‹ Le cœur de Jésus; ascétisme et littératureChapitre 11 sur 306 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Le cœur de Jésus nous a aimés d’un amour héroïque, et nous devons répondre à Cet amour par un amour généreux;

La vie me serait insupportable, si je n'avais rien à souffrir pour Jésus-Christ.

(S. François Régis.)

Le sacrifice est comme la pierre de touche de toute amitié. Tant qu’on n’a pas sacrifié quelque chose pour nous , nous ignorons jusqu’à quel point l’affection qu’on nous porte est désintéressée , et nous ne faisons vraiment fond sur l’amitié que lorsque l’expression en a été comme scellée par le sacrifice. C’est donc aux proportions du sacrifice qu’il convient d’apprécier l’étendue et la solidité de l’affeétion et de l’amour. Or, l’amour de Jésus a toujours porté l’héroïque sceau du sacrifice, ou plutôt sa vie entière, perpétuée jusqu’à la fin des temps dans la sainte eucharistie , est un sacrifice complet de tout lui-même , dont la voix persuasive nous prêche continuellement qu’elle doit être la générosité de notre amour envers ce divin Maître*

orsque Notre-Seigneur se manifesta à la vénérable confia

dente de soh amour pour les hommes , son cœur était su* un trône de feu ; la plaie qu’il reçut sur le Calvaire y paraissait ouverte et saignante; une couronne d’épines entourait ce cœur sacré , et une croix s’élevait au-dessus comme produite par des flammes mystérieuses. Jésus-Christ fit entendre à sa servante que ces touchants symboles signifiaient ramoùr immense de son cœur pour les hommes; il lui révéla que cet amour avait été la source de ses souffrances ; que , dès le premier instant de son incarnation, toutes les angoisses dé sa vie et tous les tourments de sa passion étaient présents à sa pensée, et que dès lors il accepta les douleurs et les humiliations que sa sainte humanité devait souffrir. Or, c’est en vertu de cette acceptation, prédite par les prophètes et rappelée par le grand Apôtre , que Jésus-Christ s’est voué par amour pour nous à une vie de sacrifices.

Il a sacrifié toutes les joies de la terre. Pénétrez dans cette étable délabrée, c’est là, dans une crèche, sur un peu de paille , que le roi du ciel vient naître , n’ayant pas tnème le pauvre berceau de l’indigent ; maître et seigneur de tout ce qui existe, il consent à essuyer les rigueurs d’un long exil sur une terre inhospitalière, à gagner son pain à la sueur du front* Celui qui , d’une parole, créa l’univers > n’a pas le soir où reposer sa tête, et ne trouve pour lit de mort qu’une croix. Jésus a sacrifié pour nous les honneurs de ce monde ; voyez celui dont les anges chantent la gloire , comme il éclipse ses splendeurs sous les haillons de notre misérable humanité! Contemplez-le^mSLniant, de ses mains divines, les instruments du travail , ou humblement agenouillé aux pieds de ses apôtres. Il a sacrifié sa renommée jusqu’à devenir la risée du peuple et la fable de toute une nation | jusqu’à laisser abreuver d’ignominie ses derniers

PREMIÈRE PÀRTÏËi 3à

instants. Il a sacrifié ses plus légitimes affections, vouant son cœur à tous les froissements de ramifié déçue. Voyez, en effet, comme ses disciples bien-aimés le quittent dans sa détresse ; comme saint Pierré, son apôtre le plus ardent, le renie après les plus énergiques protestations de fidélité ; pas un cœur àmi pour le justifier devant Pilate, pas un cœur ami pour le défendre contre les brutalités et les fausses accusations de ses ennemis, pas un cœur ami pour recevoir pendant une nuit d'angoisses les confidences de sa douleur ! Il a sacrifié son humanité, l'abandonnant sans pitié à ses faiblesses et au sentiment de toutes les souffrances. En vain cette humanité désolée cherche-t-elle à parer les coups sous l'égide de là divinité ; la divinité la repoussera avec une sorte de cruauté jusqu'à provoquer ses plaintes; que dis-je? elle la repoussera. Oubliant en quelque sorte qu'elle est unie à cette humanité dans l'intimité d'une seule personne , elle suspendra les effets de cette union, afin que la malice des bourreaux puisse consommer l'immolation. Aussi de quels flots d'amertume la tristesse inonde son âme, du jardin des Olives au Calvaire ! de quels dégoûts l'ennui l'abreuve ! de quelles épouvantables terreurs la crainte l'environne ! Voyez comme ce corps sacré se traîne , épuisé par une sueur de sahg, à travers les huées de la populace. Oh! quels horribles crachats défigurent sa face auguste ! comme son chef divin est déchiré par ces épines cruelles ! Ses chairs, tombées en lambeaux sous des fouets meurtriers, mettent à nu ses os sacrés, et n'y semblent tenir encore que pour être clouées à un bois infâme! Et c'est laque, tout sanglant et tout meurtri, Jésus expire, ne présentant plus aux regards du peuple qu'un amas informe et presque sans nom; ego autem sum tiertnis } et non homo. ( Ps . xxr. 7.) O Jésus, n'avez-vous pas enfin étanché votre soif de sacrifice? Non;

LE CdEUfc DE JÉSUS.

non, le. cœur de Jésus n'a pas voulu donner de limites à l'expression de son amour; il a sacrifié les joies et les honneurs du monde, il a sacrifié les consolations de l'amitié, il a sacrifié son humanité tout entière, il sacrifiera encore jusqii'à sà divinité en voilant et en comprimant, pour ainsi dire, par amour pour nous, la glorieuse manifestation de ses splendeurs divines. Qu'est-il en effet aux yeux du monde? Dans l'atelier de saint Joseph, il n'est que le pauvre fils d'un charpentier; nonnè hic est fabri filius (Màtth. xiii, 55); il passe pour un pécheur dans le baptême du Jourdain; sur le Calvaire, on le regarde Comme un criminel et on insulte à sa prétendue divinité; et qu’est-il dans la sainte eucharistie pour l'œil de l’incrédule, sinon une matière inerte? Sacrifice continuel d'un Dieu à un Dieu pour l'amour de l'homme, dont l'elficacité infinie nous explique le mystère de ses trente années de vie cachée, et ces siècles de vie obscure et anéantie dans le sacrement de nos autels ! Sacrifice continuel d'un Dieu à un Dieu pour l'amour des hommes, que le cœur de Jésus a miraculeusement perpétué I Non-seulement il demeure toujours avec nous dans l'état de victime immolée , mais encore il renouvelle à chaque instant , en tous lieux de la terre , physi-1 quement et véritablement, quoique d’une manière non sanglante y l'immolation de tout lui-même. Ah ! quand un Dieu pousse l'amour jusqu'à s'immoler et à s'anéantir, en quelque façon, dans un holocauste perpétuel, refuserons-nous de répondre à cet amour, en sacrifiant notre nature pécheresse? Ne pourrons-nous, par amour pour Jésus, immoler les affections qui s'accordent mal avec nos devoirs ; retrancher à nos passions ce que nous ne saurions leur accorder sans compromettre notre salut? Ne pourrons- nous sevrer notre cœur de ses désirs criminelè , mortifier notre humeur et poserun frein

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