SAINT ANSELME
Nous ne devons aimer que Dieu, source et principe de tout bien.
Toutes les choses humaines sont comme suspendues à un fil délicat, et souvent celles qui ont le plus de consistance, entraînées par une chute soudaine , tombent et s'abîment. La puissance divine se joue des événements d'ici-bas, et à peine peut-on compter avec quelque sûreté sur l'heure présente.
Quelle erreur de ne pas reconnaître en Dieu une douceur, une clémence et une miséricorde sans pareilles! Voulezvous avoir une idée de sa bonté , jetez les regards sur vous* même, voyez ce que vous êtes, ce que vous avez été et Ce que vous devez devenir; considérez ce qu'est l’homme, ce qu'est le monde, ce qu’est Dieu. Pour vous servir, le Ciel vous offre son soleil, l'astre du jour vous fournit sa lumière; l'atmosphère vous sert par le souffle des vents, l'eau par les divers aliments qu'elle vous donne, la terre par toute sorte de biens. Ce que vous êtes, ce que vous possédez, d'où le tenezvous, qui vous l'a donné ? Tout cela est un bienfait de la douce et immense bonté du Seigneur. C'est lui qui est la soturce de tous les biens, source inépuisable, source toujours ouverte , source toujours divine;
Oh ! aimer Dieu , quel honneur plein de charmes ! c'est la vraie puissance , c'est une gloire incomparable , c'est le bien le plus assuré. Avec ce divin amour, Abraham, quoique étranger, est plus grand que les citoyens de l'Égypte; quoique seul, il déploie plus de force que tout un peuple, il a plus de puissance qu'un roi. Dans l'amour de Dieu réside la force durable et la vérité éternelle ; cet amour porte à s'identifier avec son objet.
Esse habet æternum, sine principio, sine fine,
Semper idem, si quis amare studet.
Si non tam solidum, solidum tamen esse nleretur :
Nam sequitur vitam vita beata bonam.
Cætera si spectes, quam sint nihil , omnia finis Indicat , Assyrium consule, testiè adest.
Hæc quid honos, quid opes, quid forma, quid arma, quid Heu juvat imperium ? juvit amasse Deum. [amplum 6ed quia vera salus Deus est, et amore tenètur :
Expeto propter eum, vos ut ametis eum.
Dignus et ipse quidem est , ut ametur : amando scietis Quis fructus, quis honos, quid sit amare Deum*
Virtus vero Deum , vel vita meretur honësta :
Quale bonum , quod sit semper amare Deum.
Quam pius est, quam promptus adest, quam denique pro-
îpsum quisquis amat, hic mage nosse potest [dest;
O qualis jactura Deo præponere quicquam !
Quem bene si quis habét , quæso , quid est , quid habet? Nam si magna petis, Deus est , super omnia magnus :
Si bona, quam bonus est dicere nemo potest.
Si speciosa cupis, quis eo speciosior? optas Forsan opes , dat opes , dives et ipse manet.
Si te celsa juvant , generosaque ; quam generosus ;
Quamve sit excelsus nemo referre potest.
SECONDE PARTIE
Celui-là est véritablement qui demeure toujours le même et sans mélange. Celui qui aime, possède l'être éternel, sans commencement, sans fin et toujours immuable. S’il n'a pas cette stabilité par Jui-mème, il l'acquiert par son amour; car une vie vertueuse amène une vie de félicité.
Considérez tout le reste : tout est néant, tout est périssable; l'exemple du roi d'Assyrie ne le prouve-t-il pas? Honneurs, richesses, beauté, puissance des armes, empire sans bornes , à quoi sert tout cela? Aimer Dieu , voilà ce qui est seul utile , et qui l'est véritablehlent.
Dieu est la vraie source de notre salut, et ce n'est que par l'amour qu'on parvient à le posséder ; aimez-le donc, je vous en conjure, et aimez-le pour lui-même, car il est souverainement digne de notre amour. Aimez-le , et vous saurez combien cet amour est utile et glorieux, vous saurez en un mot ce que c’est que d'aimer le Seigneur. C'est à la vertu et à l'innocence, de vie que Dieu se donne; et quel bonheur de brûler toujours de Famour divin !
Oh ! combien le Seigneur est bon ! combien empressée est son assistance ! combien précieux sont ses dons! nul ne le sait comme celui qui l'aime. Oh ! quelle funeste erreur de préférer quelque chose à Dieu ! Celui qui possède le Seigneur est tout transformé ; et quels biens ne possède-t-il pas?
Voulez-vous la grandeur ? Dieu est grand au-dessus de toutes choses.
Voulez-vous la bonté ? Personne ne saurait dire combien Dieu est bon;
Voulez-vous la beauté? Eh ! qui est plus beau que Dieu?
Voulez-vous les richesses? c'est Dieu qui les verse avec profusion, sans jamais s'appauvrir.
Quem si forte potens juvat et pius ; ecce potestas Hinr. pia , seu pietas est sine fine potens :
Qüid mores î ipsepoli, terræ, maris auctor, et omnis Quod fuit, est, et erit, perstat origo boni.
Huic famulans , parens dominateur Hebræus ;
Servit, et est liber; subditur, estque potens :
Cui subdi fugiens, Satanæ male subditur, ho6Ü Subditur, et vitiis subditur innumeris.
Tandem vero videns quo lapsus et unde fuisset, Peotora curarum morsibus æger erat,
Multaque volventi sententia sedit asilum Lapsis quærendum fortiter esse Deum.
Sicquereus, quem læsit, avet; quem spreverat, orat;
Quem fugit, reperit ; quem reprobarat , amat.
Hune repetit , veniamque petit, de crimine fletum,
De pietate spei gaudia multa capit.
Et quid ad hæc dulcedo placens, dulcedo perennis;
Dulcis disponens ordine cuncta Deus.
Quid dulcedo potens, dulcisque potentia fecitf Quod solet hæc fecit , dulcia dulcis agit.
&CONÏ>E PARTIE. 4 17
Préférez- vous l'élévation et la noblesse?... mais qui pourrait dire combien Dieu est noble et élevé ?
Aimez-vous mieux la puissance sans bornes unie à la bienfaisance ?... La puissance de Dieu est bienfaisante; toute-puissante est sa bienfaisance.
Et quoi encore?... C'est lui qui a fait le ciel, la terre et la mer; tous les biens passés, présents et à venir ont en lui leur source éternelle.
Israël règne en lui obéissant; sa vraie liberté consiste à le servir, et sa puissance à lui être soumis; quand il fuit l'empire du Seigneur, il tombe malheureusement sous la puissance de Satan, il devient le sujet de son ennemi, et la proie de vices innombrables. Enfin , voyant de quelle hauteur et dans quel abime il est tombé, fatigué par les remords qui lui déchirent le cœur, agité par toute sorte de pensées, il se détermine généreusement à revenir à Dieu, asile de ceux qui ont failli.
Le coupable soupire ainsi après celui qu'il avait blessé; il prie celui qu'il avait méprisé, il retomme à celui qü'il avait fui, et il donné son amour à celui qu'il avait repoussé... Il vient à lui, il implore son pardon, il verse des pleurs sur son crime, et trouve dans la bonté divine une espérance qui l'inonde de consolations.
Et que fait alors la douceur aimable, la douceur éternelle, la douceur de ^5e Dieu qui dispose tout avec sagesse, la douceur pleine de puissance, et la puissance pleine de douceur ? elle fait ce qu'elle a coutume de faire : douceur par excellence, elle ne produit que douceur.
S. BONAVENTURÀ (12Î1-1274). *
PHILOMEHÀ.
Philomena prævia temporis araœni ,
Qiiæ recessum nuncias imbris atque cceni, Dum mulcescis animos tuo cantu leni ,
Ave prudentissima, ad me, quæso, veni.
Veni, veni, mittarn te quo non possum ire> Ut amicum vaieas cantu delinire,
Tollens ejus tristia voce dulcis lyræ,
Quem heu ! modo nescio verbis convenire;
Ergo pia suppléas raeum imperfectum, Salutando dulciter unicum dileétum,
Eique denuncies qualiter affectüm Sit cor meum jugiter ejus ad aspectum;
Quod sit quærat aliquis quaré te elegi Meum esse nuncium, sciât, quia legi De te quaedam propria quæ divinæ legi Et optato munere placent summo Régi....;
De hac ave legitur, quod cura* depi*ehendit Mortem sibi propriara, arborem ascendit; Summoque diluculo rostrum sursum tendit Diversisque cantibus totam se irapendit*
Cantilenis dulcibus præviat auroram,
Sed cum dies rutilât circa primam horanl, Elevât prædul^ius vocem insonoram;
In cantando nesciens pausam sive moram.
SECONDE rABTIE*
SAINT BONAVENTUBE.
PH1LOMÈNE.
Philomène , oiseau précurseur des beaux jours , toi qui annonces le départ des pluies et des frimas par tes touchantes et suaves mélodies, ô le plus prévoyant des oiseaux, de grâce, viens à moi.
Viens, je t'enverrai où je 11e puis aller moi-même ; tu seras mon messager auprès d'un ami, tu le réjouiras de tes chants, et ta voix plus douce que les sons de la lyre dissipera sa tristesse. Pour moi, je ue puis, hélas! lui faire entendre mes paroles.
Prends pitié de mon impuissance, prête-moi ton secours; va saluer de ton harmonieuse voix cet unique bien-aimé, et dis-lui que mon cœur soupire sans cesse après les délices de sa présence.
Que si quelqu'un demande pourquoi je te choisis pour ce message, c'est parce que j'ai reconnu en toi des qualités conformes à là divine loi dé l'amour ét propres à charmer le souverain roi...
Voici ce que j'ai appris de cet oiseau : lorsqu'il sent que sa mort est prochaine, il monte au sommet d'un arbre, il se dresse en quelque Sorte vers le ciel , et, dès les premières lueurs de l'aube, il s'épuise en chants variés.
Ses douces chansonnettes préviennent le lever de i'durore j inais quand le jour commence à briller, il élève avec une grâce charmante sa voix mélodieuse , et chanté saris relâche èt sans repos.
Circa vero tertiam, quasi modum nescit. Quia semper gaudium cordis ejus crescit; Vere guttur rumpitur, sic vox invalescit,
Et quo cantat altius, plus et inardescit.
Sed cum in mendie sol est in fervore.
Tune dirumpit viscera nimio clamore Oci, oci, clamitat illo suo more,
Sicque sensu déficit cantus præ labore.
Sic quassato organo hujus Philomenæ, Rostro tamen palpitans fit exanguis pene. Sed ad nonam veniens moritur jam plene, Cum totius corporis dirumpuntur venæ.
Ecce, dilectissime , breviter audisti Factum hujus volucris; sed, si meministi, Diximus jam primitus, quia cantus isti Mystice conveniunt legi Jesu Christi.
Restât, ut intelligo, esse Philomenam, Animam virtutibus et amore plenam,
Quæ dum mente peragrat patriam amœnam, Satis delectabilem texit cantilenam.
Ad augmentum etenim suæ sanctæ spei, Quœdam dies mystica demonstratur ei;
Porro bénéficia, quæ de manu Dei Homo consecutus est, sunt horæ diei.....
Statim cordis organa sursum elevando* Suum a diluculo cantüm inchoando,
Laudat et gloiificat Deum, replicando Sibi quam mirificus fuit hanc creando.
Lorsque le soleil est au quart de sa course, il ne garde plus de mesure , parce que sa joie intime va toujours croissant; on dirait que son gosier se rompt; sa voix sentie insensiblement, et plus il élève le ton , plus il met d'ardeur dans son chant.
Mais, à midi, quand le soleil est brûlant, il n'y tient plus: à force de dire et de répéter ses cris mélodieux, il se déchire les organes; dominée par la souffrance , sa voix s’affaiblit alors par degrés,
La glotte ainsi rompue , il ouvre encore et ferme alternativement son bec; il est comme à l'agonie ; enfin, à la neuvième heure du jour, toutes ses veines éclatent, et il achève de mourir.
Voilà en peu de paroles ce qui regarde cet oiseau; mais, s'il vous en souvient, je vous disais au début que ses chants sont mystérieux, et qu'ils se rapportent à la loi d’amour qui nous unit à Jésus-Christ.
A mon avis, Philomène c'est l'àme ornée de vertus et pleine d'amour, qui, parcourant par la pensée les séjours délicieux de la patrie céleste , fait entendre une très-gracieuse mélodie.
Un jour mystique se découvrant à ses yeux fait croître sa sainte espérance ; et les bienfaits qui tombent de la main de Dieu sur l’homme en sont comme les heures diverses.
Elle élève progressivement la voix de son cœur, et, prévenant l'aurore par ses chants, elle loue et glorifie Dieu dont elle considère la munificence dans l’œuvre admirable de sa création.
Nam tu, summa Chantas tibi cohærere Me volebas jugiter, sursumque habere Dulce domicilium , tecumque manere ,
Et me velut fîliam alere, docere.
Ex tune disposueras, id adunare Cœlicis agminibus, teque mihi dare;
Sed pro tanta gratia quid recompensare Possum, prorsus nescio, nisi te amare.
Unîca suavitas, unica dulcedo,
Cordium amantium sa lu taris prædo,
Totum quidquid habeo , vel sum , tibi dedo, Denique depositum meum tibi credo.....
Sic mens hoc diluculum transit meditando : Sed ad primum transferens vocem exaltando, Tempus acceptabile pie ruminando,
In quo venit Dominus, carne sé velando.
Tune liquescit anima tota per amorem, Pavida considerans omnium auctorem Vagientem puerum, juxta nostrum morem.
Et curare veterem velle se languorem
O prædulcis parvule, puer sine pari,
Félix, cui datum est te nunc amplexari, Pedes, manus lambere, flentem consolari, Tuis in obsequiis jugiter morari.
Heu me, cur non licuit mihi demulcere Vagientem pai*vulum, et cum fiente flere? Illos artus teneros sive confovere?
Ejusque cunabulis semperassidere?,,.,
SECONDE PARTIE
Car, ô souveraine Charité, vous vouliez m’unir à vous pour toujours, me mettre en possession du charmant pateis des cieux, me faire habiter avec vous, me nourrir et m’instruire pomme votre propre enfant.
Dès lors, vous décrétiez 4e m’associer aux célestes phalanges, de vous donner vous-même à moi. Par quel moyen puis-je répondre à tant de bienfaits? Je n’en connus qu’un seul, rien qu’un : c’est de vous aimer.
O source unique de douceur et de suavité, ravisseur bienfaisant des cœurs qui vous aiment, tout ce que j’ai, tout ce que je suis, je vous le consacre ; enfin je vous confie le dépôt de tous mes intérêts.
Ces pensées occupent l’Ame jusqu’à l’aurore : dors, songeant à cette heure fortunée où le Seigneur descend du ciel et se revêt de notre humanité , elle élève et renforce sa voix.
L’amour la pénètre tout entière; eillo fond dans les ardeurs de la charité en contemplant le Créateur du monde, qui s’est fait comme nous petit enfant, et qui, par ses vagissements divins, oonsent à guérir nos anciennes langueurs.
O petit enfant plein de charmes, mille fois heureux celui à qui il a été donné d’embrasser vos pieds, de baiser vos mains, d’essuyer vos larmes et de rester sans cesse près de vous pour Tous servir, ô enfant sans pareil I
Hélas ! pourquoi ne m’a-t-il pas été accordé de prodiguer mes caresses au nouveau-né , d’apaiser ses vagissements , et de mêler mes larmes aux siennes 1 Infortunée ! je n’ai pu ni réchauffer ses membres délicats ni veiller sur son berceau I
Félix qui tuno temporis Matri singulari Potuisset precibus ita famulari ,
Ut in die sineret semel osculari Suum dulcem Parvulum , eique jocari !
Ergo sic infantiam Christi retexendo,
Horæ primæ canticum strenue canendo, Transitum ad tertiam facit, recolendo Quantum Christus passus est , hommes docendo.
Tune cum fletu récitât illius labores :
Sitim, famen, frigora, æstus, sudores Quæ dignanter pertulit propter peccatores,
Dum illoram voluit innovare mores.
Vox amoris flatibus tota concremata Oci, oci, clamitat Avis hæc beata,
Mundo mori cupiens, cujus vita lata Cui fætet sæculum, sic est delicata.
Clamas ergo, Dominé, dulcis prædicator, Exulum refugium, pauperum amator,
Qui es pœnitentium pius consolator;
Post te debent currere justus et peccator.
Félix, cui licuit, sub hoc præceptore Conversari jugiter, et ab ejus ore Mel cœleste sugere, cujus præ dulcore Àmarescunt caetera , plena sunt ibetore.
Hæc et multa talià dum mens meditâtur.
Ad reddendas gratias tono præparatur,
Ad laudandum Dominum magis inflammatur, Sicque horæ tertiæ cantatus teiminatur.
SECONDE PARTIE
Heureux alors celui qui, à force de prières, aurait eu la faveur de servir Marie, et aurait obtenu pou? salaire l'ineffable consolation de baiser une fois par jour son divin Fils, et de partager ses jeux enfantins !
Ainsi, l'enfance de Jésus est l'objet des chants continus de cette âme, jusqu'à la troisième heure, où elle porte ses pensées sur les immenses douleurs qu'il a souffertes en instruisant les hommes.
Alors, avec un torrent de larmes, elle rappélle ses travaux, la soif, la faim , la chaleur , le froid , les sueurs , et toutes les souffrances qu'il a endurées pour convertir et sauver les pécheurs.
Au souffle de l'amour, sa voix s'enfle. O fortunée Philomène!... elle redouble ses chants, elle crie sans interruption ! elle veut mourir au monde; la vie lui est à charge, et le siècle présent lui est un objet de dégoût !
C'est donc vous qui parlez, ô Seigneur! s'écrie-t-elle, oracle plein de suavité, ami des pauvres, refuge des exilés, tendre consolateur du repentir. Ah! que tous, justes et pécheurs, accourent à votre suite !
Heureux celui à qui il fut donné de vivre habituellement avec ce maître divin, et de recueillir sur ses lèvres le miel de ses paroles, dont la douceur est si grande qu'auprès d'elle tout semble amertume ou infection.
De telles pensées inspirent à l'âme le chiant de la reconnaissance et l'enflamment toujours davantage à louer le Seigneur, jusqu'à la fin de sa troisième mélodie.
LE COEUR IJE fÉSgS.
In hac hora anima ebria videtur,
Sed circa mepidiem oador cam augetor.
Ut amoria sUmulis magra perforetur,
Mox «b ilia passio Christi recensetur.
Plorens ergo respicit agnum delicatum , Agnum sine macula, spinis coronatum, Lividum verbecibus, clavis perforatum ,
Per tôt looa lateris l’ossa cruentatum.
Tantum signis pœnitens mouitus jam oredat, Quod præcordialiter Christus ei se dat;
Ista signa recolam, ne me Satan lædat,
Nam peccati rabiem nihil ita sedat.
Te quidera acnleus hami non latebat,
Sed illius punctio te non deterrebat ;
Inuno hune impetere tibi eomplacebat.
Quia desiderium escæ attrahebat.
Ergo pro me misera, quam tu dilexisti,
Mortis in aculeum sciens impegisti,
Cum te patri victimam sanctam obtulisti.
Et in tuo sanguine sordidam lavisti.
Vere jam non debeo tantum suspirare,
Immo juxta verbum Job, crines laoerare.
In carerna lateris nidulum parare.
Et extremum spiritum iliic exhalare.
Heu I quam damnabiliter muBdu» est eccatus, Qui cum sit ab hostibus dire vulneratus, Hune déclinât medicum, cum sit propearattts , Languide aperiens suum dulce latus.
SECONDE PARTIE
On la croirait dans une sorte d’ivresse , mais quand la chaleur de midi se tait sentir, les traits du divin amour s’enfoncent plus avant dans son cœur, et la passion de Jésus- Christ se présente à ses yeux.
Elle pleure en voyant cette victime sans tache, oc tendre agneau couronné d’épines, meurtri de ooupc, percé par des clous barbares, les flancs blessée de toutes parts et tout sanglants.
Que le pécheur repentant comprenne à tant de souffrances que Jésus lui donne son cœur. Ah! ces marques d’amour, je veux les avoir sans cesse présentes à ma pensée ; elles sont toutes-puissantes pour mettre en fuite le démon et pour dompter la rage du péché.
Votre œil, ô divin Sauveur, voyait bien l’hameçon, mais vous ne redoutiez pas sa pointe acérée. Vous vous précipitâtes avec une miséricordieuse avidité sur cet appas souverainement attrayant pour votre amour.
C’e6t pour moi, misérable , c’est parce que vous m’aimiez que vous vous êtes placé vous-même sous l’aiguillon de la mort, quand vous vous offrîtes comme une victime sainte à votre Père, et que vous préparâtes dans votre sang un bain salutaire pour laver toutes mes souillures.
Mais dois-je me contenter de mes soupirs? ne dois-je pas, selon ce que dit Job , m’arracher la chevelure, me creuser un tombeau, et, dans l’excès de ma douleur, y exhaler mon dernier soupir?
O coupable aveuglement du monde ! blessé à mort par ses ennemis , il repousse le médecin qui est prêt à le secourir, et qui lui ouvre dans l’infirmité l’asile de son tendre cœur!
LE GCEUft DE JÉSUS.
Heu cur bénéficia Christi passionis,
Penes te memoriter homo non reponis î Per hanc enim nipti sunt laquei prædonis. Per hanc Chrigtus maximis te ditavit bonis»
Suo quippe corpore languidum te pavit, Quem in suo sanguine gratis balneavit, Demum suiim dulce cor tibi denudavit.
Ut sic innotesceret quantum te amavit.
Hoc reclinatorium quoties monstratür Piæ menti toties ei glutinatur,
Sicutet accipiter totus inescatur,
Super carnem rubeam per quam revocatur.
Post hoc clama t anima quasi dementata:
O reclinatorium , caro cruentata
Per tôt loca propter me , cur non vulnerata
Tecum sum? dum moreris non sum colligata.
Licet tamen miseræ sit illud negatum,
Mihi quidem eligam novum cruciatum , Gemitum videlicet, jugemque ploratum Donec mundi deseram gravam incolatum.
Post hæc dulcis anima plus et plus fervescens. Sensu toto déficit, corpore tabescens.
Jam, vix loqui sufficit, sed affectu crèscens, Suo lecto decubat, utpote languescens.
Ergo dulcis gutturis organo quassato,
Lingua tantum palpitans sonitu sublato ,
Sed pro verbis pia mens fletis compensato Lamentatur Dominum , corde sauciato.
§Ë1X)N1)E tARÏIÉ.
0 homme, pourquoi ne rappelles-tu pas à ta mémoire les bienfaits (le la passion de Jésus? C’est elle qui a brisé les armes de tes ennemis, o’est elle qui t’a enrichi des biens les plus précieux.
Tu étais malade, Jésus fa nourri de son corps, il fa préparé un bain dans son sang , il fa donné son tendre cœur; c’est à ces traits qu’il veut que tu reconnaisses combien il fa aimé.
Ah! toutes les fois que l’âme pieuse envisage le lit mystérieux de la croix , elle s’y attache avec amour , semblable à l’épervier qui se repaît dé la proie sanglante sur laquelle il s’est abattu.
Alors, transportée hors d’elle-méme, elle s’écrie : O croix > ô corps meurtri et couvert de sang, corps tout déchiré par amour pour moi, pourquoi ne me donneriez -vous pas une part à vos blessures? pourquoi ne suis-je pas crucifiée pour mourir avec vous?
Infortunée ! puisque cette consolation m’est refusée, je saurai bien me créer des tortures : je vais gémir et pleurer jusqu’à ce que je quitte ce triste exil.
A ces mots, cette âme aimante s'enflamme de plus en plus, elle perd le sentiment, et ses forces l’abandonnent: à peine peut-elle parler; bientôt ses ardeurs grandissant , elle tombe presque sans vie.
L’organe de la voix est brisé, sa langue s’agite encore, mais elle ne forme que des sons inarticulés. A là place des paroles, ce sont des larmes et des sanglots, Elle gémit sur son doux Jésus et sur la blessure de son divin cœur.
LE GOEUR DE JÉSÜS.
Sic languenti siquidem nil nisi plorare Lihet, et satageré corde suspirare»
Sijoë enim oculos nescit revoeare A Christi vulneribuB, aut cor separare.
Sic est autem animus illius illectus.
Quasi ei prœsens sit moriens dilectus ,
Et a cruce minime retrahit aspectus,
Qiiia ibi ocùlus , ubi est àffectus;
Gémi tus, suspiria, lacrymae, lamenta,
Sibi sunt deliciæ , cibus , alimenta :
Quibus nova martyr est interitu inventa,
Sic suo marlytio præbent incfementà.
In hoc statu respuit, quidquid e6t tërrenum , Mundique solatium reputat venenum ,
Sed ad nonam veniehs moritor ad plénum , Cum amoris impetus carnis rompit filum.
Nam cum, consummatum est, recolit clamasse Hora nona Dominum, et sic expirasse >
Quasi simul moriens clam&t pénétrasse Vocem istam suum cor* atque lacérasse.
Réquiem pro anima tali non cantamus,
Immo est introitus Missœ, Gaudeamus ,
Quia si pro martyre Déum exoramus ,
Ut decretum loquitur, sancto derogamus;
Félix quæ jam frueris requié cupita,
Inter sponsi brachia dulciter sopita,
Ejusque Spiritui firmiter unita ,
Ab eodem percipisoscula mellita:
En cet état elle ne peut que pleurer et soupirer; ses yeux sont toujours fixés sur les plaies du Sauveur ; elle ne peut en distraire sa pensée ni son affection.
Elle éprouve tous les sentiments que ferait naître en Bon cœur le spectacle de son bien-aimé expirant en réalité sous ses yeux; son regard est attaché à la croix , parce que là est l’objet de son amour.
Les gémissements, les soupirs, les larmes» les sanglots sont ses délices, sa nourriture , toute sa subsistance : martyr d’un nouveau genre , elle y trouve aussi 6©n trépas avec un accroissement de souffrances.
En cet état elle repousse tout ce qui est de la terre, et elle a horreur des consolations du mohde. Mais, quand la neuvième heure du jour arrive, elle achève de mourir; l'amour» à son plus haut degré , brise le fil de son existence.
Eù rappelant à sa pensée le cri de Jésus : Tout est consommé t ën considérant le trépas qui suivit ces paroles : Ce cri, dit-elle» a pénétré mon cœur, il l’a tout déchiré... Il semble qu’elle expire eii effet avec son doux Seigneur!!...
Laissons l’hymne des morts : pourquoi entonnerions-nous pour cette âme des chants funèbres? commençons plutôt le saint sacrifice par le cantique de la joie; car, prier pour un martyr, h’ëSt-ce pas douter dë sa sainteté ?
Ame fortunée! te voilà donc en possession du repos si désiré; tu peux sommeiller doucement dans les bras de ton divin époux; et dans l'expansion de deux cœurs étroitement unis, tu peux savourer la douceur de ses chastes embrassements:
LE C(fcCR DE JÉSUS.
Quidquid tamen alii dicuut, frater chare> tstum novum martyrem libens imitare, Cumque talis fueris Christum deprecare,
Ül te cantus martyrum doceat cantare.
Ergo soror tuum cor ita citharizet ,
Se baptizet lacrymis, planctu martyrizet, Ghristo totis viribus sic nunc organizet Ut cum Ghristo postea semper solemnizet.
Tune cessabunt gemitus et planctus dolorum Cum adjuneta fueris choris angelorum,
Nam cantando transies acl cœlestem chorum , Nupta felicissimo Régi sæculorum. Amen.
Deo grattas.
sidroniüs hosschius (1596-4653).
ELBGIA.
Si quis es in tristi qui fixus imagine spectas Quæ tulerit pro te vulnera, quotque Deus,.
In lacero üunquam tôt vulnera corpore cernes Quot tulit. Ars numerum pingere nuila potest.
At suntquæ rapiant animos, penitusque morentur Lumina, quæque suo suut speciosa loco.
Àspice, quam lato patefactum pectus hiatu, Quantaque sunt manuum vulnera, quanta peduim Ilia cicatricem non sunt ductura : patebunt Donec , qui moriens ilia recepit , erit.
SECONDE PARTIE
Laissons dire le monde ; pour toi , frère bien -aimé , imite ce martyr nouveau, et lorsque tu lui ressembleras, demande à Jésus de t’enseigner l'hymne et les chants des martyrs.
Que ton cœur entonne des cantiques, ô ma sœür bien-aiirtée, qu'il se donne le baptême de larmes, qu'il se martyrise par de clouloureüx sanglots, qu'il s'épuise maintenant au service de Jésus, pour partager ensuite avec lui ses délices éternelles.
Une fois mêlée au chœur des auges, plus de gémissements , plus de douleurs ! car tes chants d’ici-bas te feront admettre à l'harmonie céleste , et tu seràs l'épouse bienheu** reuse du Roi des siècles*
Amen.
SÎDRONIUS HOSSCHIUS.