I. Iconographie ancienne
Avant les célèbres révélations faites à la Vén. Marguerite- Marie, le cœur de Jésus était déjè offert à l’adoration des fidèles. Dans le xW siècle , le bienheureux Lansperg , de l’or* dre des Chartreux , recommandait du haut de la chaire chrétienne à ses nombreux auditeurs de placer sans cesse sous leurs yeux l’image de ce cœur adorable.
Nous lisons dans l’intéressant ouvrage de Neale et de Webb, sur le SymboHune dont le* Èglim du moyen Âge , qu’à cette époque classique de l'art chrétien, où les artistes aimaient à rappeler les mystères de notre rédemption, le cœur de Jésus
fut représenté non-seulement comme le symbole le plus touchant des souffrances de lTlomme-Dieu, mais encore comme le théâtre privilégié de ses divines douleurs. C’est ainsi que dans les Églises d’Angleterre , les seules qu’aient signalées Neale et Webb, les cinq plaies sont quelquefois représentées tantôt par un cœur placé entre deux mains et deux pieds percés, tantôt par un cœur portant cinq blessures. Ce dernier symbolisme se trouve en particulier sur un cuivre de la chapelle du roi , à Cambridge.
Sur le frontispice d’anciens ouvrages antérieurs à la révélation de la Vén. Marguerite-Marie, le monogramme I. H. S. (Jésus kominum salvator) se trouve diversement combiné avec le sacré cœur de Jésus et les instruments de la passion. Ces représentations offrent un touchant symbolisme; elles semblent désigner le cœur de Jésus comme la source de notre rédemption.
Dans la Vie du P . Lanuza, S. J. (Païenne, 1677), le monogramme est au milieu d’un soleil ovale environné de flammes; la croix surmonte l’H, le cœur est placé au-dessous du monogramme , et trois clous sont enfoncés dans la partie supérieure du cœur.
Cette représentation se retrouve longtemps auparavant dans les Litterœ annuœ S . J. (Romœ, 1587), et dans un ouvrage du P. Hieron. Floravanti , imprimé à Macerate (1618).
L’ouvrage duP. Jules Nigronius, S.J .> Dissertation historique sur saint Ignace et sur saint Cajetan (in-4°, Cologne, 1630), présente le monogramme dans un disque d’où s’échappent, parmi des rayons de gloire infinis, quelques flammes rares; le cœur de Jésus est placé au-dessous du monogramme; le pied de la croix, au heu de reposer sur le bras de l’H, se prolonge et vient aboutir au cœur entr’ouvert à sa partie supérieure; la
APPENDICE II
croix semble ainsi sortir du cœur, et rend plus sensible le symbolisme. Le sommet de la croix perce le disque, et montre sur ses bras Jésus crucifié : quatre clous traversent la partie supérieure du cœur.
Dans les Tableaux méthodiques de la géographie royale du P. Labbe, S. J. (in-folio, 1646), on voit le monogramme dans un disque à rayons et à flammes ; mais le cœur placé sous le monogramme est isolé et dénué d'attributs.
Dans la Vie du P . Colnago, 1662, le monogramme est placé dans l'intérieur du cœur de Jésus , lequel est environné de rayons nombreux et de vives flammes. Trois clous blessent ce cœur sacré, et la croix qui s'élève de l'orifice du cœur est appuyée sur le bras de PH. — L'ouvrage de Bellarmin : De œterna felicitate sanctorum (Cologne, 1634), et les opuscules dit P. Drexelius (Anvers, 1648), o firent un dessin presque semblable; la seule différence est que la croix ne sort pas du cœur.
J'ai vu dans le village de Mons (Haute-Loire) un prie-Dieu fort ancien où le cœur de Jésus se trouve sculpté sous Je monogramme que surmonte une croix , comme partout. Ce que j'ai remarqué de spécial, et qui, sans doute, a dû se reproduire dans la gravure, c'est que les trois clous étaient plantés à la partie supérieure du cœur, au milieu d’une vive flamme, et que cet ensemble symbolique était environné d'une gloire dont les rayons allaient se perdre tout autour dans les nuages.
Une vignette qui se trouve dans les opuscules de saint Thomas (édit, in-fol. de Paris, 1656) offre- les mêmes éléments avec quelques variétés. La croix qui surmonte le monogramme est environnée d'un disque glorieux spécial, plus éclatant que la gloire ovale qui encadre l'ensemble. Le cœur n'est pas percé de clous, et quoique son orifice soit plus prolongé et plus ouvert, il ne s'en échappe aucune flamme.
Le frontispice de la paraphrase grecque des Psaumes par Petau ( Paris, 1637) présente la même idée symbolique , mais avec plus de richesse; sur la ligne transversale de TH du monogramme s'élève avec beaucoup de grâce l'enfant Jésus tenant de la main gauche la boule du monde surmontée d'une croix, et de la droite agitant une oriflamme; sa tête auguste est illuminée par les rayons d’une gloire. Sous le monogramme , on voit le cœur de Jésus percé de trois clous à sa partie supérieure. L'ensemble est environné d'une gloire et d'une couronne d'épines.
Une gravure faite par Buys, à la fin du xvne siècle (1693), représente le triomphe du cœur de Jésus dans tous les cœurs. A la partie principale de l'image est un cœur cerné de tous côtés par des flammes qui projettent sur lui une vive clarté. Dans l'intérieur du cœur, Jésus est debout environné tout entier d’un nimbe éclatant; Jésus est glorieux comme à son ascension ; il tient de la main droite une épée flamboyante, signe de triomphe , et de l'autre uue vive flamme pour indiquer que son cœur triomphe par l’amour. Au-dessus du cœur est une couronne de laurier et de fleurs; au-dessous sont deux rangs de cœurs enflammés et une multitude d'anges qui semblent applaudir aux douces conquêtes du cœur de Jésus.
Une autre gravure dont j'ignore la date, mais qui m'a paru fort ancienne , représente le culte du cœur de Jésus; ce cœur adorable est dessiné dans la partie supérieure au milieu d'une couronne de fleurs; il est surmonté d'une grande croix dont les bras dépassent la couronne. Au-dessous , à gauche , est un ange portant une palme; près de lui, à sa droite, un autre ange est en adoration ; plus bas est un chœur d'anges portant chacun un instrument de musique ; enfin, sur la droite, se
APPENDICE U. 579
trouve un dernier ange dans l’attitude de la oontemplation. Cette gravure est d’une exécution assez belle.
La plus intéressante parmi les gravures anciennes qui se rapportent au cœur de Jésus, est celle de Théodore à Tulden (Anvers, 1658). Ce sont les noces mystiques de l’Agneau, nuptiœ ogni. Le Père éternel, revêtu d’une chappe et tenant le monde sur ses genoux , est assis et bénit le mariage. Marie se tient à ses côtés portant une couronne et contemplant avec un gracieux sourire cette scène touchante. Sur un plan inférieur est un autel : & l’un de ses côtés est l’Agneau, qui porte avec un étendard un scapulaire, un chapelet et un cordon; de l’autre côté est une vierge chrétienne couronnée de fleurs et foulant aux pieds une couronne royale et le monde. De la main gauche elle tient un crucifix; elle tend la droite à une main qui sort mystérieusement du nuage : c’est celle de Jésus- Christ. Ces deux mains se rencontrent au milieu de l’autel oh elles sont unies par le cœur de Jésus surmonté de la croix et environné de flammes. Le cœur de Jésus est ainsi désigné comme le principe et le centre de l’union spirituelle de l’âme religieuse avec le divin Agneau. L’Esprit-Saint plane sous la forme de colombe au-dessus du cœur ; quelques saints personnages témoins de cette union mystique apparaissent dans la gloire. Dans cette gravure on lit la légende : Venerunt nuptiçe agni, et uxor qui prœparattit te. La vierge chrétienne pourrait fort bien, dans la pensée de l’artiste, représenter l’%lis« ; le symbolisme de cette composition devient alors plus riche et plus imposant.
Saint François de Sales, qui voulait que ses filles spirituelles fussent véritablement les /Met du cœur de Jésus par leur application à reproduire en elles les vertus d’humilité et de douceur qui furent les vertus privilégiées de ce cœur adorable ,
leur a laissé l'image de ce cœur dans le chiffre même de leur saint ordre. Voici en effet quel est le chiffre de la Visitation tel qu'on le trouve décrit dans le Coutumier dicté par l'illustre evêque de Genève : un cœur renfermant les monogrammes unis de Jésus et de Marie, environné d'une couronne d'épines de forme ovale , percé de deux flèches, et surmonté d'une croix dont le pied est dans l'orifice du cœur, et dont le sommet s'élève presque à la hauteur de la couronne.
Dans les vignettes d'un ouvrage intitulé : Tableaux des qualités éminentes de saint Joseph , par le R. P. D. Charles de Saint-Paul, supérieur général des Feuillants (Paris, 1629), ce monogramme est accompagné, comme ailleurs, de la croix, du cœur percé par les trois clous , et de la gloire circulaire ; mais ce qu'on y voit de spécial , c'est que des deux côtés du monogramme sont représentés les attributs des quatre évangélistes. Or , ces attributs n’ont pas été placés dans ce groupe sans une intention de symbolisme. Ils semblent indiquer, en effet,, le cœur de Jésus comme la source de la doctrine évangélique, comme le principe de cette législation d'amour substituée par le divin Sauveur à la loi de crainte.
IL Iconographie moderne .
Qu'il nous suffise d'indiquer ici, sans les décrire longuement, les gravures du sacré cœur les plus remarquables dues aux artistes chrétiens de l'époque moderne.
Dessin de Rudder. — C'est la plus grande gravure et l'une des plus belles que je connaisse sur le cœur de Jésus. Notre -Seigneur nous montre son cœur divin, et, les yeux levés vers le ciel, il paraît être dans une extase d’amour. (Hauteur, 0 m 80.)
Dessin du P. F. Rinn, de la compagnie de Jésus. — Notre-
APPENDICE II
Seigneur ouvre de la main gauche sa divine poitrine , et nous laisse voir son cœur, tandis qu'il bénit de la main droite et qu'il regarde avec amour. Cette triple expression de tendresse est admirable. U est peu de gravures qui réunissent à un égal degré les qualités qui conviennent à un monument d'art chrétien. La figure du Christ est empreinte d'un calme céleste et d'une douce majesté. La gloire est cruciforme et se développe en quatre gerbes de rayons.
Dessin de Steinle. — Jésus est en pied dans un nimbe rayonnant ; il ouvre sa poitrine sacrée tout à fait du côté gauche , et montre son cœur blessé avec une grande expression de douleur. Légende : Vulnerasti cor meum.
Dessin de Waldauser. — Jésus-Christ présente son cœur et regarde avec tendresse. Cette gravure se fait remarquer par la suavité divine de l'expression et par la finesse du détail.
Dessin de Klauber. — Cette gravure, de grande dimension, exprime beaucoup de douceur et de majesté.
Dessin de Battoni , édité par le P. Armellini, S. J. — La figure de Notre-Seigneur est admirable d’expression. Chaque trait accuse une bonté divine , et l’intention de se communiquer dans les plus tendres effusions d'amour. Ce dessin , l’un des plus remarquables sur le cœur de Jésus, a beaucoup de douceur et d'originalité. La gloire cruciforme est en gerbes de rayons comme dans le dessin de Rinn; mais elle a plus de développement et son éclat est tempéré avec plus de goût.
Dessin de Letaille. — Cette gravure, l’une des plus répandues en France , est pleine de grâce. C’est toujours Notre- Seigneur montrant son cœur divin avec ce regard d'amour qui sollicite la correspondance de nos cœurs.
Les dessins de Colin, de Tassaert, de Delamonce, sont moins dignes de remarque.
Dessin du P. Stécher, de la compagnie de Jésus. — Notre-
582 le CŒüii î)ë j|$us.
Seigneur bénit en présentant son cœur sacré, comme dans le dessin de Rinn. Le type de Stécher a peut-être moins de douceur, mais il a plus de fini» La tété du Christ est ornée d'un nimbe crucifère. La gloire, en forme de croix, est composée de quatre rayons larges et peu éclatants , qui SC combinent avec le nimbe*
Nous signalerons» en terminant, les collections emblématiques de LetaiJle, de Bouassè-Lebel, de l'abbé Seta > et surtout celle de Halles, qui renferme vingt images symboliques; ces images sont un peu maniérées peut-être , et elles ne sont pas assez savantes, mais elles accusent dans nos jeunes artistes chrétiens une intention de retour vers les pieuses et suaves inspirations d'Angelico de Fiesole.
Plusieurs des artistes modernes dont nous Venons de signaler le travail sur le Cœur de Jésus , ont eu la sainte ambition de porter à Marié le tribut filial de leur crayon ou de leur pinceau, en dessinant son cœur maternel, inséparable, dans nos affections et nos hommages, du cœur sacré de son divin fils. Les dessins les mieux réussis sont ceux de Rinn , de Waldauser, de Letaille et de Stécher.
L'église de Langeac ( Haute-Loire) possède de magnifique* boiseries gothiques , sculptées en \ 520 , ainsi que le témoigne une inscription de l'époque. Parmi les personnages repré* sentés par le ciseau de l'artiste , on voit un certain nombre de petits anges portant chacun sur un écusson quelque insigne de la passion de Notre-Seigneur. On sait avec quelle prédilection l'art chrétien retraçait les touchants souvenirs du Calvaire. Or, sur un des écussons on a sculpté le cœur de Jésus percé triangulairement par les trois clous, et blessé au milieu par le fer de la lancé , qui est en grand relief* Le Cœur est encadré dans une large couronne d'épines.
APPENDICE III
Bibliothèque française du Sacré Coeur de Jésus.
Ame (L') embrasée de l'amour divin par son union avec les sacrés cœurs de Jésus et de Marie; Baudrand , S. J., in-12.
Amour infini dans la divine eucharistie, ou le cœur de Jésus, salut de l'Église et de la société; Lyon , 4822, in-42.
Association à la dévotion et à l'amour des saints cœurs de Jésus et de Marie ; in-18 , Rome , 1787.
Chrétien (Le) uni au cœur de Jésus, ou nouvelles pratiques de dévotion envers le sacré cœur , par le P. Monteinard , de l'ordre des Frères-Mineurs; in-18, Rome, 1819.
Cœur (Le) agonisant de Jésus et les agonisants de chaque jour, par un Père de la compagnie de Jésus; Paris, in-32,
Connaissance et amour du cœur de Jésus, ou méditations sur le sacré cœur de Jésus, selon la méthode de saint Ignace, accompagnées de considérations sur le même sujet, et suivies d'un triduum en l’honneur du sacré cœur de Marie; Lyon.
Culte (Le) de l'amour divin, ou la dévotion au sacré cœur de Jésus, par messire Jean-Félix-Henri de Fumel, évêque et comte de Lodève; 1776, in-12.
Cœur à cœur avec Jésus-Christ , par H. Lebon ; in-18.
Dévotion pratique au sacré cœur de Jésus et au très-saint cœur de Marie, par la médiation de saint Joseph, en union avec tous les anges et tous les saints ; in-18.
Dévotion (La) au sacré cœur de Jésus proposée aux enfants ; A. M. D. G. ; in-32.
Dévotion (La) aux sacrés cœurs de Jésus et de Marie. — Traduction de saint Liguori.
Dévotion (La) au sacré cœur de Jésus , par un Père de la compagnie de Jésus; Lyon, 1698, 2 vol. in-12.
Dévotion (La) au sacré cœur de Notre-Seigneur Jésus- Christ; un vol. in-12, Paris, 1732.
Dévotion au sacré cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par le P. Croizet, S. J. ; 2 vol. in-8.
Dévotion au sacré cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, contenant une apologie de la dévotion en général , par un missionnaire; 2 vol. in-12, Lyon, 1764.
Divin (Du) cœur de Jésus, par le P. Eudes. (Dans son livre Le cœur admirable de la tr'es-sainte Mère de Dieu,)
Dévotion (La) au sacré cœur de Jésus mise à la portée de tous; in-32.
Écrits de la Vén. Marguerite-Marie Alacoque.
Élévations au sacré cœur, précédées d'une jolie gravure emblématique, avec son explication, par l'abbé Séta; 1831, in-8.
Esprit (De Y) et de la pratique de la dévotion au sacré cœur de Jésus, par dom Joseph De mon tuard, chartreux; 1785, in-12.
Excellence de la dévotion au cœur adorable de Jésus-Christ; in-4°, Lyon, 1743.
Exercice de la dévotion au sacré cœur de Jésus, à l'usage de la confrérie de Sémur, par Fauteur des diverses prières inédites de Marie Alacoque; in-18.
Excellence de la dévotion au cœur de Jésus, par Frangin, ancien curé de Saint-Jean ; Lyon , in-18.
APPENDICE ni. 585
Esprit (I/) et la pratique de la dévotion au sacré cœur de Jésus; in-12, Clermont-Ferrand , 1854.
Exercices de la dévotion au sacré cœur de Jésus , par l’abbé Bonnardet; in-18.
Fleurs d’avril : le mois du sacré cœur de Jésus; société de Saint-Victor; in-32.
Fleurs du mois du sacré cœur de Jésus; in-32, Lyon.
Foyers (Les deux) d’amour, ou l’union de nos cœurs dans les saints cœurs de Jésus et de Marie ; in-18.
Imitation (L*) du sacré cœur de Jésus, par un ecclésiastique dévoué au sacré cœur ; in-f 2.
Instruction abrégée sur la dévotion au sacré cœur de Jésus ; Lyon, Paris, 1827.
Instruction pour la dévotion au sacré cœur de Jésus; Nancy, 1725, in-12.
Instructions pratiques et prières pour la dévotion au sacré cœur de Jésus ; in-12, Paris , 1748.
Livre (Le) des saints cœurs de Jésus et de Marie ; in-24 , Orange, 1846.
Livre (Le) du sacré cœur de Jésuset du saint cœur de Marie* ou recueil des exercices de la dévotion aux saints cœurs ; in-32, 1844.