les soldats couvrirent la face du Sauveur afin de l’ineulter plus à l’aise. L’aube ou la tunique de lin blanc signifie la blanche robe de: insensés, dont Hérode fit par dérision revêtir Jésus-Christ, :& sagesse infinie. La ceinture, ou le cordon qui sert à relever l’aube, désigne les liens avec lesquels le Sauveur fut garrotté et les fouets de la flagellation. Le munipule, que le célébrant porte
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au bras gauche, était jadis un petit mouchoir servant à essuyer la sueur et les larmes. Il représente la pénitence et les bonnes œuvres requises pour avoir droit aux récompenses de la vie future. L’étole est le symbole de l'autorité spiriruelle, et signifie les liens qui attachèrent Notre- Seigneur à la colonne. La chasuble est l’emblême de la charité et rappelle les circonstances du couronnement d’épines de notre Sauveur, lorsque les soidats le dépouillèrent de sa robe sans couture, et lui jetèrent sur les épaules, en guise de manteau royal, une méchante tunique de pourre.
: Les couleurs des ornements sacrés sont au nombre de cinq, et ont aussi leur langage symbolique. Aïns1, le blanc exprime la joie et la purete. Cette couleur sert généralement aux fêtes des mystères joyeux de Notre-Seigneur, aux fètes de la sainte Vierge, des corfesseurs et des vierges.
Le rouge est employé aux fêtes des mystères douloureux ; à la fête de la Pentecôte, aux fêtes des Apôtres et des Martyrs, en mémoire du sang qu'ils ont versé pour la foi.
Le vert désigne l'espérance, comme la verdure d’un champ est le présage de sa fertilité. Cette couleur sert aux temps qui n’ont rien de particulier, comme entre l’Epiphanie et la Septuagésime, de la Trinité à l’Avent, en dehors des fêtes
Le violet, couleur sombre, symbole de la pénitence, sert pour l’Avent et le Carême.
Le noir est le signe de deuil de l'Eglise et de ses enfants. On l’emploie le Vendredi-Saint et dans les offices funèbres, 27
Le prêtre, revêtu de tous ses ornements, se couvre de la barrette, prend le calice de ln main gauche et se rend à l'autel sur lequel il le dépose ; puis il descend au bas des degrés pour commencer la messe. Après avoir récité le psaume 42, qui commence par le mot Judica, le Confiteor et quelques autres prières, il remonte à l’autel, lit l’Introît du jour, au côté de l’Epitre, et retourne au milieu de l'autel pour dire les Kyrie, mot qui signifie. *‘ Seigneur ayez pitié,” et l'hymne angélique Gloria in excelsis Deo, si la rubrique le prescrit. A la fin du Gloria, le prêtre retourne au missel et récite la Coilecte, qui est d'ordinaire un résumé substantiel de tout le mystère que l'Eglise célèbre en ce jour La Collecte finie, 1l lit l’Epitre, qui se compose de quelques passages tirés de la Sainte Ecriture; puis le Graduel et le Trait, servant de complément à l'Epître ou de préparation à l'Evangile Le Graduel est ainsi appelé, parce qu’on le chantait autrefois sur les degrés d’un pupitre élevé de plusieurs marches ; et par le Trait,que saint Paul appelle un gémissement spirituel, on entend les versets qui étaient chantés autrefois, sans interruption jusqu'à la fin, par un seul chantre, aux jours de pénitence et de deuil.
Passant ensuite à l’autre côté de l'autel, en même temps que le clerc y transporte le missel, le prêtre lit l'Evangile, légèrement tourné vers le peuple,afin que celui-ci puisse mieux entendre ce bon message qui lui est spécialement adressé, comme il est également adressé à tous les peuples. A l'Evangile, le prêtre et les fidies forment je signe de la croix avec le pouce de la main droite sur le frout, les lèvres et la poitrine.
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Ces trois signes sacrés sont, en quelque sorte, une protestation publique de ne jamais rougir de la doctrine de l'Evangile et d’en faire la règle exclusive de leurs jugements et de leurs affections, aussi bien que de leurs paroles et de leurs actes. Pendant ce temps les fidèles se tiennent debout, tant par vénération pour la parole de Notre- Seigneur que pour l’écouter plus attentivement, et marquer qu’ils sont prêts à y conformer leur conduite et à la défendre au besoin. En termiant la lecture de l'Evangile, le célébrant baise lcs premières paroles du texte qu’il vient delire, pour marquer le respect et la joie qu’inspirent les divines paroles bien comprises ; puis, s’1l y a lieu de le faire, il récite le Credo, qui est une pro- ‘ession de foi.
Le Credo terminé, il récite l'Offertoire, découvre le calice et fait l’offrande du pain et du vin qui doit être consacré Il va ensuite au côté de l'Epître, se laver les extrémités des pouces et des index ; revient au milieu de l'autel, et récite à voix basse les oraisons secrètes. Puis, il commence la Préface, dans iaquelle il supplie Dieu d’ordonner que nos voix soient jointes à celles des anges, pour l’adorer, le remercier et le louer avec eux. La Préface finit avec le Sanctus, qui est suivi du Cunon de la messe.
La partie du saint sacrifice qui s'étend du Sanctus au Pater exclusivement, es: appelé. Île Canon de la messe. C’est nendant cette ïaurtic que s’opère l’immolation de ia victime, ar !a consécration du pain et du vin. Le inst Canon est un mot grec qui signifie règle. Cette partie au eacrifice porte ce nom,parce qu’elle estinvariable. eauf quelques additions irès courtes à certaines
solennités. Mais ce qui distingue le Canon et le rend particulièrement digne de notre respect, c'est qu’il est composé des paroles de Jésus- Christ, des traditions des apôtres et des pieuses institutions de saints Pontifes. Plus le prêtre approche du moment où l’autel deviendra le trône du corps et du sang de Jésus-Christ, plus il multiplie envers celui-ci ses démonstrations d’humilité, de respect et d'amour. Arrivé à ce moment solennel dont le petit clerc donne le signal avec la sonnette, le célébrant observe les mêmes cérémonies et les mêmes rites que Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même, lorsqu'il institua la sainte Eucharistie, la veille de sa mort. Aïnsi, il prend lPhostie lorsqu'il dit que Jésus prit du pain dans ses mains vénérables ; il lève les yeux aux ciel, en disant que Jésus les y leva ; il fait une inclination de tête, quand il dit que Jésus rendit grâces à son Père; il bénit, en disant que Jésus bénit. Ensuite, il prononce les paroles de la consécration : Ceci est mon corps, les mêmes que Jésus-Christ a prononcées en instituant la divine Eucharistie. [1 prend immédiatement le calice, à l'exemple de Notre-Seigneur, dont il répète les paroles, lorsqu'il changea le vin en son sang ; il le bénit et prononce les paroles de la consécration: Ceci est le Calice de mon sang, du testamcnt mouvenu ét éternel : le mystère de la foi: qui sera ré andu jour vous et pour plusieurs pour la rémission des péchés. Le céléhrant élève successivement les deux espèces consacrées, pour les montrer aux assistants et les proposer à leur adoration; et an moment de chacune de ces élévations, le servant de messe agite la sonnette pour attirer l'attention.
Le Testament du Christ. dit saint Thomas, est éternel et nouveau : Il est éternel, soit parce qu’il a été préordonné dans les décrets éternels, soit parce qu’il nous lègue un héritage éternel. I e:t nouveau, par le temps où il nous a été donné. La transsubstantiation est appelée le mystère de la foi, parce que nous tenons par la foi seule, que le sang du Rédempteur est dans nos tabernacles véritablement, et que le changement de la substance du pain et du vin en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ, éprouve notre foi plus que tout autre mystère. En disant dans la dernière Cêne que son sang sera répandu pour plusieurs, Notre-Seigneur voulait distinguer la vertu d'avec le fruit de son précieux sang. En effet, son sang a été répandu pour tous les hommes ; mais son fruit n’est appliqué qu’à ceux qui coopèrent à la grâce de Dieu, et reste sans effet pour ceux qui n’y coopèrent point.
Après la Consécration, le prêtre récite une prière qui rappelle les mystères du sacrifice sanglant offert par Jésus-Christ à Dieu son père; il demande ensuite que notre oblation soit favorablement agréée ; il supplie que cette oblation soit présentée à Dieu par J ésus-Christ lui-même; il demande que les défunts participent aux fruits du sacrifice; et se frappant la poitrine, il fait la même demande pour lui-même et pour les assistants.
Le Canon terminé, il se prépare à la Commurnion par l’Oraison dominicale, suivie de quelques autres prières ; puis reconnaissant son indignité, il dit trois fois en se frappant la poitrine : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en moi, mais dites seulement une parole, et mon âme
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