PREMIÈRE PARTIE
salutaire à nos vicieuses inclinations? En face des sacrifices inouïs acceptés par le cœur si aimant de Jésus , en face de cette crèche , de cette croix, de ce tabernacle et de cet autel balancerons-nous à marcher à sa suite dans le chemin qu’il nous a tracé de son sang ? Ah ! quelle âme serait vassez lâche pour refuser de se sacrifier pour Jésus? Et cependant qu'avonsnous fait jusqu'ici envers le plus généreux des maîtres? Nous avons voulu être à son service, mais nous avons mis pour condition qu'il n'exigerait aucun sacrifice de notre part; nous nous sommes voués à son culte , mais nous nous sommes réservés de faire brûler quelques grains d'encens sur les autels de la vanité et de l'amour-propre ; nous avons prétendu nous faire disciples de Jésus -Christ, sans avoir de violence à nous faire et de croix à porter. Ah! pénétrons dans le cœur adorable de notre aimable Sauveur; contemplons la générosité de son amour, considérons à quels excès sublimes cet amour l'a comme entraîné, et apprenons à l'aimer à notre tour d'un amour d'action, de dévouement et de sacrifice; nos ergo diïigamus Deum quoniam Deus prior dilexit nos. (I. Joan. iv. 19.)
C'était de cet amour généreux que l'aimait saint Paul , lorsqu'il défiait toutes les créatures de le séparer jamais de la charité de Jésus-Christ : Quis ergo nos separabit a charitate Christi. (Ad Rom . vm. 35.) C'était de cet amour généreux que l'aimait saint François de Sales , lorsqu'il laissait échapper de gon âme ces admirables paroles : « S'il y avait dans mon cœur un filet d'affection qui ne fût pas pour Diéu, en Dieu et selon Dieu, je l'arracherais aussitôt. » C'était de cet amour généreux que l'aimait sainte Térèse , lorsqu'elle s’écriait dans l'exaltation de sa charité : Aut pati, aut mori; « Seigneur, ou souffrir, ou mourir. » C'était de cet amour généreux que l'ai-
niaient tant de saints de tout âge , de tout sexe, de toute condition , qui ont su fouler aux pieds les espérances du siècle , l’éclat de la fortune, les inclinations de leur cœur, et jusqu’à leur propre vie, par amour pour leur divin Maître. C’est ainsi que nous l’aimerons, si, venant retremper notre âme à la source du plus héroïque amour, dans le cœur sacré de Jésus , nous savons y puiser ces flammes célestes qui embrasent les âmes , les consument , les transforment et les divinisent.
Exprimons les sentiments de générosité qu’ont fait naître en nous ces considérations , en nous consacrant sans réserve au cœur de Jésus, par la formule suivante, précieux héritage que nous a laissé de son amour généreux pour Jésus-Christ la vénérable Marguerite-Marie.