CHAPITRE V
Do la louange de Dieu , et comment l’aimable cœur de Jésus est le principe et le modèle de la vie de louange.
Per ipsum offeramus liotUam laudi# semper Deo.
Offrons k Dieu par Jésus-Christ un sacriiice continuel de louange.
(Hebr. xui. 15.)
La louange est un témoignage d'estime que l'on donne à la vertu ou aux différentes qualités d'un autre. La louange est une conséquence de l'amour ; on ne peut véritablement aimer sans prendre plaisir à parler de l'objet qu'on aime, à exalter ses perfections, ses grandeurs, ses amabilités. Or, Dieu étant l'objet par excellence, ou, pour mieux dire, l'objet unique de notre amour, doit aussi être l'objet par excellence de notre louange. Delà vient que les saints, dont le cœur était embrasé des flammes du divin amour, n'avaient sur les lèvres que des paroles de louanges envers Dieu. Entendez le roi - prophète ; chaque accent de son âme est une louange des perfections divines; il semble même qu'il n'ait pas assez de sa voix, et il invite toutes les créatures du ciel et de la terre à s'unir à lui pour louer Dieu; laudate Dominum omnes gentes (Pi. cxvi. 4); laudate eum cœli cœlomm. ( Ps . cxlvih.4.)
La louange est une action si sainte et si noble , un usage si relevé de la parole , qu'elle est la continuelle occupation de la sainte Vierge et des élus dans le ciel ; béait qui habitant in domo tua , Domine . (Ps. lxxxiii. 5.) Bienheureux ceux qui habitent; Seigneur, dans vos demeures éternelles, dit le Psalmiste;
TREM1ÈRE PARTIE.
et pourquoi ? parce qu’ils vous loueront éternellement ; m scecula sœculorum laudabunt te (Ps. lxxxiii. 5); parce qir ils raconteront éternellement les grandeurs de Dieu; magnitudinem tuam narrabunt. ( Ps . cxliv. 6.) Et n’est-ce point ici-bas la fonction spéciale du prêtre et son devoir le plus indispensable?
La louange est encore un sacrifice de l'homme tout entier* L'homme, en effet, n’est-il pas tout dans sa pensée, et sa pensée n’est-elle pas toute dans la parole ? Or, la louange n’est autre chose que la consécration de la parole à Dieu, et la pieuse immolation de cette parole à la glorification de ses perfections divines; tibi sacrificabo hostiam taudis . (Ps.. cxv. 17.)
La louange a deux effets pour notre propre sanctification : 4° elle est la voie par laquelle Dieu se communique à nous; car elle établit un commerce intime entre Dieu et l’âme, selon cette parole du Psalmiste : Et illic iter, quo ostendam illi salutare Dei. (Ps. xlix. 23.) 2° « Elle nous élève d’autant plus au-dessus des illusions des choses terrestres , dit saint Thomas , qu’elle attache davantage nos affections à Dieu; et elle devient par là un frein puissant qui nous préserve du péché ; » laude mea in frenabo te, ne intereas. (Isài. xlviii. 9.)
Le cœur de Jésus est un modèle de la vie de louange. Le cœur de ce divin Maître était si embrasé d’amour pour son Père céleste, que sa bouche, parlant de l’abondance de ce cœur sacré, ne savait que louer les attributs de Dieu. Jésus loue sa providence , soit enim Pater rester quid opus sit vobis (Matth. vi. 8); il loue sa miséricorde, dimittet et vobis Pater rester cœlestis débita vestra (Matth. vi. 14); il loue sa bonté, complacuit Patri vestro dare vobis regnum (Lee. xn. 32); il loue la souveraineté de son Père , opéra enim quœ dédit mihi Pater , ut perficiatn ea ( Joann. v. 36) ; il loue sa puissance, omnia tibi ,possibilia sunt (Marc, xiv. 36); il loue son amour pour les
LE CUS lr H DE JÉSUS.
Si
homme», ipse enim Pater amat vos ( Joann. xyi. 27 ) ; il loue sa justice, Pater juste (Joann. xvii. 25); il loue, enfin, toutes ses perfections, sicut et Pater vester cœlestis perfectus est . (Matth. v. 48.) Non-seulement il louait son Père par ses discours; mais toutes ses œuvres, consacrées à la gloire de Dieu et à l'extension de son règne , n'étaient-elles pas autant de louanges, puisqu'elles avaient pour principe l'amour de son père et la plus haute estime de ses infinies perfections ?
Imitons cet exemple. Que notre cœur soit tellement plein des divines flammes de l'amour, que nous soyons comme contraints par sa violence de lui donner une issue, en parlant du céleste objet de nos affections, et en célébrant ses louanges; semper laus ejus in ore meo. ( Ps . xxxm. 2.) L'homme est la voix de l'univers; c'est par lui que les créatures inintelligentes glorifient le Seigneur; ne faisons pas défaut à la noble mission qui nous est confiée. Mais gardons-nous d'imiter ce peuple qui , tandis qu'il louait Dieu du bout des lèvres , le déshonorait par les affections déréglées de son cœur ; qae notre louange parte d'un cœur soumis aux volontés divines et inébranlable dans sa fidélité au service de Dieu ; pour cela, louons Dieu par toutes les puissances de notre être, selon l'avis de saint Augustin; Deum laudate de totis viribus, Louons-le, non-seulement par la voix, mais encore que notre conscience le loue par un bon témoignage; que notre vie le loue par la pratique de toutes les vertus; que nos actions le louent par leur sainteté et leur perfection ; sed et conscicntia vestra , vita vestra, facta vestra» « Avez-vous versé une aumône dans le sein du pauvre, dit ailleurs le même Père, vous avez loué Dieu , Deum laudasti; avez-vous donné un bon conseil, vous avez loué Dieu; vous êtes-vous prosterné pour prier, vous avez loué Dieu , Deum laudasti . » Il va même plus loin ; et,