Le Codex Troano et l'écriture hieratique de l'Amérique centrale
E déchiffrement de l’écriture katounique de l’Amérique Centrale paraît de nature à assurer à la science, à laquelle on a donné le nom d’américanisme, une place importante dans le domaine de la recherche contemporaine. Jusque dans ces derniers temps, les peintures dites figuratives et didactiques des anciens Mexicains promettaient à peu près seules d’intéressantes révélations sur l’histoire indigène du Nouveau-Monde, antérieurement à la grande découverte de Christophe Colomb. Du moins, ces manuscrits étaient-ils de nature à nous faire connaître, dans une certaine
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mesure, la civilisation des Indiens, d’après les Indiens eux-mêmes. On ne pouvait, cependant, comparer ces images grossières à une véritable écriture, et admettre par leur fait la culture des lettres chez les populations autochthones jde l’hémisphère transatlantique. Aussi Alexandre de Humboldt niait-il que l’écriture ait été connue et pratiquée ailleurs que dans l’Ancien Continent, et l’opinion de ce savant fut-elle généralement adoptée.
Un progrès a été réalisé, une erreur dissipée. On sait, aujourd’hui, que non-seulement l’Amérique antique connaissait l’art de l’écriture, mais qu’elle avait possédé de nombreuses inscriptions sculptées et des manuscrits tracés suivant un système graphique à peu près équivalent à celui dont se servaient les anciens Égyptiens, les Babyloniens ou les Chinois.
Jusqu’à présent l’existence d’une écriture réelle n’a été constatée que dans la péninsule du Yucatan, dans les régions occupées par la race Maya. Cette écriture était probablement répandue dans toute l’étendue de la région isthmique de l’Amérique inter-océanique. Des découvertes ultérieures nous apprendront peut-être que cet art était cultivé bien au-delà de ces étroites limites : et déjà nous possédons quelques indices de nature à faire penser que les peuples du Mexique, et même ceux du Pérou (à une époque antérieure à la dynastie des Incas), avaient également sû noter le lan-
Le Codex Troano et l’Écriture Hiératique. Sj gage par des signes susceptibles d’être lus.
Mais sans nous préoccuper, pour le moment, de donner une pareille extension au domaine de l’écriture dans l’ancienne Amérique, il nous suffit de savoir qu’elle était cultivée au cœur de cette vaste partie du monde, et que des monuments de cette écriture nous ont été conservés, pour intéresser le monde savant à l’exploration d’un domaine où des découvertes, d’une portée sans doute considérable, sont réservées au travail persévérant des archéologues, des linguistes et des paléographes.
L’écriture katounique, bien avant la publication de la Relacion de Diégo de Landa, — à laquelle on doit l’ouverture d’une voie nouvelle à l’Américanisme, — nous avait paru digne d’une attention exceptionnelle, et nous nous en sommes occupés, à plusieurs reprises, dans cette Revue. Aujourd’hui que les suffrages des savants autorisés permettent d’avoir confiance dans la nouvelle méthode adoptée pour le déchiffrement de cette écriture, nous croyons utile de mettre entre les mains de nos lecteurs quelques matériaux de travail pour les engager à s’associer à notre tâche.
Diego de Landa, évêque de Yucatan, fut le destructeur d’un nombre considérable de documents écrits de l’antiquité yucatèque. Il tenta d’anéantir jusqu’au dernier de ces documents où étaient consignées les idées religieuses des peuples que les Espagnols cherchaient à convertir
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à la doctrine chrétienne. Par un singulier caprice de la destinée, c’est à ce même prélat, qui voulait faire disparaître toute trace d’une littérature qu’il jugeait entachée d’une origine diabolique, que nous devrons sans doute de connaître un jour quelque chose de cette même littérature. En effet, dans la Relation des choses du Yucatan., dont il est l’auteur, Diego de Landa, après avoir rapporté divers genres de renseignements sur les mœurs et coutumes des Mayas, juge à propos de nous entretenir de ces mêmes livres qu’il était fier d’avoir livrés aux flammes. Le manuscrit de cette Relacion.^ retrouvé par l’abbé Brasseur, dans les archives de l’Académie Royale de l’Histoire, à Madrid, n’est malheureusement qu’une copie imparfaite de l’ouvrage original, et la partie relative aux livres, à l’écriture et à langue des Yucatèques paraît avoir été abrégée par le copiste, aux yeux duquel elle n’offrait qu’un assez médiocre intérêt. Il en résulte que les données paléographiques que nous fournit le manuscrit de Madrid sont des plus incomplètes et, qui pis est, d’une regrettable obscurité dans la partie la plus importante pour nos études.
La Relacion de Diego de Landa nous fournit, néanmoins, de très-précieuses indications sur le calendrier yucatèque et sur les signes employés pour noter les jours et les mois dans ce calendrier. C’est à l’aide de ces indications imparfaites à tant d’égards, qu’a pu être tenté le déchiffrement
Le Codex Troano et V Écriture Hiératique. Sg de récriture hiératique de l’Amérique Centrale.
Je n’ai point l’intention de reproduire ici/même sous une forme succincte et abrégée, le travail que j’ai publié récemment pour l’interprétation des caractères katouniques (i). Le but de cet article est de mettre à la disposition des lecteurs de cette Revue les renseignements que nous devons à Diego de Landa, et d’appeler leur attention sur la possibilité de faire de fréquentes restitutions de signes dans les nombreuses parties détériorées des manuscrits hiératiques que nous possédons, de façon à en faciliter l’interprétation.
Ce système de restauration des vieux documents écrits des Mayas peut s’étendre aisément aux quatre manuscrits connus jusqu’à ce jour. J’essairai pour le moment dç l’appliquer à l’un d’eux, au Codex Troano, lithographié avec un soin remar-» quable à l’Imprimerie Nationale de Paris.
Les indications de Landa relatives à l’écriture hiératique du Yucatan comprennent ; i° Les signes des jours; 2° Les signes des mois; 3° Un paradigme des signes phonétiques de l’écriture hiératique Maya.
Les signes de jours offrent quant à présent, pour nos études, le plus grand intérêt, en ce sens qu’ils
(/) Essai sur le déchiffrement de l’Écriture hiératique de l’Amérique Centrale (Paris, 1876-77), in-fol., avec pl.
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ont été retrouvés en grand nombre dans les quatre manuscrits mayas que nous possédons. Ces signes, sous la forme que leur donne Landa, sont compris dans le tableau suivant ;