Quand notre confession est- elle entière
—Notre confession est entière quand nous faisons connaître le nombre et l'espèce de nos péchés, et les circonstances qui en changent la nature.
1° Le nombre. — Lorsque le pénitent peut donner le nombre exact, il doit le faire. Mais assez souvent, surtout dans les confessions de longue date, il est impossible de se rappeler le nombre précis de ses péchés Alors, il suffit d'en donner le nombre approximatif, et de dire, par exemple, qu'on a juré, blasphémé, médit, etc., environ tant de fois par jour, par semaine, par mois ou par année. De cette manière, le confesseur peut apprécier l'état de la conscience du pénitent.
2o V espèce. — Tous les péchés ne sont pas de la même espèce. Ainsi les jurements, le vol, la médisance, la calomnie, etc., ne sont pas des péchés de la même espèce, et doivent être accusés séparément.
3° Lee circonstances qui en changent la nature. — On entend par circonstances tout ce qui accompagne l'action, comme par exemple, les motifs, les moyens, le lieu, l'intention, les personnes, les
suites, etc. Quelquefois les circonstances changent la nature du péché ; quelquefois elles aggravent beaucoup ou peu la malice du péché ; et quelquefois elles la diminuent. Il est absolument nécessaire de mentionner les circonstances qui changent la nature du péché, et font que la même action renferme à elle seule plusieurs péchés Quant aux circonstances qui aggravent ou qui diminuent la malice du péché, il vaut mieux les faire connaître, bien qu'on n'y soit pas tenu d'une manière certaine et indiscutable. Ainsi, celui qui a commis un vol, n'a pas besoin de dire si ce vol a été iait au détriment d'un épicier, d'un boulanger ou d'un marchand de gros, car cette circonstance ne change en rien la nature du péché. Il lui suffît simplement de mentionner le montant qu'il s'est approprié injustement. Mais si le vol a eu lieu dans une église, ou si c'est une chose sacrée qu'il a dérobée, il doit mentionner cette circonstance, parce qu'alors ce péché est à la fois un vol et un sacrilège. Il vaut mieux, comme nous l'avons déjà dit, faire connaître les circonstances qui aggravent ou diminuent la malice du péché, en ayant soin de laisser de côté toutes celles qui n'ont aucun de ces effets.
t 229.— Que doit-on faire quand on ne peut pas se souvenir du nombre de ses péchés ?
—Quand on ne peut pas se souvenir du nombre de ses péchés, on doit déclaror aussi exactement que possible, combien de fois par jour, par semaine ou pajr mois,
on a commis tel péché, et ajouter combien de temps a duré la mauvaise habitude.
t 230.— Si nous oublions de confesser un péché mortel, sans qu'il y ait de notre faute, notre confession est-elle mauvaise ?
— Si nous oublions de confesser un péché mortel sans qu'il y ait de notre faute, notre confession est bonne, et ce péché est pardonné ; mais, si plus tard il nous revient à la mémoire, nous sommes tenus de le confesser.
231.— Est-ce une faute grave que de cacher volontairement un péché mortel en confession ?
—Oui, c'est une faute grave que de cacher volontairement un péché mortel en confession, parce que c'est mentir au Saint-Esprit, et la confession est nulle et sacrilège.
Cacher volontairement un péché mortel on confession est un mensonge au Saint-Esprit. Dieu voit chaque péché que nous commettonJ et est présent quand nous entrons dans le confessionnal et que nous déclarons confesser tous nos péchés. Si alors, nous cachons volontairement un péché que nous sommes obligés de confesser, Dieu est témoiû de notre mensonge sacrilège.
Supposons, par exemple, que je rencontre quelqu'un dans un endroit où il lui a été défendu d'aller, et qu'ensuite il ne craigne pas de nier positivement le fait, bien qu'il- sache parfaitement que j'ai remarqué sa présence en cet endroit. Il est doublement coupable ; car, outre le péché de désobéissance qu'il a commis en allant en cet endroit malgré une défense formelle, il outrage sciemment la vérité en essayant de faire croire que mon assertion est fausse. De même, cacher volontairement un péché mortel en confession, équivaut à nier en présence de Dieu que nous sommes coupables de ce péché dont il a été le témoin. En outre, il n'y a pas de plus grande folie que de cacher un péché à confesse, car il faudra nécessairement le confesser tôt ou tard, et plus nous le cacherons longtemps, plus nous éprouverons de honte à avouer un jour les sacrilèges commis. D'ailleurs, pourquoi avoir honte d'avouer à son confesseur des péchés que nous n'avons pas rougi de commettre en la présence de Dieu ? Ce serait — ce qui est absurde — professer un plus grand respect pour le prêtre que pour Dieu. De plus, cette confession qui accompagne l'aveu de nos fautes est un commencement d'expiation. Notre- Seigneur savait certainement quand il institua le sacrement de pénitence, que la confession serait pénible pour la pauvre nature humaine ; et cet acte d'humilité lui plaît, est une espèce de punition de nos péchés, et remet probablement une partie du châtiment que nous aurons à souffrir pour les expier. Souvent aussi la pensée de la confession empêche de faire le dernier pas qui conduit au péché. Une autre réflexion qui devrait nous en-
courager à accuser tous nos péchés de bon cœur, et même avec un certain plaisir, c'est que si on refuse de le faire, on aura à subir la honte infiniment plus grande de les voir un jour dévoilés, non pas devant un seul homme, comme au tribunal de la pénitence, mais aux yeux de tous nos parents, de nos amis, du monde entier réuni au pied du tribunal du Juge suprême. Il faut prendre garde de croire que le confesseur aura une moins bonne opinion de nous après une confession peut-être chargée. Au contraire, plu^ il constate que notre confession a dû être pénible, plus nous grandissons dans son estime et dans son affection, si nous avons bravement fait les choses. D'ailleurs, en sortant du confessionnal, le confesseur publie le récit des misères qu'il vient d'entendre. V ne désire rien tant que de perdre le souvenir de tout ce qu'il a entendu, afin de conserver plus facilement son âme exempte de la moindre souillure. C'est à peine même, bien souvent, si l'accusation des péchés terminée, il se les rappelle suffisamment pour donner l'absolution. Ajoutons encore, que le confesseur est toujours plus content d'entendre la confession d'un grand pécheur ou de quelqu'un qui a été longtemps éloigné des sacrements, que la confession de celui qui se présente fréquemment ou qui n'a presque rien à dire. Ce qui lui fait plaisir, en pareil cas, ce n'est ni la multitude ni l'énormité des péchés du coupable qui est à ses genoux, mais la conversion de ce pauvre malheureux, qui a enfin le courage de briser les chaînes qui le retenaient esclave depuis tant d'années. Notve-Seigneur n'a-t il pas dit: l< qu'il y aura plus de joie dans le ciel pour un
seul pêcheur qui fait pénitence, que pour quatrevingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence." (1) Plus une personne a été exposée au danger de périr, plus ses amis se réjouissent en la voyant sauvée d'une mort presque certaine. Si un frère tombant à l'eau, en plein milieu du fleuve, était ramené à la surface, juste au moment où il enfonce pour la dernière fois, ce sauvetage nous ferait infiniment plus plaisir que si on le lirait d'un étang au fond duquel il se serait lai-séchoir, et dont la profondeur de l'eau n'est pas suffisante pour le noyer. Ainsi, plus nous nous sommes approchés de l'abîme, plus nous nous sommes exposés à perdre nos âmes et à descendre en enfer, plus les anges et les saints se réjouissent quand nous sommes sauvé3. Celui qui échappe à un grave danger sera plus prudent dans l'avenir ; de même le pécheur après avoir échappé au danger de la mort éternelle, par le pardon de ses péchés, ne risquera peutêtre plus jamais son salut, ou du moins sera beaucoup plus circonspect.
t 232.— Que doit faire celui qui a caché volontairement un péché mortel en confession ?
—Celui qui a caché volontairement un péché mortel en confession, doit accuser le péché qu'il a caché, puis le sacrilège qu'il a commis, et enfin accuser de nouveau tous les péchés qu'il a commis depuis sa dernière bonne confession.
(1) 8. Luc, xv, 7. 23
Il faut bien remarquer que, oublier et cacher, ne sont pas la même chose. Cependant, si on ni glige volontairement d'examiner sa conscience, ou si on ne fait aucun effort pour connaître ses péchés avant de se présenter à confesse, alors oublier et cacher sont presque équivalents. Une confession sans préparation peut difficilement être bonne. Lorsqu'on doute si une action est péché ou ne l'est pas, ou si on a déjà confessé une faute quelconque, il ne faut jamais sortir du confessionnal avant d'avoir tiré les choses au clair. Mais on doit prendie garde de se laisser aller à des inquiétudes inutiles et fatigantes, en pensant sans cesse aux péchés passés, et surtout à ceux qu'on peut avoir eu le malheur de commettre dans l'enfance et la jeunesse. Cette pratique n'est pas sans danger ; car, en s'arrêtant ainsi aux péchés de la vie passée, on s'expose à y prendre plaisir et à pécher de nouveau. Il vaut mieux ne revenir sur aucun péché particulier commis autrefois, ou sur les circonstances qui l'ont accompagné, et se rappeler seulement, d'une manière générale, qu'on a péché dans le passé contre tel ou tel commandement et contre telle ou telle vertu. Le passé, tout regrettable qu'il puisse être, ne nous appartient plus, et il ne sert de rien de se le remettre constamment sous les yeux. C'est l'avenir qu'il faut prévenir et employer à l'œuvre de notre sanctification. Très souvent, cette préoccupation presque exclusive de la vie passée est une ruse du démon, qui a recours à ce moyen pour nous empêcher de nous mettre en garde contre les dangers de l'avenir La confession une fois faite, ne pensons plus aux péchés que nu us venons d'accuser,
mais aux mesures à prendre pour les éviter dorénavant. Quand une blessure est guérie, on ne voit jamais un malade l'ouvrir de nouveau pour mieux s'assurer de sa guérison ; ainsi, quand les blessures faites à notre âme ont été guéries par l'absolution, nous ne devons pas les sonder de nouveau
Telle est la règle à suivre au sujet des confessions ordinaires. Mais il est bon et nécessaire quelquefois, de faire une confession générale ou une confession extraordinaire, comme nous allons maintenant le voir La confession générale embrasse toute la vie, et elle est, par conséquent, l'accusation de tous les péchés commis depuis l'âge de raison. La confession extraordinaire est celle qui ne remonte qu'à une certaine époque, à 3a première communion, par exemple, à une retraite, ou à la dernière confession sur laquelle on peut prudemment compter.
La confession, soit générale soit extraordinaire, est nécessaire aux uns, utile à plusieurs et nuisible à d'autres.
Elle est absolument nécessaire à ceux dont les confessions précédentes sont nulles, quelle que soit la cause de la nullité.
Elle est utile, sans être nécessaire, à ceux dont les confessions précédentes inspirent des doutes, des inquiétudes ; à ceux qui embrassent un nouvel état de vie ou qui se préparent à la mort; à l'époque de la première communion, d'un jubilé, d'une retraite, etc. Elle est utile, parce qu'elle nous donne une connaissance plus parfaite de l'état de notre âme, en rassemblant, pour ainsi dire, en un seul tableau, non pas. seulement les fautes de quelques semaines et d«
quelques mois, mais de toute la vie. Nous les pe.-ons comme Dieu les pèsera au jour du jugement, nous calculons le bien et le mal que nous avons fait, et nous comparons notre actif et notre passif spirituel, afin de voir si nous sommes en déficit Nous prenons ensuite la ferme résolution de faire le plus de bien et le moins de mal possible, de faire pénitence ; et ainsi, cette espèce de jugement que nous portons sur nous-mêmes, rend la confession générale utile et profitable.
Elle est nuisible aux personnes scrupuleuses, qui regardent comme péché presque tout ce qu'elles font, parce qu'elle ne fait qu'augmenter leurs inquiétudes au lieu de les diminuer. Ces personnes ne sont jamais satisfaites de leurs confessions, veulent toujours les recommencer, et craignent de s'approcher des sacrements. Leur conscience n'est jamais à l'aise, et elles sont souverainement malheureuses. Elles ont tort de penser et d'agir de cette manière, et feraient bien mieux de s'en rapporter à la décision de leur confesseur, et de comprendre que dans leurs scrupules, il y a beaucoup trop de crainte, pas assez de confiance, et peu d'amour de Dieu.
Notre-Seigneur dont la bonté est infinie, n'a pas institué les sacrements pour nous rendre malheureux, mais, au contraire, pour nous rendre heureux et pour rendre la paix à nos âmes quand nous l'avons perdue par le péché. Les personnes scrupuleuses doivent donc suivre à la lettre la ligne de conduite que leur trace le confesseur, quelleque soit leur manière de penser, et ne jamais solliciter la permission de faire une confession générale qui ne servirait qu'à augmenter leurs inquiétudes.
La préparation pour une confession générale est la même que pour une confession ordinaire ; niais elle exige un peu plus de temps, et lorsqu'elle n'est pas absolument nécessaire, il n'est pas nécessaire qu'elle soit aussi exacte ni aussi détaillée.
t 233.— Pourquoi le prêtre impose-t-il une pénitence après la confession ?
— Le prêtre impose une pénitence après la confession, ccmme satisfaction pour le, peine temporelle due au péché, et comme moyen de détourner le pénitent de le commettre de nouveau.
La légère pénitence que le prêtre impose ne peut pas pleinement satisfaire à Dieu ; mais son acceptation montie que nous sommes disposés à faire pénitence et à expier le mal que nous avons fait. Si Dieu se contentait d'un simple changement de vie, sans exiger aucune réparation, la facilité du pardon pourrait devenir un encouragement au crime. Au reste, que sont ces pénitences de quelques Pater ou de quelques Ave, imposées au pénitent, en comparaison de la grièveté d'un seul péché mortel, pour lequel il aurait eu à souffrir dans l'enfer pendant coûte l'éternité? Que sont également ces pénitencos si on les compare à celles qui étaient imposées aux Chrétiens des premiers siècles de l'Eglise ? Dans la primitive Eglise, ceux à qui il était prescrit de faire pénitence publique venaient, le premier jour du carême, se présentera la pone de l'église, en habits pauvres, sales et déchirés. Etant entrés dans l'église, ils recevaient de la