PREMIÈRE PARTIE
est tellement avouée par l'instinct de notre nature, que l'ingratitude est détestée de tous les cœurs comme une violation d'un droit sacré. Je dis, enfin, que l'action de grâces renferme un acte d'amour, puisqu'elle est un élan du cœur vers celui qui nous a enrichi de ses bienfaits. Il est facile de comprendre, après cela, quel prix Dieu attache à l'action de grâces, et combien son cœur est jaloux de cet hommage de tout nousmêmes.
Par l'action de grâces, en effet, nous consacrons à Dieu notre intelligence en reconnaissant notre dépendance entière de sa bonté; nous lui consacrons notre volonté par l'amour qui nous attache à notre souverain bienfaiteur, et nous lui consacrons notre liberté , en nous plaçant dans la disposition de ne rien refuser à sa grâce en retour des biens dont il nous a comblés. C'est pourquoi saint Augustin, dans son livre de V Esprit et de la Lettre , n'hésite pas à dire que le culte de Dieu consiste principalement dans l'exercice de la reconnaissance, et il donne pour preuve de sa doctrine le sacrifice même de nos autels, sacrifice eucharistique ou d'action de grâces, qui est Pacte le plus sublime de la religion.
Le cœur de Jésus est le modèle de cette vie d'action de grâces. En tant que Dieu, Jésus a tout reçu de son Père; son être, sa divinité découlent éternellement de ce principe générateur; ex utero ante luciferum genui te. ( Ps . cix. 3.) En tant qu'homme c'est de Dieu également qu'il tient tout ce qu'il a ; corpus autem aptasti mihi (Hebr. x. 5 ) ; primogenitus omnis créa turœ. ( C0I088 . 1. 15.) Jésus reconnaît hautement ces bienfaits essentiels ou gratuits de son Père , et il lui en rend grâces : Tout m'a été donné par mon Père céleste; omnia mihi tradita sunt a Pâtre meo. (Luc , x 22.) Mon Père m'a préparé un royaume ; dispomt mihi Pater meus regnum. (Luc, xxu. 29.)
Tout ce que mon Père fait, il m'a donné la puissance de le faire, par un effet de l'amour qu'il me porte ; Pater enim diligit filium et omnia demonstrat ei, quœ ipse facit. (Joann. y. 20.) C'est à moi que mon Père a donné l’auguste prérogative de juger les hommes ; omnejudicium dédit filio . (Joann. y. 22.) Mon Père m'environne de gloire; il m'a établi le médiateur nécessaire entre lui et la création ; nemo venait ad Patrern nisi per me . (Joann. xiv. 6.) Bien plus, confondus dans une même nature , nous n'avons qu'une même puissance, qu'une même opération, qu'un même être, de sorte que quiconque me voit, contemple mon Père; ego et Pater unum sumus ... (Joann. x. 30); qui videt me, videt etPatrem . (Joann. xiv. 9.) De cette reconnaissance solennelle des dons reçus de son Père découlaient cette glorification extérieure de Dieu, dont parle le divin Sauveur , et cet amour effectif dont il était consumé pour lui; palam de Pâtre annuntiabo vobis . (Joann. îvi. 25.) Ego te clarificavi super terram. (Joann. xvii. 4.) U t cognoscat mundus quia diligo Patrem ... surgite eamus hinc. (Joann. xrv. 31.)
Imitons ce divin modèle; inondés des bienfaits du Seigneur, impuissants par notre faiblesse naturelle , et n'ayant rien que nous ne tenions de la miséricorde de notre Dieu, faisons en sorte que notre vie soit une vie de continuelle action de grâces ; elle consistera cette vie dans un sentiment habituel de notre insuffisance personnelle , qui , nous faisant reconnaître comme des dons de Dieu tout ce qui se trouve de bon en nous, nous tiendra dans une constante humilité et dans une dépendance absolue de Dieu. Qu'avez-vous , en effet , pouvons-nous dire avec l'Apôtre, que vous n'ayez reçu; et si vous l'avez reçu , pourquoi vous glorifier ; quid autem habes quod non accepisti ? (I. Cor. iv. 7.)
Cette pensée constante des bienfaits de Dieu, en nous atta-