CHAPITRE PREMIER
Le cœur sacré de Jésus nous a aimés d'un amour de tendresse ; et nous devons répondre à cet amour par un amour de confiance.
Ah i Seigneur, si les hommes savaient combien vous les aimez ; si vous leur découvriez les richesses de votre amour, ils tomberaient tous à vos pieds.
(S** Gertrude.)
L'amour de tendresse est celui qui se manifeste par des attentions délicates , par des paroles qui vont au cœur, et par ces présents dont la vue perpétue le souvenir et en quelque sorte la présence de celui qui nous aime. Une mère est ici-bas le plus pur idéal de cet amour. Voyez les caresses qu elle prodigue à l'enfant qu'elle berce sur ses genoux : sa pensée et son cœur sont fixés sur l'innocent objet de ses affections. Avec quelle complaisance son regard se repose sur lui ! avec quelle sollicitude elle devine ses moindres souhaits, prévient ses moindres souffrances, satisfait ses moindres caprices! Sa vie semble toute passée dans son enfant. Ses pleurs l'attristent, son sourire l'enivre d'allégresse, son regard l'épanouit, ses désirs lui sont des commandements , en un mot l'enfent eÜ comme le ressort qui met en jeu , par ses capricieuses et enfantines variations , les divers sentiments du cœur maternel. Le cœur d'une mère est tellement rempli de son objet > que né
trouvant pas dans le langage reçu des expressions qui puissent rendre ce qu'elle sent, l'ingénieux instinct de son affection lui fait inventer un idiome spécial , étrange, ridicule même) mais idiome du cœur dont l'enfant seul peut saisir la délicatesse. Le cœur d'une mère ne se contente pas de ces sentiments, de ces caresses , et de ce langage , il faut qu'elle donne un corps pour ainsi dire à l'amour qui l'anime afin de le rendre plus sensible; et que sont Ces présents qu’elle fait à son enfant si ce n'est comme une extension de son cœur, un symbole destiné à rappeler à l'enfant l'étendue, la vivacité et la permanence de son amour. Tel est l’amour tendre. Or, le cœur de Jésus nous a aimés de cet amour , et à un degré infiniment plus parfait et plus constant, soit que nous considérions ses caresses divines , soit que nous écoutions l'idiome étrange , mais d'autant plus touchant de son amour , soit enfin que nous jetions un regard sur les présents dont son cœur nous a gratifiés. — L'amour se manifeste par les actes; c'est par conséquent dans les actes de Jésus, pendant sa vie mortelle, actes qu'il continue d'une manière invisible, mais non moins efficace en faveur de chacun de nous dans l'eucharistie, qu'il faut surprendre le secret des tendres sentiments de son cœur. Enfants , il nous fait approcher de lui , et nous honore de ses prédilections ; sinite parvulos venire ad me (Marc, x. 14.) Sommes-nous tristes et dans l'affliction, il vient s'asseoir auprès de nous, pour essuyer nos larmes et verser dans notre -âme ses divines consolations; cum ipso sum in tribulatione . ( Ps . xc. 15.) Languissons -nous dans une funeste paralysie pour le bien , il tend à notre faiblesse une main seoourable , et nous fait courir à sa suite dans le cheminde l'éternelle félicité; surge et ambula . Nous traînons-nous dans le désert de cette vie , prêts à tomber en défaillance , il multiplie la manne
céleste > et froment divin , il nourrit notre àme de sa propre substance ; caro enimmea vere est cibus (Joann. vi. 56), aceipito et manducate. (Paul, I. Cor. xi. 24.) C'est lui qui veille toujours sur ses enfants, pour écarter de leur tête les traits ennemis; scuto bonœ.voluntatis tuœ coronasti nos. (Ps. v. 13.) C'est lui qui, plein de sollicitude, étend sur nous les ailes de sa mir séricorde et les soins de sa providence ; Dominus sollicitus est mei. (Ps. xxxix. 18.) Pas une demande qu'il n'ait exaucée; pas un simple désir de notre cœur qu'il ne s'empresse de prévenir et de satisfaire ; desiderium cordis ejus tribuisti ei, (Ps. xx. 2.) Il semble même qu'aveuglé par sa tendresse , il oublie qu'il soit notre Dieu pour se faire l'esclave de nos volontés; et voluntate labiorum ejus non fraudasti eum. (Ps. xx. 2.)
Le cœur d'une mère ne parait-il pas se refroidir quand l'enfand ne répond pas à son amour, et sa tendresse n'éohouetœlle pas plus d'une fois devant son indifférence? La tendresse du oœur de Jésus est plus parfaite : la froideur des hommes semble exciter la flamme dont son cœur est embrasé pour eux. La brebis s'égare-t-elle du bercail, tendre pasteur, il laisse le troupeau fidèle pour la poursuivre à travers les sentiers épineux des passions; le fils de famille s'éloigne-t-il du toit paternel pour une liberté qui n'engendrera que pleurs, que désenchantement et que détresse, voyez ce tendre père , il semble n'avoir de cœur que pour le prodigue , et son amour n'est consolé que lorsqu'il l'a serré dans ses bras et fait asseoir au festin. Rien ne lasse ni ne décourage sa tendresse; nous avons raille fois secoué le joug de ses ordonnances, nous lui avons préféré le monde et ses vanités; dans notre criminel aveuglement, nous nous sommes établis en rébellion contre lui; comment son cœur s'est-il vengé? Lorsque touchés de nos égarements, nous ‘avons tourné nos regards vers lui, nous
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a-t-il rejetés avec indignation? ou plutôt, ne nous a-t-il pas pressés sur son cœur avec un redoublement de tendresse , qui nous & tout à la fois surpris et consolés? Lorsque , fatigués de chercher notre bonheur dans les objets créés, nous sommes revenus à lui , comme au seul bien digne de-nos désirs, nous a-t-il fait boire jusqu'à la lie le calice de sa fureur justement provoquée par nos mépris? ou plutôt, n'a-t-il pas inondé notre âme de consolations inconnues jusque alors? O divin Jésus! que la tendresse de votre cœur est grande, et avec quelle miséricordieuse bonté vous vérifiez cette parole du prophète : « Quand une mère oublierait et méconnaîtrait son enfant, non, jamais mon cœur ne pourra se résoudre à vous oublier et à vous abandonner. »
La tendresse d'ime mère diminue , au moins dans ce qu'elle a de sensible, à mesure que l'enlant grandit ; c'est presque une loi de la nature, pour adoucir au cœur maternel une séparation que les destinées de l'enlant rendent nécessaire. Les plus légitimes et les plus solides amitiés s'affaiblissent d'ordinaire par la présence continue qui , en manifestant des défauts mutuels, dissout la raison des sympathies. Ah ! l'amour de Jésus e6t un amour plus constant dans sa perfection : après avoir aimé les siens pendant sa vie, dit l'apôtre saint Jean, il les aima d'un amour d'excellence à la fin de ses jours, in finem dilexit eos , ou, selon d’autres interprétations, il ne cessa pas de les aimer en cessant de vivre. N'est-ce pas, en effet, dans ce moment suprême de sa vie que, pour ne pas nous laisser orphelins et pour éterniser l'expression de sa tendresse , il perpétua miraculeusement sa divine présence au milieu de ses enfans ? cum dilexisset mos qui erant in mundo ... in finem dilexit eos. (Joànn. xiii. i.)
Mais les paroles de notre divin Maître ne nous révèlent pas