PREMIÈRE PARTIE
chante de notre coeur. Habile à prendre toutes les formes pour nou? perdre , il se présente à nous, tantôt sous la forme séduisante d’un livre, d’un chant, d’un plaisir, d’une conversation, tantôt sous les traits avenants d’un ami, d’un parent même , d’autant plus dangereux qu’il se montre plus attentif et plus dévoué. Le monde a son étendard , son Évangile , ses maximes, ses sanctuaires, ses pompes, ses apôtres et ses martyrs. Il a même son prince pour le diriger, pour le gouverner et lui dicter ses lois ; princeps mundi hujvs. ( JoAnn. xrv. 30.) Çe prince est le démon ; et il multiplie ses représentants visibles dans toute l’étendue de son vaste empire. Les sujets du monde sont nombreux; mais ses exigences, la tyrannie de son joug et ses fallacieuses promesses font autant d’esclaves, de dupes et de victimes qu’il compte de partisans.
Or Jésus déteste le monde, et son cœur sacré s’offre à nous comme le principe et le modèle de la haine que nous devons porter au monde nous-mêmes, si nous voulons être ses disciples et ses amis. La haine, en effet, vient du cœur aussi bien que l’amour; c’est le cœur qui en forme, qui en nourrit et qui en exprime les sentiments; c’est le cœur qui en inspire les paroles et les actes.
Les livres saints nous rappellent souvent la constante opposition qui existe entre Jésus-Christ et le monde. Opposition dans les maximes : La sagesse du monde , dit saint Paul , est une folie aux yeux de Dieu ; sapientia enim hujus mundi stultitia est apud Deum. (I. Cor. m. 19.) Opposition dans les dons : Je vous laisse ma paix, dit le Sauveur à ses disciples, mais ce n’est pas cette paix trompeuse que donne le monde ; pacem relinquo vobis... non quomodo mundus dat, ego do vobis. ( Joann. xrv. 27. ) Opposition dans les mœurs : Pour vous, mes chers disoiples, dit encore le Sauveur, vous serez comme
moi dans les larmes tandis que le monde sera dans l'allégresse; flebitis vos , mundus autem gaudebit. (Joann. xvi. 20.)
De là cette inimitié ouverte et réciproque entre Jésus- Christ et le monde : Parce que vous êtes mes disciples, le monde vous poursuit de sa haine, mais rassurez-vous, car il m'a haï le premier; si mundus vos odit, scitote quia me priorem odio habuit. ( Joann. xv. 18. ) On ne hait pas les siens; si donc vous apparteniez au monde, il vous donnerait son amour; mais il n'a pour vous que de la haine, parce que mon cœur a fait choix de vous et que je vous ai délivrés de ses pièges ; si de mundo fuissetis, mundus quod suum erat diligeret : quia ver o de mundo non estis, sed ego elegi vos de mundo , propterea odit vos mundus. ( Joann. xv. 19.)
Jésus va encore plus loin dans l'expression de son antipathie et de sa haine : J'ai prié pour vous , disait-il à ses apôtres dans le sublime et affectueux entretien qui précéda sa passion, j'ai prié pour vous; mais j'exclus le monde de ce souvenir miséricordieux; non pro mundo rogo. (Joann. xvii. 9.) J'ai dit à Dieu : Mon Père, qu'ils soient un par la charité, comme je suis un avec vous , mais que le monde ne soit pas admis dans cette communion des cœurs; non pro mundo rogo. Et ce médiateur par excellence qui avait reçu la belle mission de sauver ce qui avait péri , ce rédempteur compatissant et universel, qui, en expirant, trouva encore dans son cœur une bénédiction pour ses bourreaux, n'a eu que des anathèmes pour le monde ; vœ mundo !
Avons-nous à l'égard du monde les mêmes sentiments que le cœur de Jésus? Peut-être que, reniant dans notre conduite cette parole du Sauveur : Nul ne peut servir deux maîtres, nous nous efforçons d'élever à la fois , dans le sanctuaire de notre cœur, un autel pour Dieu et un autel pour le monde.