‹ Le Code catholique, ou, Commentaire du catéchisme des provinces ecclésiastiques de Québec, Montréal et OttawaChapitre 117 sur 238 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

t 165— Qu'est-ce que le Baptême ?

—Le Baptême est un sacrement qui efface le péché originel, nous fait chrétiens, enfants de Dieu et de l'Eglise, et héritiers du Ciel.

Le Baptême nous fait chrétiens, c'est-à-dire membres de l'Eglise de Jésus-Christ ; enfants de Dieu, c'est-à-dire enfants adoptifs Tous les hommes, en effet, sont par leur création les enfants de Dieu ; mais les chrétiens ne le sont pas seulement par leur création, mais aussi par la grâce et l'union avec Notre- Seigneur. Il nous fait de plus héritiers du Ciel.

Un héritier est celui qui, à la mort d'un autre, hérite de sa propriété, de son argent et de ses autres biens. Ces choses lui sont laissées par testament, ou lui sont données par la loi du pays, lorsque la personne meurt sans faire de testament.

Un testament est un document écrit dans lequel une personne déclare ce qu'elle désire être fait de tout ce qu'elle possède lorsqu'elle mourra , dans lequel elle mentionne les œuvres de charité ou les personnes auxquelles elle désire laisser ses biens. Ce testament est signé par des témoins , et après la mort du testateur, il est remis à une personne qu'on appelle Pexécuteur-testamentaire, dont, la tâche est de voir à l'exécution fidèle de toutes les clauses du testament Il est facile de bien comprendre maintenant pourquoi nous appelons la Bible : l'Ancien et le Nouveau-Testament A sa mort. Notre- Seigneur nous a laissé un héritage et une propriété spirituelle Cet héritage est le Ciel que nous avions perdu par le péché d'Adam et que nous avons regagné pai la mort de Jésus-Christ. Cette propriété spirituelle est la grâce de Dieu qu'il nous a méritée L'Ancien Testament renferme la promesse de ce que Notre-Seigneur nous a laissé à sa mort, et le Nouveau Testament montre qn'ii a rempli sa promesse et nous a laissé ce qu'il avait promis. L'Ancien Testament a été écrit avant sa mort, et le Nouveau Testament seulement après. Les témoins de ces deux Testaments furent les patriarches, les prophètes, les Apôtres et les Evangélistes qui, par l'inspiration du Saint-Esprit, ont entendu Dieu faire ces promesses.

L'Eglise est l'exécutrice du testament de Jésus-Christ, et c'est elle, par conséquent, qui ent chargée de voir à ce que tous les hommes reçoivent ce qu'il leur a laissé, c'est-à-dire le Ciel et la grâce de Dieu. Elle doit aussi veiller à ce qu'ils ne soient pas dépouillés de ces biens par leurs ennemis : le démon, le monde et îa chair.

t 166.— Le Baptême efface-t-il aussi les péchés actuels ?

—Le Baptême efface aussi les péchés actuels et les peines qui leur sont dues, pourvu que l'on en ait un sincère repentir.

Nous savons que le Baptême a été institué pour remettre le péché originel. Mais supposons qu'une personne reçoive. le baptême seulement à l'âge de vingt-cinq ou trente ans, ou encore, peu de temps avant de mourir. Il est bien probable, sinon certain, qu'elle a dû commettre quelques péchés depuis qu'elle a l'usage de raison. Eh bien I ces péchés qu'elle a commis depuis qu'elle sait distinguer entre le bien et ie mal, seront-ils effacés par le Baptême, tout comme le péché originel ? Certainement.

Tous les péchés, sans distinction, sont pardonnés, sans qu'elle soit tenue de les confesser auparavant ; et en même temps toute la peine temporelle qui leur est due, lui est remise. Mais pour qu'il en soit ainsi, il faut, bien entendu, absolument comme dans la confession, qu'elle ait ïix contrition de ses fautes et le ferme propos

de ne plus les commettre. De plus, pour dispenser cette personne de confesser les péchés qu'elle peut avoir commis depuis l'âge de raison, il faut avoir la certitude absolue qu'elle n'a jamais été baptisée une première fois.

Il n'en est pas de même dans le sacrement de Pénitence. Il remet, il est vrai, la peine éternelle et une partie de la peine temporelle ; mais il reste toujours au pécheur à satisfaire à Dieu pour l'injure qu'il lui a faite en péchant, bien que tous ses péchés aient été pardonnes.

Par conséquent, il lui faut, en ce monde ou dans le purgatoire, souffrir une peine que nous appelons temporelle parce qu'elle ne doit pas durer toujours. On peut satisfaire à la justice de Dieu sur la terre, et éviter ainsi les souffrances du Purgatoire, par la prière, le jeûne, les indulgences, l'aumône et les bonnes œuvres, de même qu'en supportant avec patience les souffrances, les épreuves et les afflictions, et en le3 offrant à Dieu comme satisfaction pour nos péchés.

Dans le baptême, au contraire, les peines éternelle et temporelle sont entièrement remises ; de sorte que si une personne meurt immédiatement après son baptême, elle s'en va directement au ciel, sans passer par les flammes du Purgatoire où vont seulement ceux qui n'ont pas satisfait pour la peine temporelle due à leur péché. De même, cette personne ne peut gagner aucune indulgence, parce que les indulgences sont destinées à solder la peine temporelle ; ni recevoir le sacrement de Pénitence, parce que la Pénitence remet seulement les péchés commis après le baptême, et que cette personne n'a aucun péché à faire remettre, Admirons donc la

bonté infinie de Dieu, en instituant un sacrement qui nous met dans l'état d'innocence où étaient nos premiers parents au sortir des mains du Créateur.

t 167.— Le Baptême est-il nécessaire au salut ?

— Oui, le Baptême est nécessaire au salut.

Le Baptême est si important que nous ne pouvons recevoir aucun autre sacrement avant d'avoir été baptisés. Aussi l'Eglise veut être être certaine que tous ses enfants sont baptisés j c'est pourquoi lorsqu'il existe un doute raisonnable au sujet du premier baptême e'.le rebaptise sous condition, c'est-à-dire le prêtre dit en renouvelant le baptême : "Si tu n'es pas baptisé, je te baptise au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit." Par conséquent, si le premier baptême était valide, le second n'a aucun effet ; parce que le prêtre n'a pas l'intention de donner le baptême une seconde fois. Mais si le premier vitait nul, alors le s cond prend effet. De cette façon, le Baptême n'est jamais donné qu'une seule fois. Les convertis sont généralement rebaptisés sous condition, parce qu'on ignore presque toujours s'ils ont été baptisés ou s'ils l'ont été validement. On suit la même ligne de conduite à l'égard des enfants ondoyés à domicile, à moins d'avoir la certitude qu'ils ont été baptisés validement.

De plus, le Baptême est tellement nécessaire au salut, que ceux qui meurent avant d'avoir été baptisés, sans qu'il y ait de leur faute,

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h 'iront jamais au ciel, bien qu'ils n'aient jamais péché. Ils n'iront pas non plus en enfer. Or. comme après le jugement dernier il n'y aura plus que le ciel et l'enfer où donc iront-ils ? Dieu dans sa bonté leur ménagera un lieu spécial de repos dans lequel ils n'endureront aucune souffrance et où ils seront dans un état de paix naturelle; mais ils ne verront jamais Dieu, et n'entreront jamais dans le ciel. Dieu aurait pu nous créer pour une fin purement naturelle, de telle sorte que nous serions toujours restés sur la terre, jouissant d'un bonheur naturel au milieu des excellentes choses qu'il a mises à notre disposition. Mais dans ce cas supposé, nous n'aurions pas connu Dieu et le ciel comme nous le connaissons maintenant. Il est bien évident que ce bonheur terrestre, comparé aux délices du ciel et à la jouissance de la vue de Dieu, ne serait rien ; et à présent que par la Révélation nous connaissons Dieu et le ciel, nous nous trouverions fort à plaindre si nous étions destinés à rester indéfiniment sur la terre Ceux qui meurent sans le baptême, ne soupçonnant même pas le bonheur qu'ils ont perdu, sont naturellement heureux ; mais nous qui connaissons tout ce qu'ils ont perdu, nous comprenons la grandeur de leur infortune

C'est donc un crime horrible de laisser volontairement mourir quelqu'un sans le baptême, ou de priver un enfant de la vie avant qu'il soit baptisé. Supposons que tous les membres d'une famille, à l'exception d'un petit enfant, ont été baptisés ; le père, la mère et les enfants de cette famille peuvent tous aller au ciel, s'ils le veulent, tandis que ce petit enfant en sera exclu pour

toujours ; il sera éternellement séparé de 6â familie et ne verra jamais Dieu. C'est donc une cruauté révoltante de priver un enfant, par des considérations humaines ou des imprudences coupables, du bienfait du baptême.

t 168.— Qui peut administrer le Baptême?

— Le prêtre est le ministre ordinaire du Baptême, mais dans le cas de nécessité toute personne qui a l'usage de la raison peut et doit baptiser.

Non seulement le prêtre est le ministre ordinaire du Baptême, mais ceux aussi qui sont plus élevés que lui dans la hiérarchie ecclésiastique, tels que les évêques et le Pape; car ils ont tous les pouvoirs du simple* prêtre et, de plus, la plénitude du sacerdoce.

Le nom de ministre est donné ici à celui-là seul qui a reçu le pouvoir d'exercer les fonctions ecclésiastiques ; et par ministre ordinaire du baptême, on entend celui qui a le droit de baptiser et qui le fait généralement. Quant aux autres, ils ne peuvent baptiser que dans le cas de nécessité : c'est-à-dire quand on ne peut avoir recours au ministre ordinaire et que le Baptême ne peut être ajourné.

Dans le cas de nécessité, toute personne, sans exception, peut baptiser, pourvu qu'elle sache comment baptiser et qu'elle veuille sincèrement faire ce que fait l'Eglise quand elle baptise. On ne peut baptiser quelqu'un malgré sa volonté ou, s'il s'agit d'un enfant, malgré la volonté de se9 parents, ou encore, lorsque cet enfant ne doit

pas être élevé dans la religion catholique. Cependant, si l'enfant est en danger de mort, il peut et il doit être baptisé, même sans le consentement de ses parents.

Enfin, toute personne qui baptise doit avoir l'usage de la raison ; parce qu'elle doit avoir l'intention de faire ce que Notre- Seigneur a ordonné de faire en donnant le baptême. Par conséquent, un enfant qui n'a pas encore l'usage de la raison ne peut pas avoir cette intention et ne peut baptiser.

t 169.— Comment se donne le baptême ?

— La personne qui baptise verse de l'eau naturelle sur la tête de la personne qu'elle baptise, et dit en même temps : " Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit."

Lorsque le Baptême a lieu dans l'église, le prêtre se sert de l'eau baptismale; c'est-à-dire de l'eau bénite pour celte fin le Samedi-Saint et la veille de la Pentecôte, et renfermant quelques gouttes de l'huile des catéchumènes et du Saint- Chrême. Lorsque, dans le cas de nécessité, le Baptême a lieu à domicile ou dans une maison privée, sans aucune des cérémonies qui sont de rigueur à l'église, celui qui baptise, quel qu'il soit, peut employer l'eau ordinaire, chaude ou froide, pourvu qu'elle soit limpide et nette. Le Baptême donné à domicile est appelé Baptême privé ; et le Baptême conféré à l'église avec toutes les cérémonies prescrites par le Rituel, est appelé Baptême solennel. Toute personne baptisée à la maison doit plus tard, aussitôt qu'il est

possible, être présentée à l'église, afin que le prêtre puisse suppléer les cérémonies omises lorsqu'elle a été ondoyée.

Les conditions requises pour que le Baptême soit bon, sont les suivantes : 1° Il faut que l'eau naturelle versée sur la tête de l'enfant touche la peau ; 2° L'eau doit être versée par la personne qui prononce les paroles, et de plus, dans le même temps ; 3° Il ne faut rien changer, au moins substantiellement, aux paroles : " Je te baptise au nom du Père, et du Fils et du Saint- Esprit." Ainsi, il ne suffirait pas de dire : "Je te baptise au nom de Dieu," ou " au nom de la .Sainte Trinité," ou encore au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit," sans dire, " Je te baptise." 4° Celui qui baptise doit avoir l'intention de faire ce que Notre-Seigneur a ordonné de faire. Si donc, Peau ne touche pas la peau ; si on l'ait usage de tout autre liquide que l'eau ; si l'un verse l'eau pendant qu'un autre prononce les paroles ; si on ne fait pas les deux choses on même temps; si on change substantiellement les paroles, et si on n'a pas l'intention de faire ce que fait l'Eglise, alors le Baptême est nul.

Nous allons maintenant rappeler les différentes choses nécessaires pour l'administration du Baptême solennel, repasser les cérémonies prescrites par l'Eglise et en donner la signification, afin d'augmenter le respect que l'on doit avoir pour ce sacrement, et de faire mieux comprendre le cérémonial qui en accompagne l'administration.

Pour l'administration du Baptême solennel, il faut les choses suivantes : 1° L'eau baptismale; 2° L'huile des Catéchumènes et le Saint- Chrême;

3° Un petit vase avec du sel bénit, bien sec et bien pulvérisé ; 4° Un autre petit vase, d'un métal propre et convenable, pour verser l'eau baptismale sur la tête de la personne que l'on baptise ; 5^ Un bacsin pour recevoir cette eau, à moins qu'elle ne tombe immédiatement dans la piscine des fonts ; 6° Un peu de ouate et de mie de pain, pour purifier les doigts du prêtre après les onctions, ainsi que les parties du baptisé qui auront été ointes ; 7° Une petite boîte pour y déposer tout ce qui aura servi à ces purifications ; 8° Deux étoles, l'une de couleur violette et l'autre de couleur blanche, ou, au moins, une étole qui soit double, portant deux couleurs ; 9° Un chrémeau ou petit bonnet de toile fine, pour mettre sur la tête du nouveau baptisé ; 10° Un cierge de cire blanche.

Tout étant préparé pour l'administration du Baptême, le prêtre demande à ceux qui ont apporté l'enfant, s'il a été ondoyé à domicile, si c'est un garçon ou une fille, quel jour il est né, et quel nom on dés;re lui donner.

Puis, il fait à 1 enfant les interrogations prescrites par le Rituel, et auxquelles le parrain et la marraine doivent répondre pour lui. Si la personne à baptiser est capable de répondre ellemême, elle est tenue de le faire.

Que demandez-vous à V Eglise de Dieu, dit d'abord le prêtre ? Le parrain et la marraine répondent : La Foi.

Quel bien vous procurera la Foi ? La vie éternelle. Alors le prêtre exhorte l'enfant à observer les Commandements de Dieu et à l'aimer de tout son cœur. Il souffle ensuite trois fois sur le visage de l'enfant et commande au démon de s'éloi-

gner. Puis il fait, avec le pouce de la main droite, deux croix : l'une sur le front, et l'autre sur la poitrine de l'enfant, et met dans sa bouche un peu de sel bénit, signe de la sagesse que donne la fui, et il prie de nouveau pour l'enfant. Cette dernière prière finie, il met un bout de son étole sur l'enfant, pour signifier qu'il est introduit dans l'Eglise; s'approche lentement des fonts baptismaux, avec le parrain et la marraine qui récitent avec lui, d'une voix intelligible, le Credo et le Pater, tout au long, pour montrer que la personne à baptiser doit connaître et croire toutes les vérités de la religion. Autrefois cette première partie des cérémonies du Baptême se faisait en dehors de l'église. Le prêtre prie de nouveau, et prenant un peu de sa salive, avec le pouce de la main droite, il en touche, en forme de croix, les oreilles et les narines de l'enfant, en prononçant en même temps les paroles de Notre-Seigneur lorsqu'il cracha à terre, et ayant fait de la boue avec sa salive, il oignit de cette boue les yeux de l'aveugle-né et lui rendit la vue. Il demande alors à l'enfant s'il renonce à Satan, à ses œuvres, et à ses pompes ; puis prenant l'huile des Catéchumènes, il en fait une onction sur la poitrine et entre les épaules de l'enfant, fait une profession de foi, et enfin baptise l'enfant que le parrain et la marraine doivent, pendant ce temps, toucher de la main droite. Après le Baptême il oint le sommet de la tête de l'enfant avec le Saint-Chrême, lui met sur la tête le Chrémeau, pour signifier la pureté qu'il a reçue dans le baptême et qu'il doit garder son âme exempte du péché, et présente à sa main un cierge allumé que le parrain et la marraine soutiennent de la main droite.

Noas sommes baptisas à l'entrée de l'église, pour montrer que sans le Baptême nous sommes en dehors de l'Eglise. Le signe de la croix est souvent fait sur nous, pour nous rappeler que notre salut est dû à la croix et à la passion de Notre-Seigneur. L'étole est placée sur nous, pour montrer que l'Eglise nous prend sous sa protection et nous protège contre la puissance du démon. Les onctions avec l'huile des Catéchumènes et le Saint-Chrême signifient que nous sommes purifiés de nos péchés et fortifiés pour combattre les combats du Christ. Le Chrémeau ou petit bonnet de toile fine est placé sur notre tête, pour nous rappeler la gloire de la Résurrection, et le cierge allumé est placé dans notre main, pour nous montrer que dorénavant nous devons brûler de charité chrétienne.

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