CHAPITRE TRENTIÈME
Du premier Commandement,
t. 362. —Quel est le premier commande meut de Dieu ?
— Le premier commandement de Dieu est : Un seul Dieu tu adoreras et aimeras parfaitement.
Les Israélites étaient entourés de tous côtés de nations païennes qui adoraient des idoles et de faux dieux ; et quelquefois, en se mêlant à ces peuples, ils oubliaient le vrai Dieu et adoraient leurs idoles. Quelquefois aussi, vaincus par ces nations païennes et emmenés en captivité, ils tombaient dans le péché d'idolâtrie. Par le premier commandement, Dieu voulut empêcher son peuple de commettre ce péché. Ce péché d'idolâtrie commis par les Israélites nous donne un exemple des mauvais résultats que produisent les alliances avec des personnes qui ne professent pas la vraie religion. On pourrait croire que les Israélites, connaissant le vrai Dieu, auraient pu par l'influence de leur enseignement et de leur exemple, convertir les nations païennes ; mais ce fut le contraire qui arriva, ils perdirent euxmêmes la vraie foi, comme cela arrive presque toujours en pareil cas. Comment pouvons-nous
quelquefois adorer de faux dieux? En adoptant pour notre Dieu la toilette, l'argent, les honneurs et les plaisirs ; c'est-à-dire en abandonnant pour eux le culte de Dieu, et en les faisant, au moins pour le temps présent, des dieux auxquels nous donnons notre cœur, notre esprit et notre culte.
363.— Comment ce premier commandement nous aide-t-il à observer le grand commandement de l'amour de Dieu ?
—Le premier commandement nous aide à observer le grand commandement de l'amour de Dieu, en nous ordonnant d'adorer Dieu seul.
t 364.— Comment adorons-nous Dieu ?
— Nous adorons Dieu par la foi, l'espérance, la charité, et par le culte que nous lui rendons comme au créateur et maître souverain de toutes choses.
t 365.— Comment viole-t-on le premier commandement de Dieu ?
—On viole le premier commandement de Dieu : 1° en rendant à un être créé l'honneur qui appartient à Dieu seul ; 2° en rendant à Dieu un faux culte ; 3° en attribuant à un être créé une perfection qui n'appartient qu'à Dieu seul.
Être créé ou créature signifie tout ce qui a été créé, tout, excepté Dieu lui-même. Celui qui se prosternerait devant ur> roi pour l'adorer, ren-
(irait à une créature un hommage qui n'est dû qu'à Dieu seul. Un faux culte est un culte que nous rendons à Dieu, non pas tel qu'il nous l'ordonne par son Eglise, mais tel qu'il plaît à notre fantaisie. Par exemple, sacrifier à Dieu des animaux, serait aujourd'hui lui rendre un faux culte , lui offrir les sacrifices commandés par l'ancienne loi, serait également lui rendre un faux culte, parce que tous ces sacrifices n'étaient que la figure du sacrifice réel de la croix et de la messe, et avaient été institués pour rappeler au peuple qu'un jour le Christ, le Rédempteur promis, offrirait le grand sacrifice de son corps et de son sang pour effacer tous les péchés du monde. Maintenant que nous avons le sacrifice réel, ce serait un péché d'offrir des sacrifices figuras, et nous rendrions à Dieu un faux culte qui lui serait désagréable. De même aussi, tous ceux qui abandonnent la véritable Eglise pour pratiquer une religion quelconque, rendent un faux culte à Dieu, puisqu'ils ne l'adorent pas comme il le veut, mais comme il leur plaît.
Le ciel est une récompense, et lorsque nous considérons ce qu'ont fait les saints pour le gagner, nous devons avoir honte du peu que nous faisons pour Dieu. Que chacun calcule ce qu'il a fait pour Dieu dans une année, c'est-à-dire, 365 jours ou 8,760 heures — et il trouvera que c'est bien peu. Même le temps que nous consacrons à la messe et à la prière est rempli de distractions, et nous en donnons bien peu à Dieu d'une manière complète. Si cela est vrai pour une année, qu'en sera-t-il pour toutes les années de notre vie? Repassons toutes les années, et nous verrons que Dieu qui nous les a données et qui nous en
demandera un compte rigoureux au jour du jr.gement. en trouvera bien peu consacrées à son service. Nous aurons même à rendre compte du temps que nous aurons mal employé à l'école et aux instructions. Le temps perdu est perdu pour toujours et ne peut se reprendre. Après la grâce, le temps est le don le plus précieux que Dieu nous ait fait, et nous devons le bien employer. — A ttribucr à un être créé une perfection qui n'appartient qiCà Dieu, c'est ce que font ceux qui vont consulter les diseurs de bonne aventure. Les diseurs de bonne aventure sont des personnes qui prétendent connaître ce qui doit arriver dans l'avenir. La religion nous enseigne que Dieu seul connaît l'avenir. Les anges, les saints, la sainte Vierge même ne le connaissent pas, et ne peuvent nous prédire ce qui nous arrivera, sans une révélation de Dieu. Ainsi donc, lorsque nous consultons un diseur de bonne aventure, nous plaçons ce pauvre misérable qui accomplit l'œuvre du d^mon, au-dessus de la sainte Vierge, des anges et des saints, et nous le faisons l'égal de Dieu lui-même. En agissant ainsi, nous commettons un péché, même lorsque nous ne croyons pas à ces prétendus devins, et que nous les allons les trouver par pure curiosité ou pour en accompagner d'autres. De plus, en payant ces personnes pour nous dire des folies et des absurdités, nous les encourageons à continuer leur industrie criminelle. Ils sont les premiers à rire de ceux qui vont les trouver, qui ajoutent foi à ce qu'ils disent et qui les payent généreusement. Autant vaudrait pour nous, arrêter le premier venu sur la rue, le consulter sur notre avenir et lui offrir notre argent, car il en connaît aussi long que
tous les prétendus devins que nous allons trou ver. Quelquefois, ces chevaliers d'industrie pourront nous dire quelque chose du passé, mais alors ils l'auront simplement supposé, ou bien, ils auront reçu l'assistance du démon qui possède une vaste expérience, puisqu'il est aussi vieux qu'Adam et même plus vieux, et qu'il a vu et connu tous les hommes qui ont vécu sur la terre. Il peut se transporter rapidement à travers le monde, et connaître facilement ce qui arrive d'une manière visible, de sorte que, strictement parlant, il peut faire connaître à ses coupables agents le présent et le passé, mais jamais l'avenir. Certains diseurs de bonne aventure, voyants, spirites, médiums, quel que soit le nom qu'ils prennent, qui ont fait une alliance véritable avec le démon, peuvent, par son pouvoir, nous dire le passé de notre vie, pour nous faire croire qu'ils peuvent aussi nous prédire l'avenir. Vous connaissez déjà le présent et le passé de votre vie, et ils ne peuvent vous prédire l'avenir, il est donc aussi inutile que criminel de les consulter.— Nous avons dit seulement qu'il était possible pour certains devins d'avoir recours à l'assistance du démon, car tous, sauf de rares exceptions, ne sont que d'habiles imposteurs, qui escamotent notre argent pour faire des conjectures sur ce qu'ils croient nous être le plu agréable à entendre.
366.— Est-il permis de faire usage de sorcellerie et de charmes, ou d'ajouter foi aux rêves, aux charlatans, aux diseurs de bonne aventure ?
—Non, cela n'est pas permis, parce que iq serait attribuer à des êtres créés des Derfections ou des pouvoirs qui nappar- :iennent qu'à Dieu seul.
Un sorcier est celui qui, en prononçant certailes paroles, prétend accomplir des choses merveilleuses—une guérison miraculeuse, par exemple,— ou protéger contre quelque danger.
Les charmes sont certains objets que l'on porte sur soi dans le même dessein. Ce sont tantôt de petites fèves noires, tantôt de petites pierres d'une certain* forme, des dents d'animaux, etc,. Dans les pays barbares, les habitants font un grand usage des charmes. On demandera peut-être si les médailles, les scapulaires, etc., que nous portons, ne sont pas des charmes ? Non ; ce sont des objets bénits que nous portons en l'honneur de Dieu, de la sainte Vierge et des saints. Nous n'attendons aucun secours de ces petits morceaux le cuivre, ou de drap, mais nous en attendons de .•eux en l'honneur de qui nous les portons, et des prières faites en les bénissant pour ceux qui les portent. Au contraire, ceux qui portent des charmes, attendent du secours de ces charmes même?, ce qui rend leur conduite insensée et coupable, puisque Dieu seul peut protéger contre le mal. De plus, les médailles, les croix et les scapulaires sont bénits par l'Eglise et portés avec son consentement, ce qu'elle ne pourrait permetre à ses enfants si c'était un péché. Il est donc non et louable de porter des sacramentaux )énits, mais il ne faut pas tomber dans l'exa-
ération. Il est certain que la sainte Vierge proège ceux qui portent son scapulaire; mais ce
serait un péché de nous exposer au danger volontairement et sans nécessité, pour la raison que nous portons un scapulaire. Ainsi, ce serait une tentative de suicide pour quelqu'un qui ne sait pas nager, de se jeter à l'eau, et de croire que la sainte Vierge le sauvera miraculeusement, parcequ'il porte son scapulaire. Ce serait encore mal d'attendre un miracle de Dieu, lorsqu'un secours naturel est suffisant, comme ferait un homme qui se serait cassé une jambe et qui refuserait d'appeler un médecin pour réduire la fracture,sous le prétexte qu'il attend sa guérison de Dieu seul. Les rêves sont causés par le travail que fait l'esprit pendant que le corps dort et repose. L'esprit ne dort jamais, il est toujours éveillé et en travail ; ainsi, pendant que nous dormons, l'imagination qui n'est pas alors guidée par la raison, confond une foule de choses que nous avons vues., entendues, ou auxquelles nous avons pensé, et nous présente des scènes et des tableaux très curieux. Ce que nous avons rêvé semble quelquefois arriver ; mais cela dépend de ce que nous rêvons tant, qu'il serait étrange que rien n'arrivât de ce que nous avons rêvé. Nous rêvons généralement sur ce qui nous a récemment occupé l'esprit. Nous lisons dans la Sainte Ecriture, que Dieu a quelquefois fait connaître sa volonté par le moyen des songes ; comme, par exemple, lorsqu'il fit connaître au roi d'Egypte qu'il y aurait une grande famine dans son royaume ; et lorsqu'un ange apparut à saint Joseph pendant son sommeil, pour lui dire de s'enfuir en Egypte avec Notre-Seigneur, afin que le roi Hérode ne pût le faire mourir. (1)
(1) S. Mathieu, II.
Les songes mentionnés dans la Sainte Ecriture étaient plus fréquemment des visions que des songes. Dans une vision, les objets sont réellement présents, tandis que dans les rêves elles n'existent que dans notre imagination. Dieu ne se sert plus des songes pour communiquer avec ses créatures, parce qu'il a chargé son Eglise de nous faire connaître sa volonté. Quelquefois, cependant, il fait connaître certaines choses à ses fidèles serviteurs sur ia terre, d'une manière spéciale et privée ; comme par exemple, lorsque Notre Seigneur apparut à la Bienheureuse Marguerite Marie pour lui exprimer son désir de voir établir la dévotion au Sacré-Cœur. Nous devons toujours croire l'Eglise lorsqu'elle nous affirme que c'est Dieu qui lui a fait connaître ce qu'elle nous dit, mais nous ne sommes pas obligés de croire les saints personnages qui prétendent avoir eu des révélations de Dieu, à moins que l'Eglise nous autorise à les croire. Quoique nous n'y soyons pas obligés, nous pouvons cependant les croire si nous le voulons ; mais nous ne sommes pas hérétiques et nous ne faisons aucun péché en refusant de croire aux révélations et aux choses merveilleuses qui sont relatées dans les vies des saints, quoiqu'elles puissent toutes être vraies.
Les médiums et les spirites sont des personnes qui prétendent converser avec les morts, et apprendre d'eux où ils sont et ce qu'ils font. Ils ont des figures qui paraissent se mouvoir et parler, et d'autres tours pour tromper ceux qui leur accordent leur confiance. Tout ce qu'ils font n'est que péché et fourberie. Si ces choses pouvaient être faites, ou si Dieu désirait
qu'elles fussent connues, il donnerait ce pouvoir à l'Eglise fondée par son Divin Fils, et non pas à des imposteurs.
Lorsque l'âme a quitté le corps, son sort nous est inconnu, et nous ne pouvons dire avec une certitude absolue si elle est heureuse ou malheureuse.
Personne n'est revenu de l'autre monde pour nous donner une idée exacte de son aspect général ou de ce qui s'y passe. Tout ce qui est connu, l'Eglise le connaît et l'enseigne ; tout le reste est faux ou douteux. En réfléchissant un peu, nous pouvons voir que, par notre commerce avec les diseurs de bonne aventure, etc., nous attribuons aux êtres créés ce qui n'appartient qu'à Dieu seul.
t 367.— Est-ce que Ton pèche contre le' premier commandement* de Dieu, en péchant contre la foi, l'espérance et la charité ?
— Oui, l'on pèche contre le premier commandement de Dieu, en péchant contre la foi, l'espérance et la charité.
t 36S.— Comment pèche-t-on contre la foi?
—On pèche contre la foi : 1° quand on doute volontairement de quelque vérité révélée : 2° quand on refuse de croire ce que Dieu nous enseigne par son Eglise ; 3° quand on rougit de paraître chrétien ou qu'on renonce formellement à la foi ; 4° quand on néglige d'apprendre suffisamment la doctrine chrétienne.
Ainsi, on pèche contre la foi : 1° quand on s'arrête volontairement à douter de quelque vérité révélée, comme, par exemple, d'une vérité contenue dans le Symbole des Apôtres ; 2° quand on refuse de croire ce que Dieu nous enseigne par son Eglise, par exemple, l'éternité des peines de l'enfer ; 3° quand on rougit de paraître chrétien ou qu'on renonce formellement à la foi ; en n'osant pas faire sa profession de foi dans l'occasion, ou en abandonnant la vraie religion; 4n quand on néglige d'apprendre suffisamment la doctrine chrétienne comme, par exemple, les enfants qui ne veulent ni apprendre Je catéchisme, ni profiter des instructions religieuses ; ou encore, les personnes plus ûgécs qui. au moins de temps à autre, n'assistent pas aux sermons, n'entendent pas d'instructions religieuses ou ne cherchent pas à s'instruire par de bonnes lectures. Pour être sauvé et admis à la participation des sacrements, tout chrétien doit connaître les mystères de la Sainte-Trinité, de l'Incarnation et de la Rédemption ; qu'après cette vie il y a un enfer éternel pour les méchants et un paradis éternel pour les bons. En outre, il est obligé sous peine de péché grave, de connaître les principaux articles du Symbole ; que la seule véritable Eglise est l'Eglise catholique fondée par saint Pierre et gouvernée par ses légitimes successeurs ; et que dans l'Eglise, tout fidèle en état de grâce participe aux mérites des saints, et peut obtenir le pardon de ses péohés par le sacrement de Pénitence.
Quoique l'instruction religieuse laisse trop souvent à désirer, la plupart des chrétiens Bavent cependant ce qu'ils doivent croire et faire,
mais malheureusement leur conduite n'est pas toujours conforme à leurs croyances et aux enseignements de l'Eglise. Ces personnes causent un grand tort à l'Eglise, car en faisant des actes contraires aux enseignements de leur sainte religion, elles portent scandale à leur prochain. Combien de personnes entreraient dans le sein de l'Eglise, si elles voyaient tous les catholiques vertueux, croyants, sobres, honnêtes, justes, industrieux ! Mais lorsqu'elles voient les catholiques— quelque peu nombreux qu'ils soient — blasphémer, calomnier, médire, boire, mentir, voler, tromper, etc., en uia mot s'adonner aux mêmes vices que ceux qui n'ont pas de religion, que doivent- elles penser do l'influence morale de la foi catholique ? Ces mauvais catholiques commettent donc une grande injustice envers l'Eglise et la cause de la sainte religion, et travaillent contre Notre-Seigneur au lieu de travailler pour lui.
La religion chrétienne s'est répandue très rapidement dans le monde dans les premiers temps de son existence, grâce surtout au bon exemple donné par les chrétiens. En effet, les païens voyant la vie sainte, la bienveillance et la charité de leurs voisins chrétiens, ne purent s'empêcher de les admirer et de les aimer, et désirèrent devenir membres d'une Eglise qui les rendait si bons et si aimables. Combien de païens se convertiraient aujourd'hui par admiration pour la vie d'un certain nombre de ceux qui s'intitulent catholiques ? Bien peu, croyonsnous. A part cela, les premiers chrétiens travaillaient réellement à instruire les autres de la religion chrétienne et à les convertir. Nous avons
souvent vu les serviteurs — même les esclaves — convertir par leurs instructions, leurs maîtres et leurs maîtresses. Ils sentaient qu'ils étaient des missionnaires travaillant pour Jésus-Christ, et leur influence était plus efficace que celle des prêtres, parce qu'ils vivaient en contact journalier avec des personnes que les prêtres n'avaient jamais occasion de voir. Si tous les catholiques étaient animés du même esprit, quel bien ne feraient- ils pas ! Leurs affaires les mettent journellement en relation avec des personnes qui n'ont pas les mêmes croyances qu'eux, et qui n'ont jamais connu les splendides vérités de notre sainte religion, ou même n'en ont pas entendu parler. Oui, les catholiques pourraient faire beaucoup de bien, s'ils avaient seulement de la bonne volonté ou s'ils connaissaient bien leur religion. Nous ne voulons pas dire qu'ils devraient toujours être en discussion avec tous ceux qu'ils rencontrent ; mais ils devraient prêcher surtout parle bon exemple de leur vie, et si on le leur demande, expliquer humblement et sincèrement les vérités auxquelles ils croient.
Si on leur demande, par exemple, pourquoi ils font maigre le vendredi, ils devraient tous être capables de répondre : u Parce que nous sommes chrétiens et que nous désirons avoir toujours présent à l'esprit ce que Notre-Seigneur a souffert ce jour-là dans son corps ; et tous ceux qui se proclament chrétiens doivent, croyonsnous, être heureux de faire ce qui leur rappelle si régulièrement et si bien la passion de Notre- Seigneur." Une telle réponse, donnée d'une manière bienveillante et avec douceur, ferait réfléchir l'interrogateur et l'instruirait ; elle finirait
peut-être par l'amener à la vraie religion. Quelques mots font parfois une grande impression et amènent une conversion. Saint François- Xavier était un jeune homme mondain, instruit et ambitieux, lorsqu'il entendit de la bouche de saint Ignace ces paroles de Notre Seigneur : 11 Que sert à l'homme de gagner l'univers, s'il vient à perdre son âme ? " Il s'en retourna chez lui et médita ces paroles, qui l'impressionnèrent si fortement qu'il abandonna le monde, se fit prêtre, et par ses travaux et ses prédications dans les Indes, convertit à la vraie religion plusieurs milliers de païens. Dans les vies des saints nous avons de nombreux exemples que certaines paroles, par la grâce de Dieu, en ont fait passer plusieurs d'une vie de débauche à une vie de grande sainteté.
369.— Quels sont ceux qui refusent de croire ce que Dieu enseigne par son Eglise ?
— Ce sont les hérétiques et les infidèles qui refusent de croire ce que Dieu enseigne par son Eglise.
Il y a plusieurs espèces d'incroyants : les athées, les déistes, les infidèles, les hérétiques, les apostats et les schismatiques. Vath'ee est celui qui nie l'existence de Dieu. Le déiste est celui qui croit à l'existence de Dieu, mais qui refuse de croire qu'il ait jamais révélé aucune religion : on l'appelle aussi libre-penseur, L'infidèle signifie proprement celui qui n'a jamais» été baptisé, celui qui ne fait pas partie di nombre dea ildèlea, c'est-à-dire de ceux qu
croient au Christ. Les hérétiques sont ceux qui ont été baptisés et qui se proclament chrétiens, mais qui ne croient pas à toutes les vérités que Notre-beigneur a enseignées. Ils acceptent seulement une partie de la doctrine du Christ et rejettent le reste, devenant par là des enfants rebelles à l'Eglise. Parleur baptême ils appartiennent à la véritable Eglise, mais par leur refus de se soumettre à ses enseignements, ce sont des enfants bannis, déshérités, tant qu'ils ne sont pas revenus à la vraie foi. Le schématique est celui qui croit tout ce que l'Eglise enseigne, mais qui refuse de se soumettre à l'autorité de son chef, le Souverain-Pontife. Ces personnes-là ne demeurent pas longtemps schismatiques seulement ; une fois qu'elles sont en révolte contre l'autorité de l'Eglise ; elles rejettent bientôt quelques-unes de ses doctrines et deviennent par là même hérétiques; depuis le Concile du Vatican, en effet, tous les schismatiques sont des hérétiques.
370.— Est-ce une faute grave que de ne pas professer ouvertement sa foi à la vraie Eglise, quand on l'a intérieurement.
— Oui, c'est une faute grave que de ne pas professer ouvertement sa foi à la vraie Eglise quand on l'a intérieurement, parce que Notre Seigneur a dit : " Celui Iqui me reniera devant les hommes, je le irenierai aussi devant mon Père, qui est (dans les cieux."
Professer ouvertement sa foi, c'est manifester au dehors les sentiments de piété qui animent
le cœur et donner des marques extérieures de religion, soit en priant, soit en observant les1 commandements de Dieu et de l'Eglise en public, lorsque l'occasion s'en présente. " Pour être sauvé, dit saint Paul, il faut croire de cœur et confesser de bouche." (1) Celui qui n'ose faire profession ouverte de sa foi dans l'occasion, commet donc une lâcheté, se rend coupable de faute grave, et Jésus-Christ le reniera un jour devant son Père, qui est dans les cieux.
t 371.— Sommes-nous obligés de faire souvent une profession ouverte de notre foi?
—Oui, nous sommes obligés de faire une profession ouverte de notre foi, aussi souvent que l'exige la gloire de Dieu, notre bien spirituel, ou celui de notre prochain. " Quiconque, dit Jésus-Christ, me confessera devant les hommes, je le confesserai devant mon Père, qui est dans les cieux."
Il n'est pas nécessaire de crier sur les toits que nous sommes catholiques,ni de le déclarer à ceux qui ne nous le demandent que dans le but de nous insulter ; mais quand il se présente une occasion où la profession de notre foi s'impose réellement, nous devons la faire. Si, par exemple, nous sommes dans un hôtel, le seul pensionnaire catholique, et qu'on nous présente de la viande le vendredi, nous devons refuser poliment et de mander du poisson ou tout autre aliment maigre.
(1) Ep. aux Rom. x, 10.
Cet acte est, sans doute, une profession muette de notre foi et de nature à faire comprendre que nous sommes catholiques ; mais la gloire de Dieu et notre bien spirituel exigent que nous agissions ainsi, car nous sommes tenus d'observer les lois de Dieu et de l'Eglise, chaque fois que la chose est possible. Supposons encore que, dans le même hôtel, il y ait des catholiques indifférents, nos égaux ou nos inférieurs par la position sociale, et qui, par respect humain, n'osent pas aller à la messe le dimanche ; nous devons alors nous y rendre à leur connaissance, si c'est possible, et même rappeler qu'il y a obligation grave d'entendre la messe les dimanches et fêtes d'obligation. En agissant ainsi, nous portons ces catholiques indifférents, à suivre notre exemple, et en pareil cas, le bien spirituel de notre prochain exige que nous fassions cette profession ouverte de notre foi. En un mot, nous devons être fidèles aux pratiques de notre religion, même si elles exigent un profession ouverte de notre foi, et nous exposent à certains inconvénients.
Si, au contraire, il s'agit d'actes qui ne sont pas de précepte mais seulement de conseil, tels que le Benedicite avant les repas, ou quelque autre pratique de piété, nous pouvons, lorsque nous le jugeons à propos, les omettre en public, sans pécher contre l'obligation de confesser notre foi, parce que nous ne violons aucune loi.
t 372.— Quels sont les péchés qui se commettent contre l'espérance ?
— Les péchés qui se commettent contre l'espérance sont la présomption et le désespoir.
t 333.— Qu'es-ce que la présomption?
— La présomption est un espoir téméraire du salut, qui fait qu'on s'autorise de la miséricorde, de Dieu pour commettre le péché et différer sa conversion.
On peut pécher par présomption de plusieurs manières :
1° Quand on croit pouvoir par soi-même et sans le secours de Dieu, faire le bien et arriver au salut. C'est pour avoir compté trop sur luimême que l'apôtre saint Pierre a renié trois fois son divin Maître. Lorsque Notre -Seigneur eût prédit à se? apôtres qu'il leur serait bientôt une occasion de scandale et qu'ils devaient veiller et prier afin de ne point tomber dans la tentation, Pierre lui répondit avec une présomption qui annonçait sa chute prochaine : Quand tous les autres se scandaliseraient à votre sujet, pour moi, je ne me scandaliserai point et je ne vous abandonnerai jamais. Au lieu de demander à Jésus-Christ sa grâce et son assistance et de fuir le danger, il présuma trop de lui-même, et tomba peu après dans une faute qu'il ne cessa de pleurer le reste de sa vie.
2° Quand on offense Dieu dans l'espérance qu'il nous pardonnera. Qu'importent quelque? péchés de plus ou de moins, dit-on quelquefois? Le nombre des fautes ne rend guère la confession plus pénible d'ailleurs. Dieu est si bon, il nous
en pardonnera vingt aussi bien que dix ; et, làdessus, on se laisse entraîner par le courant et on accumule fautes sur fautes. En déraisonnant ainsi, nous péchons par présomption, car nous ne savons pas si Dieu nous ménagera de nouveau l'occa-ion de nous confesser; nous oublions aussi que Dieu a déterminé le nombre de péché3 ftu'il nous laisse la liberté de commettre avant de nous punir. Nous ne connaissons pas ce nombre ; le péché dont nous allons nous rendre coupables est peut-être celui qui va compléter le nombre fatal , et précéder de quelques heures ou de quelques jom'S seulement le moment où Dieu va nous appeler à comparaître devant son tribunal, sans nous donner le temps de nous réconcilier avec lui. " Gardez- vous donc, dit l'Esprit- Saint, d'ajouter péchés sur péchés ; ne dites pas : La miséricorde du Seigneur est grande ; il aura pitié de la multitude de mes fautes ; car son indignation est prompte aussi bien que sa miséricorde; il regarde les pécheurs dans sa colère et il ne les perd pas de vue.''
3° Quand on diffère sa conversion de jour en jour, sous le chimérique raisonnement qu'à la mort, un bon peccavi nous suffira, et que Dieu est trop bon pour ne pas nous attendre et nous laisser le temps de nous repentir sincèrement. Quelle folie de compter sur l'avenir dont nous ne sommes pas les maîtres, sur une grâce qui dépend entièrement de Dieu, et de risquer ainsi son éternité! De plus, quelle vie d'enfer mène celui qui passe les jours, les mois et les années en état de péché mortel, dans l'inimitié de Dieu, et perd le mérite de toutes les œuvres qu'il fait 1
t 374.— Qu'est-ce que le désespoir ?
— Le désespoir est la perte de l'espérance en la miséricorde de Dieu, quand i] s'agit de la conversion et du salut éternel.
On se rend coupable de désespoir, lorsqu'on doute que Dieu est infiniment miséricordieux, et qu'il peut ou veut nous pardonner nos péchés, quel qu'en soit le nombre ou la malice, si nous les regrettons sincèrement. C'est ce manque de confiance en la miséricorde de Dieu, quia perdu Judas. Après avoir trahi Notre-Seigneur, il alla se pendre, commettant ainsi, outre le crime de trahison, deux autres grands péchés, savoir : la perte de l'espérance en la miséricorde de Dieu et le suicide. C'est son désespoir, encore plus que son crime, qui a été la cause de sa réprobation. S'il était allé trouver Notre-Seigneur pour confesser son crime et en implorer le pardon, pouvons-nous croire que Judas n'aurait pas été pardonné par celui qui a pardonné à saint Pierre ? à Marie Madeleine, au larron repentant, à ses bourreaux et à une foule d'autres pécheurs ? Quelles que soient les iniquités que nous avons commises, il ne faut donc jamais perdre confiance en la miséricorde de Dieu. Regrettons sincèrement nos péchés, prions la sainte Vierge, notre saint patron et notre ange gardien de nous aider à en obtenir le pardon, et le Seigneur nous remettra certainement nos péchés.