PREMIÈRE PARTIE
moins la tendresse de son amour que les attentions infinies de son cœur. La parole, c'est tout l'homme; quand elle n'est pas détournée de sa fin naturelle par la passion et l'intérêt, elle est comme le miroir où l'âme se réflète tout entière et rend visibles ses plus intimes sentiments. C'est donc par les paroles de notre Sauveur que nous pouvons apprécier l'étendue et la tendresse de son amour ; or, écoutons les exprès-» sions saintement passionnées du divin époux de nos âmes 2 « J'aime tant les enfants des hommes que mes plus chères délices sont d'habiter parmi eux; » deliciœ meœ esse cum filiis hominum . (Prov.Y 111. 31 .) Eh quoi ! divin Jésus, quetfouvez-vous donc chez les enfants des hommes qui ait pu fixer votre cœur? Sont-ils supérieurs en amabilités aux hiérarchies des anges qui composent votre cour céleste? Leurs cantiques sont-ils plus harmonieux que ceux dont les élus font retentir les voûtes éternelles? Leur cœur a-t-il plus d'amour que tous ces bienheureux que vous inondez de vos splendeurs ineffables et que vous embrasez de vos flammes divines ? Je ne dirai pas quelles délices, mais quelle jouissance, quel contentement votre cœur peut-il éprouver au milieu de nous? Ignorez-vous donc, Seigneur, que nous sommes ces cœurs rebelles qui avons marqué chacun de nos jours par de nouvelles infidélités? Ah! l'amour, l'amour seul peut expliquer ce mystère; nous sommes pécheurs, et les délices du cœur de Jésus sont de rester au milieu dé nous, pour nous reconcilier à son père; nous sommes indigents, et les délices du cœur de Jésus sont de rester au milieu de nous, pour nous enrichir de ses trésors divins; voyageurs vers la patrie céleste, nous errons tristes et languissants dans cette vallée de larmes, et les délices du cœur de Jésus sont de rester au milieu de nous, pour adoucir, par les charmas de sa présence, par l'espérance du terme et l'avant-
goût du ciel, les rigueurs de notre pèlerinage; nous sommes faibles enfin, et les délices du cœur de Jésus sont de rester au milieu de nous, pour être notre soutien, notre force et notre consolation, dans les luttes de la vie; deliciœ meœ esse cum fi - (iis hominum. O douces paroles! non-seulement le cœur de Jésus ne me repousse pas de sa divine présence, non-seulement il ne lance pas sa malédiction sur mon cœur ingrat, mais il consent à demeurer avec moi! que dis-je? il veut bien trouver sa joie, son bonheur, ses délices d'être aveo moi! deliciœ meœ esse cum filiis hominum . Quel langage étonnant, quel étrafge discours, quelles paroles inconvenantes même dans la bouche d'un Dieu , si sa tendresse infinie ne les avait dictées !
Un célèbre philosophe du paganisme disait , avec raison , que l'amitié supposait ime sorte d'égalité dans les conditions, et de là il concluait qu'il ne pouvait y avoir amitié avec les rois, ni avec Dieu. Telle était la restriction que la philosophie mettait dans les rapports de l'homme avec la divinité, tant la distance de l'homme à Dieu lui paraissait infranchissable. Mais le cœur de Jésus a déconcerté la raison humaine; et, par un miracle de tendresse, il a donné à la philosophie un démenti touchant autant que solennel. Que fait-il, en effet? pour combler la distance infinie qui nous séparait de sa divinité, et nous élever jusqu'à lui, il s'est abaissé jusqu'à l'anéantissement; et quand nous nous sommes trouvés, pour ainsi dire , à son niveau par le mystère de son incarnation , quand la condition de l'amitié a été miséricordieusement établie par cette égalité , ce divin Sauveur nous déclare , dans l'épanchement de son amour, et avec une sorte de triomphe, que désormais nous ne serons plus ses esclaves \jam non dicam vos servos ( Joann. xv. 15) , mais qu'il nous appellera ses