PRÉFACE
^ Kti plaçant quelques ligues à lu tôte de cet ouvrage, nuire intention est de montrer combien il est important de 8*01*iuper de réducation pratique du peuple, et que, s'il faut des hommes pour lui indiquer le but social, il en faut aussi qui, joignant le dévouement à Tintclligence, le conduisent pas à pas vers ce but.
Presque tous les esprits ont aujourd'hui la prétention de tendre vers Pamélioration du sort des peuples; mais fort peu , en réalilê , suivent la route qui mène A ce but glorieux. Il y a cependant , nous en convenons avec plaisir , de ia iiersévérance et du dévouement chez les hommes A ojtinions avancées; mais ce dévouement ne saurait porter tous Hcs fruits, parce qu't(^ianque de bases assez larges. Il ne sufOt pas d'apporter A l'œuvre sociale des vœux et des efforts , il faut que ces efforts soient dirigés par une intelligence capable de saisir les moyens les plus favorables A Témancipation des sociétés. L'anarchie intellectuelle qui règne parmi les idées , vient de Tabsence de cette indispensabh; condition. Les efforts se croisent , se heurtent, s'affaiblissent, 4*t le mal que Ton voulait détruire n'est pas même ébrairlé. (ihacun professe une opinion particulière, a un système à soi, qu'il WHi imposer aux auti'es. Aussi rien n'est régu-
lii*r H ne |»4*iii l'être, car on n'a pas de princi|ie «rrlaiii pour «ervir de centre et de fondement à Tharmonie. En un mot, on voit les uns, dépositaires Gdèles ei scrupuleux dis traditions antiques, vouloir tout ramener au spiritualisme réactionnairedes premiers lempsdu christianisme. Les autres, c'nfant^ légitimes de leur siècle, nourris de son lait et non moins exclusifs , protestent contre cette manie, qu'ils appellent extravagante, tout en prétendant , à leur tour, qu'il ne faut â riiomme que du pain et un toit pour abriter sa \èU\ SouH penM>ns bien aussi , nous, que le premier 9 roi t est do %ivre; mais nous ne comprenons pas la vie sous un si mi nA^^ aspect. Kl le nous apparaît dans sa plénitude sous la triple face matérielle, intellectuelle et sentimentale. L'homme complet a besoin de Texercice de toutes ses facultés , et c'est morceler, sans la comprendre, son unité, que de supposer qu'on ffcut en refouler, en anéantir quelques-unes.
Assurément, cette place de conciliateurs des doctrines les plus opposifes, que nous choisissons librement, doit nous mériter la bienveillance générale, puisque nous réunissons dans un ménM foyer tous les rayons divergents de l'esprit hilmain , depuis qu'il a commencé à briller sur la terre. On aurait mauvaise grâce a nous appliquer les épithètes injurieuse»» de* perturbateurs et de révolutionnaires, dont on ac- 4'able tous ceux qui s'élèvent contre les abus. Oui, sans doute, nous vouloiis^opérer une révolution, celle de ramener A la raison et à la justice tous les esprits troublés du vertige de l'iniquité. Qui donc oserait bidmer une pensée aussi iioblo et au«:si généreuse? Qui? Eh! mon Dieu, nianquet'Oii déjuges pour condamner la raison et le dévouement? Eht-il si difficile de donner à la vertu l'apparence du crime? N'était-ce pas pour la plus grande gloire de Jéhovah et Tintégrité de& lois de M((ïse qu'on assassinait Jésus? Aussi, notre
inliMilion n'c. t-olle pas de lums défendre coiilre des adversaires auxyeu\ desquels nous avons tort par cela seul (pie nous refusons de ramper sous leur puissance. Nous avons trop de confiance dans notre foi et dans l'avenir pour proférer un seul mot de réfutation a leurs attaques. D'ailleurs, si leur cause eht bonne et la nôtre mauvaise , pourquoi de leur part tant de violence et d'emportement? Crai^[nont-ils que Dieu manque de justice ou de puissance pour faire triompher le bon droit et la vérité? Sont-ce des sarcasmes , des injures , des persAùtions qui pourront nous érlairer et changer nos
rN)nvictiohs? De telles armes, ce nous semble, ne sont pas faites pour inspirer beaucoup de confiance en ceux qui en font usage. Ki lors même encore que nous n'apporterions au monde qu'un rôve, qu'un fantôme, pourquoi vouloir nous fermer arbitrairement la bouche? Quelles sont les lois qui confèrent le pouvoir de juger ce qui ne coïncide pas avec les croyances ou les intérêts de tels ou tels? Quoi! Dieu nous perrnetlrait de diriger nos pensées selon notre volonté , et des hommes viendraient hautement donner un démenti a sa tolérance divine? Non, non, une semblable tyrannie ne saurait avoir lieu de nos jours. Si nous portons atteinte aux bonnes mœurs , h la morale, à la constitution de la propriété légitime, qu'on nous mette dans l'impuissance d'abuser ainsi de notre libre arbitre; si nous fomentons des troubles . ei des divisions , que nous propagions des théories subversives de l'ordi-e, qu'on nous ôte la faculté d'exercer une aussi funeste infiuence. La société , pour sa conservation , en a le droit; mais qu'on cherche à comprimer, à enchaîner notre âme dans ses élans sublimes vers Tharmonie universelle, qu'on veuille nous arracher la liberté de communiquer A nos semblables nos pressentiments, nos^ espérances, c'est là ce que nous défendrons jusqu'au dernier soupir. L'homme
est un élre libre cl non une brûle que Ton courbe ai|x volontés et aux caprices d'un maître. Nous n'avons qu'un seul maître, dont les lois sont douces et pleines de charme , souverainement justes et souverainement intelligentes , et V^-* maître, c'est Dieu.
Ce qui contribue à donner, aux yeui des ignojrants , une apparence de fondement aux reproches qu'on nous fait de vouloir l'alTranchissement violent des masses , c'est que nous nous adressons particulièrement à la classe laborieuse. Il s^ublerait, au jugement de certains, que le peuple eA^ne bête fôrofc, capable seulement de comprendre les mots^de ré^lt^i^ «^t de guerre , et qu'on ne saurait lui p.arler sans aussitôt conspirer contre Tordre établi. Mais, q^e ne nous tlonno-t-on les niovens de nous faire entendre des hautes classes ? certes , nous n^'gnorons pas qu'elles ont aussi un immense l>esoin de se moraliser, et qu'il leur importe peut-être pkis qu'a toute antre de s'éclairer sur l'avenir qui se prépare. Notre voi\ n'est pas mnette pour elles, et nous sommes très-loin de les excommunier : nous les appelons , au contraire, de toutes nos forcesj mais qui pourrait faire détourner la tète à ces magnifiques indifférents, qui s'obstinent à ne rien vouloir apprendre de la marche de l'humanité ? Éiiervés et amollis ^ la conscience et l'éducabilité semblent, paralysas clH!ik.eiw:*. Leurs plaisirs les fatiguent et les épuisent sans les rendre heureux , et cependant ils refusent , en général , de^^we«it uA • état meilleur. S'il en est parmi eux qui Iravaillent avec intelligence pour le bien commun , ce sont de rares e\ce[)(ions qui font ressortir davantage l'inertie et l'imprévoyance des aulres. Force est donc, si l'on veut que le progrès social s'effectue rapidement , de s'adresser à ceux qui ne sont pus en possession de la science et des richesses, mais qui sont riches de bon sens , de puissance, et surtout de leur amour de
la vérité. C'cA là , nous le croyons, le seul mo>en d'enlraifier, sans accidents fâcheux, les insouciants et les timorés, <'t les savants eux-mêmes , toujours prêts à se prononcer contre ce qui sort du cercle étroit de leurs spéculations et de leurs travaux académiques. Nous avons assez de connaissance du monde pour savoir ce que pensent de l'avenir la plupart des érudits du jour. Presque tous ne peuvent croire à ce qui est grand et beau. Plus une conception est généreuse et féconde, et plus, selon eux, elle s'écarte de la réalité. Ils ne considèrent Thumanité que comme un troupeau qui tourne sans cesse dans un cercle de fonctions uniformes. Nous nous empressons de déclarer que nous ne sommes pa» atteints de celte maladie honteuse. Nous avons foi en Dieu el confiance dans les peuples au milieu desquels nous répandons notre parole, et nous répétons dans la joie de nos dmes ; <f Gloire vous soit rendue, 6 Père, 4e ce que, cachant ces <( choses aux sages et aux prudents, vous les avez révélées <( aux petits ! »
Viendrait-on dire maintenant que le peuple uet^i pas di- ^ne encore d'entendre le langage de la vérité; que, privé d'instruction et enveloppé de préjugés grossiers, il re|)Oussera brutalement lajumière qu'on présentera à ses yeux? C'est là une erreur très-grande. Toutes les fois que l'enseignement Aîst bon et mis à sa portée , il sait toujours l'accueillir ave<' reconnaissance; il a sesmaitres affectionnés, qu'il écoute aviilement ; nous croyons pouvoir compter notre chef suprême parmi ces hommes privilégiés ; et le code tout populaire dont il nous gratiGe en ce moment lui assure à jamais ce rang glorieux. Le peuple qui aime et comprend sa parole cooi*prendra aussi ses écrits. Le peuple est doué d'un ad«nirable instinct qui vaut presque toujours mieux que toute la science /lr»s anid/'mics. L'homme isolé j>eut se tromper souvent ,
iii»l^ré le secours de la philosophie et l'appui dUine conï»cîeuce droite; mais il est rare de voir errer la masse. Elte ïi^est égarée quelquefois que parce qu'eHe ne peut entendre le pour et le coutre. S'il était possible de réunir tous les habitants d^une cité, et de leur montrer du doigt les men souges dont Ms sont victimes , ils seraient convaincus A Tinstant même. Chaque individu pris séparément refusera de se rendre aux raison nemeiif s les mieux basés , tandis que les arguments les plus simples et les plus vulgaiies agiront spontanément sur une assemblée nombreuse. Lorsque les hommes sont réunis, la puissance et la délicatesse de leur lact est en raison de leur nombre. C'est ainsi que la goutle d'eau ebt presque impuissante, mais que TOcéait porte des aruiées ot soulève des montagnes. Il en est de même du peuple; son intelligence et sa force bien dirigées sont incalculables. Il y a chez lui un sentiment de droiture et de justice qu'en ne parvient à corrompre et A ^arer momentanément que par h perfidie. Aussi , quels sont les discours de ceux qui veulent retenir les peuples dans leurs chaînes? Les voici : « Gardez w religieusement les habitudes de vos pères, disent-ils; n'é- I» coûtez pas les hommes nouveaux qui vous parlent de bien- » être, de progrès, d'affranchissement; car ils viennent dé- M Iruire vos autels, outrager vos dieux, surprendre votre I» loyauté , vous ravir Tamour de vos enfants , détruire vos » propriétés , briser tous les liens de la famille et de la soj» ciété. « Le peuple, quelquefois, n'est pas dupe de ces odieux stratagèmes ; mais s'il a la faiblesse de s'y laisser prendre par hasard , il s'en venge dans la suite d'une manière éclatante et terrible. Du reste, comme le prouve cet exemple, c'est encore l'enthousiasme du peuple pour la justice qui le fait croire au langage hypocrite de ses propres ennemis.
Four ceux qui ont quelque peu étudié Torganisme humain, il demeure évident que Thomme a en lui le seuliuient re!i- (j[ieux , c*est-à-dire une tendance invincible à vénérer Têlre suprême. Cette tendance, dont on ne veut pas , en général , se rendre compte , est le principe de la sociabilité , de Tunité qui repose sur la croyance en Dieu. Il ne suffit pas n l'homme d'avoir de Taffection pour ses semblables; il faut encore qu'il adore dans son cœur l'auteur de toutes choses. La vénération, chez quelques animaux qui possèdent une large esquisse des sentiments supérieurs, leur fait choisir et suivre un chef, ou s'attacher a un maître; mais ces instincts sublimes ne sont pas, comme chez Thomme, gouvernés et dirigés par l'intelligence; aussi l'homme est-il le seul être sur notre globe qui jouisse du noble privilège de l'amour de son créateur. Afin que le sentiment religieux, qu'il faut bien se garder de confondre avec, la superstition ou une forme quelconque, soit pur, il faut que celui qui le possède soit moral, autrement il n'est plus qu'un instinct inférieur même à celui de l'animal. Le sentiment religieux sans moralité, c'est-à-dire tel qu'il se rencontre aux époques de décadence des religions, chez la plupart des personnes dites dévotes, est une difformité de Tesprit. En pareil cas, on se livre à des pratiques extérieures , parce qu'on y est entraîné par l'éducation et par l'habitude; mais elles ne sont plus en harmonie avec l'intelligence. Aussi voit-on tous les jours des gens qui raisonnent assez juste, et qui font néanmoins des choses qu'ils condamnent lorsque la raison vient, par intervalles, tempérer l'activité désordonnée du merveilleux et de l'imagination. Le sentiment religieux, nous le répétons à dessein, sans l'action régulatrice de l'intelligence, n'est que de l'idolâtrie; mais leyrai sentiment religieux , tel que nous l'entendons, et tel que l'offre cet ouvrage, c'est-à-dire, sage,
éclairé, dégagé d^accessoires puérils, où se rencontre-t-ill' chez un très-petit nombre d'hommes consciencieux , que les prédicants traitent d'incrédules, d'impies, d'athées. Toutefois, si quelques vrais philosophes le possèdent, nous devons remarquer qu'ils ne font peut-être pas tout ce qu'on est en droit d'attendre d'eux pour ramener les aveugles à une foi lumineuse et pure. Les livres qu'ils publient ne sont lus que par quelques privilégiés studieux; le langage qu^ils parlent n'est compris que par un petit nombre d'élus ; mais le peuple ne commence a en ressentir les heureux eiïets qu'au bout d'un long terme. Il est obligé d'attendre que des vulgarisateurs viennent lui partager ce trésor , jusque-là le domaine de ceux qui n'en avaient pas le plus pressant besoin. Néanmoins, malgré l'ignorance dans laquelle on le laisse ptongé , le peuple , nous ne craignons pas de le dire , est le seul et véritable conservateur du sentiment religieux, parce qu'il espère toujours, sans faiblir, dans la puissance inGnie qui répand la vie dans toute la nature. Les grands et les savants, riches de lumières et de jouissances, doutent le plus souvent de la Providence ; le peuple , en haillons et sans pain , est inébranlable dans sa conGance ; et lorsqu'il se lève soudain des hommes à sympathies larges et profondes, qui viennent proclamer, au nom de Dieu, un progrès nouveau, tandis que les docteurs et les puissants rient et se moquent , ce peuple , lui , pou soucieux de ces ridicules clameurs, s'attache à leurs pas , et les aide à renverser toutes les résistances. Ce mouvement, sans doute, n'est pas d'abord général et instantané : il commence par les plus zélés et gagne insensiblement même les plus égoïstes. C'est une étincelle qui jaillit inaperçue dans l'obscurité, mais qui ne tarde pas à produire un vaste incendie qui rougit et embrase le ciel.
Vn principe vrai a iM ou tard son application. On peut.
il est vrai , la retarder en le combattant par la ruse et l;i calomnie; mais il Gnit toujours par triompher <lcs entraves. Ceiu, qui dans Torigine, avaient étéses antagonistes les plus acharnés, reeonnaissent-ils que leurs attaques ont été vaines? Ils changent de tactique et de rôle , ne tardent pas à se convertir et à devenir propagateurs et apôtres, de persécuteurs qu^ils étaient auparavant. C^est là , en deux mots, IMiistoire de toutes les grandes régénérations religieuses et sociales. On peut comprimer pendant quelque temps les besoins du peuple; mais tout a un terme, et lorsque ^a somme des souffrances a dépassé celle des craintes, et que le jour fatal est arrivé, c'est un torrent qui déborde, renverse et emporte tout ce qu^OD hii oppose. Lorsque le peuple se lève , se dresse comme un colosse , tout fléchit , s'agenouille et se prosterne devant lui. Les tyrans de la terre pâlissent et frissonnent, les prêtres des faux dieux se cachent honteusement , parce qu'ils sentent que Theure des représailles a sonné. Les chants de la liberté succèdent alors aux gémissements de Pesclavage. Ces événements, que la politique des partis rend terribles et sanglants, pourraient cependant s'opérer sans violence et sans déchirements par la philosophie qui sait transformei* doucement par les armes de la raison persuasive. Enseignant que Dieu est toute bonté et tout amour , elle ménoge avec tendresse ceux-là mêmes qui se montrent les plus opposés au règne de la justice et de La vérité. La religion enfln oublie le crime , moralise le coupable , niais ne le détruit jamais , car son amour est inépuisable.
Ainsi , comme on le voit, Tordre n'a ri4H) à redouter de ceux qui viennent parler aux hommes le langage de la raison ; et les priver de leurs droits serait à la fois dangereux et inique. On n'opprime^amais sans un joui* expier son crime. L'inviolabilité de la conscience est le seul droit divin dont
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il H)it permis à l'homme de s'enorgueillir. Aujourd'hui d'uilleurs le temps d'égarer la multitude par le fanatisme est passé. Il faut parler raison sous peine de n'être pas écouté: Il faut surtout pousser la société dans la voie où elle entre à grands pas, seconder l'essor, le développement de la passion industrielle, qui domine tous les penchants du siècle. Il n'existe pas une seule doctrine religieuse ou morale, en vigueur, qui ne condamne impitoyablement le bien-être matériel. De Paris à Pékin on n'entend prôner que le mépris des richesses , et s'il faut en croire nos moralistes , la vertu ne peut consister que dans une longue suite de privations et de souffrances. Aussi ne doit-on pas s'étonner de voir ccux-mêmes qui enseignent de si austères préceptes , être les premiers à les transgresser. On s'efforce bien de vouloir redonner quelque lustre à ce qu'on appelle la bonne morale; mais, hélas ! il est fort à craindre que cette sur-excitation ne tourne encore à son préjudice, car ce qui est vieux et usé tombe en ruine à la moindre agitation. Ce qu'il y a de bien sûr, c'est que l'inintelligente obstination des hommes du passé, est beaucoup plus à craindre que les principes d'organisation nouvelle et d'émancipation industrielle. Le progrès, (|ui n'est que l'acheminement de toutes choses vers l'ordre, est avantageux à tous, sans aucune exception. Les perturbations et les désordres ne viennent jamais du progrès , mais bien des obstacles qu'on lui oppose imprudemment. Les véritables ennemis de la paix et de l'ordre sont donc ceux qui, par une crainte imaginaire, ou un aveuglement coupable, prétendent arrêter le mouvement humanitaire; mais, qu'ils ne l'oublient pas, sans ralentir les rouages, ils s'exposent à être écrasés.
On affecte trop souvent de confondre notre état présent avec l'ordre, qui lui est essentiellement opposé ; et c'est là
ce qui autorise les esprits rétrogrades à repousser les théories nouvelles d'amélioration. L'ordre n'exiifte pas dans une société où toutes les relations sont fausses, où tout est contraire aux lois immuables de la nature, où Thomme ignore le lien qui unit toutes les manifestations divines, qui tient en rapport tous les êtres. Sans doute, parce que l'organisation actuelle est \icieuse, il ne faut pas briser avec violence les assemblages défectueux du corps social. Ce serait augmenter le mal au lieu de le diminuer. Tout doit s^effectuer progressivement et sans secousse. Quiconque renverse sa maison sans avoir le moyen d'en bâtir une autre plus commode est un insensé. Mieux vaut encore reposer dans une chaumière mal close , que d'être absolument privé d'asile. Notre but, en poussant l'humanité vers le perfectionnement , ne peut donc être de l'y conduire par le trouble et par la force des armes, mais par l'enseignement d'une doctrine religieuse conciliatrice de tous lesinlérêtsen discord. Le progrès moral et intellectuel régularisant l'activité matérielle, le sort de notre espèce s'améliorera sans commotions fâcheuses. Si les hommes étaient assez instruits , ou même s'il n'y avait pas de trompeurs parmi eux» les choses marcheraient d'une vitesse immense, sans qu'on s'en aperçût autrement que par Taugmentation du bien-être , tandis que le poison de l'erreur entretenant l'ignorance générale , il faut payer chaque pas que l'on fait en avant par des efforts pénibles et souvent répétés. Le dévouement qui, en réalité, n'e^t qu'une source de délices, devient. dans notre époque , un martyre douloureux. En général , les travaux du génie sont toujours flétris par l'humanité qui ne les comprend que longtemps aprè» qu'ils se sont offerts à sa vue.
Tout le monde aujourd'hui dirige ses regards du côté de l'industrie. Cette reine puissante de notre siècle possède un
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cortège nombreux de courtisans qui font retentir ses louanges et publient sa gloire d\in pôle à Tautre. Ses largesses subjuguent les plus indolents et tout se plie à sa volonté suprême. Elle commande, et légitimement, car le seul moyen de commander aux hommes est de les rendre heureux. Nous n'avons pas été des derniers à arborer les couleurs de cette
> noble souveraine, car nos pères étaient ses sujets; mais nous croyons cependant que le premier rang, parmi les choses que doivent vénérer les peuples , ne lui appartient pas exclusivement. A elle, sans partage, le génie et la force de rhoniine, mais à la religion , Thommage de son amour. Nous savons que rindustrie est la mère de l'humanité; mais nous savons aussi que Dieu est son père et son bienfaiteur. A Tune donc roflrandc de sa tcte et de ses bras ; mais à Tautre Toffrande de son cœur et de ses adorations. L'industrie , comme on Ta remarqué, est la passion de notre époque; aussi voit-on la plupart de ceux qui se sont consacrés à son culte ne vouloir qu'elle seule et rejeter dédaigneusement toute institution religieuse. L'industrie, prétendent-ils, suffit pour rendre les peuples heureux et moraux. Nous répondons hardiment que c'est une erreur , et nous le prouvons par les principes contenus dans ce livre. Elle ne remplira même pas l'ame du plus savant et du plus fécond industriel , qui sera obligé de s'adresser aux beaux-arts pour se délasser de ses profondes conceptions. Or la religion, c'est la partie sentimentale et épurée des beaux-arts. Maintenant, si l'industrie est impuissante pour satisfaire aux besoins moraux de ses disciples les plus élevés , comment pourrait-elle suffire au bonheur de ces
^<'sprits poétiques qui ne vivent , pour ainsi dire, que d'émotions douces? L'homme sans religion est une machine, sublime si Ton veut, mais ce n'est toujours qu'une machine.
S'il était possible trinterromprc chez l'homme l'empire
(lu sonliiuent religieux, on accomplirait, il et>t vrai, un pro^rrès matériel gigantesque , monstrueux ; mais on retomberait dans un sensualisme peut-ôtre plus brutal encore que celui (les sociétés antiques. Alors, pour sortir de cet état, il Faudrait un spiritualisme plus exclusif encore que celui des premiers chrétien s. Et l'humanité roulerait de ehule en chute, sans pouvoir espérer de sorlir jamais de ce cercle fatal , ce qui ne peut s'admettre sans professer Taihéisme le plus désolant.
INous savons bien que les hommes généreux qui coneeiitrenl leur sollicitudesur les intérêts matériels sont très-loin de se proposer un tel but; mais il n'en est pas moins certain ((u'ils y seraient entraînés par la force même des clioses. Pour qu'une société ue tombe pas dans des excès dangereux, il faut qu'elle soit assise sur une base complète et solide; autrement pas d'équilibre. Le peuple, qui a l'instinct du bien et de la justice, s'inquiète, s'agite aussi longtemps que ces deux fondements de l'ordre social ne sont pas trouvés. Nous avons pensé qu'il serait utile, tout en secondant les intentions pures et bienveillantes des apôtres de l'industrie, de leur faire comprendre que la religion ne peut jamais être écart(^e sans que la face la plus importante de la vie en ressente de douloureuses atteintes. Aussi cet ouvrage tend-il particulièrement a faire ressortir la loi de l'équilibre, qui doit harmoniser l'esprit et la chair. Mais en même temps, comme un principe général n'est appliqué qu'autant qu'il est compris par tous, on a dû donner à cet évangile la forme populaire la plus propre à son intelligence.
O peuple toujours juste et désintéressé, ne comprendrastu pas encore la volonté divine? Écoute : Il y a des signes certains pour distinguer les hommes qui te parlent vrai de ceux qui te trompent et t'égarent. Suis sans hésitation ceux
qut te (lisent de faire iisn^e de ta raison et te tiennent un lnn{;n(;e que tu comprends; mais fuis et dédai(;ne reuxqui prétendent te faire croire a des choses que tu ne peux pénétrer. La vérité, sois-en sûr, est à la portée de tous indistinctement , car elle est la parole de Dieu. Ce qui est utile au bonheur des hommes peut être compris par tous, quel <|ue soit le degré de leur instraclion ou de leur intelligence. La vérité a des caractères frappants qui agissent même sur les plus simples, et les hommes ne la repoussent que lors- (|u'ils sont corrompus par la perOdie; mais cet aveuglement a un terme; car si Dieu a fait la vérité immortelle, il a voulu vn même temps que Terreur tombât sous la faux de la mort. O peuple ! voudrnis-tu fouler aux pieds ce flambeau qui t'a été donné par Dieu pour te conduire au bien et te faire éviter le mal ? Où donc serait alors cette supériorité que Thomme s'arroge sur la brute? La vois-tu dévier un seul instant de In ligne de ses instincts? Vois-tu le soleil désobéir a la loi éternelle qui lui a ordonné de répandre sur nous la lumière et la vie? Que fais-tu donc , ù peuple ! tu détournes tes yeux des trésors précieux dont la munificence de ton Dieu t'a doté? tu méconnais les lois de ta propre nature et marches a fopposé du but que tu dois atteindre? Ah! reviens de cet égarement fatal , qui te conduirait a Tesclavage et à Tavilissement le pluS' affreux! ne réponds pas par des outrages à la voix amie qui t'avertit que tu cours au précipice. Ouvre les yeux et vois la lumière; ouvre tes oreilles et entends la vérité; c'est ton intérêt, bien plus, cW ton devoir.
Julien LK ROUSSKAl , £i'. vice-primat.
IM
l'état de paix et de simplicité , qui fait le bonheur du cultivateur et de lartisan.
î\ G. Es-tu pauvre? je te vois envier ropulencc du riche.
jt. 7. Que te faul-il donc? lu ne le sais et ne peux le savoir.
î'. 8. Tu as perdu la vraie science en perdant
Dieu.
i, 9. Tu n'es plus maintenant que tu t'es éloigné de ton père, de ton principe et de ta fin, qu'un enfant sans père, un effet sans cause.
jl,\ 10. Vois ces mille écueils contre lesquels tu vas te briser. Pauvre insensé! tu prétends marcher dans la vie sans Dieu!
y. II. Ne sais-tu pas que l'enfant ne peut marcher seul au sortir du sein de sa mère, qu'il fui faut une nourrice, le maillot et des brassières.-
i\ 12. Eh bien! pour Dieu, tu es enfant tout le temps que tu passes sur la terre; et pour toi-même, si tu veux bien te connaître, peut-être trouveras-tu que tu es, de tous les êtres qui ont vie cl mouvement, le plus sujet à erreur et à folie.
f. 1 3. Écoute : n'as-tu pas offert ton encens aux plus vils animaux? n'as-tu pas adoré, au lieu du vrai
Dieu, lecrocodile, les légumes du jardin? ne t'es-tu
•pli- *
pas incliné devant les idoles mêmes des passions que tu condamnes.
y. i4- Orgeuilleux et fou tout à la fois, tu es un Chateaubriand, un Bossuet, un Pascal, un Lamennais, et tu es n)oins éclairé en connaissance du vrai Dieu
que ranimai qui rumine et que la chèvre qui broute!
^. i5. Les animaux les plus stupides connaissent Dieu et lui rendent hommage à leur manière.
y. iG. Toi seul, corrompu, aveuglé, abruti par les faux enseignements d'une éducation impie, l'injuries et le blasphèmes.
f. 17. Parce que tu es colère, tu veux qu'il soit colère; parce que tu es vindicatif et sans miséricorde, tu veux qu'il soit impitoyable! !
i\ 18. Aveugle, insensé ou fripon, tu ne vois pas ou tu feins de ne pas voir que Dieu ne peut être tel que tu le fais dans ton ignorance ou ta mauvaise foi.
jl^. 19. Tu ne vois pas que ta religion n'est ainsi qu'un amas d'impiétés; que ta foi vraie ou feinte n'est qu'une foi sacrilège qui insulte à Dieu et à Ihumanité.
y^, ao. Comment se fait-il en effet que tu sois fou ou athée au point d'enseigner sans rougir à tes frères que ton père et le leur qui est au ciel, n'est point un père juste qui punit le coupable en le purifiant, puis le rend au bonheur; mais un tyran féroce, implacable qui jette sans pitié les quatre-vingt-dix-neuf centièmes de ses enfants dans des gouffres de feu et de bitume d'où ils ne devront jamais sortir ! ! !
i^. ai. Audacieux impost^pr, cesse tes prédications mensongères , ou crains Fanathème de l'humanité qui commence à voir que tu la trompes.
^, aa. Ne te souvient-il pas, faux prophète, que Dieu t'a déjà livré une fois à la vengeance des nations?
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i^. a 3. Son bras s'est appesanti sur toi par le bras du peuple.
ji^. a4. J'ai vu, dit le Seigneur, que mes ministres n'étaient plus que les ministres de la duplicité et du mensonge.
f. a 5. Ils avaient tout souillé dans mon temple.
i^. a6. Mon nom : ils en avaient Ëiit l'effroi du peuple.
jt. ;aL'j. Ma justice : ils en avaient fait le type de l'iniquité.
j^. a 8. Ma bonté, ma miséricorde : ils ne les dispensaient plus qu'à prix d'argent.
^. ng. J'étais, à les entendre, un père terrible, sans pitié, toujours armé de la foudre pour renverser et détruire.
j^. 3o. Je suis le Dieu de Tordre, de la paix et de la justice; et ils m'ont fait le Dieu du désordre, de Tanarchie et de l'iniquité.
j^. 3 1 . Ils m'ont rendu tellement méprisable aux yeux des nations, que les nations ont voulu me chasser d'au milieu d'elles.
^. 3a. A Jérusalem , à Athènes comme à Rome ; aux rives de l'Euphrate et du Gange comme à Lutèce , à Albion et sur les bords du Tage, ils se sont autorisés de moi pour commettre le vol, le meurtre et l'assassinat.
f. 33. Je suis le Dieu de l'humanité ; et ils m'ont fait le Dieu d'une caste, d'un peuple, d'une nation, et le bourreau de toutes les autres castes, de tous les autres peuples, de toutes les autres nations.
- âi -
j^. 34- Ils ont poussé le cynisme de Timpiété^ l'audace de Fimposture jusqu'à brûler mes enfants icibas, et leur assurer que je les brûlerais, moi, pendant l'éternité 1 ! !
j^. 35. Et mes enfants ne m'ont plus regardé que comme un monstre à fuir.
jr. 36. Et ils m'ont mandit. Et ils se sont insurgés contre moi. Et ils ont rougi de m'avoir dressé des autels et d'y avoir brûlé leur encens.
^. 37. Et mes temples ont été renversés, et l'abomination de la désolation a été commise dans le lieu saint 1 1 !
^. 38. Jérusalem souilléeavait tué mes prophètes; Jérusalem a été détruite.
f. 39. Les ministres de son temple avaient porté sur l'arche sainte une main sacril^e ; leur main s'est desséchée; l'ennemi a pris l'arche sainte et Ta brûlée!!!
f, 40. Le temple même, le temple a été rasé, et la charrue a passé sous les dalles de la maison du Seigneur.
f. 4^- Et la nation qui m'avait le moins défiguré dans ses croyances et le culte qu'elle me rendait, a néanmoins été dispersée par toute la terre.
^. 4^* Parce que quiconque s'éloigne de moi, quiconque me fait à sa guise et Jlf^n image, quiconque me fait homme et m'abaisse à la terre, est un insensé ou un impie qui s'évanouit dans l'extravagance de ses pensées anti-sociales et athées.
jl^. 43. Mes enfants , dit le Seigneur, cessez de me
faire riûstrumeiit de vos passions. Ne dites plus que c'est moi qui ai fait vos codes, vos lois. Ne dites plus que votre justice vient de moi.
^. 44* CaVf ma justice à moi est dans Tintérét de tous. G'est pour tous que je rends des arrêts. Mon soleil vous éclaire et vous réchauffe tous, parceque vous êtes tous mes enfants , et que je suis un père équitable et bon.
5^. 45. Mais vous, voyez comme vous êtes impartiaux et méchants. Vous vous appelez Romains, Grecs, Juifs^ et vous vousjalousezlesuns les autres.
}ii. 46. Et vous avez une justice à Rome, qui n'est pas celle d'Athènes ; à Jérusalem, vous avez des enseignements et des précepteurs qui condamnent, anathématisent vos préceptes et vos précepteurs d'Athènes et de Rome.
^. 47* Fous, que faites-vous donc? je suis votre père à tous. Pourquoi donc vos lois diffèrent-elles? je suis votre maître à tous; pourquoi donc n'avezvous pas la même manière de reconnaître mon autorité et de m'obéir ?
i\ 48. Oh non! c'est que vous ne voulez plus m'appartenir. C'est que vous avez mis à ma place dans vos temples, sur vos places publiques, dans vos palais et dans le sanctuaire de votre justice, des idoles, des statues d'argile et de boue.
y. 49' Ces statues, ces idoles ne sont point les interprètes de ma justice ; elles parlent selon vos caprices.
i. 5o. Le Romain fait dire à la sybille des oracles qui lui donnent l'empire du monde.
iî^. 5i. Les enfants de Périclès ont des dieux qui les font rois de la terre.
i. 52. Tous ont leurs idoles de mensonge et de boue; nul ne songe à moi.
f. 53. Un seul de mes enfants avait écouté ma voix et suivi mes inspirations; ils lui ont arraché la vie.
)^. 54. Lui seul avait compris la grande famille humaine; lui seul avait enseigné la loi de la nature; et ils ont étouffé sa voix.
^. 55. Et c'est à peine si ceux qui avaient été ses frères, ses commençaux et ses disciples ont gardé ses doctrines.
ji^. 56. Et à peine la tombe a-t-elle été fermée sur sa cendre, que la pensée de ce fils, le bien-aimé de mon cœur, a été jetée au vent.
yl/. 67. Un instant les faux dieux avaient pâli devant la pensée de Christ, qui est la mienne, parcequ'elle est la pensée éternelle; mais ces faux dieux n'ont été honnis d'abord, puis renversés après que pour faire place à d'autres divinités plus cruelles , plus barbares et nioins compréhensibles que les dieux de l'Olympe.
^: 58. Et le second état de l'humanité est devenu pire que le premier. Et pour n'avoir écoulé que la convoitise et l'iniquité, vous êtes tombés dans l'abîme.
ji'. 59. Et vous vous êtes rués les uns contre les
autres, parce que ayant dévié une fois des voies de la nature et de la raison , vous avez erré sans guide et sans père.
^. 60. Vous cherchiez le bonheur; je n'étais plus votre père , et vous ne pouviez le trouver sans moi ; la paix , le repos , et il n'y a de paix et de repos qu'en moi.
f. 61. Ne vous obstinez donc plus à me méconnaître. Sans moi , vous ne pouvez rien ; avec moi , vous pouvez tout.
^. 62 . Sous les prêtres de Memphis , de Jérusalem, de Delphes et d'Eleusis comme sous les prêtres de Rome catholique, vous avez été et êtes encore en captivité parce que ces prêtres ne sont point mes ministres, mais bien les prêtres des idoles de leurs passions et des vôtres.
^. 63. Ne voyez-vous pas et ne verrez-vous donc jamais qu'ils trafiquent de mon nom et de mes attributs?
i^. 64. Ne voyez-vous pas qu'ils me font colère et vindicatif comme eux, implacable comme eux , capricieux comme eux, injuste comme eux?
j^. 65. Or, mes enfants, en me croyant ainsi. Vous me blasphémez et ne m'honorez pas.
^. 66. Vous arrachez la foi à ceux qui Font et qui raisonnent.
^. 67. Un jour vient que nul ne croit ni n'ose croire.
^, 68. Je suis l'être dont on rougit. C'est une honte de me connaître, un ridicule de m'aimer,
une folie de m'offrir de l'encens et de m'adorer!! !
^. 69. Tel est Teffroyable résultat des fausses croyances, de l'ignorance, delà superstition^
Jr, <yo. Voyez comme tout cela creuse un abîme entre vous et moi ! voyez comme , par là , toute harmonie, tout rapport disparaît entre la cause et l'effet, entre le chef et les subordonnés, entre le père et les enfants !
9^. 71. Et quand vous en êtes là, que prétendezvous faire? vous émanciper, dites-vous, marcher dans la vie , plus libres et plus heureux.
^ 72, Oh! mes chers enfants, que vous êtes insensés !
S^ 73. Vous ignorez donc ce que vous êtes sans moi.
ji^ 74. Est-ce que ce n'est pas moi qui vous donne tout? est-ce que vous pouvez disposer de quelque chose sans moi ?
jl^ 75. Ingrats que vous êtes, qui donc a marqué les saisons ? qui donc a parsemé le firmament de ces millions d'astres que vous admirez durant la nuit ?
ji^ 76. Qui donc a fait ce soleil qui vous réchauffe et vous éclaire ? Qui donc commande aux éléments de manière à ce que l'ordre se fasse du désordre, rharmonie de la désharmonie , la vie de la mort?
^ 'j'j. Est-ce donc toi , ô homme , qui sépares les continents, divises les eaux, éteins les volcans, donnes la végétation aux plantes de la terre, la fécondité à ses animaux?
^ 78. Est-ce toi qui as jeté dans les vastes mers leurs innombrables habitants?
)l/ 79. Est-ce toi qui as réglé les saisons? établi pour tous les êtres cet équilibre de chaud et de froid, qui maintient la vie à tout?
1^ 80. Est-ce toi qui as donné l'instinct aux animaux , l'intelligence à l'homme?
ji^ 8r. Est-ce toi qui fais que la nuit succède au jour, et le jour à la nuit ?
}l/ 82. Puisque tu n'es rien sans moi , pourquoi donc rougis-tu de moi?
}l/ 83. On m'a rendu ridicule, j'en conviens. Mes prêtres, ou plutôt les tiens à toi , les prêtres tels que les ont faits tes passions, t'ont fait peur de moi.
5^ 84. Mais qu'importe? si tu as de la droiture dans le cœur, faut-il donc écouler ces prêtres quand ils noentent; ou bien faut-il me répudier parce qu'ils m'ont défiguré?
il/ 85. Grand enfant, grand insensé! quand donc cesseras-tu d'être le jouet des intrigants et des faux prophètes ?
ji^ 86. Ah ! tu dois le voir, si tu es de bonne foi , quand tu n'as recours qu'à l'homme ton semblable, et que tu ne veux plus de moi , tu tombes d'abîmes en abîmes jusqu'à ce que tu périsses misérablement.
^ 87. Si c'est le fanatisme et la superstition qui te dirigent, tu es en guerre avec la moitié du genre humain. Le Dieu que tu t'es fait est un Dieu terrible qui dévore ses enfants et te torture sans cesse toiuiêuie.
^ 88. Si tu renies Dieu , si tu ne crois plus à rien, tu restes bientôt seul avec toi-même ; tes pas chancellent dans la vie; tu tombes de créature en créature, et après avoir parcouru ainsi le néant de ce monde, tu t'évanouis dans le désespoir.
)i^ 89. Tu le vois, ni toi ni rien de ce qui existe ne pouvez exister sans moi.
> 90. S'il était possible que mon bras cessât un instant de soutenir la machine du monde, le monde s'anéantirait.
y 91. Ne dis plus que je ne suis bon que pour le peuple et les ignorants; car toi tu es encore plus ignorant, plus pauvre, plus misérable en véritable science que le peuple.
y 92. L'iniquité vient moins du peuple que de toi. Le peuple aime la justice, et toi tu la foules aux pieds. Le peuple a de l'humanité; il partage souvent avec l'humanité souffrante ce qu'il possède, c'est à peine si tu donnes à tes frères le superflu et les miettes de pain qui tombent de ta table.
^ 93. Le peuple qui croit à moi a encore des entrailles; le riche, le philosophe qui y croient en ont aussi; ceux-là seuls sont barbares et sans pitié qui ne croient point en moi.
^ 94. Je le dis en vérité : point de société sans moi, si ce n'est une société de cannibales, parce que sans ma justice point de justice.
^ 9?. Sans moi, nulle fraternité parmi les hommes, parce que sans moi point de père commun à l'humanilé.
^ 96. Sans moi , nul frein à l'ambition , à la haine, à la vengeance, parce que sans moi nul châtiment équitable du crime.
^ 97. Sans moi , nul pouvoir, nul gouvernement qui soit stable , parce que sans moi nulle sanction à Tautorité.
ji^ 98. Sans moi, enfin, rien ici-bas qu'il ne soit permis de détruire et de renverser, quand on le peut et qu'on est le plus fort; car, l'homme seul commande à l'homme. Il n'y arien au delà, rien en deçà ; tout se borne à la vie présente; l'homme est l'alpha et l'oméga de l'homme.