‹ Le cœur de Jésus; ascétisme et littératureChapitre 73 sur 306 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

d'éclat. Si au lieu de vivre inconnu dans un atelier, il eût fait briller sa puissance et sa sagesse aux yeux de l'univers, n'eûtil pas donné plus de chances au succès de son Évangile, et établi victorieusement le règne de sa loi sur toutes les intelligences? Le zèle pour sa gloire nous rend presque impatients quand nous le contemplons à Nazareth , et nous voudrions le contraindre à se montrer, à se prodiguer, à opérer des prodiges capables de lui enchaîner tous les cœurs.

Mais il y a ici un mystère de sagesse et d'amour ; Jésus n'est pas venu sur la terre seulement pour triompher de ses emiemis et nous attacher au char victorieux de sa croix, il a voulu donner des bases solides à son œuvre de réparation, et nous enseigner par la grande et efficace leçon de l'exemple, le moyen qui devait nous établir dans un saint commerce avec le ciel , dans la pureté de conscience et dans la paix du cœur ; il a voulu nous apprendre que si parfois la volonté divine nous appelle à frapper les regards de l'homme par des actions d'éclat, ce n'était pas là le fond de notre vie, puisque lui, prêtre, et par suite homme public, homme d'action par excellence, n'a consacré que trois ans au ministère de la parole; il a voulu nous apprendre enfin que notre tendance devait toujours nous ramener dans l'ombre vivifiante et salutaire de la vie cachée, dont les humbles opérations ont rempli presque tous les instants de sa vie divine. Et certes , nous avions grand besoin de recevoir de lui ce grave enseignement, nous qui, emportés par notre orgueil, croyons ne rien faire pour Dieu, si nous ne faisons quelque bruit; nous qui, sous prétexte de bien, étalons aux regards du monde les dons que le Ciel nous a faits, sans remarquer que nous recherchons plutôt l'admiration des hommes que la gloire

du Seigneur. Ah ! devant l'incompréhensible obscurité dans

laquelle notre divin modèle a daigné passer sa vie , déposons nos vaines appréciations, déchirons le voile de piété sous lequel s’abrite l’amour-propre, ne nous croyons pas plus sages que le Sauveur; il s’est dérobé aux regards, aux applaudissements, à l’estime, à la vénération, alors que la gloire de son Père, que la voix du ciel et de la terre, que l’intérêt de nos âmes , que son propre intérêt semblaient exiger de lui qu’il se manifestât par une vie brillante 6elon le monde. Associonsnous à ce mystère d’humilité, et suivant le conseil de l’ Apôtre, que notre vie soit cachée en Dieu avec Jésus-Christ; vita vestra est absconditn cwn Christo in Deo. ( Colos, ni. 3.) Comme Jésus nous ne sauverons pas moins le monde, nous ne procurerons pas moins la gloire du Père céleste, que nous ne le ferons dans le tumulte et le retentissement de l’action, lorsque la volonté divine daignera nous y appeler.

« Ce n’est pas un mal d’être vu par les hommes , mais c’en est un d’agir pour se faire voir. »

(S. Augustin, Serm. Dom., 1. II, ch. ni. )

« Suivant la doctrine de l’Apôtre, nous vivons en Dieu, nous avons en lui le mouvement et l’être; douce vie, aimable mouvement, être désirable. Car, qu’y a-t-il de plus doux que d’avoir la vie en Dieu, en celui qui est la vie bienheureuse! »

( S. Anselme, Méditations. )

«L’amour veut de la conversation et de l’intimité... Il faut donc de la vie intérieure pour aimer Dieu en esprit et en vérité, a ( S. Bernard, sur le Çantiq, des cantiq, )

« Quand vous faites des bonnes œuvres, ne cherche? point à plaire aux créatures, songea uniquement à plaire à Dieu ; les

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