‹ Le cœur de Jésus; ascétisme et littératureChapitre 56 sur 306 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

chant à lui, comme à la source de tout bien, sera pour nous le principe d’un héroïque dévouement à son service ; « on ne fait rien de grand pour Dieu , dit sainte Térèse , si on ne se persuade qu’on est l’objet spécial des attentions de son cœur; » or telle est la vie d’action de grâces; elle nous pénètre de cette féconde persuasion, et nous lie par le cœur à celui qui nous comble de ses dons. D’où vient l’indifférence de tant de chrétiens? C’est qu’ils perdent de vue les bienfaits de Dieu, qui dès lors ne leur parait plus qu’un étranger , qu’un maître redoutable, qu’un tyran peut-être.

L’oubli des bienfaits tarit la source des biens célestes, en resserrant le cœur du bienfaiteur. L’action de grâces, au contraire, dilate sa munificence. « Nul devoir, dit saint Laurent Justinien, n’est plus indispensable que l’action de grâces , si nous avons à cœur notre salut , car nous avons besoin de grands secours, et celui-là seul mérite de recevoir des dons plus signalés, qui a soin de ne pas effacer de son cœur le souvenir des bienfaits qu’il a déjà reçus. » Mais dans l’impuissance où nous sommes de remercier dignement le Seigneur, unissons nos actions de grâces à celles du cœur de Jésus ; c’est le seul moyen d’acquitter pleinement notre dette infinie , et par suite , de faire descendre sur nous les plus abondantes faveurs.

FLEURS SPIRITUELLES

« L’homme ingrat est un vase d’ignominie, où Dieu verse le fiel de ses rigueurs; au contraire, l’homme reconnaissant est un vase d’honneur, où il fait couler continuellement les eau* précieuses de sa grâce ; et il se plaît à en faire l’instrument de sa gloire, s (S. Irénée, contre les Hérésies , 1. IV, c. îxiv.)

«Quoique Dieu répande tous les jours sür nous des bienfaits nombreux, sans attendre notre consentement et même souvent à notre insu, il demande néanmoins que nous en soyons touchés de gratitude , et que nous r invitions par de continuelles actions de grâces à nous communiquer des dons plus abondants. »

(S. Chrysostome , Hom. 52 sur le ch . xxvi de la Genèse.)

1 « Que pouvons-nous penser, dire et écrire de plus convenable que cette parole : Deo gratias . On ne peut rien dire de plus court; on ne peut rien entendre de plus agréable ; on ne peut concevoir rien de plus grand; on ne peut rien pratiquer de plus utile. » ( S. Augustin, Lettre 77.)

« L'ingratitude est l'ennemie de l'âme ; elle blesse tous ses intérêts ; elle lui ôte tous les biens qu’elle avait acquis, et l'empêche d'en acquérir de nouveaux; c’est un vent chaud et brûlant qui dessèche les sources de la piété , les ruisseaux de la miséricorde et les torrents de la grâce. »

(S. Bernard, Serm. 52 sur le Cantique.)

« Vraiment, Seigneur, si vous m'aviez donné un filet d'étoupes en mémoire de vous, j'en devrais avoir plus de soin et vous en rendre de plus grandes actions de grâces, que je ne l'ai fait jusqu’à présent pour toutes vos faveurs. »

(Ste Gertrude , ses Écrits .)

« Comme dans la justice, qui est une vertu cardinale > on considère l’égalité des choses ; de même dans la reconnaissance, on Considère l'égalité des volontés; et comme le bienfaiteur par l'élan de sa volonté , a fait une chose à laquelle il n'était pas tenu, de même celui qui a reçu un bienfait, cherche à faire par reconnaissance à son bienfaiteur plus qu'il ne hii doit. » (S. Thomas, 2. 2. q. 106. art. 6.)

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