CHAPITRE TRENTE- ET-UNIEME
PREMIER COMMANDEMENT. (Suite).
Du culte et de l'invocation des Saints.
t 376.— Le premier commandement défend-il d'honorer les Saints ?
—Non, le premier commandement ne défend pas d'honorer les Saints; au contraire, il approuve plutôt ce culte, parce qu'en honorant les Saints, qui sont les amis chéris de Dieu, nous honorons Dieu lui-même.
Loin d'être en opposition et de s'exclure, le culte des Saints et le culte suprême, qui appartient à Dieu seul, sont dans un accord parfait. Il semble même qu'il manquerait quelque chose aux hommages dus à la Majesté divine, si nous laissions sans honneur les créatxires qui ont mérité une part de sa gloire. Honorer ces créatures,
(1) S. Jean, xiv, 21.
n'est en effet qu'une manière particulière d'offrir nos adorations à Dieu, l'auteur de leur élévation. C'est ainsi qu'en honorant nos parents 'et nos supérieurs, c'est moins leur personne que l'image et l'autorité de Dieu que nous vénérons en eux. Lorsque quelqu'un se distingue par de brillantes qualités, par le génie et le talent, par de grands services rendus au pays, n'y a-t-il pas en nous un sentiment inné qui nous porte à l'honorer? Voyons ce que l'on fait pour les grands hommes de la terre : on chante leurs louanges, on leur dresse des arcs de triomphe, on les décore de titres et de distinctions, on leur érige des statues. N'y a-t-il donc que la vertu et ies véritables grands hommes qu'il ne soit pas permis d'honorer ?
L'honneur que nous rendons aux Saints est donc parfaitement légitime, et en les honorant, nous faisons ce que l'Eglise a toujours fait, et ce qu'elle nous ordonne de faire. Elle a déclaré dans plusieurs conciles, et notamment dans celui de Trente, que ce culte est bon, utile, louable, agréable à Dieu qui veut être glorifié dans ses Saints, et elle a frappé d'anathème quiconque oserait soutenir un sentiment contraire.
377 — Le premier commandement défend-il d'invoquer les Saints en demandant leur assistance et leur protection ?
— Non, le premier commandement ne défend pas d'invoquer les Saints en demandant leur assistance et leur protection.
L 'invocation des Saints signifie l'appel que nous leur faisons de nous aider et de nous protéger. Pénétrés de notre indignité et de nos besoins, connaissant le crédit dont ils jouissent auprès Dieu, nous les conjurons d'intercéder pour nous; comme le centenier, nous employons les amis de Jésus-Christ pour arriver à Jésus- Christ lui-même ; comme la Chananéenne, nous avons recours aux apôtres, pour avoir plus facilement accès auprès de Dieu. Qu'y a-t-il de repréhensible en cela? C'est ce que nous faisons tous les jours sur la terre. Quand quelqu'un veut obtenir une faveur d'un haut personnage quelconque, il ne s'adresse pas directement à lui, mais il va trouver une personne qui a de l'influence sur lui, et la prie de lui obtenir la faveur qu'il sollicite. C'est ce que font ceux-là mêmes qui prétendent qu'on ne doit pas avoir recours à l'influence des Saints. Ils ne s'adressent pas à un ennemi de celui auquel ils demandent une faveur, mais à quelqu'un de ses amis, sachant bien que l'on accorde souvent à un ami ce que l'on refuserait à des personnes qui nous sont complètement étrangères ou indifférentes. Les Saints sont les amis chéris de Dieu. Pendant leur passage sur la terre, ils ont jeûné, prié, prêché, travaillé, et quelquefois souffert la mort pour son honneur et pour sa gloire. Il leur a accordé de grandes faveurs, et même le don des miracles. Est-il raisonnable de supposer qu'ils ne peuvent plus rien obtenir, maintenant qu'ils vivent avec Dieu, et ne peuvent plus pécher ? Au contraire, il lui plaît de leur continuer ses faveurs ; et comme ils n'en ont plus besoin pour eux-mêmes, il les accorde en faveur de ceux pour lesquels ils
intercèdent. Ces sollicitations n'importunent nullement Dieu, car tout se fait par un acte de sa volonté Les faveurs qu'il accorde ne lui font rien perdre, car il est infini. En priant les Saints de nous aider, nous confessons que nous sommes indignes de nous adresser à Dieu directement, et que nous attendons ici, dans l'humble attitude de la prière, pendant que ses amis favoris vont se prosterner en sa présence et demander pour nous les faveurs et les grâces que nous sollicitons. Le premier commandement ne peut donc défendre d'invoquer les Saints, puisque nous ne les prions pas comme nous prions Dieu. Nous ne leur disons jamais : " Accordez-nous, mais obtenez-nous telle ou telle chose." Dans les différentes litanies il n'y a pas une seule invocation, même à la sainte Vierge, qui dise : " ayez pitié."
Les différentes litanies des Saints ne renferment pas une seule invocation qui dise " ayez pitié de nous," mais seulement, " priez pour nous," ou " intercédez pour nous."