‹ Le Code catholique, ou, Commentaire du catéchisme des provinces ecclésiastiques de Québec, Montréal et OttawaChapitre 163 sur 238 · Comment devons-nous prier · texte numérisé non relu

Comment devons-nous prier

—Nous devons prier : 1° avec attention ; 2° avec humilité, en reconnaissant notre impuissance et notre dépendance de Dieu ; 3Q avec un grand désir et une grande confiance d'obtenir les grâces de Dieu ; 4° avec persévérance.

1° Avec attention, c'est-à dire en pensant à ce que nous faisons. Avant de prier, nous devons réfléchir un instant sur l'acte de la prière. Par elle nous allons nous adresser au Dieu tout puissant, notre Créateur, et lui demander les grâce3 dont nous avons besoin. Personne ne songerait à

aller dans un magasin sans penser d'avance à ce qu'il doit acheter, et sans prendre les mesures nécessaires pour se le procurer. Il calcule auparavant la quantité de la marchandise dont il a besoin, ce qu'elle va coûter, et apporte l'argent nécessaire pour payer. Il comprend que le commis ne peut pas deviner ce qu'il lui faut, et qu'il serait ridicule de demander n'importe quel objet. Il en est de même de la prière. Lorsque nous avons pensé à la grâce que nous devons demander à Dieu, pourquoi nous voulons obtenir cette grâce et pourquoi aussi Dieu devrait nous l'accorder, nous pouvons nous agenouiller et prier. Nous devons prier Dieu de la même manière qu'un enfant demande une faveur à ses parents. Nous devons lui parler dans toute la simplicité de notre langage, lui dire pourquoi nous le prions et pourquoi il doit nous accorder ce que nous lui demandons, sans oublier toutefois que Dieu ne nous doit rien. Nous ne devons pas toujours lire nos prières à Dieu. Lorsque nous avons besoin des services d'un ami, nous savons comment nous y prendre. Nous ne faisons pas écrire notre requête par un autre pour aller ensuite la lire à cet ami. C'est cependant ce que nous faisons lorsque nous récitons des prières composées par un autre. Nous devons essayer de prier par nous-mêmes. Naturellement, lorsque l'Eglise ordonne certaines prières — comme celles du prêtre pour l'office divin — ou qu'elle nous recommande d'autres prières, comme le Notre Père, je vous salue Marie, et le Credo, nous devons les réciter de préférence aux nôtres, parce qu'alors l'Eglise se joint à nous pour appuyer notre demande, et que Dieu exauce mieux de semblables

prières. Nous voulons dire seulement que nous ne devons pas toujours nous servir de livres de prières, ni réciter trop précipitamment le Notre- Père. afin de pouvoir consacrer plus de temps à certaines prières imprimées qui nous plpisent. Notre prière doit être une conversation avec Dieu, et après lui avoir parlé, nous devons écouter ce qu'il a à nous dire, par notre conscience, nos bonnes pensées, etc.

Nous devons surtout être en garde contre certaines prières composées par des imposteurs qui n'ont d'autre but que de faire de l'argent. Ils prétendent que ces pnères ont été découvertes en quelque endroit célèbre, et que ceux qui les portent sur eux ou les récitent, en retirent des avantages merveilleux, qu'ils n'auront jamais d'accidents, qu'ils connaîtront l'heure de leur mort, qu'ils iront directement au ciel après leur mort, etc,. S'il existait de semblables prières, l'Eglise les connaîtrait certainement et les recommanderait à ses enfants. Quand de semblables prières nous tombent sous la main, il faut les porter à un prêtre et lui demander son opinion avant de s'en servir ou de les donner aux autres. N'achetons jamais de prières ou d'objets de piété de personnes que nous ne connaissons pas, car ce sont, la plupart du temps, des imposteurs dont les manières doucereuses et les discours onctueux font malheureusement trop de victimes parmi les catholiques ; ces personnes qui, trop souvent ne sont pas catholiques ou ne le sont que de nom, rient sous cape de la superstition et de la stupide naïveté des catholiques qui croient tout ce qu'on leur débite sur les livres de piété, les prières et les objets de dévotion.

Dans les premiers âges de l'Eglise, lorsque les ennemis de Jésus-Christ s'aperçurent qu'ils ne pouvaient réfuter ses enseignements, ils commencèrent à prôner des doctrines insensées, prétendant qu'elles étaient enseignées par le Christ, espérant par là faire tomber le ridicule sur le christianisme. Ainsi, de nos jours, les ennemis de l'Eglise catholique mettent une foule de choses en circulation, disant que c'esi là son enseignement, dans l'espoir que ces doctrines fausses et insensées jetteront du discrédit et du ridicule sur la vraie religion. Soyons en garde contre tous les imposteurs, et rappelons-nous que c'est une règle de conduite très sage de ne jamais acheter d'objets de piété de personnes qui vont de porte en porte pour les vendre. Rappelons-nous aussi que tous les objets de piété que l'on offre en vente, ne viennent pas de Rome ou de la Terre-Sainte, malgré les affirmations de leurs possesseurs, et que nous sommes dans l'erreur si nous le croyons.

2° Avec humilité. — Coupables d'une infinité de fautes, nous sommes indignes d'obtenir aucune faveur de Dieu et même de nous présenter devant lui pour le prier. Il faut donc reconnaître notre indignité, nous humilier à la vue de nos fautes, et en gémir du fond du cœur. Le Publicain et la Madeleine dont parle l'Evangile en sont Ja preuve.

3* Avec un grand désir et une grande confiance ^obtenir les grâces de Dieu, c'est-à-dire avoir pleine confiance que Dieu nous accordera ce que nous demandons, si nous en avons besoin ou s:. nous le méritons. Un grand nombre de personnes ont le défaut de prier sans avoir le désir

et la confiance d'être exaucées. En priant nous devons avoir tant de foi et de confiance que nous serions réellement désappointés si 'nous n'obtenions pas ce que nous demandons. Un jour que Notre-Seigneur passait en un certain lieu, il fut suivi par une pauvre femme qui était malade depuis vingt ans, et qui dans l'espoir d'être guérie, avait dépensé sa fortune pour payer les services des médecins. (1) Elle ne lui demanda pas de la guérir, mais elle se disait à elle-même : Si je puis .seulement toucher se* vêtements, je serai guérie. Elle se fraya un chemin à travers la foule et suivit Notre-Seigneur jusquï ce qu'elle pût toucher ses vêtements sans être vue. Elle réussit enfin à exécuter ce qu'elle désirait et fut instantanément guérie. Notre- Seigneur qui connaissait ce qu'elle désirait et ce qu'elle avait fait, se tourna vers le peuple, et fit l'éloge de la foi et de la confiance de cette femme, qui lui avaient mérité sa guérison. Telles doivent être notre foi et notre confiance lorsque nous prions Dieu pour nos besoins.

4° Avec persévérance. — Nous ne devons jamais cesser de prier, quand bien même Dieu ne nous accorde pas ce que nous lui demandons A-t-on jamais observé un enfant qui demande une faveur à sa mère ? Voyez sa persistance ! Quoique souvent refusé, il réitère toujours la même demande, jusqu'à ce qu'enfin la mère fatiguée de ses importunités, lui accorde ce qu'il demande.

Sainte Monique a prié pendant dix-sept ans pour la conversion de saint Augustin, son fils.

(1) S. Marc, v, 25.

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