‹ Le cœur de Jésus; ascétisme et littératureChapitre 110 sur 306 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Du zèle pour le salut du prochaiu , et comment l’aimable cœur de Jésus est le prinçipe et le modèle 4e cette vertu,

Mandant illis unicnifine de proxiai suo.

( Rccltt, KYII. 4 !• )

11 a confié h chaean d'eux le soin de set prochain.

« Entraînez avec vous d’autres âmes dans la voie du Seigneur, dit saint Grégoire le Grand , cherchez avec une sainte impatience des compagnons de votre bonheur. Si vous allez à Dieu, efforcez-vous de n’y pas aller seul. » Ce zèle pour le bien spirituel du prochain est une suite nécessaire de la charité que nous devons avoir pour lui. Il est impossible* en effet, si l’on aime sincèrement le prochain, de ne pas éprouver un vif désir, et même une sorte de besoin de le faire participer aux délices que l’on goûte dans le service de Dieu, ainsi qu’à l’espérance dontonjouitdele posséder éternellement.

L’excellence du zèle nous est démontrée par notre divin Sauveur , qui semble nous l’avoir donné comme le témoignage le moins équivoque de notre amour pour lui. « Simon, disaikil à Pierre après sa résurrection glorieuse, Simon, fils de Jean, m'àijnez-vousï-^Qui, Seigneur, répondit l’apôtre, vous savez que je vous aime, — Eh bien! pour me prouver la r^ljté de yotre amour, reprit le divin Maître, paissez mes agneaux, travaillez à sauver des âmes;» pasce agnos meos. (Joann. xxi. 16.) Entendez les onctueuses exhortations de saint Augustin : « Si vous aimez Jésus-Christ, dit ce pieux docteur,

«enduisez, attirez, entraînez auprès de lui tous ceux que vous pourrez. »

Le zèle nous fait coopérer au mystère même de la rédemption; n’est-ce pas le zèle, en effet, qui donne à ce mystère d’amour s0h complément et son application à travers )e# siècles! n’est-ce pas le zèle qui fait fructifier le sang de Jésus? Christ, et qui par sa providentielle activité empêche que ce sang précieux ne reste inutilement versé pour un grand nouabre d'âmes!

Le zèle renferme les plus solides espérances de la vie future. En sauvant l’âme de votre frère, dit saint Augustin, vous avez assuré la prédestination de la vôtre ; salvasti anmavnsprœdesti~ n asti tmm. Celui qui aura travaillé â la conversion d’un pé* eheur, dit l’apôtre saint Jacques, sauvera de la mort l’âme de son frère, et couvrira la multitude de ses propres péchés; qvi towerti feeerit peceutorem ab errpre via tua, salvabit aninww gus a morte et operiet vwltitudinem peccatorum. (J4COB. v, 20.)

Qr, le cœur de Jésus est le principe et le modèle du zèle le plus parfait pour le salut du prochain- Jésus connaissait l’excellence et le prix de nos âmes, et il avait puisé dans l’infinie bonté de son cœur ce besoin irrésistible de se dévouer jusqu’à la mort pour les sauver. En montant au ciel il a laissé à l’Église son épouse et à Chacun de ses épiants la mission sublime de continuer son œuvre de rédemption et de salut; numdavit Mi 1 unicuique de proximo suo. C’est donc auprès de «en divin cœur que nous devons aller recevoir, comme par HP écoulement mystérieux, son estime pour les âmes, sa tendresse et son dévouement pour l'accomplissement de notre apostolat; c’est donc auprès de ce divin cœur et par son influence. qu§ nous devons faire battre nos cœurs de cette passion nouvelle du salut des âmes , plus douce à la fois et plus forte

que toutes les passions humaines et qui triomphe des complots de l’enfer; dura sicut in f émus œmulatio. ( Cant. yiii. 6.)

Mais le cœur de Jésus, source du zèle, en est encore le modèle accompli. En effet, le zèle du cœur de Jésus fut un zèle universel. Venez à moi, dit-il, vous tous qui êtes fatigués, et je vous soulagerai; venite ad me omnes . (Matth. xi. 28.) Il distribue à tous le pain céleste de son enseignement; il guérit tous les malades qu’on lui présente , pardonne à tous les pécheurs repentants , accorde à tous indistinctement son sourire consolateur, et admet tous les hommes au bain salutaire de son sang précieux.

Le zèle de Jésus fut constant. Après avoir fait descendre de son trône des cieux le divin Sauveur, le zèle consacra son humble travail de Nazareth , dicta les paroles et les actes de sa vie publique, l’accompagna au Calvaire, monta sur la croix, et nous ouvrit pour toujours son divin cœur, comme la source inépuisable de toutes les vertus et de toutes les grâces.

Le zèle de Jésus fut admirable dans sa discrétion. Voyez avec quelle sagesse il ménage la susceptibilité des pharisiens! comme il entoure de respect l’autorité des prêtres juifs! comme dans les bienfaits ou les menaces il consulte l’opportunité des circonstances! Ses ennemis ne peuvent saisir dans ses discours ni dans sa conduite un seul prétexte à leur fureur et à leur jalousie.

Le zèle de Jésus fut plein de mansuétude, de tact et de délicatesse. Voyez avec quelle douceur il accueille Madeleine ! avec quelle attention et quelle bienveillance il prévient les désirs de Zachée ! Voyez la tendresse de son zèle dans les touchantes paraboles du bon pasteur ou du père de famille? Entendez les paroles qu’il adresse à la Samaritaine : Si scires donum DeL (JoAJw* rv. 10.) Ah! si vous connaissiez le don de Dieu ! Avec

quel tact et quelle délicatesse il excite dans le cœur de cette femme coupable une pieuse curiosité qui doit la disposer à Faction salutaire de la grâce !

Le zèle de Jésus fut compatissant. Contemplez les larmes qui s’échappent de ses yeux à la vue de Jérusalem, cette ville si aimée et si ingrate , et entendez les plaintes affectueuses de son cœur : Que de fois , dit-il, j’ai voulu rassembler tes enfants sous les ailes de mon amour, comme la poule rassemble ses petits, et tu ne l’as pas voulu !!

Enfin , son zèle fut dévoué et généreux. Le cœur de Jésus n’a reculé devant aucun sacrifice pour sauver nos âmes. Son zèle lui fit accepter et les humiliations de Bethléem , et les obscurités de Nazareth, et les ignominies du prétoire, et les angoisses du Calvaire, et les anéantissements de l’eucharistie. Son zèle, en un mot, fut comme le grand prêtre qui l’immola tout entier pour la rédemption de nos âmes ; ille animam suam pro nobis posait, ( Joann. iii. 16. )

Mais si le zèle pour le salut du prochain est une obligation de cœur pour tous les enfants de la famille chrétienne ; mandavit illis unicuique de proximo suo. ( Eccli. xvn. 12); si, comme le dit saint Augustin, le zèle est l’expression nécessaire de la charité ; qui non zelat non amat ; si enfin, selon la doctrine de saint Jean Chrysostome , rien ne témoigne tant de notre fidélité et de notre amour envers notre divin Maître que notre sollicitude pour le bien spirituel de nos frères, il importe de préserver notre zèle des défauts qui pourraient compromettre son efficacité, et de lui donner ces précieuses qualités qui assurent son mérite et son triomphe. Que notre zèle ne soit donc ni capricieux , ni jaloux , ni inconstant ; qu’il ne se montre ni incommode dans ses instances, ni inopportun dans

son exercice , ni impatient dans sa ferveur, ni timide devant

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les obstacles, ni superbe dans ses succès, ni découragé dans ses épreuves. Que, formé sur le zèle qui animait le cœur de Jésus, il soit invincible dans sa constance, plein de discrétion, de mansuétude, de patience, de tendresse et de générosité. Or , ces qualités du véritable zèle demandent de l’ème chré* tienne une si grande abnégation de ses penchants , de son amour-propre, de ses idées et de ses goûts, que saint Grégoire le Grand n’hésite pas à dire que le zèle des âmes , s’il est bien entendu et bien pratiqué, est le sacrifice le plus héroïque que l’on puisse offrir à la majesté divine ; nullum aacrificium omnipotenti Deo taie est sacrificium , quale est salua animarum. (L. I. in Ezech. ) C’est ainsi que depuis la divine immolation du Calvaire, le salut des âmes ne peut s’opérer autrement que par le sacrifice, l’abnégation et le crucifiement.

FLEURS SPIRITUELLES

« Il n’y a rien dans le monde de si précieux qu’une âme, et quand vous auriez distribué aux pauvres des trésors immenses, vous n’auriez rien fait de comparable à l’action de celui qui aura converti une âme à Dieu, b

(S. Chrysostome, Hom. 3. sur l’Épît. I. aux Corinth., c. i.)

« Au jour du jugement, saint Pierre paraîtra devant Notre- Seigneur avec la Judée qu’il a convertie par sa prédication, saint Paul mènera après lui le monde presque tout entier qu’il a évangélisé... Tous ceux qui travaillent au salut des âmes paraîtront devant leur juge, conduits en triomphe au milieu de ceux qu’ils auront gagnés à Jésus-Christ, b

( 8. Grégoire le Grand, Hom. il in Evang. )

« Ceux-là seuls possèdent un véritable amour pour leurs frères, qui désirent le bien de leurs âmes, et procurent de tout

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