CHAPITRE IV
De la prière , et comment l'aimable cœur de Jésus est le principe et le modèle de la vie de prière.
Procidit in faciem suam, orans.
Jésus se prosterna la face contre terre, et se mit prier.
(Matth, xxvi. 59.)
La prière est une suite de notre complète dépendance envers la majesté souveraine de Dieu. Elle renferme, avec le sentiment de notre impuissance en face des obligations que nous avons à remplir, ou des dangers que nous avons h éviter, une confiance filiale en Celui dont nous reconnaissons le pouvoir sans limite et
LË CCEtTK ËË JÉSUS.
Tinfinie miséricorde. Elle est une élévation dé notre âme, cherchant dans la puissance du Très-Haut un appui à sa faiblesse. Ad te levavi ocitlos meos , qui habitas in cœlis. . . (Ps. cxxii.l .) Levavi oculos meos in montes unde veniet auxilium mihi. (Ps. cxx. 1.) <( J'ai levé les yeux, dit le prophète, vers vous. Seigneur, qui habitez aux cieux... J'ai levé les yeux vers les montagnes saintes, d'où j’attends mon secours. t> De là l'excellence de la prière, qui, selon saint Thomas, occupe le premier rang parmi les actes de religion. De là aussi les qualités qui doivent l'accompagner, pour atteindre la perfection qui lui est propre# Elle doit s'échapper du cœur, dont les lèvres ne sont que les interprètes. Elle doit être confiante , comme étant basée sur Tinfinie bonté et le pouvoir sans bornes de Dieu ; elle doit être persévérante, c’est-à-dire être confiante jusqu'au bout. C’est alors que se vérifiera cette promesse de notre Sauveur : En vérité, je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous l'accordera; amen, amen , dico vobis , si quid petieritis Patrem in nomine meo dabit vobis . ( Joann. XVI. 23.)
Le cœur de Jésus est le modèle de cette vie de prière , qui doit être le fond de la vie chrétienne , puisque Je chrétien se trouve toujours en face d’obligations et de dangers disproportionnés à Ses forces naturelles. L'Évangile nous représente plus d'une fois le divin Sauveur , s'éloignant de la foule et venant, la nuit, dans la solitude épancher son âme dans des entretiens intimes avec son Père, comme pour se reposer des sollicitudes et des fatigues de la journée. Nous le voyons prier, avant de faire des miracles, comme s'il attendait du ciel la toute-puissance qu'il voulait déployer pour notre salut; nous le voyons, surtout dans son agonie, prolonger son oraison avec une ferveur extraordinaire , la reprendre jusqu'à trois