Le coeur de Jésus; ascétisme et littérature
La douce pensée de vous être utile et agréable m’a inspiré ce modeste travaille U ai poursuivi dans les courts loisirs du professorat; et aujourd'hui qu'il est achevé , je vous le dédie avec bonheur . Acceptez-le comme un gage de paternelle affection de la part de ces maîtres dont vous êtes la consolation et la gloire . J'obtiendrai l'unique succès que j' ambitionne , si mon livre vous fait goûter quelques-unes de ces pures jouissances réservées à la jeunesse pieuse. Je ne vous demande , en retour de mon amitié et de mon zèle pour votre bonheur , qu'un petit souvenir au pied de l'auteL
Votre ami dévoué ,
Eug, Desjàkdins, S. J»
PRÉFACE
Nous nous sommes proposé dans cet ouvrage de faire connaître le cœur de Jésus , de le faire aimer, d’étendre son culte et d’entraîner les âmes sur les traces de ses vertus.
On a beau multiplier les théories progressistes , user son intelligence dans des utopies sociales, demander à tous les systèmes philosophiques de résoudre, pour le bonheur de l’humanité, les grands problèmes de la civilisation ; la vraie philosophie, le véritable progrès intellectuel et moral, lé bonheur des individus aussi bien que des sociétés ne se trouvent que dans la connaissance, l’amour et l’imitation de Jésus-Christ, dans la reproduction individuelle et sociale des sentiments et des vertus de son cœur divin. Oh î quand donc les hommes ouvriront-ils les yeux à la lumière céleste, et comprendront -ils cette importante vérité?
Une autre pensée nous a aussi préoccupé en composant cet ouvrage: l’Église est peu connue. Ses enfants mêmes, élevés pour la plupart dans unë atmosphère de
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préjugés ou d’indifférence , se méprennent de la maniéré la plus étrange dans l’appréciation de son esprit , de ses actes , de ses doctrines , de ses luttes, de ses institutions et de son influence. Or, il y a entre l’Église et le cœur de Jésus un lien intime. « C’est dans le divin cœur de Jésus que l’Église a été conçue. Dieu, par un mystère ineffable, avait figuré cet événement dans la création de l’homme pour l’accomplir ensuite dans sa réparation. Adam étant plongé dans un sommeil extatique, Ève fut tirée de son côté et lui fut donnée pour épouse ; de même Jésus étant endormi du sommeil de la mort qu’il avait embrassée par le commandement de son Père , l’Église fut tirée de son cœur et prit aussitôt la qualité d’épouse... Ève reçut une vie naturelle du premier homme, l’Église une vie surnaturelle de Jésus-Christ. Le premier homme donna une de ses côtes pour former Ève; Jésus, pour former l’Église, donna la vie et le sang de son cœur, et voulut qu’il fût ouvert pour révéler son extraction et lui donner sujet de se glorifier d’être sortie du côté de son Sauveur. * (Le P. Nouet.) La plupart des saints Pères , depuis Tertullien jusqu’à saint Bonaventure, ont fait ressortir presque dans les mêmes termes ce mysticisme biblique , et ont célébré cet enfantement merveilleux par lequel l’Église sortit vivante de la plaie d’amour faite sur le Calvaire au cœur du divin Maître.
L’Église est donc l’œuvre spéciale du cœur de Jésus et la divine émanation de son amour* C’est ce cœur qui
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la conçut et qui l’enfanta ; c’est ce cœur qui la vivifie; c’est ce cœur qui la dirige et qui l’inspire. Née du cœur de Jésus, l’Église est non-seulement la dépositaire de la vérité, elle est aussi l’héritière de son amour ; et chargée de poursuivre ici-bas l’auguste mission du Sauveur, el}e passe en faisant le bien.
Il nous a donc semblé qu’un livre sur le sacré cœur de Jésus était une apologie de l’Église , puisqu’en dévoie lant les charmes ineffables de ce cœur divin , ses perfections infinies, ses miséricordes et ses tendresses, il révélait en même temps la nature, l’esprit et les tendances de l’Église, qui est la continuation de Jésus -Christ, son corps mystique , et en quelque sorte l’incarnation permanente de son cœur.
O vous qui voulez connaître l’Église , et apprécier sainement son action, étudiez le cœur de Jésus.
La connaissance de ce cœur adorable prédisposera vos esprits et vos cœurs à porter un tribut filial d’estime , de vénération , d’amour et d’obéissance à cette épouse sans tache qu’il s’est acquise au prix de son sang, et qu’il a promis d’assister de ses lumières et de son amour jusqu’à la consommation des siècles.
Notre ouvrage se divise en deux parties : Ascétisme et Littérature.
Nous avons écarté de la partie ascétique la question de la convenance et de la légitimité du culte rendu au sacre cœur ; elle nous paraît moins utile désormais qu’elle ne
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Tétait dans les siècles passés où ce culte, en ce qu’il a d’explicite, n’avait pas encore reçu son caractère d’universalité. Cette question théologique a été d’ailleurs admirablement traitée par le cardinal Gerdil, par Muzzarelli, par le père Gallifet et par M®* de Boulogne. Nous nous sommes attaché à faire connaître pratiquement le cœur sacré de Jésus-Christ, et à faire ressortir, par l’ensemble des points de vue, la place importante que doit occuper le culte de ce cœur divin dans l’économie de la piété chrétienne.
Dans la seconde partie, nous avons invité tous les siècles à venir entonner leur hymne d’admiration, de louange, de reconnaissance et d’amour en l’honneur du cœur sacré de Jésus ou de cette charité infinie dont il est l’organe et le plus touchant symbole.
Ces poésies ne sont qu’une page arrachée aux archives poétiques du christianisme ; nous formons des vœux ardents pour que des hommes de foi et de goût exhument de cette mine trop inconnue les richesses littéraires qu’elle renferme. Nous leur promettons dans leur travail des jouissances aussi pures qu’inattendues.
Puisse cet ouvrage, que je dépose avec respect et amour aux pieds de l’auguste Marie, être agréé de son cœur immaculé, et contribuer sous sa maternelle protection à faire connaître, aimer et glorifier l’aimable cœur de son divin Fils!
Vais, $3 juin 1854, fête du Sacré-Cœur de Jésus,