FEMME
» Comment la fera-t-on ?
» En proclamant ceci : Civilement, l'Homme et la Femme » sont égaux ; socialement, ils se valent.
» C'est l'équivalence affirmée. Je dis l'équivalence, et ^> non l'identité des deux natures.
» Agréez, vénéré Maître, l'hommage de mon profond » respect et de mon inaltérable dévouement.
» LéON RiOHER. »
L'ouvrage que je livre en ce moment à l'appréciation du public et au jugement impartial des hommes spéciaux, réalise, dans une mesure aussi large et aussi complète que possible, la généreuse pensée du poète.
n apporte c la loi de la Femme :».
Est-ce \me utopie ?
Non.
Pour ma part, j'ose affirmer que l'opinion publique, depuis longtemps préparée, accueillerait favorablement la re vision de certaines dispositions de nos codes, outrageantes pour la dignité des épouses et des mères.
Nous avons marché depuis 1803.
La loi civile de Bonaparte n'est pas seulement en opposition flagrante avec nos mœurs, elle est, — ce que l'on
AVANJT-PROPOS. VII
commence à comprendre, — en contradiction évidente avec le droit naturel.
Ojr, toute loi écrite qui viole le droit naturel, est une loi injuste.
J'ajoute : une loi dangereuse.
Elle crée des situations fausses, provoque des résistances, soulève des antagonismes, engendre des luttes.
Cela est mauvais.
Reconnaître et sanctionner le principe de Tinviolabilité de la personne humaine, poser comme base de toute législation sagement équilibrée le droit imprescriptible, inaliénable de rêtre pensant et conscient, tel est le premier devoir d'une Démocratie.
Les distinctions de sexe sont outrageantes, lorsqu'il s'agit d'établir les fondements de l'ordre public.
Rien ne les justifie dans la loi.
Là où le Code pénal ne distingue pas, le Code civil est mal venu à établir des différences.
La justice est une, le droit est un.
La loi doit être une.
Il n'y a pas, en matière de législation, au sein des sociétés civilisées, d'autre vérité que celle-là.
C'est cette vérité qu'il s'agit de faire triompher.
L'œuvre nouvelle qu'on va lire a pour but de hâter les solutions.
Si imparfaite qu'elle soit, elle aura au moins ce mérite d'ouvrir la voie.
C'est ainsi que j'ai procédé, il y a dix ans, pour le divorce. On connaît les résultats.
Je compte beaucoup, pour le succès final, sur l'appui des hommes éclairés qui n'ont cessé d'encourager mes efforts ; mais je me recommande surtout aux femmes dont les intérêts sont ici spécialement en jem.
C'est pour elles que j'ai travaillé.
VW AVANT-PROPOS.
C'est elles que les doctrines exposées au cours de cet ouTrage, les principes défendus, et les réformes proposées regardent le plus.
C'est donc à elles d'abord que je m'adresse ; c'est leur concours que je sollicite ; c'est à leur adhésion franche et loyale que je fais appel.
La femme peut bien des choses. Il ne lui faut souvent que vouloir.
Sans doute, elle n'a pas, comme nous, la place publique, elle n'a pas le bulletin de vote ; — mais elle a le foyer, elle a la famille, ce centre puissant d'action.
Là, son influence est considérable.
Il dépend d'elle de montrer qu'elle est à la hauteur du rôle nouveau que revendique en son nom l'humble écrivain qui s'est fait, depxds tantôt quinze ans, l'apôtre résolu de son affranchissement.
L'idée de justice, dont ce livre n'est qu'une des formules, triomphera sûrement si les femmes, pénétrées de leur valeur propre, ayant enfin conscience de leur assujettissement, sachant de quelles humiliations les abreuvent nos Codes, prennent parti pour elles-mêmes ; — elle échouera ou sera pour longtemps retardée, si, toujours esclaves du préjugé, toujours humbles, toujours soumises, les femmes se considèrent comme obligées, en raison de leur sexe même, de s'incliner perpétuellement devant l'autorité indiscutable de l'homme, leur maître divin, leur supérieur naturel dans la hiérarchie des êtres.