Première partie
Sancti Dei omnes, a corde Christi elccti, orate pro nobis.
Sancti Dei omnes potentes apud cor Jesu, orate pro nobis.
Àgnus Dei, etc.
f. Omnes sancti et sanctæ Dei potentissimi , intercedite pro nobis ad sacrosanctum cor Jesu ;
$. Ut ejus in nobis amor in æternum ardeat.
OR EMUS
Deus cujus bonitatis infinitus est thésaurus, qui in omnibus
sanctis tuis divinæ gloriœ sociis sacratissimi cordis Jesu filii tui delicias infudisti , rogamus te supplices, ut, patrociniis eorumdem adjuti, eamdem nos gratiam consequi mereamur, et sic, piis exercitationibus semper intenti, ad hæc bona supra modum immensa, pretiosissimi divini cordis Jesu præmia, aliquando perveniamus. Per eumdem Ghristiim Dominum nostrum.
Amen.
SECONDE PARTIE
Implemini Spirltn Sancto , loquentes vobismetipsis iu psalmis et hymnis et canticis spiritualibus.
[Eph. v. 18-19.)
O giubilo del core ,
Cbe fa cantar d’amore !
( B. Jacopone. )
Faisons comme les abeilles * suçons le miel de toutes les fleurs.
( S. François de Sales. )
INTRODUCTION
Tout le monde connaît ces vers étranges que Boileau a osé écrire dans le troisième chant de son art poétique :
L'Évangile à l'esprit n’offre de tous côtés Que pénitence à faire et tourments mérités.
Cette méconnaissance du véritable génie du christianisme dictait au célèbre critique du xvii® siècle un arrêt d'ostracisme qui exilait la religion révélée du domaine de la poésie. Or , tous les siècles protestent contre une exclusion aussi arbitraire et aussi injuste, en montrant avec un saint orgueil les ohefs-d'œuvre littéraires conçus sous l'influence de la religion. Les prophètes déroulent leurs chants majestueux et divins, éternel désespoir du génie de l'homme; saint Éphrem entonne ces poésies dogmatiques dont l'harmonie surhumaine triomphe de l'hérésie; saint Grégoire de Nazianze et Synesius récitent ces vers inimitables, dont la suavité étonna la Grèce Ile-même; saint Avit chante le paradis perdu, dix siècles avant Milton ; saint François d'Assise, ce contemplateur naïf et passionné de la nature, laisse échapper de son âme brûlante son hymne au soleil et son cantique d'amour; le
INTRODUCTION
B. Jacopone verse , comme autant de flots de douleur, les strophes sublimes du Stabat, ou ohante , troubadour de la pauvreté, les charmes et la gloire de sa noble dame; Dante, le poëte catholique par excellence, présente à l'étude, à l'étonnement et à l'admiration de tous les âges sa triple épopée, monument gigantesque élevé par toutes les sciences divines et humaines, sous la haute direction de la poésie et de la foi; enfin l'aimante colombe du Carmel, Térèse de Jésus, fait entendre de mystiques gémissements dans sa glose admirable, suave écho des mélodies célestes, dont elle semble révéler à nos cœurs les incompréhensibles beautés.
Si les limites et la nature de cet ouvrage nous le permettaient, il nous serait aisé de faire voir comment le christianisme, par ses mystères môme et par son surnaturalisme, est la plus sûre, la plus vraie et la plus heureuse source d'inspirations poétiques. Cette thèse, entièrement distincte de celle où l'on discute l'usage des classiques profanes , si sagement adopté par les écoles catholiques de tous les siècles, offrirait des points de vue intéressants sur la nature intime des belles* lettres et des arts; contentons-nous d'une observation simple et féconde.
Qu'est-ce que Y inspiration dans le langage littéraire ou ar* tistique ? C'est l'élévation de l’homme au-dessus de ses sens , au-dessus de sa propre intelligence et de son cœur , au-dessus du monde sensible , et la révélation qu'il croit lui être faite alors par une intelligence supérieure d'un idéal à reproduire dans sgn œuvre. Mais que faut-il entendre dans les arts et dans les lettres par Y idéal ? C'est ce beau par excellence et , partant, souverainement vrai , qui , placé au-dessus des réalités sensibles , est communiqué au poète ou à l'artiste par un agent supérieur que , dans son ignorance , il appellera son
INTRODUCTION
génie ou 9a mute; c’est ce type suprême, oette perfection vague, que le poète ou l’artiste, après la mystérieuse révélation qui lui en a été faite, ne se lassera jamais de poursuivre, qui fera tour & tour sa joie et son tourment, son ivresse et son désespoir, qu’il contemplera à chaque instant comme la règle et, en quelque sorte, le moule de son œuvre, qu’il ne reproduira jamais à la vérité dans toute sa perfection , mais que néanmoins il travaillera sans cesse à reproduire comme l’unique objet capable de satisfaire ses aspirations esthétiques.
L’inspiration suppose ainsi une relation entre deux intelligences dont l’une, celle qui est supérieure, communique à l’autre une lumière qui la perfectionne. Telle est la valeur propre, naturelle, vraie, du terme inspiration. Mais on comprend que , dans l’ordre naturel , cette relation impliquée dans le mot inspiration, n’indique pas deux intelligences distinctes, deux êtres en communication; mais elle indique l’homme luimême en rapport avec sa pensée; elle indique sa mémoire, son sentiment, 9on imagination, révélant à son esprit des aspects nouveaux; elle indique enfin l’idéal se révélant lui-même à l’intelligence par l’abstraction ou par l’intuition. Mais il est aisé de voir que cette inspiration est factice , et que ce terme n’est donné qu’iiqproprement au phénomène psychologique qu’il désigne ordinairement. La véritable inspiration, la seule qui mérite ce nom, c’est l’état constant et réel de celui qui , s’élevant sur les ailes de la foi au-dessus du monde qui passe , jusque dans les sublimités du monde surnaturel, ouvre son esprit et son cœur à la révélation divine. Quel idéal ne trouve-t-il pas alors dans les mystères si élevés et si touchants de la religion, dans ces espérances surhumaines qui agrandissent l’Ame, dans la manifestation de cet Être supérieur et parfait, dont la réalité et la beauté souveraines, entrevues et
iimosvenoN.
attestées par la foi, deviennent l’objet immuable de toutes les pensées, de tous les désirs et de traites les aspirations de F&met
Les poètes du paganisme avaient compris cette exigence du génie, et, faute du vrai monde surnaturel et de la véritable révélation, ils inventèrent le monde mythologique, et placèrent au Parnasse les dieux de l'inspiration.
Cette observation , qui demanderait de grands développe* mente, suffit pour nous faire comprendre pourquoi tout ce qui s’épanouit sous le regard et le sourire de la religion, révèle de si hautes et de si larges inspirations poétiques ; pourquoi tant de poésie rayonne des symboles liturgiques, de la simplicité ou de la magnificence du culte , du système architectural des cathédrales, non moins que des écrits des saints docteurs, et des majestueuses harmonies de l’orgue ; pourquoi enfin, dans les compositions littéraires ou artistiques écloses dans les grandes époques de foi et d’amour, il y a tm je ne sais quoi qui nous transporte et nous fait dire , avec Michel- Ange, devant l'Annonciation de Fra Angelico de Fiésole : « Un homme n’a pu peindre ces figures-là qu’après les avoir contemplées dans le ciel. »
Il existe donc, entre le sentiment religieux et la poésie, la parenté logique , le rapport intime et essentiel qui se trouve entre l’idée et la parole. A l’inspiration chrétienne, à la pensée venue d’en haut appartient donc par excellence ce que l’on est convenu d’appeler le langage des dieux, la poésie.
Or, le culte du sacré coeur de Jésus ou de l’amour divin, dont ce cœur est le symbole et l’organe, occupe une place de prédilection dans l’économie de la religion chrétienne, qui est une religion d’amour. Ce culte a aussi obtenu une part toute privilégiée dans l’expression poétique, et la lyre a su prêter au
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cœur fidèle lee hanneoiee les plus variées et les plug touchantes pour redire sou admiration, son amour et son dévouement.
Nous diviserons cette seconde partie en deux livres. Dans le premier, nous placerons les divers chants consacrés par la liturgie, en commençant par les belles hymnes du bréviaire romain,
« Que de fois , dit saint Augustin , le cœur vivement ému, j'ai1 * * pleuré au chant de vos hymnes et de vos cantiques, à mon Dieu ! Lorsque retentissait chois le temple la voix mélodieuse de votre Église , les paroles s’insinuaient dans mes oreilles, la vérité pénétrait peu à peu dans mon cœur, une piété affectueuse inondait mon Ame d’une douee chaleur, et mes larmes coulaient, et mon bonheur était dans mes larmes. » (Confes. 1. VIU.)
Cette émotion délicieuse qu’éprouvait saint Augustin à la céleste mélodie des chants liturgiques, toute Ame qui n’a pas perdu l’instinct du beau doit l’éprouver aussi en proportion de la naïveté de sa foi et de la vivacité de son amour.
N’est-ce pas en effet dans cette poésie sacrée où la personnalité de poète disparaît devant la majesté de l’idée et du sentiment chrétien, que l’Église exprime avec une tendre effusion le lyrisme de son enthousiasme et de sa piété 4 ?
Dans le second livre nous placerons, sous le nom A’Analectes sacrés, quelques poèmes ou hymnes d’amour, en diverses langues. Quoiqu’une traduction décolore nécessairement la
1 Outre les hymnes qui se chantent dans la liturgie proprement dite, nous
avons cru devoir placer dans ce livre premier d’autres hymnes sur le sacré cœur, qui ne se rencontrent que dans des Eucologes et des Manuels de dévotion ; nous avons même édité une hymne manuscrite. Bien que la valeur liturgique ne puisse être revendiquée par ces dernières hymnes, néanmoins il
nous a semblé que leur forme poétique les classait naturellement dans cette