‹ Le cœur de Jésus; ascétisme et littératureChapitre 78 sur 306 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

de faiblesse, la douceur est la vertu des forts. Il est peu de vertus, en effet, qui demandent de la part du cœur plus de CQmbats et de triomphes, qui exigent de l'homme plus de renoncement et d'abnégation de lui-même, car la douceur trouve un antagoniste inexorable dans cet égoïsme ou cet amourpropre qui est le fond de notre nature.

Il y a dans cette vertu des attraits qui attirent les cœurs et qm les gagnent. « Bienheureux ceux qui sont doux, disait Notre-Seigneur, parce qu'ils posséderont la terre. » Nulle violence qui ne cède à ses charmes; le courroux même de la justice divine ne peut lui résister; entendez le saint Roi pénitent élever sa voix vers le ciel et représenter à Dieu sa douceur, comme un titre suffisant pour le fléchir : Memento, Domine r David et omnis mansuetudinis ejus. (Ps. cxxxi. 4.) Le grand Apôtre voulant obtenir des Corinthiens une chose importante, les supplie par la mansuétude de Jésus-Christ, assuré qu'ils ne pourront résister à ses vœux : Obsecro vos per man suetudinem et modestiam Christi. (II. Cor . x. 4.)

Le cœur de Jésus est un modèle de douceur. Jésus l'affirme lui-même, en nous invitant à recueillir de son cœur sacré les leçons de cette aimable vertu; discite a me quia mitissum. Mais avec quelle éloquence ne nous enseigne-t-il pas cette vertu par ses exemples, surtout dans sa vie publique ! Les apôtres repoussent-ils les petits enfants? voyez avec quelle bienveillance il les appelle; sinite parvulos venire ad me ! (Marc. x. 44.) On lui amène une femme pécheresse , et il l'accueille avec une bonté qui scandalise les orgueilleux pharisiens. Avec quelle tendresse il traite ses disciples si grossiers néanmoins, si lâches et si imparfaits ! Cette douceur apparaît même, quand il adresse des reproches à ces Juifs blasphémateurs, qui le décriaient comme le suppôt de Satan, ou qui s'armaient de

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pierres pour le lapider. Sa vie n'est qu’un tissu de contrariétés, positus est... in signutn cui contradicetnr (Luc. it. 34); et pour* tant, quelle mansuétude au milieu de ces contrariétés qui d’or* dinaire sont l’écueil de la douceur t... Quelles douces paroles il adresse à saint Pierre , quand il se montre à lui après sa ré* surrection! De tous les apôtres, Pierre était le plus coupable, et c’est lui qui reçoit ses paroles les plus touchantes, et qui devient l’objet de ses prédilections 1 Pierre en verse des larmes d’attendrissement. . . Mais c'est surtout dans sa passion, au mi* lieu des iniquités de son procès et des ignominies de seB souffrances, que la douceur de Jésus apparait dans tout son hé* roïsme. Pas un mot d’humeur contre ses infâmes bourreaux; il ne sait que solliciter leur pardon, et montrer la mansuétude de l’agneau; sicut agnus coram tondentesef ( Ad . vin. 32.)

Avons-nous quelques traits de ressemblance avec un modèle si parfait? Nous admirons la douceur, nous voudrions nous voir ornés de 6es charmes qui nous attirent; mais nous voudrions être doux sans contrariétés. Que de fois n’avons-nous pas pris la résolution de réprimer les saillies de notre caractère î Mais que de fois aussi ne l’avons-nous pas oublié en face des contradictions? Cela vient de ce que notre plan de réforme ne reposait pas sur le fondement solide de l’abnégation. L’homme tient naturellement à ses idées ; il est ordinairement épris de ses manières de voir ou de juger, et il pousse jusqu’à une espèce d’idolâtrie le culte de sa propre volonté ; de là nait dans nos cœurs une intolérance naturelle pour les idées qui ne s’accordent pas avec les nôtres; nous ne souffrons qu’avec peine les manières de voir différentes, et les volontés d’autrui nous sont un joug qui pèse à notre orgueil : c’est pourquoi si l'abnégation ne vient corriger nos tendances , si elle ne vient réprimer l’égoïsme de notre nature , et nous

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