Première partie
dans leur bouche que ce cantique éternel : Sanctus , sanctus , sanctus. Comme Dieu seul possède toutes les perfections, Seul il est saint par essence, seul il est saint dans toute l’étendue et la sublimité de ce mot. Les créatures ne sont saintes que par communication, et leur sainteté est nécessairement limitée.
Toutefois, la sainteté s’entend plus spécialement de l’exemp* tion de toute tache, et de la parfaite pureté de cœur et d’action. Elle renferme l’idée de Tordre , puisque le péché , qui lui est opposé, n’est que désordre et que trouble. Le saint est donc un être sagement ordonné vers sa fin, dirigeant tous ses actes vers cette même fin , et repoussant tout ce qui pourrait l’en détourner. Le saint est donc un être séparé des usages profanes, et voué, par une sorte de consécration , à l’accomplissement des lois divines. Le saint est donc un être qui ne vit, ne respire, ne parle, n’agit que pour Dieu et selon Dieu.
Or, Jésus a été le modèle de la plus grande sainteté. Son cœur sacré ne battant, pour ainsi parler, que sous l’impulsion du Verbe auquel il était intimement uni, pouvait-il former d’autres désirs , d’autres affections , d’autres sentiments que des désirs, des affections des sentiments saints, c’est-à-dire exempts de souillure et parfaitement conformes à l’éternelle justice ? Pouvait-il inspirer et animer d’autres actions que des actions saintes î Aussi, entendons-le porter un solennel défi à la malignité des pharisiens? Qui de vous osera m’accuser de péché? Quis ex vobis arguet me de peccatof (Joann. vni.46.)
Pour nous délivrer de la mort , il s’abaisse jusqu’à prendre notre humanité > mais il n’en prend pas les souillures ; tentation autem per omnia pro similitudine absque peccato. (Hebr. iv. 15.) Siège de la divinité, temple de Dieu par excellence , c’est de son cœur qu’il est écrit : Le Très-Haut a sanctifié son tabernacle ; sanetifieiwit tabernaculum suum altis*
LE CŒUR DE JÉSUS k
simus. (Ps. xly. 5.) Et il convenait, selon saint Paul, que It grand pontife de la loi nouvelle, dont le sublime sacerdoce consistait à détruire le péché par sa propre immolation, et à désarmer la colère de son Père céleste, fut un pontife saint > innocent et séparé de la masse des pécheurs ; talis enim decebat y etc. (Hebr. vil. 26.) Soyez saint parce que je suis saint, était-il écrit dans la loi ancienne ; or, comme il était difficile à Fhomme d'imiter dans un corps mortel la perfection divine , Jésus-Christ est venu, par son incarnation et son séjour parmi nous, mettre à notre portée cet ordre divin, et nous montrer dans son humanité, comme dans un plan plus abordable pour notre faiblesse, le modèle dont nou6 avions à retracer les vertus. Écoutons la voix de son cœur nous dire à tous du fond du tabernacle : Soye2 saint parce que je suis saint; sancti estote, quia ego sanctus sum .
Puisque Jésus-Christ veut bien nous servir de modèle, appliquons-nous à marcher sur ses traces. Jésus est l’image parfaite du Père, efforçons-nous de ressembler à Jésus, et nous nous rapprocherons de la perfection du Père. Il est vrai, le modèle est désespérant pour notre fragilité; il nous est même impossible d'atteindre à une entière ressemblance; mais en adorant la miséricorde divine, qui , par la sublimité du modèle, a voulu nous mettre à l'abri de la complaisance que goûterait notre orgueil, s’il nous était donné de contempler en nous une ressemblance parfaite, nous devons nous efforcer tous les jours d'ébaucher en nos âmes cette divine image, et d'en polir sans cesse les traits; détachons-nous de l'esprit du monde , résistons aux sollicitations importunes des sens; le monde et ses passions peuvent seuls souiller en nous l'éclat de la sainteté; mais surtout, perdons-nous tout entier dans le cœur de Jésus; abîmons-nous dans cet océan de sain*